CapBibliqueCapBiblique

Jour 152 ☼ — Naaman : la foi d'un païen, le refus d'un prophète

← J151 ☾ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J152 ☾ →


Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 5 du deuxième livre des Rois, le frère Paul-Adrien lit le récit célèbre de Naaman, général en chef des armées araméennes, guéri de sa lèpre après s'être plongé sept fois dans le Jourdain sur l'ordre d'Élisée. Le commentaire souligne que Dieu place toujours, aux moments décisifs de la révélation, un païen venu de nulle part comme modèle de foi — Jéthro, Rahab, Ruth, et maintenant un général ennemi. Il relève la délicatesse d'Élisée, qui laisse Naaman dans sa condition, et le contraste cruel avec Guéhazi, qui perd la foi et la santé au moment même où le païen se convertit. Tout le chapitre annonce déjà les questions de l'Évangile.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

Un épisode célébrissime ! Naaman, le Syrien, qui vient demander le baptême. Pas besoin de l'introduire, laissez-vous porter par le récit. Deuxième livre des Rois, chapitre 5.

Lecture : 2 Rois 5

Naaman, chef de l'armée du roi d'Aram, était un homme de grande valeur et hautement estimé par son maître, car c'est par lui que le Seigneur avait donné la victoire au royaume d'Aram. Or, ce vaillant guerrier était lépreux.

Des Araméens, au cours d'une expédition en terre d'Israël, avaient fait prisonnière une fillette, qui fut mise au service de la femme de Naaman. Elle dit à sa maîtresse : « Ah ! si mon maître s'adressait au prophète qui est à Samarie, celui-ci le délivrerait de sa lèpre. »

Naaman alla auprès du roi et lui dit : « Voilà ce que la jeune fille d'Israël a déclaré. » Le roi d'Aram lui répondit : « Va, mets-toi en route, j'envoie une lettre au roi d'Israël. »

Naaman partit donc. Il emportait dix lingots d'argent, six mille pièces d'or et dix vêtements de fête. Il remit la lettre au roi d'Israël. Celle-ci portait : « En même temps que te parvient cette lettre, je t'envoie Naaman, mon serviteur, pour que tu le délivres de sa lèpre. »

Quand le roi d'Israël lut ce message, il déchira ses vêtements et s'écria : « Est-ce que je suis Dieu, maître de la vie et de la mort ? Ce roi m'envoie un homme pour que je le délivre de sa lèpre. »

Vous le voyez bien, c'est une provocation.

Quand Élisée, l'homme de Dieu, apprit que le roi d'Israël avait déchiré ses vêtements, il lui fit dire : « Pourquoi as-tu déchiré tes vêtements ? Que cet homme vienne à moi, et il saura qu'il y a un prophète en Israël. »

Naaman arriva avec ses chevaux et son char et s'arrêta à la porte de la maison d'Élisée. Élisée envoya un messager lui dire : « Va te baigner sept fois dans le Jourdain, et ta chair redeviendra nette, tu seras purifié. »

Naaman se mit en colère et s'éloigna en disant : « Je m'étais dit : sûrement il va sortir et se tenir debout pour invoquer le nom du Seigneur, puis il agitera sa main au-dessus de l'endroit malade et guérira ma lèpre. Est-ce que les fleuves de Damas, l'Abana et le Parpar, ne valent pas mieux que toutes les eaux d'Israël ? Si je m'y baignais, est-ce que je ne serais pas purifié ? » Il tourna la bride et partit en colère.

Mais ses serviteurs s'approchèrent pour lui dire : « Père, si le prophète t'avait ordonné quelque chose de difficile, tu l'aurais fait, n'est-ce pas ? Combien plus lorsqu'il te dit : baigne-toi et tu seras purifié. »

Il descendit jusqu'au Jourdain et s'y plongea sept fois, pour obéir à la parole de l'homme de Dieu. Alors sa chair redevint semblable à celle d'un petit enfant. Il était purifié.

Il retourna chez l'homme de Dieu avec toute son escorte. Il entra, se présenta devant lui et déclara : « Désormais, je le sais, il n'y a pas d'autre Dieu sur toute la terre que celui d'Israël. Je t'en prie, accepte un présent de ton serviteur. » Mais Élisée répondit : « Par la vie du Seigneur que je sers, je n'accepterai rien. » Naaman le pressa d'accepter, mais il refusa.

Naaman dit alors : « Puisque c'est ainsi, permets que ton serviteur emporte de la terre de ce pays autant que deux mulets peuvent en transporter. Car je ne veux plus offrir ni holocauste ni sacrifice à d'autres dieux qu'au Seigneur, Dieu d'Israël. Mais que le Seigneur pardonne à ton serviteur le geste que voici : lorsque mon maître entre dans le temple de Rimmon pour s'y prosterner, et qu'il s'appuie sur ma main, je me prosterne aussi dans le temple de Rimmon. Daigne le Seigneur pardonner ce geste à son serviteur. » Élisée lui dit : « Va en paix. »

Et Naaman s'éloigna. Il était à une certaine distance quand Guéhazi, serviteur d'Élisée, l'homme de Dieu, se dit : « Voici que mon maître a ménagé Naaman, cet Araméen, en n'acceptant pas de sa main ce qu'il avait apporté. Par le Seigneur qui est vivant, je vais courir derrière lui et j'obtiendrai de lui quelque chose. »

Guéhazi s'élança derrière Naaman. Celui-ci le vit courir derrière lui et descendit de son char pour aller à sa rencontre. Il lui dit : « Tout va bien ? » L'autre répondit : « Tout va bien. Mon maître m'a envoyé te dire ceci : à l'instant, voici qu'arrivent auprès de moi deux jeunes gens venant de la montagne d'Éphraïm, de chez les frères prophètes. Donne pour eux, je te prie, un lingot d'argent et deux vêtements de fête. » Naaman répondit : « Accepte de prendre deux lingots. » Et il insista auprès de lui.

Naaman prit deux lingots d'argent qu'il enferma avec deux habits dans deux sacoches. Il les remit à deux de ses serviteurs qui les portèrent en précédant Guéhazi. Arrivé à l'Ophel de Samarie, celui-ci prit le tout de leurs mains et le déposa chez lui. Il renvoya les hommes qui s'en allèrent.

Puis il vint se présenter devant son maître. Élisée lui demanda : « D'où viens-tu, Guéhazi ? » Il répondit : « Ton serviteur n'est allé nulle part. » Élisée lui dit : « Mon cœur n'était-il pas avec toi lorsqu'un homme s'est précipité de son char pour aller à ta rencontre ? Est-ce le moment de prendre de l'argent, de prendre des vêtements, des oliviers et des vignes, du petit et du gros bétail, des serviteurs et des servantes, alors que la lèpre de Naaman va s'attacher à toi et à ta descendance pour toujours ? » Et Guéhazi se retira, lépreux, couleur de neige.

Commentaire

Reprenons ce récit extraordinaire du baptême de Naaman. C'est étonnant, comment dans la Bible, à chaque fois qu'il y a une avancée cruciale dans la révélation, il y a, venant de nulle part, un païen idolâtre qui arrive pour servir de modèle. Souvenez-vous : avec Moïse, vous avez vu Jéthro qui arrivait venu d'on ne sait où ; avec Jéricho, Josué qui conquiert la première ville, vous aviez Rahab la prostituée ; ensuite, avec David, venue de nulle part, Ruth la Moabite, qui va fonder avec Booz sa famille ; et là, venu de nulle part encore, un général syrien, Naaman.

Bon, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que Dieu a soin de faire attention à ce que la religion d'Israël ne sombre pas dans un chauvinisme étroit. On a vu comment Dieu confiait des oracles à certains prophètes contre les nations. On a même vu Dieu envoyer des prophètes à leur corps défendant — Jonas quand même ! — pour qu'ils évangélisent ces païens.

Bon, eh bien là, on est avec Élisée. Élisée, on a dit qu'il faisait ses miracles uniquement à l'intérieur d'Israël. Pas par chauvinisme, mais parce qu'il faut refonder Israël, refaire d'elle la lumière des nations pour ensuite, dans un deuxième temps, partir à l'évangélisation. Mais là, c'est comme si, à nouveau, avec cet étranger venu de nulle part, c'était Dieu qui mettait un pied dans la porte pour dire à Élisée : n'oublie pas, c'est par là aussi qu'un jour il faudra aller.

Avec ces quelques païens venus de nulle part, c'est Dieu qui vous rappelle qu'il y a une prétention universaliste dans la religion israélite et qu'il ne faut pas l'oublier. Cette visée universaliste, pour l'instant, elle vous est simplement rappelée pour vous dire que des païens de bonne volonté, ça existe, et il y en a plein. C'étaient les matelots de Jonas, c'est Rahab la prostituée, c'est Ruth la Moabite, et c'est Naaman le Syrien.

Sauf que Naaman le Syrien, ça a dû leur faire tout drôle. Parce que Naaman le Syrien, en fait, il faudrait plutôt dire Naaman l'Araméen. C'est le général en chef des armées araméennes. Et les Araméens, ce sont les ennemis de l'époque. Je ne sais pas si vous avez fait attention, mais des guerres contre les Araméens, il y en a eu pas mal depuis quelques chapitres. Donc, derrière Naaman l'Araméen, il y a quelque chose d'assez grinçant, en fait. Enfin, de drôle, je ne sais pas. De voir comment un prophète d'Israël est en train de soigner le général en chef ennemi.

C'est comme si, pendant la Seconde Guerre mondiale — bon, je suis désolé, c'est toujours un exemple un peu facile, mais ça vous montre bien — vous imaginez le général Rommel, commandant en chef de la Wehrmacht sur le front ouest, qui va voir le général de Gaulle, réfugié à Londres, pour lui dire : au fait, j'ai un cancer, tu n'aurais pas un prêtre catholique français à me passer pour qu'il me fasse une onction des malades ? Et voilà que le prêtre catholique français, faisant une onction des malades au général en chef Rommel, tout d'un coup le guérit de son cancer. Ah ! Ça a dû leur faire tout drôle, à tout le monde.

Sauf qu'ici, Naaman le Syrien se convertit. Alors il est touchant, parce qu'il va voir Élisée pour lui dire : mais j'ai quand même un problème, parce qu'il va falloir que, à nouveau, je sacrifie dans le temple de Rimmon. Rimmon, c'est un autre nom de Hadad, dieu de l'orage, dieu protecteur des Araméens. Et ce qui est encore plus étonnant, c'est de voir qu'Élisée lui dit : allez, tu feras ce que tu pourras, quoi. Je vous cite :

« Daigne le Seigneur pardonner ce geste à son serviteur. »

Et la réponse d'Élisée : « Va en paix. »

Et ça, comme me dit mon commentateur — qui décidément est un très bon commentateur, Leithart — il me dit : ça vous rappellera plus tard ce que dira saint Paul, que chacun reste dans la condition où Dieu l'a trouvé. Oui, vous êtes en train de vous convertir. On sait qu'il y aura des choses compliquées sur la nourriture sacrifiée aux idoles, etc. On se calme. On ne va pas vous en rajouter en plus.

Ça, au XXe siècle, ça posait des questions très délicates. C'était notamment sur la question de la polygamie. Vous faites quoi quand vous allez prêcher l'Évangile en Afrique ? Il y avait des tribus entières qui étaient polygames. Et vous leur dites : maintenant, vous restez ou vous ne restez pas avec vos femmes. C'est ce genre de question-là. Bon, je ferme la parenthèse et je reviens à mon sujet.

La subversion, la contre-réforme en train de se mettre en place dans Israël. Et on arrive cette fois-ci au serviteur Guéhazi, qui, lui, en profite pour se faire de l'argent au passage. Un clou chasse l'autre : au moment où Naaman se convertit, Guéhazi perd la foi. Guéhazi, on l'avait déjà senti un petit peu hésitant ; c'était lui qui, à l'épisode précédent, n'avait pas réussi à faire le miracle. Et Guéhazi, là, vous venez de le voir se faire congédier par Élisée. Il ne réapparaîtra plus.

Élisée a perdu un serviteur israélite, Guéhazi, pour en gagner un autre, un serviteur païen, Naaman, qui retourne à la cour du roi. Ça, derrière, vous sentez l'allusion qu'il y a. Derrière Guéhazi, c'est la communauté israélite qui est réticente à ce mouvement, qui n'arrive pas à bien saisir toute la mystique qu'il y a derrière, qui n'arrive pas à faire des miracles, et surtout qui n'arrive pas à s'ouvrir aux païens, et qui finit par être rejetée.

Enfin, quand je vous dis que ça sent bon l'Évangile, tous ces chapitres : derrière, ce seront exactement les mêmes questions au temps de Jésus.

Psaume 108

Dieu de ma louange, sors de ton silence. La bouche de l'impie, la bouche du fourbe s'ouvre contre moi. Il parle de moi pour dire des mensonges, il me cerne de propos haineux, il m'attaque sans raison.

Au prix de mon amitié, il m'accuse, moi qui ne suis que prière. Ils me rendent le mal pour le bien, ils paient mon amitié de leur haine.

Charge un impie de l'attaquer, qu'un accusateur se tienne à sa droite. À son procès, qu'on le déclare impie, que sa prière soit comptée comme une faute.

Que les jours de sa vie soient écourtés, qu'un autre prenne sa charge. Que ses fils deviennent orphelins, que sa femme soit veuve. Qu'ils soient errants, vagabonds, ses fils, qu'ils mendient, expulsés de leurs ruines.

Qu'un usurier se saisisse de tout son bien, que d'autres s'emparent du fruit de son travail. Que nul ne lui reste fidèle, que nul n'ait pitié de ses orphelins. Que soit retranchée sa descendance, que son nom s'efface avec ses enfants.

Qu'on rappelle au Seigneur les fautes de ses pères, que les péchés de sa mère ne soient pas effacés. Que le Seigneur garde cela devant ses yeux et retranche de la terre leur mémoire.

Ainsi, celui qui m'accuse oublie d'être fidèle : il persécute un pauvre, un malheureux, un homme blessé à mort. Puisqu'il aime la malédiction, qu'elle entre en lui ; il refuse la bénédiction, qu'elle s'éloigne de lui. Il a revêtu comme un manteau la malédiction : qu'elle entre en lui comme de l'eau, comme de l'huile dans ses os, qu'elle soit l'étoffe qui l'habille, la ceinture qui ne le quitte plus. C'est ainsi que le Seigneur paiera mes accusateurs, ceux qui profèrent le mal contre moi.

Mais toi, Seigneur Dieu, agis pour moi à cause de ton nom. Ton amour est fidèle, délivre-moi. Vois, je suis pauvre et malheureux, au fond de moi, mon cœur est blessé.

Je m'en vais comme le jour qui décline, comme l'insecte qu'on chasse. J'ai tant jeûné que mes genoux se dérobent ; je suis amaigri, décharné. Et moi, on me tourne en dérision ; ceux qui me voient hochent la tête.

Aide-moi, Seigneur mon Dieu, sauve-moi par ton amour. Ils connaîtront que là est ta main, et que toi, Seigneur, tu agis.

Ils maudissent, toi tu bénis ; ils se sont dressés, ils sont humiliés, ton serviteur est dans la joie. Qu'ils soient couverts d'infamie, mes accusateurs, et revêtus du manteau de la honte.

À pleine voix, je rendrai grâce au Seigneur, je le louerai parmi la multitude, car il se tient à la droite du pauvre pour le sauver de ceux qui le condamnent.


← J151 ☾ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J152 ☾ →