Jour 158 ☼ — Fin de cycle, fin de prophète
← J157 ☾ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J158 ☾ →
Résumé : Le regard se tourne enfin vers le royaume de Juda, et ce retour au foyer commence par un bain de sang : Athalie fait périr toute la descendance royale, mais le petit Joas est caché six ans dans la maison du Seigneur avant d'être proclamé roi par le prêtre Joad. Le commentaire souligne le contraste entre la réforme du nord — sanglante, portée par des prophètes hors institution comme Élie et Élisée — et celle du sud, chirurgicale, portée par un homme de l'institution qui fait bien son travail. Le frère Paul-Adrien y voit une leçon sur les belles institutions et les hommes intègres qui les servent, et le vrai tournant du deuxième livre des Rois.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Il était jusqu'à présent relativement peu question du royaume de Juda. On en a parlé au début du premier livre des Rois, avec Salomon et Roboam. Et ensuite, on est parti vers le nord, qui avait fait scission avec les dix tribus. Puis on avait vu Acab, Élie, Élisée. Et on a commencé à en reparler alors que la dynastie d'Acab était en train de mettre la main sur le royaume du sud.
Et voilà qu'avec Jéhou, les choses changent. Maintenant, nous tournons un œil résolu vers le royaume de Juda et Jérusalem. Home, sweet home ! Et quoi de mieux, pour rentrer dans la quiétude de son foyer, qu'un bon vieux bain de sang ! Deuxième livre des Rois, chapitre 11.
Lecture : 2 Rois 11
Lorsqu'Athalie, mère d'Ocozias, apprit que son fils était mort, elle entreprit de faire périr toute la descendance royale. Mais Josabeth, fille du roi Joram et sœur d'Ocozias, prit Joas, un des fils du roi Ocozias, pour le soustraire au massacre. Elle le cacha, lui et sa nourrice, dans une chambre de la maison du Seigneur, pour le dissimuler au regard d'Athalie. C'est ainsi qu'il évita la mort. Il demeura avec Josabeth pendant six ans, caché dans la maison du Seigneur, tandis qu'Athalie régnait sur le pays.
Au bout de sept ans, le prêtre Joad envoya chercher les officiers des mercenaires et des gardes, et les fit venir près de lui dans la maison du Seigneur. Il conclut une alliance avec eux, leur fit prêter serment dans la maison du Seigneur, et leur montra le fils du roi. Il leur donna cet ordre : « Voilà ce que vous allez faire. Un tiers d'entre vous, ceux qui entrent en service le jour du sabbat, gardera la maison du roi. Un tiers se tiendra à la porte de Sour, et un tiers à la porte située derrière les gardes. Vous monterez à tour de rôle la garde de la maison. Alors les deux sections qui sortent de service le jour du sabbat prendront la garde à la maison du Seigneur, auprès du roi. Vous ferez cercle autour du roi, chacun les armes à la main. Celui qui forcera les rangs sera mis à mort. Et vous accompagnerez le roi dans ses allées et venues. »
Les officiers exécutèrent tous les ordres du prêtre Joad. Chacun prit ses hommes, ceux qui entraient en service le jour du sabbat et ceux qui en sortaient ce jour-là, et tous rejoignirent le prêtre Joad. Celui-ci leur remit les lances et les carquois du roi David, qui étaient conservés dans la maison du Seigneur. Les gardes se postèrent, les armes à la main, devant l'autel, du côté sud et du côté nord de la maison, afin d'entourer le futur roi.
Alors Joad fit avancer le fils du roi, lui remit le diadème et la charte de l'alliance, et on le fit roi. On lui donna l'onction, on l'acclama en battant des mains et en criant : « Vive le roi ! »
Athalie entendit cette clameur des gardes et du peuple, et elle accourut vers le peuple, à la maison du Seigneur. Et voilà ce qu'elle vit : le roi, debout sur l'estrade, selon le rituel ; auprès de lui, les officiers et les trompettes, et tout le peuple du pays criant sa joie tandis que les trompettes sonnaient. Alors elle déchira ses vêtements et s'écria : « Trahison ! Trahison ! »
Le prêtre Joad donna cet ordre aux officiers : « Faites-la sortir de la maison à travers vos rangs. Si quelqu'un veut la suivre, frappez-le par l'épée. » En effet, le prêtre Joad avait interdit de la mettre à mort dans la maison du Seigneur. On mit la main sur elle et elle arriva au palais par la porte des chevaux. C'est là qu'elle fut mise à mort.
Joad conclut une alliance entre le Seigneur, le roi et le peuple, pour que le peuple soit le peuple du Seigneur ; il conclut aussi l'alliance entre le roi et le peuple. Alors tous les gens du pays entrèrent dans le temple de Baal et le démolirent. Ils mirent en pièces ses autels et ses statues devant les autels, et ils tuèrent Mattane, prêtre de Baal. Le prêtre Joad posta ensuite des gardes devant la maison du Seigneur.
Il prit ensuite les officiers, les mercenaires, les gardes et tous les gens du pays. Ils firent descendre le roi de la maison du Seigneur et ils entrèrent dans celle du roi par la porte des gardes. Alors Joas prit place sur le trône royal. Tous les gens du pays étaient dans la joie et la ville retrouva le calme, car on avait mis Athalie à mort par l'épée dans la maison du roi.
Commentaire
Ah, Athalie ! Ça, on ne l'aime pas, non. Et puis on ne peut même pas dire qu'elle a vraiment la classe de sa belle-sœur, Jézabel. On est entre Staline — elle commence son règne par une purge — et Arachné, la mère qui dévore ses enfants.
Bon, en même temps, on se dit quoi ? On se dit qu'Athalie, c'était la dernière des Omrides, et que probablement, voyant tout le monde mourir, être étranglé, tué, assassiné, massacré par Jéhou, elle se dit : réponse du berger à la bergère, si je ne m'y mets pas, moi aussi je risque d'y laisser ma vie. Mais y avait-il besoin, pour cela, de tuer ses propres enfants ?
Toujours est-il que vous voyez comment ce qui se passe au nord finit par influencer ce qui se passe au sud. Pour le pire : la vénération du dieu Baal qui, par Athalie interposée, est en train d'arriver dans le sud. Ou pour le meilleur : la réforme religieuse qui passe du nord, par l'intermédiaire de Jéhou et d'Élisée, au sud, par l'intermédiaire d'un prêtre, Joad.
C'est la première fois qu'on entend parler d'un prêtre qui fait bien son boulot. C'est quand même étonnant. Comme me dit mon commentateur, qui décidément a les mots pour le dire : c'est quand même curieux que les lévites, qui avaient égorgé tout le monde au désert, au mont Sinaï, quand il était question du veau d'or, aient accepté sans sourciller toutes ces réformes liturgiques visant à introduire des dieux cananéens. Et mon commentateur de citer Chesterton.
Sauf que — le chapitre que vous venez d'entendre — miracle : un prêtre qui se lève, un prêtre qui rachète tous les lévites du temple, Joad. Joad, c'est un homme de l'institution, mais dans ce que ça a de beau : droit dans ses bottes, intègre. Et il y en aura, dans le sud ; c'est la différence avec le nord. Le sud reste centré autour du temple, qui est la gloire nationale, et puis il n'y a pas de concurrence de sanctuaires païens comme Dan et Béthel. Donc Juda a gardé ce semblant d'orthodoxie et ce respect pour la chose liturgique et sacrificielle.
Ce qui explique pourquoi, dans le nord, les réformes religieuses viennent hors du temple, par des prophètes hors institution — Élie, Élisée, et puis ceux dont on n'a pas gardé le nom. Et dans le sud, elles viendront du temple, par des prêtres. Et des prêtres prophètes : là, vous avez entendu le premier, Joad, mais enfin, je vous rappelle que Jérémie, qu'on écoute à côté, est un prêtre. Un prêtre d'Anatoth, un prêtre prophète, mais un prêtre. Peut-être aussi Isaïe. Il y en aura d'autres, mais que je réserve pour la fin du deuxième livre des Rois.
Dans la religion catholique, si vous voulez, moi, ça me fait penser à la différence entre saint François, qu'on pourrait qualifier de prophète, et saint Dominique, qui, lui, était un prêtre, un chanoine. Bon, eh bien moi, je suis dominicain. D'ailleurs, ça me permet une remarque personnelle. Vous savez, les prêtres, on a vite fait de les critiquer, parce qu'on voit en eux des fonctionnaires, des hommes de l'institution. Mais d'abord, rappelons que Dieu a voulu les institutions, et qu'il y a de belles institutions — ce qui n'enlève pas qu'elles sont composées d'hommes pécheurs et qu'il peut y avoir des scandales à l'intérieur. Et des hommes de l'institution qui font du bon boulot, ça existe aussi. Vous savez, le modèle du grand fonctionnaire dévoué au service public et qui est un homme intègre, eh bien ça existe. Et là, vous en avez un : Joad.
Et ce n'est pas tout. Parce que quand vous en avez un, ça fait des miracles. Regardez la différence entre la réforme au nord et la réforme au sud. Au nord, il faut un bain de sang : il a fallu massacrer le roi, les frères du roi, les soixante-dix… Enfin bon, bref, il y a eu du sang en veux-tu en voilà, au point que Yizréel, le lieu du massacre, va devenir un lieu proverbial dans l'Ancien Testament. Tandis que dans le sud, c'est une opération chirurgicale. Il y a un seul mort — une seule morte, d'ailleurs, plus exactement : Athalie — et on a du mal à pleurer sur elle, vu comment elle a commencé par massacrer tous ses propres enfants.
Au nord, révolution sanglante, coup d'État de l'armée. Au sud, révolution de palais non sanglante. Et ce miracle, il est permis parce que vous avez eu un homme de l'institution qui a joué le rôle de l'institution. Et il n'aura pas fallu attendre toute l'œuvre d'Élisée pour mettre en place des communautés subversives : là, c'est rapide et efficace. Là, il y a une leçon. Un prêtre qui joue le rôle de l'institution, c'est ça aussi.
En tout cas, la conclusion, c'est que, Jéhou au nord, Joad au sud, le mouvement prophétique et la réforme religieuse ont maintenant pris le pouvoir. Si vous vouliez avoir un tournant dans le deuxième livre des Rois, ne cherchez pas : c'est ici qu'il se trouve.
Psaume 117
Alléluia ! Rendez grâce au Seigneur : il est bon ! Éternel est son amour !
Oui, que le dise Israël : éternel est son amour ! Que le dise la maison d'Aaron : éternel est son amour ! Qu'ils le disent, ceux qui craignent le Seigneur : éternel est son amour !
Dans mon angoisse j'ai crié vers le Seigneur, et lui m'a exaucé, mis au large. Le Seigneur est pour moi, je ne crains pas ; que pourrait un homme contre moi ? Le Seigneur est avec moi pour me défendre, et moi, je braverai mes ennemis.
Mieux vaut s'appuyer sur le Seigneur que de compter sur les hommes ; mieux vaut s'appuyer sur le Seigneur que de compter sur les puissants !
Toutes les nations m'ont encerclé : au nom du Seigneur, je les détruis ! Elles m'ont cerné, encerclé : au nom du Seigneur, je les détruis ! Elles m'ont cerné comme des guêpes — ce n'était qu'un feu de ronces — au nom du Seigneur, je les détruis !
On m'a poussé, bousculé pour m'abattre ; mais le Seigneur m'a défendu. Ma force et mon chant, c'est le Seigneur ; il est pour moi le salut.
Clameurs de joie et de victoire sous les tentes des justes : « Le bras du Seigneur est fort, le bras du Seigneur se lève, le bras du Seigneur est fort ! »
Non, je ne mourrai pas, je vivrai pour annoncer les actions du Seigneur. Il m'a frappé, le Seigneur, il m'a frappé, mais sans me livrer à la mort.
Ouvrez-moi les portes de justice : j'entrerai, je rendrai grâce au Seigneur. C'est ici la porte du Seigneur : qu'ils entrent, les justes !
Je te rends grâce car tu m'as exaucé : tu es pour moi le salut. La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle. C'est là l'œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux.
Voici le jour que fit le Seigneur, qu'il soit pour nous jour de fête et de joie ! Donne, Seigneur, donne le salut ! Donne, Seigneur, donne la victoire !
Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! De la maison du Seigneur, nous vous bénissons ! Dieu, le Seigneur, nous illumine. Rameaux en main, formez vos cortèges jusqu'auprès de l'autel.
Tu es mon Dieu, je te rends grâce, mon Dieu, je t'exalte ! Rendez grâce au Seigneur : il est bon ! Éternel est son amour !
← J157 ☾ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J158 ☾ →