Jour 154 ☾ — Quand fuir devient un acte de foi
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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 6 de Jérémie, le frère Paul-Adrien lit l'ordre de fuir Jérusalem, le son du cor à Tekoa, le siège annoncé et la destruction méthodique de la ville. Il rappelle d'abord que la répétition des oracles de malheur n'est pas de la cruauté mais un avertissement obstiné destiné à éviter le drame. Le commentaire montre que Dieu, cette fois, ne promet plus la protection mais ordonne la fuite, car la bataille est perdue d'avance — comme Jésus le dira à son tour avant le siège romain. Fuir n'est pas lâcheté : c'est parfois du bon sens, une sagesse à demander pour reconnaître les combats qui valent la peine d'être menés.
Introduction
Jérémie, chapitre 6. Petite remarque d'ordre général sur les prophètes. Vous devez le sentir, il n'y a pas un chapitre qui ressemble plus à l'autre que le précédent ou le suivant. On a l'impression d'entendre toujours plus ou moins la même chose. Alors on se demande comment est-ce qu'on va réussir à y trouver de l'intérêt, c'est quoi la nouveauté de ce chapitre ?
Mais vous savez, le premier but de ces chapitres, ce n'est pas d'apporter de l'originalité. Le premier but de ces chapitres, c'est d'éviter qu'il y ait un drame qui arrive. Vous savez, à lire de manière superficielle les prophètes, à force d'entendre des oracles de malheur, on a l'impression d'un Dieu sanguinaire qui se complaît dans des annonces de malheurs à venir avec des images d'une cruauté inouïe. La vérité, c'est que si Dieu les dit, les redit et les redit encore, toujours, partout et sans cesse, c'est précisément pour éviter que ça n'arrive.
Et ça, ça vous donne le chapitre que vous allez entendre, qui d'ailleurs commence par un avertissement, l'ordre de fuir Jérusalem. Précisément, vous voyez, éviter à tout prix la catastrophe : « Fuyez, fils de Benjamin, hors de Jérusalem. »
Et alors, pour que tout le monde comprenne bien, parce que ce que Dieu souhaite, c'est que l'avertissement soit entendu, cette fois-ci, Dieu prend l'image de la trompette. La trompette, dans le Nouveau Testament, c'est ce qui annoncera le jugement dernier. C'est le signal que Dieu donne auquel personne sur terre ne peut se soustraire. C'est ça que symbolise la trompette. Ici, ce sera le verset que vous entendrez : « Sonnez du cor à Tekoa » — ça, c'est au nord — « sur Beth-Akérem, dressez un signal » — ça, c'est au sud. C'est-à-dire que Dieu prévient tout le monde. Il refuse de ne pas donner un dernier avertissement.
Et là, vous aurez le siège de Jérusalem qui est prédit. Alors, chose curieuse, on a l'impression que c'est Dieu qui devient le général en chef et qui parle à son armée qui est en train d'assiéger Jérusalem. C'est lui qui dirige le combat : « Ainsi parle le Seigneur de l'univers : coupez du bois, amoncelez un remblai contre Jérusalem, la ville qui sera punie. » Et vous voyez comment, à ne pas entendre les paroles des prophètes, vous êtes en train de transformer Dieu, qui passe de l'ami qui vous avertit à l'ennemi qui vous assiège. Et puis, vous aurez les images de la destruction méthodique que Dieu va prendre.
Lecture : Jérémie 6
Fils de Benjamin, cherchez refuge hors de Jérusalem. Sonnez du cor à Tekoa. Sur Beth-Akérem, dressez un signal. Car un malheur survient depuis le nord, un grand désastre.
La toute belle, la délicate, la fille de Sion, je l'ai réduite au silence. Vers elle se dirigent des bergers et leurs troupeaux. Contre elle, tout autour, ils ont planté leurs tentes, et chacun fait brouter sa part.
« Sanctifiez-vous pour lui faire la guerre. Debout, montons à l'assaut en plein midi. Malheur à nous, le jour décline, les ombres du soir s'allongent. Debout, montons à l'assaut en pleine nuit. Détruisons ces citadelles. »
Ainsi parle le Seigneur de l'univers : « Coupez du bois, amoncelez un remblai contre Jérusalem, la ville qui sera punie. Tout en elle est oppression. Comme une citerne qui garde son eau, elle garde sa malice. On entend chez elle violence et dévastation. Mes yeux ne voient que blessures et maladies.
Corrige-toi, Jérusalem, de peur que je ne me détache de toi, que je te réduise en un lieu désolé, en terre inhabitée. »
Ainsi parle le Seigneur de l'univers : « On va grappiller à fond comme la vigne ce qui reste d'Israël. Que ta main repasse comme celle du vendangeur sur les sarments. »
Devant qui parlerai-je ? Devant qui témoigner pour qu'ils m'entendent ? Voici que leur oreille est incirconcise, ils ne peuvent pas être attentifs. Voici que la parole du Seigneur est devenue pour eux une insulte, ils n'en veulent pas.
Je suis rempli de la colère du Seigneur et fatigué de la contenir. « Déverse-les toutes à la fois sur le petit enfant dans la rue et sur le groupe des jeunes gens. Oui, l'homme et la femme seront pris, le vieillard et celui qui est comblé de jours. Leurs maisons passeront à des étrangers, ainsi que leurs champs et leurs femmes, car j'étendrai la main contre les habitants du pays. » — oracle du Seigneur.
Du plus petit jusqu'au plus grand, ils sont tous assoiffés de profit. Du prophète jusqu'au prêtre, ils s'adonnent tous aux mensonges. Ils traitent à la légère la blessure de mon peuple en disant « la paix, la paix » alors qu'il n'y a pas de paix. Par leur abomination, ils se couvrent de honte. Mais ils n'éprouvent pas la moindre honte, ils ne savent même plus rougir. Aussi tomberont-ils avec les autres. Ils trébucheront au temps où je les visiterai, dit le Seigneur.
Ainsi parle le Seigneur : « Arrêtez-vous en chemin et voyez. Interrogez les sentiers de toujours : où donc est le chemin du bien ? Suivez-le et trouvez pour vous-mêmes le repos. » Mais ils disent : « Nous ne le suivrons pas. »
« J'ai suscité pour vous des guetteurs : faites attention au son du cor. » Mais ils disent : « Nous ne ferons pas attention. »
C'est pourquoi, nations, écoutez, et toi, assemblée du peuple, apprends ce qui va leur arriver. Terre, écoute ! Voici que je fais venir sur ce peuple un malheur, le fruit de leurs projets, car ils n'ont pas fait attention à mes paroles, ils ont méprisé ma loi.
Que m'importe l'encens de Saba et les aromates d'une terre lointaine ? Vos holocaustes ne me plaisent pas, vos sacrifices ne me sont pas agréables.
C'est pourquoi, ainsi parle le Seigneur : « Voici que je place devant ce peuple des embûches sur lesquelles pères et fils trébucheront ensemble, et le voisin et son ami périront. »
Ainsi parle le Seigneur : « Voici qu'un peuple arrive du pays du Nord. Aux confins de la terre s'éveille une grande nation. Ils empoignent arcs et javelots. Ils sont cruels, sans aucune compassion. Leurs voix grondent comme la mer. Sur des chevaux, ils sont montés, rangés comme un seul homme pour la bataille, contre toi, fille de Sion. »
Nous en avons entendu la rumeur, nos mains faiblissent. L'angoisse nous saisit comme les douleurs d'une femme qui accouche.
Ne sortez pas dans les champs, n'allez pas sur la route : l'épée de l'ennemi est là, de tous côtés c'est l'épouvante.
Ô fille de mon peuple, revêts-toi de sac et roule-toi dans la cendre. Prends le deuil comme pour un fils unique, amertume et complainte, car le dévastateur soudain arrive sur nous.
Je t'ai établi comme une forteresse pour soumettre mon peuple à l'épreuve, afin que tu connaisses et éprouves sa conduite. Ce sont tous des rebelles invétérés, des semeurs de calomnies, du bronze et du fer. Ce sont tous des destructeurs.
Le soufflet gronde pour que le plomb soit éliminé par le feu. Mais c'est en vain que l'on s'efforce d'épurer : ce qui est mauvais ne se détache pas. « Argent de rebut », voilà comment on les appelle. Oui, le Seigneur les a mis au rebut.
Commentaire
Je reprends l'ordre de fuir Jérusalem :
Fuyez, fils de Benjamin, hors de Jérusalem. Sonnez de la trompette à Tekoa. Dressez un signal sur Beth-Akérem, car du nord se profile un malheur, une immense catastrophe.
Des habitants appelés à fuir, parce que la destruction est inévitable, et Dieu veut faire en sorte que cet avertissement, tout le monde l'entende.
Oui, mais pourquoi est-ce que Dieu, maintenant, montre sa miséricorde en ordonnant de fuir Jérusalem, alors que d'habitude, il promettait plutôt la protection quand on lui restait fidèle ? C'est parce que parfois, et ça rejoint notre vie, parfois il y a des situations, c'est… fichu, on a perdu. Ça ne sert plus à rien de se battre, la seule issue est la fuite.
Si jamais je voulais même continuer en étant presque cruel, je pourrais vous dire que ce que vous entendez avec Jérémie, c'est un jour ce que vous entendrez aussi exactement pareil avec Jésus. Pareil, le même siège de Jérusalem par un empire, sauf que là, ce ne sera pas les Babyloniens, mais ce sera l'Empire romain, et à nouveau un prophète — là, ce sera Jésus — qui vous dira : « Eh bien, fuyez ! » Et qui dira, Luc chapitre 21, verset 20 : quand vous verrez Jérusalem investie par des armées, alors sachez que sa dévastation est proche ; que ceux qui sont en Judée s'enfuient dans les montagnes.
C'est quand même curieux. Une capitale qui aura été détruite non pas une fois, mais deux fois, et dont la destruction aura été prédite non pas une fois, mais deux fois. Et toujours des hommes qui s'attachent à sauver des situations qui ne sont pas sauvables.
Alors ça, quand même, vous savez, avant de se moquer d'eux — si jamais on se moque d'eux — ça nous rappelle que dans notre vie, on est aussi les champions du monde pour ne pas voir les combats qui sont perdus d'avance.
Ça, c'est un thème que vous retrouvez dans l'art de la guerre, d'ailleurs. Ce que vous révèle l'art militaire, c'est que la fuite, parfois, c'est un acte stratégique. Sun Tzu, L'Art de la guerre : la meilleure victoire est celle que l'on obtient sans combat. Et encore Jules César, si jamais il fallait des citations : une retraite ordonnée vaut mieux qu'une résistance suicidaire.
Dans le cas de Jérémie chapitre 6, là, le chapitre que vous venez d'entendre, Dieu sait que la bataille est perdue. Juda a dépassé le point de non-retour. À force de faire n'importe quoi et de s'enfermer dans une situation diplomatique internationale où on sait qu'un petit empire ne peut pas sortir vainqueur de ces espèces de machines à broyer mésopotamiennes qui arrivent, fuir, c'est la seule option pour préserver un reste fidèle.
Et dans la Bible, vous aviez déjà eu des exemples comme ça. Joseph et toute sa famille qui avaient fui en Égypte. David qui fuit devant Saül. Fuir, ce n'est pas toujours un acte de lâcheté. Parfois, fuir, c'est du bon sens.
Et ça, vous pouvez l'appliquer dans nos vies. Ce que je vous disais sur nos relations toxiques, sur des environnements de travail qui sont devenus tellement compliqués qu'on ne sait plus comment s'en sortir. Parfois, on est au milieu aussi de gens qui sont d'une telle tentation pour nous. C'est ce que dira l'Apôtre : les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs. Parfois, Dieu n'attend pas qu'on endure des situations impossibles, mais qu'on les quitte.
C'est une grande sagesse qu'on peut demander à Dieu : c'est savoir reconnaître dans nos vies les combats qui valent la peine d'être menés. Parfois, la vraie foi, ça consiste non pas à s'accrocher à des situations perdues, mais à redevenir comme Abraham, « un Araméen errant », comme dit la Bible. « Va et quitte la maison de ton père. »
Et vous savez, ce parallèle est peut-être plus intéressant qu'il n'y paraît. Parce que d'après l'archéologie, Abraham quitte Our des Chaldéens parce qu'il y avait une invasion élamite qui était en train de se préparer. Ça vous montre l'angoisse d'Abraham qui va vers l'inconnu, mais qui, en fuyant une ville, fonde une civilisation. Que nous puissions faire la même chose.
Nous terminons par une prière.
Prière
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, donne-nous la sagesse de savoir les combats que nous pouvons mener. Donne-nous, Seigneur, de pouvoir reconnaître ce qui peut être gagné et de pouvoir reconnaître ce qui ne peut pas être gagné. De pouvoir mettre nos forces là où tu nous demandes de mener des combats, et de fuir quand nous avons un adversaire plus puissant que nous.
Des relations toxiques qui nous tirent constamment vers le bas. Des tentations qui nous dépassent, Seigneur, en face de nos ennemis. Et des défaites qui peut-être s'approchent.
Donne-nous de ne pas être vaincus, de ne pas nous résigner, de ne pas chercher à avoir des baroudes d'honneur et de ne pas attendre inutilement la défaite qui va venir. Réveille-nous et donne-nous envie de vivre en fuyant ce qui doit être fui.
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