Jour 153 ☾ — Quand Dieu cherche un juste… et ne trouve personne
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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 5 de Jérémie, le frère Paul-Adrien poursuit l'oracle contre Juda, mais avec un déplacement d'accent : de l'idolâtrie vers la dimension sociale du péché, ce que saint Jean-Paul II appellera plus tard les « structures de péché ». La lecture décrit une société entièrement corrompue — faux serments, juges vénaux, faux prophètes, prêtres défaillants — sous l'apparence de la piété. Le commentaire s'arrête sur l'énigme du premier verset : Dieu abaisse le seuil du pardon d'Abraham (dix justes) à un seul, et pourtant interdit à Jérémie d'intercéder. Le frère y lit que Dieu n'est pas intéressé par la quantité mais par l'exemplarité, et que le péché est devenu si grand qu'aucun intercesseur humain ne suffira : il faudra le Fils.
Introduction
Jérémie, chapitre 5. On est toujours dans le même oracle contre Juda, qui a fait le chapitre 3, le chapitre 4 et maintenant le chapitre 5. Sauf qu'ici, l'accent se déplace un peu. On a parlé de la prostitution, de l'idolâtrie, on a comparé Israël et Juda, et maintenant on en vient sur une dimension plus sociale. Vous voyez, ne pas rendre de culte à Dieu, qui est la source de toute justice et de toute bonté, ça a forcément un impact économique et social. Ça introduit ce que plus tard saint Jean-Paul II appellera des structures de péché.
Verset 4, vous entendrez parler des faux serments. On prend Dieu à témoin pour commettre l'iniquité. On vous parlera des transgressions, on vous parlera de la traîtrise, on vous parlera de l'incrédulité, on vous parlera d'un cœur endurci. On vous dira qu'il y a une absence de Dieu. On parlera d'iniquité, de péché, de corruption des riches, de corruption des juges, de faux prophètes, de prêtres qui ne font pas leur travail. Enfin bref, c'est une société entièrement corrompue. C'est sous l'apparence de la piété du peuple, toujours l'hypocrisie religieuse d'Israël et de Juda, une absence de loi. C'est le règne du plus fort.
Enfin, un verset parmi tant d'autres que vous allez entendre :
Gras et repus, ils ont même franchi les limites du mal. Ils n'ont pas jugé selon le droit la cause de l'orphelin. Ils en tirent profit. Ils n'ont pas rendu justice aux malheureux. Et moi, je pourrais ne pas sévir contre eux ? Oui, dans mon peuple, on trouve des mauvais. Ils guettent comme des oiseleurs à l'affût. Ils dressent des pièges et ils attrapent des hommes.
Ça, ça vous donnera plus tard Jésus : « Génération indocile et rebelle, combien de temps vais-je encore vous supporter ? » C'est ce que Jérémie disait de sa génération, c'est ce que Jésus dira de la sienne, et c'est probablement ce que nous pouvons dire nous-mêmes de notre propre génération. La question, c'est : est-ce qu'on fait partie des justes ou pas ?
Lecture : Jérémie 5
Parcourez les rues de Jérusalem. Regardez donc et renseignez-vous. Cherchez sur les places, et si vous trouvez un homme, un seul, qui pratique le droit et recherche la vérité, alors je pardonnerai à la ville.
Lorsqu'il déclare « Le Seigneur est vivant », c'est pour faire un faux serment. Ton regard, Seigneur, n'est-il pas tourné vers la vérité ? Tu les as frappés, ils n'ont pas frémi. Tu les as exterminés et ils ont refusé la leçon. Ils ont rendu leur visage plus dur que le roc. Ils ont refusé de se convertir.
Et moi, je me disais : ce sont des misérables. Ils agissent comme des sots parce qu'ils ne connaissent pas le chemin du Seigneur ni le droit de leur Dieu. Alors j'irai chez les grands et je leur parlerai, car ceux-là connaissent le chemin du Seigneur et le droit de leur Dieu. Mais eux aussi, ils ont brisé le joug. Ils ont rompu les liens.
Voilà pourquoi le lion les attaque depuis la forêt, le loup des steppes les dévaste. Le léopard est aux aguets devant leur ville. Tous ceux qui en sortent sont mis en pièces. Car leurs révoltes se sont multipliées et leurs infidélités n'ont cessé de grandir.
Comment te pardonnerais-je ? Tes fils m'ont abandonné. Ils ont juré par des dieux qui n'en sont pas. Je les avais comblés, ils ont commis l'adultère. Ils se précipitent à la maison de la prostituée. Ils sont comme des étalons en rut, chacun hennissant vers la femme de son prochain. Et je pourrais ne pas sévir contre eux, oracle du Seigneur ? Ne pas me venger d'une telle nation ?
Escaladez ces terrasses et saccagez, mais n'en faites pas extermination. Enlevez ces sarments, car ils ne sont pas du Seigneur. Oui, la maison d'Israël et la maison de Juda m'ont vraiment trahi, oracle du Seigneur.
Ils ont renié le Seigneur. Ils ont dit : « Non, pas lui. Le malheur ne viendra pas sur nous. Nous ne verrons ni l'épée ni la famine. Quant aux prophètes, ils ne sont que du vent. La parole n'est pas en eux. » Qu'il leur soit fait selon ce qu'ils disent !
C'est pourquoi, ainsi parle le Seigneur Dieu de l'univers : Parce que vous avez dit cette parole, voici que je fais de mes paroles un feu dans ta bouche, et de ce peuple du bois que le feu dévorera.
Contre vous, maison d'Israël, voici que je fais venir de loin une nation, oracle du Seigneur. C'est une nation impétueuse, une nation très ancienne, une nation dont tu ne connais pas la langue, dont tu ne comprends pas ce qu'elle dit. Leur carquois est un sépulcre béant, car ils sont tous des héros.
Ils dévoreront ta moisson et ton pain. Ils dévoreront tes fils et tes filles. Ils dévoreront ton petit et ton gros bétail. Ils dévoreront ta vigne et ton figuier. Par l'épée, ils réduiront à rien tes villes fortifiées dans lesquelles tu mets ta confiance.
Pourtant, même en ces jours-là, oracle du Seigneur, je ne vous exterminerai pas. Et quand vous demanderez : « Pourquoi le Seigneur notre Dieu nous a-t-il fait tout cela ? » tu leur répondras : « De même que vous m'avez abandonné pour servir dans votre pays les dieux de l'étranger, de même vous servirez des étrangers dans un pays qui n'est pas le vôtre. »
Annoncez-le dans la maison de Jacob. Faites-le entendre en Juda. Écoutez donc ceci, peuple stupide et sans intelligence : ils ont des yeux et ne voient pas, des oreilles et n'entendent pas. Et moi, ne me craindrez-vous pas, oracle du Seigneur ? Ne tremblerez-vous pas devant moi ?
Et je pourrais ne pas sévir contre eux, oracle du Seigneur ? Ne pas me venger d'une telle nation ? Des infamies, des choses monstrueuses se commettent dans le pays. Les prophètes prophétisent le mensonge, les prêtres remplissent leurs mains, et mon peuple aime cela. Et que ferez-vous quand viendra la fin ?
Commentaire
Alors ça, ça fait partie des énigmes de ce chapitre. Chapitre 5, verset 1 :
Parcourez les rues de Jérusalem, regardez donc et renseignez-vous. Cherchez sur ces places si vous trouvez un homme, un seul, qui pratique le droit et recherche la vérité, alors je pardonnerai à la ville.
On dirait un défi. On ne sait pas très bien d'ailleurs à qui il est lancé, ce défi. À Jérusalem ? À Jérémie ?
Alors tout de suite, on pense à Abraham, intercédant pour Sodome. Remplacez Sodome par Jérusalem et Abraham par Jérémie, et on se dit qu'on a gagné au change. Abraham, il y avait un petit côté marchand de tapis. Souvenez-vous : s'il se trouve cinquante justes, puis ensuite on baisse à quarante, trente, vingt, dix. Et Abraham s'arrête à dix. On ne sait pas très bien d'ailleurs pourquoi. Et on se dit : bah là, Dieu est encore plus miséricordieux. S'il s'en trouve un seul, ça me suffira.
Sauf que c'est d'autant plus tragique, parce qu'on se penche vers le peuple, mais il pèche par ignorance. On se penche vers les élites, mais elles pèchent parce qu'elles sont corrompues. Donc à la plus grande miséricorde de Dieu répond le plus grand désastre moral de Jérusalem.
Et puis, c'est quand même très curieux, parce qu'Abraham intercédait pour Sodome. Et puis plus tard, on aura Moïse qui intercédait pour le peuple. Et là, Jérémie n'intercède pas. Alors que s'il y a bien un juste à Jérusalem, on pourrait au moins espérer que ce soit Jérémie. Il est prophète. Des hommes justes devant Dieu, des prophètes qui intercèdent, ça s'est déjà trouvé. Je reprends Moïse : Moïse en haut du mont Sinaï, juste après le veau d'or, qui intercède pour son peuple et qui le sauve. Mais là, c'est exactement pareil. On est juste après le veau d'or. Sauf que manifestement, Jérémie n'est ni Abraham ni Moïse, et il n'intercède pas.
D'ailleurs, ce n'est pas que Jérémie est méchant ou refuse d'intercéder. C'est parce que Dieu lui a interdit d'intercéder. Ça, on ne l'a pas encore vu. On le verra dans le chapitre 7 et dans le chapitre 15, Dieu le dira à Jérémie. Si vous voulez, il y a quelque chose quand même de très curieux : une plus grande miséricorde de Dieu qui abaisse le palier de dix à un, mais en même temps qui le relève en interdisant au prophète d'intercéder pour son peuple.
Alors, on fait quoi de tout ça ? D'abord, ça nous rappelle que Dieu n'est pas intéressé par la quantité. Là, il y a quelque chose d'extrêmement étonnant : Dieu, en fait, sauver une personne ou sauver un million de personnes, pour lui, c'est à peu près la même chose. D'une certaine manière, ce qui intéresse Dieu, c'est l'exemplarité. Ce qu'il cherche, c'est de voir qu'au moins c'est possible, que sur terre il y ait une parcelle de bien à l'état pur. Et c'est tout ce qu'il demande.
On avait déjà vu ça dans le livre des Juges. Souvenez-vous, le peuple entier qui se détournait de Dieu, et à ce moment-là il y avait une personne, un héros qui se levait, et le peuple était sauvé. Dieu est un artiste. Dieu, il ne fait pas dans le gros. Dieu, simplement, ce qu'il veut, c'est un chef-d'œuvre. Et si jamais il a obtenu ce chef-d'œuvre, si jamais il obtient cette perle précieuse sur un tas de fumier, il sauvera le tas de fumier pour qu'il y ait cette perle précieuse.
Sauf que là, le tas de fumier est parvenu tellement haut qu'un intercesseur humain, ça ne suffira plus. C'est pour ça d'ailleurs qu'il interdit à Jérémie d'intercéder. C'est parce qu'on aurait l'impression que si jamais ça, ça suffisait, on n'aurait pas compris à quel point de dépravation morale on en était venu. Sodome avait l'excuse d'être païenne dès l'origine. Le veau d'or, le peuple avait l'excuse de sortir de l'esclavage. Ici, on a vu à l'épisode précédent, il n'y a aucune excuse. Ils ont eu les prophètes, ils ont eu la loi, ils ont le temple, ils ont tout. Et c'est pour ça qu'il interdit maintenant à Jérémie d'intercéder. C'est parce que Jérémie, c'est peut-être un saint homme, mais sa sainteté n'est pas à la hauteur du péché qu'il doit sauver.
Ça vous donnera une phrase d'Origène — un Père de l'Église, d'ailleurs il n'est pas Père de l'Église, mais c'est quasiment tout comme — qui affirme que Dieu cherche toujours un intercesseur, et que lorsque personne ne peut se présenter, c'est lui-même qui viendra sous la forme du Fils pour sauver son peuple.
Mais on n'en est pas encore là. Pour l'instant, le défi est lancé, il reste à planer au-dessus de Jérusalem comme une malédiction. Et pour lever cette malédiction, il faudra attendre un certain nombre de siècles. Il n'y a que Dieu qui pourra la prendre pour la supporter. Il faudra qu'il envoie son Fils. Pour nous, Jésus-Christ s'est fait péché afin d'attirer la malédiction du péché sur lui.
Nous terminons par une prière.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, toi qui es venu sur terre pour intercéder pour l'humanité, parce que personne n'était juste, je connais mon péché, je connais mon injustice, et pourtant, Seigneur, tu as mis au fond de mon cœur le désir de la sainteté et le désir de l'intercession.
Seigneur, tu as mis en moi le goût de la prière, et je te prie pour mes proches, pour leurs difficultés financières, et pour mes enfants.
Ne compte pas sur mes mérites, mais sur ceux de ton Fils Jésus-Christ. Sauve mes proches, protège ma famille, guéris les malades, réconforte les affligés.
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