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Jour 153 ☼ — Élisée, prophète en guerre… mais sans armes

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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 6 du deuxième livre des Rois, le frère Paul-Adrien lit trois épisodes : la hache tombée dans le Jourdain et repêchée par Élisée, la première guerre contre les Araméens résolue sans effusion de sang, et le siège de Samarie avec sa famine atroce. Le commentaire montre que la communauté dissidente des frères prophètes grandit au point de devoir bâtir plus grand, que la guerre est ici gagnée par les armes de la générosité — jetant au passage les premiers articles du droit de la guerre — et que la véritable armée d'Israël se regroupe désormais autour du prophète, non plus autour du roi. L'épisode se referme sur le serment du roi d'Israël de faire tomber la tête d'Élisée.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. Nous étions avec Naaman, général en chef de l'armée araméenne, que nous allons retrouver, même si son nom ne sera pas mentionné au cours du chapitre : je vous laisse deviner où il est. 2 Rois, chapitre 6.

Lecture : 2 Rois 6

Les frères prophètes dirent à Élisée : « Vois, le lieu où nous nous tenons assis devant toi est trop étroit pour nous. Allons donc jusqu'au Jourdain, chacun de nous y prendra une poutre, et faisons-nous là-bas un lieu pour nous y tenir assis. » Il répondit : « Allez. » L'un d'eux ajouta : « Accepte, je te prie, de venir avec tes serviteurs. » Il répondit : « Je viens. » Puis il partit avec eux.

Arrivés au Jourdain, ils coupèrent des arbres. Comme l'un d'eux abattait une poutre, le fer de l'outil tomba dans l'eau. Il s'écria : « Ah, mon Seigneur, on me l'avait prêté ! » L'homme de Dieu dit : « Où est-il tombé ? » L'autre lui montra l'endroit. Élisée cassa un morceau de bois, l'y jeta, et le fer surnagea. Il dit : « Retire-le. » L'homme étendit la main et le prit.

Le roi d'Aram était en guerre avec Israël. Il tint conseil avec ses serviteurs et dit : « À tel endroit sera mon campement. » L'homme de Dieu envoya dire au roi d'Israël : « Garde-toi de passer par cet endroit, car les Araméens y descendent. » Le roi d'Israël envoya des gens à l'endroit dont l'homme de Dieu lui avait parlé. Ainsi averti, il se tint sur ses gardes, et cela plutôt deux fois qu'une.

Le cœur du roi d'Aram fut troublé par cette affaire. Il appela ses serviteurs et leur dit : « Ne pouvez-vous pas me faire savoir qui d'entre nous est pour le roi d'Israël ? » Un des serviteurs lui répondit : « Personne, mon Seigneur le roi, mais c'est Élisée, le prophète en Israël, qui fait savoir au roi d'Israël toutes les paroles que tu dis dans ta chambre à coucher. » Le roi répondit : « Allez voir où il se trouve, et j'enverrai le prendre. » On lui fit savoir : « Le voici à Dotân. »

Le roi envoya là-bas des chevaux, des chars et une troupe importante. Ils arrivèrent de nuit et encerclèrent la ville. Le serviteur de l'homme de Dieu se leva de bon matin et sortit. Et voici qu'une troupe nombreuse entourait la ville avec des chevaux et des chars. Le serviteur dit à Élisée : « Ah, mon Seigneur, comment allons-nous faire ? » Élisée répondit : « N'aie pas peur, car ceux qui sont avec nous sont plus nombreux que ceux qui sont avec eux. » Il pria en disant : « Seigneur, daigne lui ouvrir les yeux et qu'il voie. » Le Seigneur ouvrit les yeux du serviteur, et celui-ci vit la montagne couverte de chevaux et de chars de feu tout autour d'Élisée.

Comme les Araméens descendaient vers lui, Élisée pria le Seigneur en ces termes : « Daigne frapper d'aveuglement cette nation. » Et le Seigneur les frappa d'aveuglement, selon la parole d'Élisée. Puis Élisée leur dit : « Ce n'est pas le chemin, et ce n'est pas la ville. Suivez-moi, je vous conduirai vers l'homme que vous cherchez. » Mais c'est à Samarie qu'il les conduisit. Et comme ils entraient à Samarie, Élisée dit : « Seigneur, ouvre les yeux de ces gens et qu'ils voient. » Le Seigneur leur ouvrit les yeux, et ils virent : voici qu'ils étaient au milieu de Samarie.

Lorsqu'il les vit, le roi d'Israël dit à Élisée : « Mon père, alors faut-il les tuer ? » Il répondit : « Tu ne les tueras pas. As-tu coutume de tuer ceux que tu as faits prisonniers par ton épée et par ton arc ? Fais-leur servir du pain et de l'eau, qu'ils mangent, qu'ils boivent, et qu'ils s'en aillent chez leur maître. » Le roi leur fit servir un grand repas. Ils mangèrent et ils burent, puis il les renvoya, et ils s'en allèrent chez leur maître. Et les bandes araméennes ne revinrent plus sur la terre d'Israël.

À quelque temps de là, Ben-Hadad, roi d'Aram, rassembla toute son armée et monta assiéger Samarie. Il y eut à Samarie une grande famine. Le siège fut si rude qu'une tête d'âne coûtait quatre-vingts pièces d'argent, et un quart de mesure de fiente de pigeons, cinq pièces d'argent.

Or, comme le roi d'Israël passait sur le rempart, une femme lui cria : « Au secours, mon seigneur le roi ! » Il dit : « Non, que le Seigneur te secoure ! Avec quoi pourrais-je, moi, te secourir ? Avec les produits de l'aire à grains ou du pressoir ? » Le roi lui dit encore : « Que veux-tu ? » Elle répondit : « Cette femme-là m'a dit : “Donne ton fils pour que nous le mangions aujourd'hui, et demain c'est le mien que nous mangerons.” Alors nous avons fait cuire mon fils et nous l'avons mangé. Je lui ai dit le jour suivant : “Donne ton fils, que nous le mangions”, mais elle l'avait caché. »

Quand le roi entendit les paroles de cette femme, il déchira ses vêtements. Et comme il passait sur le rempart, le peuple vit qu'il portait en dessous, à même la peau, une toile de sac. Le roi dit : « Que Dieu amène le malheur sur moi, et pire encore, si la tête d'Élisée, fils de Shafath, reste aujourd'hui sur ses épaules ! »

Commentaire

Nous terminons cette lecture sur un suspense intense : Élisée va-t-il mourir ? En fait, il y avait encore un tout petit paragraphe pour terminer le chapitre 6, mais que j'ai gardé pour demain, pour qu'au niveau de la narration ce soit plus intense et que vous puissiez plus facilement reprendre la résolution de ce conflit demain. Élisée va-t-il perdre la tête ? En attendant, nous reprenons ensemble le chapitre que vous venez d'entendre.

Le chapitre commençait avec une histoire de construction : les frères prophètes qui viennent voir Élisée pour lui demander de construire une maison. En même temps, l'histoire est charmante et anecdotique, mais on a du mal à comprendre ce qu'elle vient faire dans un cours de subversion politique. Sauf que, les enfants, il faut être attentifs. Chapitre 6, verset 1 :

Les frères prophètes — donc notre communauté dissidente — dirent à Élisée : « Vois, le lieu où nous nous tenons assis devant toi est trop étroit pour nous. »

« Le lieu où nous nous tenons assis devant toi », ça peut signifier l'endroit où le conseil se réunit. Ça peut aussi signifier cette espèce de petite chapelle qui était construite en haut de la maison de la Shunamite et dans laquelle la communauté priait. Eh bien, ce temple-là, ce petit temple, ce petit conseil, il est devenu trop étroit. Ça veut dire que ça marche ? Ça veut dire que la communauté grandit ? Donc ça veut dire que maintenant, on est en train de construire quelque chose de plus grand ? On est en train de passer aux choses sérieuses. On est en train de passer de l'abri de refuge en haut d'un toit à un véritable petit temple construit avec des haches et du bois, dans lequel une véritable communauté pourra se tenir. C'est ça que ça veut dire.

Alors, avant d'aller plus loin dans le récit, quand même, une petite parenthèse sur cette histoire de hache qui manifestement stresse tout le monde. Alors que nous, on aurait plutôt tendance à se dire : une hache de perdue, ce n'est pas — si je puis dire — ce n'est pas la mer à boire. À l'époque, ça valait très cher. Et si on ne peut pas la rendre, c'est un coup à se retrouver réduit en esclavage pour dette. Je vous rappelle qu'on est encore dans l'âge du fer. Donc c'est toujours Élisée qui prend soin de sa petite communauté dissidente de prophètes. Ça, c'était le premier épisode.

Ensuite, le chapitre poursuit sur un deuxième épisode : la guerre avec les Araméens. Et il est là, notre Naaman. Souvenez-vous, c'est le général en chef, c'est lui qui conduit cette guerre. Donc son nom n'est pas dit, mais il est implicite. Sauf que, écoutez, c'est quand même la première fois de votre vie, dans la Bible, où vous voyez une guerre avec une nation païenne qui ne se conduit pas sur un champ de bataille, mais qui se résout de manière pacifique.

Alors, d'accord, peut-être que Naaman n'y est pas pour grand-chose. En même temps, on sent que Naaman, il a dû dire des choses à son roi d'Aram, pour dire : fais quand même attention, parce qu'il y a un prophète là-bas qui est quand même capable de vraiment faire des miracles. D'où le sentiment que le roi araméen y va, comment je pourrais dire ça, de manière prudente. Ce n'est pas tout de suite la guerre ouverte. Et là, Élisée fait un miracle, amène tout ce beau monde dans la ville et offre un banquet. Résolution pacifique, et la guerre est combattue avec les armes de la générosité. Ça, c'est aussi un des bienfaits du passage que vous venez d'entendre sur le baptême de Naaman.

Vous appréciez au passage toute la réponse d'Élisée. Le roi se retrouve avec une armée prise en otage — il ne savait même pas qu'il était en guerre. Alors il se tourne vers le prophète et il dit : « Bon, maintenant je les tue. » Élisée qui dit : « Non, laisse-les partir en paix. »

As-tu coutume de tuer ceux que tu as faits prisonniers par ton épée et par ton arc ?

Et là, on vient de jeter, sans s'en rendre compte, les premiers articles du droit de la guerre : le respect des prisonniers de guerre.

D'ailleurs, en parlant de guerre, d'épée et d'arc, vous avez vu où se trouvait la véritable armée ? Le serviteur — d'ailleurs, on ne dit pas son nom, ce n'est pas Guéhazi — le serviteur d'Élisée, peut-être même était-ce Naaman, le serviteur d'Élisée a un peu peur, parce que maintenant ils sont en train d'être entourés par l'ennemi. Élisée lui ouvre les yeux, et alors, je vous redis le verset :

Seigneur, daigne lui ouvrir les yeux et qu'il voie. Le Seigneur ouvrit les yeux du serviteur, et celui-ci vit la montagne couverte de chevaux et de chars de feu tout autour d'Élisée.

Et ça, ça vous ramène à Élie. Élie montant au ciel, et Élisée qui lui disait : « Chars d'Israël et ses cavaliers ! » La véritable armée se regroupe maintenant autour du prophète. Le défenseur d'Israël, ce n'est plus le roi, c'est le prophète.

De là, le chapitre passe sur une troisième anecdote. Là, une deuxième guerre avec Aram. On se dit : Naaman le Syrien, il a beau avoir été baptisé et purifié, quand même, on le retrouve tout le temps en guerre. Pas tout à fait. Parce qu'on vous disait : « À quelque temps de là, Ben-Hadad, roi d'Aram, rassembla toute son armée et monta assiéger Samarie. » Et là, probablement que des années ont passé et qu'on n'est plus à Ben-Hadad, mais à Ben-Hadad II. Nouveau roi, nouveau général en chef. Et là, probablement, il n'y avait pas Naaman le Syrien dans cette guerre — qui, pour le coup, devient une guerre ouverte.

Et là, ce qui est quand même curieux, c'est que le roi d'Israël, il pourrait quand même se dire : le prophète m'a aidé avec la guerre contre les Moabites, il m'a aidé à résoudre pacifiquement la première guerre avec les Araméens, et même, il a fait un miracle pour donner à manger. Et là, il ne pense pas à le consulter. Donc la situation s'inverse : à la place du banquet somptueux qu'on avait avec les Araméens dans la première guerre, là, vous avez une Israélite qui mange son enfant.

Et là, réaction spontanée — alors, ça vient du fond du cœur de la part du roi : « Je vais tuer le prophète. » À un moment donné, je ne sais pas comment vous dire, mais… ou il n'a rien compris, ou il est bête, ou il en veut particulièrement au prophète de Dieu. Et en fait, c'est peut-être la dernière réponse qui est la bonne. Il en veut particulièrement à Élisée, et derrière lui, à cette communauté dissidente de prophètes dont il commence peut-être à soupçonner l'existence. Et peut-être qu'il a peur d'elle, voyant en elle un facteur de division et d'affaiblissement d'Israël. D'où cette phrase par laquelle nous avons terminé l'épisode :

Que Dieu amène le malheur sur moi, et pire encore…

Alors, « que Dieu amène le malheur sur moi » — lequel ? Ce n'est pas très clair.

… si la tête d'Élisée, fils de Shafath, reste aujourd'hui sur ses épaules !

Mes notes de bas de page disent que peut-être Élisée avait encouragé à résister.

Psaume 111

Alléluia ! Heureux qui craint le Seigneur, qui aime entièrement sa volonté !

Sa lignée sera puissante sur la terre ; la race des justes est bénie. Les richesses affluent dans sa maison : à jamais se maintiendra sa justice.

Lumière des cœurs droits, il s'est levé dans les ténèbres, homme de justice, de tendresse et de pitié. L'homme de bien a pitié, il partage ; il mène ses affaires avec droiture.

Cet homme jamais ne tombera ; toujours on fera mémoire du juste. Il ne craint pas l'annonce d'un malheur : le cœur ferme, il s'appuie sur le Seigneur.

Son cœur est confiant, il ne craint pas : il verra ce que valaient ses oppresseurs. À pleines mains, il donne aux pauvres ; à jamais se maintiendra sa justice, sa puissance grandira, et sa gloire !

L'impie le voit et s'irrite ; il grince des dents et se détruit. L'ambition des impies se perdra.


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