Jour 154 ☼ — Des lépreux, un miracle… et un monde qui bascule
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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 7 du deuxième livre des Rois, le frère Paul-Adrien lit l'annonce par Élisée de la fin soudaine de la famine à Samarie, la fuite inexpliquée des Araméens, la découverte du camp déserté par quatre lépreux, et la mort de l'écuyer incrédule piétiné à la porte de la ville. Le commentaire s'attache à une phrase curieuse du verset 6 — la peur des Araméens devant les Hittites et les Égyptiens — pour reposer la chronologie géopolitique de l'époque : deux empires en déclin, un empire assyrien montant que personne ne voit venir, et des royaumes divisés qui se font la guerre au lieu de s'allier. Ce chapitre devient alors la préfiguration d'un changement de civilisation, le passage de l'âge du fer I à l'âge du fer II, avec des sièges, des famines et des prophètes qui sauvent les situations à coups de miracles. Mais bâtir une stratégie à long terme uniquement sur des miracles, avec des rois et un peuple qui ne croient pas en Dieu, c'est le drame qui est en train de se nouer.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Nous reprenons l'histoire là où nous nous en étions arrêtés. Le roi, énervé par Élisée, avait promis de lui couper la tête à cause d'un siège initié par le roi d'Aram. Élisée va-t-il réussir à sauver sa vie ? Stress.
Lecture : 2 Rois 7
Élisée était assis dans sa maison et les anciens étaient assis avec lui. Le roi envoya un de ses hommes, mais avant que le messager n'arrive jusqu'à lui, Élisée dit aux anciens : « Vous l'avez vu, ce fils d'assassin a envoyé quelqu'un pour me couper la tête. Attention, dès que le messager arrivera, fermez la porte, repoussez-le avec la porte. N'est-ce pas derrière lui le bruit des pas de son maître ? »
Il parlait encore que déjà le messager descendait vers lui. Alors le roi dit : « Voici le malheur qui vient du Seigneur. Que puis-je encore espérer du Seigneur ? »
Élisée dit : « Écoutez la parole du Seigneur. Ainsi parle le Seigneur : demain, à la porte de Samarie, exactement à la même heure, on aura pour une pièce d'argent une mesure de fleur de farine ou deux mesures d'orge. »
L'écuyer du roi, celui sur la main duquel il s'appuie, répondit à l'homme de Dieu : « Même si le Seigneur ouvrait des fenêtres dans les cieux, cette parole s'accomplirait-elle ? » Élisée dit : « Eh bien, tu le verras de tes yeux, mais tu n'en mangeras pas. »
Il y avait devant la porte de Samarie quatre hommes qui étaient lépreux. Ils se dirent l'un à l'autre : « Pourquoi resterons-nous ici à attendre la mort ? Si nous décidons d'entrer dans la ville, la famine étant dans la ville, nous y mourrons. Si nous restons ici, nous mourrons également. Allez, passons au camp des Araméens. S'ils nous laissent en vie, nous vivrons. S'ils nous mettent à mort, eh bien, nous mourrons. »
Au crépuscule, ils se mirent en route pour se rendre au camp des Araméens. Ils allèrent jusqu'à l'extrémité du camp et voilà qu'il n'y avait plus personne. Le Seigneur avait fait entendre dans le camp des Araméens un bruit de chars, un bruit de chevaux, le bruit d'une grande troupe. Et ils s'étaient dit l'un à l'autre : « Voici que le roi d'Israël a pris à sa solde les rois des Hittites et les rois d'Égypte pour marcher contre nous. » Au crépuscule, les Araméens s'étaient mis en route et avaient pris la fuite, abandonnant leurs tentes, leurs chevaux et leurs ânes, en un mot, le camp tel qu'il était. Ils s'étaient enfuis pour sauver leur vie.
Les lépreux allèrent jusqu'à l'extrémité du camp et entrèrent dans une tente. Après avoir mangé et bu, ils emportèrent de l'argent, de l'or et des vêtements qu'ils allèrent cacher. Puis ils revinrent, entrèrent dans une autre tente et en emportèrent du butin qu'ils allèrent cacher.
Alors ils se dirent l'un à l'autre : « Ce n'est pas bien ce que nous faisons là. Ce jour est un jour de bonnes nouvelles. Si nous nous taisons et si nous attendons jusqu'à la lumière du jour, une faute pèsera sur nous. Allez, rentrons pour informer la maison du roi. »
Ils revinrent et appelèrent les gardiens de la porte de la ville. Ils les informèrent en disant : « Nous sommes entrés dans le camp des Araméens et voici qu'il n'y avait personne, aucune voix humaine, seulement les chevaux et les ânes attachés, ainsi que des tentes laissées telles quelles. » Les gardiens de la porte crièrent et on en informa la maison du roi à l'intérieur.
Le roi se leva de nuit et dit à ses serviteurs : « Il faut que je vous explique ce que les Araméens nous ont fait. Ils savent en effet que nous sommes affamés. Ils sont donc sortis du camp pour se cacher dans la campagne. Ils se sont dit : "Les gens de Samarie sortiront de la ville, nous les prendrons vivants et nous entrerons dans la ville." »
Un des serviteurs répondit : « Que l'on prenne donc cinq chevaux sur les derniers qui restent dans la ville. Ils sont comme toute la multitude d'Israël qui reste dans la ville, comme toute la multitude d'Israël qui est proche de sa fin. Envoyons-les et nous verrons. »
Ils prirent donc deux chars avec leurs chevaux. Et le roi les envoya sur les traces de l'armée des Araméens en disant : « Allez, voyez ! » Ils partirent sur leurs traces jusqu'au Jourdain. Or tout le chemin était jonché de vêtements et d'ustensiles jetés par les Araméens dans leur fuite précipitée. Les messagers revinrent en informer le roi.
Alors le peuple sortit et pilla le camp des Araméens. On eut pour une pièce d'argent une mesure de fleur de farine ou deux mesures d'orge, selon la parole.
À la porte, le roi avait posté l'écuyer, celui sur la main duquel il s'appuie. Les gens le piétinèrent à la porte et il mourut, comme l'avait dit l'homme de Dieu lorsque le roi était descendu vers lui. Tout se passa selon la parole que l'homme de Dieu avait dite au roi : « On aura pour une pièce d'argent deux mesures d'orge ou une mesure de farine, demain, exactement à la même heure, à la porte de Samarie. » L'écuyer avait répondu à l'homme de Dieu : « Même si le Seigneur ouvrait des fenêtres dans les cieux, cette parole-là s'accomplirait-elle ? » Et Élisée lui avait dit : « Eh bien, tu le verras de tes yeux, mais tu n'en mangeras pas. » C'est ce qui lui arriva. Les gens le piétinèrent à la porte et il mourut.
Commentaire
Il y a peut-être quelque chose sur lequel je voudrais attirer votre attention, une phrase curieuse, et qui va nous permettre de faire un point cette fois-ci non plus spirituel ou religieux, mais géopolitique. Ça permettra encore une fois de bien reposer la chronologie de tous les événements que vous êtes en train de voir. Et vous m'excuserez si certaines choses sont redites, mais la pédagogie est l'art de la répétition. Au moins, je suis sûr que tout le monde comprendra bien, ce qui est important puisqu'on est en train de mélanger pas mal de choses : Jérémie, les petits prophètes, un Rois, deux Rois, etc.
Bref, la phrase qui est curieuse se situe au verset 6 :
Le Seigneur avait fait entendre dans le camp des Araméens un bruit de chars, un bruit de chevaux, le bruit d'une grande troupe.
Les Araméens, c'est les grands ennemis de l'époque. Et ce bruit de chars, ce bruit de chevaux, ce sont les armées célestes dont on avait vu, épisode précédent, qu'Élisée en était le véritable chef. Bon, je continue mon verset :
Et les Araméens s'étaient dit l'un à l'autre : « Voici que le roi d'Israël a pris à sa solde les rois des Hittites et les rois d'Égypte pour marcher contre nous. »
Et je trouve ça curieux. Je trouve ça curieux parce que, souvenez-vous de ce que je vous avais dit, les Hittites et les Égyptiens, c'étaient les deux grands empires. Mais c'étaient. Ils sont maintenant en période de déclin. L'empire hittite s'est totalement décomposé en une multitude de petits royaumes indépendants et l'empire égyptien est en pleine récession. Et je vous ai expliqué que ces deux grands empires qui avaient dominé la région, en laissant la place, avaient permis à ces royaumes, Aram, Israël, d'émerger. Et là, on nous présente ces deux empires, hittite et égyptien, comme faisant un retour, un comeback tardif sur scène.
Et moi, je dis, c'est assez curieux, parce que les Araméens, si jamais il y a bien quelqu'un dont ils devraient avoir peur, ce ne sont ni les Hittites ni les Égyptiens, ce sont leurs voisins qui sont juste au nord d'eux et qui sont la grande puissance montante de l'époque : ce sont les Assyriens. Je le dis d'autant plus que, quelques années avant cette guerre entre Israël et Aram, vous aviez eu une coalition, Aram et Israël, qui s'étaient unis pour lutter contre l'empire assyrien. Ce qu'on appelle la bataille de Qarqar. Alors, elle n'est pas dans la Bible, mais elle a existé, cette bataille.
Et ça, si vous voulez, ça veut quand même dire une ou deux choses. Ça veut dire, un, que les Araméens, manifestement, ne comprennent pas très bien ce qui est en train de se passer, et pourtant ils ont vu l'Assyrie monter, puisqu'ils ont déjà entamé des guerres contre eux. Deux, ce que ça veut dire aussi, c'est qu'Élisée avait peut-être essayé de nouer une alliance diplomatique entre Aram et Israël pour lutter contre l'empire assyrien montant. Enfin, c'est quand même Élisée qui a guéri le général en chef araméen, c'est quand même Élisée qui avait permis à une première guerre de se résoudre pacifiquement. Il y a peut-être ça en arrière-fond. Et le fait que maintenant, ils soient à nouveau en train de se faire la guerre les divise, les affaiblit, et ils ne seront pas prêts quand les grands empires de l'Est, les grands empires mésopotamiens, vont arriver.
C'est ça, la signification profonde, géopolitique, de ce chapitre que vous venez d'entendre. Et quand vous avez ça en tête, ça prend une autre tournure. En fait, ce chapitre, c'est une préfiguration de ce qui est en train d'arriver. Les grands empires qui arrivent, et personne n'est prêt. Des sièges qui sont maintenant faits contre des villes. C'est plus des batailles dans des campagnes isolées, c'est des vrais sièges qui se terminent avec des famines telles qu'on en vient à manger ses propres enfants. On est en train de changer d'échelle, là, à mot couvert.
Les archéologues, ils appellent ça la transition entre l'âge du fer I — parce que c'est les grands empires qui avaient caractérisé l'âge du bronze, les Hittites, les Égyptiens, qui sont en train de disparaître — pour passer maintenant à l'âge du fer II, caractérisé par les grands empires mésopotamiens. Et là, personne ne voit le changement de civilisation qui est en train d'arriver.
Et puis, quitte à parler d'anticipation, d'une préfiguration : vous avez aussi un prophète qui est capable, à lui seul, de mettre une armée en déroute. Enfin, vous voyez cette histoire avec les lépreux qui tombent, par hasard pourrait-on dire, sur un camp qui est déserté. Eh bien ça, on le trouvera aussi plus tard, avec des empires cette fois-ci, les empires assyriens, contre le roi, le roi de Juda, le roi Ézéchias.
Donc, ce chapitre, c'est un entraînement pour ce qui est en train d'arriver. Et manifestement, c'est un entraînement où personne n'est prêt. Des guerres d'une autre ampleur, qui sont en train de se mettre en place, avec un état d'impréparation politique et diplomatique magistral, et des prophètes qui font ce qu'ils peuvent, qui vont réussir à sauver les situations à coups de miracle. Mais c'est toujours risqué de bâtir une stratégie à long terme uniquement sur des miracles, surtout quand vous avez des rois et un peuple qui ne croient pas en Dieu. Là, il y a un drame qui est en train de se nouer.
Psaume 112
Alléluia ! Louez, serviteurs du Seigneur, louez le nom du Seigneur.
Béni soit le nom du Seigneur, maintenant et pour les siècles des siècles. Du levant au couchant du soleil, loué soit le nom du Seigneur.
Le Seigneur domine tous les peuples, sa gloire domine les cieux. Qui est semblable au Seigneur notre Dieu ? Lui, il siège là-haut, mais il abaisse son regard vers le ciel et vers la terre.
De la poussière, il relève le faible, il retire le pauvre de la cendre pour qu'il siège parmi les princes, parmi les princes de son peuple. Il installe en sa maison la femme stérile, heureuse mère au milieu de ses fils.
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