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Jour 163 ☼ — Israël disparaît… sans même s'en rendre compte

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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 17 du deuxième livre des Rois, le frère Paul-Adrien lit la chute de Samarie sous Osée, dernier roi d'Israël, la déportation des dix tribus du Nord au pays d'Assour, et le long réquisitoire du narrateur expliquant pourquoi le Seigneur a écarté Israël loin de sa face. Le commentaire souligne que ces dix tribus n'ont pas été exterminées mais assimilées : devenues païennes, elles se sont fondues dans la masse sans même percevoir de différence entre leur religion et celle de leurs voisins. La seconde partie du chapitre raconte le repeuplement de la Samarie par des populations étrangères et la naissance, dans un syncrétisme complet, du peuple samaritain — un pas vers le Nouveau Testament.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur.

Il y a des chapitres qu'on a envie de lire parce que ça raconte une histoire truculente. Il y a des chapitres qu'on n'a pas envie de lire. Et certainement, Deux Rois, chapitre 17, est un de ces chapitres-là. Mais le vin est tiré, il faut boire la coupe jusqu'à la lie. Allons-y, enivrons-nous.

Lecture : 2 Rois 17

La douzième année du règne d'Achaz, roi de Juda, Osée, fils d'Éla, devint roi sur Israël à Samarie pour neuf ans. Il fit ce qui est mal aux yeux du Seigneur, mais pas autant que les rois d'Israël qui l'avaient précédé.

Salmanasar, roi d'Assour, monta contre lui. Osée lui fut asservi et lui paya tribut. Mais le roi d'Assour découvrit qu'Osée complotait : celui-ci avait envoyé des messagers à Sô, roi d'Égypte, et n'avait pas payé comme chaque année le tribut au roi d'Assour. Le roi d'Assour le fit arrêter, charger de chaînes et mettre en prison.

Le roi d'Assour lança des attaques à travers tout le pays d'Israël et monta contre Samarie, qu'il assiégea pendant trois ans. La neuvième année du règne d'Osée, il s'empara de Samarie et déporta les gens d'Israël au pays d'Assour. Il les fit habiter à Halah, sur le Habor, fleuve de Gozân, et dans les villes de Médie.

Cela arriva parce que les fils d'Israël avaient péché contre le Seigneur leur Dieu, lui qui les avait fait monter du pays d'Égypte et les avait arrachés au pouvoir de Pharaon, roi d'Égypte. Ils avaient adoré d'autres dieux et suivi les coutumes des nations que le Seigneur avait dépossédées devant eux. Voilà ce qu'avaient fait les rois d'Israël.

Les fils d'Israël offensèrent le Seigneur leur Dieu par des actes répréhensibles. Ils se construisirent des lieux sacrés dans toutes leurs villes, aussi bien dans les postes de garde que dans les places fortes. Ils dressèrent à leur usage des stèles et des poteaux sacrés sur toute colline élevée et sous tout arbre verdoyant. Là, dans tous les lieux sacrés, ils brûlèrent de l'encens comme les nations que le Seigneur avait bannies devant eux, et ils commirent des actions mauvaises pour provoquer l'indignation du Seigneur. Ils servirent les idoles immondes, alors que le Seigneur leur avait dit : « Vous ne ferez pas cela. »

En effet, le Seigneur avait donné cet avertissement à Israël et à Juda par l'intermédiaire de tous les prophètes et de tous les voyants : « Détournez-vous de votre conduite mauvaise. Observez mes commandements et mes décrets, selon toute la loi que j'ai prescrite à vos pères et que je leur ai fait parvenir par l'intermédiaire de mes serviteurs les prophètes. »

Mais ils n'ont pas obéi, et ils ont raidi leur nuque, comme l'avaient fait leurs pères qui n'avaient pas fait confiance au Seigneur leur Dieu. Ils ont méprisé ses lois, ainsi que l'alliance qu'il avait conclue avec leurs pères et les avertissements qu'il leur avait donnés. Ils ont couru après le néant et eux-mêmes sont devenus néant. Ils ont suivi les nations qui les entouraient, alors que le Seigneur leur avait prescrit de ne pas faire comme elles.

Ils ont abandonné tous les commandements du Seigneur leur Dieu et se sont fait des idoles en métal, deux statues de veau ; ils ont fait des poteaux sacrés, se sont prosternés devant toute l'armée des cieux et ont servi Baal. Ils ont fait passer leurs fils et leurs filles par le feu, ils ont scruté les présages et fait des incantations, ils se sont déshonorés en faisant ce qui est mal aux yeux du Seigneur pour provoquer son indignation.

Alors le Seigneur s'est mis dans une grande colère contre les tribus d'Israël et les a écartées loin de sa face. Il n'est resté que la seule tribu de Juda. Or Juda non plus n'a pas observé les commandements du Seigneur son Dieu, mais il a suivi les décrets qu'Israël avait établis. Alors le Seigneur a repoussé toute la race d'Israël, il les a humiliés, il les a livrés aux mains des pillards, jusqu'à les rejeter loin de sa face.

Il avait en effet arraché Israël à la maison de David et en avait établi roi Jéroboam, fils de Nebath. Jéroboam avait fourvoyé Israël loin du Seigneur et lui avait fait commettre un grand péché. Les fils d'Israël imitèrent tous les péchés que Jéroboam avait commis, et ils ne s'en écartèrent pas, à tel point que le Seigneur a écarté Israël loin de sa face, conformément à ce qu'il avait dit par l'intermédiaire de tous ses serviteurs les prophètes, et qu'il a déporté Israël loin de sa terre, au pays d'Assour, jusqu'à ce jour.

Le roi d'Assour fit venir des gens de Babylone, de Koutha, d'Awa, de Hamath et de Sepharvaïm, et les établit dans les villes de Samarie, à la place des fils d'Israël. Ils prirent possession de Samarie et s'établirent dans ces villes.

Or, au début de leur installation en cet endroit, comme ils ne craignaient pas le Seigneur, le Seigneur envoya contre eux des lions qui les massacrèrent. Ils dirent au roi d'Assour : « Les nations que tu as déportées et établies dans les villes de Samarie ne connaissent pas le rituel du dieu du pays. Et ce dieu a envoyé contre elles des lions qui les ont fait mourir, parce qu'elles ne connaissent pas le rituel du dieu du pays. »

Le roi d'Assour donna cet ordre : « Faites partir là-bas un des prêtres que vous avez déportés, qu'il aille habiter là-bas et qu'il leur enseigne le rituel du dieu du pays. » L'un des prêtres que l'on avait déportés de Samarie vint s'établir à Béthel. Il leur enseignait comment on doit craindre le Seigneur.

Mais chaque nation se faisait son dieu et le plaçait dans l'édifice que, sur les lieux sacrés, les habitants de Samarie avaient construit. Chaque nation agit ainsi dans la ville où elle habitait. Les gens de Babylone firent un Soukkoth-Benoth, ceux de Koutha un Nergal, ceux de Hamath un Ashima, ceux d'Awa un Nibhaz et un Tartak ; ceux de Sepharvaïm passèrent leurs fils par le feu, en l'honneur d'Adrammélek et d'Anammélek, dieux de Sepharvaïm.

Ils craignaient le Seigneur, mais ils prirent parmi eux des prêtres pour les lieux sacrés, qui exerçaient pour eux dans les temples des lieux sacrés. Tout en craignant le Seigneur, ils continuaient à servir leurs propres dieux, selon le rituel des nations d'où on les avait déportés. Jusqu'à ce jour, ils agissent selon les rites anciens. Ils ne craignaient pas le Seigneur, ils n'agissaient pas selon les décrets et les rites, selon la loi et le commandement que le Seigneur a prescrits aux fils de Jacob, à qui il a donné le nom d'Israël.

Le Seigneur avait conclu avec eux une alliance et leur avait donné cet ordre : « Vous ne craindrez pas d'autres dieux, vous ne vous prosternerez pas devant eux, vous ne les servirez pas, vous ne leur offrirez pas de sacrifices. Mais c'est le Seigneur, lui qui vous a fait monter du pays d'Égypte par sa grande force et son bras étendu, c'est lui que vous devez craindre, c'est devant lui que vous devez vous prosterner, c'est à lui que vous devez offrir des sacrifices. Les décrets et les ordonnances, la loi et les commandements qu'il a écrits pour vous, vous veillerez à les mettre en pratique tous les jours. Vous ne craindrez pas d'autres dieux. L'alliance que j'ai conclue avec vous, vous ne l'oublierez pas, et vous ne craindrez pas d'autres dieux. C'est le Seigneur votre Dieu que vous devez craindre : c'est lui qui vous délivrera des mains de tous vos ennemis. »

Mais ils n'ont pas écouté. Ils ont au contraire continué d'agir conformément à leurs anciens rites. Ainsi donc, ces nations craignaient le Seigneur tout en continuant à servir leurs idoles. Tout comme leurs pères avaient agi, leurs fils et les fils de leurs fils agissent de même jusqu'à ce jour.

Commentaire

Bon, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? D'une certaine manière, ça se passe de commentaire. Ce n'est pas comme si on ne l'avait pas vu venir.

Mais il y a quand même quelque chose qui mérite d'être dit. C'est que vous voyez, ces dix tribus du Nord qui ont été déportées : elles ont disparu. Ce que le narrateur vous disait au détour d'une phrase : elles ont été déportées au pays d'Assour jusqu'à ce jour. En fait, on ne sait pas ce qu'elles sont devenues.

Plus tard, Juda sera déporté à Babylone, et pour le coup, on saura ce qu'il va devenir, parce que Juda va, je ne dis pas résister, mais va garder son identité. Les dix tribus du Nord qui ont été déportées, elles ont tout simplement disparu.

Alors, il y a deux options possibles. Ou bien elles ont été exterminées — mais nulle part dans la Bible ce n'est écrit. Ou bien, option 2, quand elles ont été déportées, elles ont fini par s'assimiler, à tel point qu'on a fini par les confondre avec les habitants de ces autres régions. Et ça, c'est beaucoup plus probable.

La religion du Nord était devenue tellement idolâtre. Ils adoraient des veaux d'or. Ils s'étaient mariés avec des païennes. Il y avait un poteau sacré, symbole phallique, au milieu de la capitale. Il y avait des temples de Baal. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Il devait arriver ce qui devait arriver. On les a transportées dans un autre pays : elles avaient déjà abandonné leur religion, et elles ont pris les religions locales. Elles n'ont même pas vu la différence entre la religion cananéenne, la religion des Assyriens et la leur. On ne faisait plus trop la différence. Les dix tribus du Nord se sont fondues dans la masse.

Le royaume du Nord vient de disparaître sous vos yeux. Vous n'en entendrez plus parler, ni du royaume du Nord, ni des dix tribus d'Israël qui se sont évaporées. On dit que ce sont dix tribus perdues. Pas du tout : ce sont dix tribus qui sont devenues païennes.

Mais ça, ce n'est qu'une partie de l'histoire. La deuxième partie de l'histoire, c'est que vous avez aussi assisté, au cours de ce chapitre, au repeuplement de la région israélite. Ce qu'on appelle les Samaritains. Pour peupler un territoire laissé vide à cause de la déportation, les Assyriens mettent dedans des habitants de Babylone, de Koutha, d'Awa, de Hamath, de Sepharvaïm. Et c'est ainsi que va naître un peuple bigarré, mixte, rempli de syncrétisme religieux.

On ramène quand même un prêtre israélite pour le remettre à Béthel — là où il y avait le veau d'or — pour qu'il apprenne à des païens comment adorer Dieu tout en continuant d'adorer leurs dieux païens. Quand je vous disais qu'il n'y avait plus aucune différence entre la religion israélite et la religion païenne : on en est parvenu à tel point de syncrétisme qu'on demande à un prêtre déporté d'assurer, dans un bon dialogue interreligieux, l'absence totale de différence entre les religions.

Et c'est ainsi que naquirent les Samaritains. Et nous venons de faire un pas vers le Nouveau Testament. La Samaritaine, c'est une descendante de ces populations. Ce qui vous explique aussi pourquoi les Israélites ne pouvaient pas les supporter. Parce que les Samaritains avaient gardé le Pentateuque. Visiblement aussi, quand on entend la Samaritaine, on se dit que le degré d'exactitude morale et de rigueur conjugale ne devait pas être à ce point-là exalté dans la religion samaritaine. Plus tard, ils construiront un contre-temple, le temple du mont Garizim.

Nous terminons par un psaume.

Psaume 125

Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion, nous étions comme en rêve.

Alors notre bouche était pleine de rire, nous poussions des cris de joie.

Alors on disait parmi les nations : « Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! » Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous : nous étions en grande fête !

Ramène, Seigneur, nos captifs, comme les torrents au désert.

Qui sème dans les larmes moissonne dans la joie. Il s'en va, il s'en va en pleurant, il jette la semence ; il s'en vient dans la joie, il rapporte les gerbes.


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