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Jour 157 ☾ — Idoles creuses ou Dieu vivant ?

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Résumé : Ce chapitre 10 de Jérémie clôt le grand oracle contre Juda par une attaque frontale, ironique et sanglante, contre les faux dieux : du bois coupé en forêt, cloué pour ne pas vaciller, incapable de parler ou de marcher, face au Dieu véritable, vivant et roi pour toujours. Le frère Paul-Adrien décrit ensuite la fabrication réelle des idoles antiques et le rituel d'« ouverture de la bouche » censé les animer, avant de retourner le miroir vers nos propres écrans et nos dépendances contemporaines. Il explique enfin la différence décisive entre l'idole, qui prétend enfermer la transcendance et ses pouvoirs, et le sacrement chrétien, qui rejoint Dieu par le chemin de l'incarnation et du don gratuit. L'épisode se termine par les psaumes 115 et 116.

Introduction

Jérémie, chapitre 10, c'est la fin de notre oracle contre Juda qui nous a emmenés des chapitres 7, 8, 9 jusqu'à 10. Et aujourd'hui, nous terminons, clou final, par un chapitre d'une ironie sanglante, une attaque frontale contre les faux dieux, où Dieu, à travers Jérémie, ridiculise les faux dieux. C'est le choc brutal. C'est un texte puissant que vous allez entendre. Il est sarcastique et en même temps, il est profond, parce qu'il expose bien la stupidité humaine et rappelle qui vraiment est Dieu.

Vous ferez simplement attention : le mot d'idole n'est pas prononcé. En fait, il est à mot couvert. Par exemple, dans ce verset : « N'apprenez pas la conduite des nations. » La conduite des nations, ce sont les faux dieux. « Ne soyez pas terrifiés par les signes du ciel », ça, c'est l'astrologie. Et ensuite, vous allez entendre comment les peuples fabriquent les idoles : on prend du bois, on le travaille au ciseau, on le fixe avec des clous et des marteaux. Je vous dis ça parce que même si le mot d'idole n'est pas prononcé, c'est ça qu'il y a derrière le chapitre que vous allez entendre à l'instant.

Lecture : Jérémie 10

Écoutez, maison d'Israël, la parole que le Seigneur a prononcée sur vous. Ainsi parle le Seigneur : « N'apprenez pas la conduite des nations, ne soyez pas terrifiés par les signes du ciel, du fait que les nations en sont terrifiées. Les décrets des peuples ne sont que vanité.

Voici du bois coupé dans la forêt, travaillé au ciseau par la main de l'artisan, enjolivé d'argent et d'or. On les fixe avec des clous et des marteaux pour qu'elles ne vacillent pas. Ils sont comme un épouvantail dans un champ : ils ne parlent pas ; on doit les porter, car ils ne marchent pas. N'en ayez pas peur : ils ne peuvent pas faire du mal, et du bien, pas davantage. »

Nul n'est comme toi, Seigneur. Tu es grand, ton nom est grand et puissant. Qui ne te craindrait, roi des nations, comme cela te revient ? Oui, parmi tous les sages des nations et dans tout leur royaume, nul n'est comme toi.

Tous, sans exception, ils sont stupides et fous. Le bois montre leur vanité. L'argent qui les recouvre est importé de Tarsis, et l'or d'Oufaz. C'est l'œuvre d'un artisan, façonnée par un orfèvre, revêtue de pourpre violette ou d'écarlate, tout entière œuvre d'artisan.

Mais le Seigneur est le Dieu véritable. C'est lui le Dieu vivant, le roi pour toujours. Dès qu'il s'emporte, la terre tremble, et les nations ne peuvent soutenir son courroux.

Vous leur parlerez ainsi : « Les dieux qui n'ont pas fait le ciel et la terre, qu'ils disparaissent de la terre et de dessous le ciel. »

Il fait la terre par sa puissance, il établit le monde par sa sagesse, et par son intelligence, il a déployé les cieux. Quand il donne de la voix, les eaux grondent dans les cieux ; des extrémités de la terre, il fait monter les nuages, il lance les éclairs pour la pluie, il libère le vent qu'il tenait en réserve.

Tout homme est stupide, faute de connaissance, tout orfèvre est méprisable à cause de son idole. Ce qu'il a coulé est un mensonge : il n'y a pas de souffle de vie en elle. Elles ne sont que vanité, une œuvre dérisoire ; au temps du châtiment, tout disparaîtra.

Il n'est pas ainsi, celui qui est la part de Jacob, car lui a façonné toutes choses. Israël est la tribu de son héritage, et son nom est : le Seigneur de l'univers.

Ramasse à terre ton bagage, toi, la ville en état de siège. Car ainsi parle le Seigneur : « Cette fois-ci, je vais poursuivre à la fronde les habitants du pays, je les regrouperai pour qu'on les atteigne. »

Malheur à moi, quelle blessure ! Quelle plaie profonde ! Et moi, j'ai dit : « Si telle est ma souffrance, je la supporterai. » Ma tente est dévastée, toutes mes cordes sont rompues. Mes fils m'ont quitté, ils ne sont plus. Personne pour dresser encore ma tente, pour monter mes abris.

Les pasteurs sont stupides, ils n'ont pas consulté le Seigneur. C'est pourquoi ils manquent d'intelligence, et tout leur troupeau s'est dispersé.

On entend une rumeur, la voici, elle approche : c'est un énorme ébranlement qui vient du pays du Nord, pour réduire les villes de Juda en lieux désolés, en repaires de chacals.

Seigneur, je le sais, l'homme n'est pas maître de son chemin ; à celui qui marche, il n'est pas donné d'assurer son pas. Corrige-moi, Seigneur, avec justice, mais sans colère, sinon tu me réduirais à rien. Déverse ta fureur sur les nations qui ne te connaissent pas, sur les tribus qui n'invoquent pas ton nom, car elles ont dévoré Jacob, dévoré et anéanti ; elles ont ravagé ton territoire.

Commentaire

Parlons un petit peu de ce dont Jérémie vous a entretenus : la fabrication des idoles et le culte idolâtrique. À l'époque, les idoles suivaient un processus de fabrication très fort, avec des ouvriers spécialisés, sous la supervision des prêtres.

Vous avez entendu, à travers Jérémie, le choix du matériau : les bois, les pierres, les métaux, l'argile. Les matériaux étaient choisis pour leur richesse et aussi pour leur symbolisme : l'or pour la divinité, l'argile signifiait la création. Ensuite, on sculptait la statue à l'image de la divinité, souvent d'ailleurs avec des traits exagérés pour symboliser les pouvoirs : on faisait des yeux immenses pour symboliser la connaissance, on avait des bras très étendus pour symboliser la puissance, avec aussi tout un appareil de vêtements et de bijoux.

Ensuite, il y avait un rituel, dans de nombreuses cultures, pour donner vie à l'idole. On appelle ça par exemple « l'ouverture de la bouche ». On ouvrait symboliquement les yeux et la bouche de l'idole avec un couteau sacré ou bien une tige en or, pour lui permettre de voir, d'entendre et de parler. Donc il y avait un rituel magique pour animer la statue. Et puis après, on installait l'idole dans un temple.

Alors vous ferez attention, parce qu'on a vite fait de se moquer de ces cultes idolâtriques, en se disant que ça, ce sont des mentalités primitives d'il y a très longtemps — en oubliant que nous, on ne fait pas beaucoup mieux avec nos écrans, avec notre manière d'être accros même aux intelligences artificielles. C'est-à-dire que la manière dont on parle parfois à ChatGPT, c'est quand même curieux. Et puis la manière dont on voudrait que certaines images pornographiques soient animées… pour le dire d'une manière très simple, on a un rapport avec les écrans qui fait qu'on est en pleine société idolâtrique, nous aussi.

Ce que vous dit la Bible, c'est qu'il ne faut jamais oublier qu'une image, c'est une image. C'est une image creuse. On appelle ça une vanité. Et que si jamais vous mettez votre cœur dans une image qui est creuse, votre cœur va devenir lui aussi vain.

Alors, une image, quand on sait qu'elle est creuse, eh bien voilà : on a besoin aussi d'images. On a un corps, on a besoin de prendre des choses dans nos bras. Je dis ça parce que moi, je peux comprendre aussi que dans certaines de nos églises, on ait des statues, et que certaines personnes ne puissent pas s'empêcher de les prendre dans leurs bras, de les toucher. Parce qu'on a un corps. Enfin, Dieu le sait. Et pour nous, c'est aussi un moyen d'exprimer parfois notre détresse, parfois notre dévotion, enfin bref, notre vie. Donc on a besoin d'images, on a besoin de représentations sensibles. Ça s'appelle l'incarnation. Mais il ne faut jamais oublier que ce sont des images creuses.

Si jamais je veux aller jusqu'au bout, parce que moi, ça me passionne un petit peu : il y a une exception, ce sont les sacrements. Les sacrements, ce ne sont pas des images creuses. Ce sont des images qui réfèrent à une réalité surnaturelle, la grâce, et qui contiennent cette grâce. On parlera d'ailleurs dans ce cas-là plutôt d'icônes que d'images.

Alors, c'est quoi la différence entre une icône et une idole ? Ah, regardez, la différence — et là, il y a une énorme différence — à mon avis, elle est là : c'est que les idoles païennes prétendent enfermer la transcendance de Dieu. La transcendance, au sens d'un pouvoir surnaturel. Voilà : Baal, le dieu de la pluie ; Astarté, la déesse de la fécondité. Et c'est ce que je vous disais : on va leur donner des yeux exagérés pour montrer que cette statue vous met en contact avec un pouvoir qui s'appelle l'omniscience, et qu'en vous adressant à cette statue, vous allez peut-être pouvoir tout connaître. Et on va se placer devant l'idole, on va se mettre à lui parler, on va lui offrir des offrandes pour qu'elle vous donne ce pouvoir.

Et c'étaient des pouvoirs effrayants. En Égypte, on croyait que les statues des dieux contenaient leur essence, et dedans, il y avait la vie, la mort, il y avait la pluie, il y avait le tonnerre, il y avait tous ces pouvoirs-là. Donc ça vous explique que les prêtres prenaient soin de ces statues : on les nourrissait, on les baignait, on les habillait. Il s'agissait de les cajoler et de s'attirer leur faveur. Ça, c'est pour les idoles païennes.

Un sacrement chrétien, ce n'est pas ça. Un sacrement chrétien vous met en contact avec la divinité en représentant le sacrifice d'un homme. Un homme-Dieu, peut-être, Jésus — mais un homme quand même. Il ne prétend pas vous mettre en contact avec des pouvoirs surnaturels. Et vous avez entendu Jérémie qui vous rappelait la transcendance de Dieu tout au long de ce chapitre : une image ne peut pas contenir le mystère de Dieu.

Un sacrement chrétien, lui, vous met en contact avec Dieu, pas par le biais de sa transcendance, mais par le biais de son incarnation. Avec un homme qui, par amour et gratuitement, sans chercher de contrepartie, a donné sa vie pour vous. Dans le baptême, on s'unit à la mort et à la résurrection de Jésus. Dans l'eucharistie, on s'unit au corps de Jésus crucifié. Dans l'onction des malades, c'est la force qu'il avait sur la croix pour résister à la tentation, etc., etc., etc.

Nous terminons en guise de prière par le psaume qu'on aurait dû lire à l'épisode d'avant — d'ailleurs, deux psaumes aujourd'hui, un long et un court.

Psaume 115

Je crois, et je parlerai, moi qui ai beaucoup souffert, moi qui ai dit dans mon trouble : « L'homme n'est que mensonge. »

Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu'il m'a fait ? J'élèverai la coupe du salut, j'invoquerai le nom du Seigneur. Je tiendrai mes promesses au Seigneur, oui, devant tout son peuple.

Il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens. Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur, ton serviteur, le fils de ta servante, moi dont tu brisas les chaînes ?

Je t'offrirai le sacrifice d'action de grâce, j'invoquerai le nom du Seigneur. Je tiendrai mes promesses au Seigneur, oui, devant tout son peuple, à l'entrée de la maison du Seigneur, au milieu de Jérusalem.

Psaume 116

Louez le Seigneur, tous les peuples ; fêtez-le, tous les pays. Son amour envers nous s'est montré le plus fort ; éternelle est la fidélité du Seigneur.


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