CapBibliqueCapBiblique

Jour 163 ☾ — La cruche brisée et l'enfer révélé

← J163 ☼ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J164 ☼ →


Résumé : Dans cet épisode consacré aux chapitres 18 et 19 de Jérémie, le frère Paul-Adrien lit deux récits en actes : Jérémie descendu chez le potier, puis la cruche brisée au Val de la Géhenne, devant les anciens et les prêtres. Le commentaire revient sur les sacrifices d'enfants introduits à Jérusalem et montre que Dieu prend les idolâtres au mot : il pousse leur logique sacrificielle jusqu'à son terme, jusqu'à la communion cannibale. La Géhenne devient alors une porte d'entrée de l'enfer, lieu où la cruauté se fait religion. L'épisode se conclut sur la découverte que Jérémie, grand prophète, est en train d'entrevoir l'enfer, et sur une prière grave.

Introduction

Formellement, c'est un nouvel oracle, puisqu'il commence par « Parole du Seigneur adressée à Jérémie ». Un oracle, mais qui continue dans un style plus narratif. Et ça fait du bien ! Ça fait du bien d'arriver à retrouver de nouveau des petites histoires et pas simplement des oracles un peu abstraits. Mais ça nous permet de voyager. Vous aurez d'abord Jérémie chez le potier, et ensuite l'histoire de la cruche brisée, où nous retournerons à la Géhenne. Souvenez-vous, ce lieu maudit, là où on avait sacrifié des enfants à Moloch. Profitez ! Jérémie, chapitres 18 et 19.

Lecture : Jérémie 18-19

Parole du Seigneur adressée à Jérémie : « Lève-toi, descends à la maison du potier, et là je te ferai entendre mes paroles. »

Je descendis donc à la maison du potier. Il était en train de travailler sur son tour. Le vase qu'il façonnait de sa main avec l'argile fut manqué. Alors il recommença, et il fit un autre vase, selon ce qui est bon de faire aux yeux d'un potier.

Alors la parole du Seigneur me fut adressée : « Maison d'Israël, est-ce que je ne pourrais pas vous traiter comme fait ce potier ? — oracle du Seigneur. Oui, comme l'argile est dans la main du potier, ainsi êtes-vous dans ma main, maison d'Israël.

Parfois je parle d'arracher, de renverser et de détruire une nation ou un royaume, mais cette nation contre laquelle j'ai parlé se détourne du mal, et alors je renonce au mal que j'avais projeté de lui faire. Parfois je parle de bâtir et de planter une nation ou un royaume, mais ils font ce qui est mal à mes yeux et ils n'écoutent pas ma voix, alors je renonce au bien que j'avais décidé de leur faire.

Maintenant, parle donc aux gens de Juda et aux habitants de Jérusalem. Ainsi parle le Seigneur : Voici que moi, comme un potier, je façonne contre vous un malheur, je médite contre vous un projet. Revenez chacun de votre mauvais chemin, rendez meilleurs vos chemins et vos actes. »

Mais ils disent : « Rien à faire. Nous suivrons nos propres projets. Nous agirons chacun selon les penchants mauvais de son cœur endurci. »

C'est pourquoi, ainsi parle le Seigneur : « Interrogez donc les nations : qui a entendu rien de pareil ? Elle a commis tant de choses monstrueuses, la Vierge d'Israël. Disparaît-elle du rocher vers la campagne, la neige du Liban ? Peuvent-elles se tarir, les eaux toujours fraîches qui jaillissent des montagnes ?

Or, mon peuple m'a oublié. Aux vaines idoles ils brûlent de l'encens. On les fait trébucher sur leurs chemins, sur leurs voies de toujours, pour les faire marcher sur des sentiers, sur des chemins non frayés, et réduire leur pays en lieu désolé, en dérision pour toujours. Quiconque passera par là se désolera et hochera la tête. Comme le vent d'Est, je les disperserai face à l'ennemi. Je les verrai de dos et non de face, au jour de leur débâcle. »

Ils ont dit : « Allons, montons un complot contre Jérémie. La loi ne va pas disparaître par manque de prêtres, ni le conseil par manque de sages, ni la parole par manque de prophètes. Allons, attaquons-le par notre langue, et ne faisons pas attention à toutes ses paroles. »

Mais toi, Seigneur, fais attention à moi, et écoute ce que disent mes adversaires. Comment peut-on rendre le mal pour le bien ? Ils ont creusé une fosse pour me perdre. Souviens-toi que je me suis tenu en ta présence pour te parler en leur faveur, pour détourner d'eux ta colère.

C'est pourquoi, livre leurs fils à la famine, passe-les au fil de l'épée. Que leurs femmes soient privées d'enfants et de maris, que leurs hommes soient emportés par la mort, et leurs jeunes gens frappés de l'épée à la guerre. On entendra crier dans leurs maisons quand soudain tu feras venir contre eux des bandits, car ils ont creusé une fosse pour me prendre et dissimulé des pièges sous mes pas. Mais toi, Seigneur, tu connais tous leurs desseins de mort contre moi. Ne recouvre pas leurs fautes et n'efface pas leurs péchés devant toi. Fais-les trébucher en ta présence. Agis contre eux au temps de ta colère.

Ainsi parle le Seigneur : « Va et achète une cruche en terre cuite. Prends quelques anciens parmi le peuple et les prêtres, et sors vers le Val de la Géhenne, à l'entrée de la porte des Tessons. Là, tu proclameras les paroles que je te dirai. Tu parleras ainsi :

Écoutez la parole du Seigneur, rois de Juda et habitants de Jérusalem. Ainsi parle le Seigneur de l'univers, le Dieu d'Israël : Voici que je fais venir en ces lieux un malheur à qui l'apprendra les oreilles vont tinter, car ils m'ont abandonné. Ils ont rendu ce lieu méconnaissable et ils y ont brûlé de l'encens pour d'autres dieux que ni eux, ni leurs pères, ni les rois de Juda n'avaient connus. Ils l'ont rempli du sang des innocents. Ils ont édifié des lieux sacrés du dieu Baal pour consumer par le feu leurs fils en holocauste à Baal. Cela, je ne l'avais pas ordonné, je ne l'avais pas dit, ce n'était pas venu à mon esprit.

C'est pourquoi, voici venir des jours — oracle du Seigneur — où l'on n'appellera plus ce lieu le Tophète, ni Val de la Géhenne, mais Val du Massacre. En ce lieu, je briserai les conseillers de Juda et de Jérusalem. Devant leurs ennemis je les abattrai par l'épée, par la main de ceux qui en veulent à leur vie, et je donnerai leurs cadavres en pâture aux oiseaux du ciel et aux bêtes de la terre. Je réduirai cette ville en un lieu désolé, en objet de dérision. Quiconque passera près d'elle se désolera et fera entendre un sifflement de stupeur à la vue de toutes ses plaies. Je leur ferai manger la chair de leurs fils et la chair de leurs filles. Chacun mangera la chair de son prochain, au siège, dans la détresse où les auront plongés leurs ennemis et ceux qui en veulent à leur vie.

Tu briseras la cruche sous les yeux des hommes qui t'auront accompagné, et tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur de l'univers : Je briserai ce peuple et cette ville comme on brise une poterie qui ne peut plus être réparée. Faute de place pour enterrer, on enterrera même au Tophète. Ainsi ferai-je de ce lieu — oracle du Seigneur — et de ses habitants : je rendrai cette ville pareille au Tophète. Les maisons de Jérusalem et celles des rois de Juda seront pareilles à ce lieu du Tophète, impures. Ainsi ferai-je de toutes ces maisons où l'on brûle de l'encens sur les terrasses à toute l'armée du ciel, où l'on verse des libations à d'autres dieux. »

Jérémie revint du Tophète et il se tenait dans la cour de la maison du Seigneur. Alors il dit à tout le peuple : « Ainsi parle le Seigneur de l'univers, le Dieu d'Israël : Voici que je fais venir sur cette ville et toutes celles qui en dépendent tout le malheur que j'ai proféré contre elle, car ils ont raidi leur nuque pour ne pas écouter mes paroles. »

Commentaire

On est retourné dans la Géhenne, ce lieu maudit qui vraiment marquera l'imaginaire collectif. Sauf qu'avec ce que vous avez entendu dans le deuxième livre des Rois, ce roi Achaz sur le royaume de Juda, c'est devenu un peu plus concret. Vous avez vu les premiers sacrifices humains vraiment arriver à Jérusalem. Il y en aura d'autres. Parce que quand un roi sacrifie son enfant, vous pouvez être sûr que tout le peuple le suit.

Et je vous avais dit que ce n'était pas considéré comme un acte sanguinaire ou violent. C'était par amour qu'il faisait ça. Il offrait aux dieux ce qu'il avait de plus cher à ses propres yeux. C'était considéré comme l'offrande parfaite, l'amour suprême que vous pouviez offrir à Dieu.

Dieu dit : très bien, puisque pour vous c'est ça la religion, puisque pour vous c'est ça le culte, c'est ça que je ferai pour vous. Je vais aller jusqu'au bout de votre logique. On va donner votre cadavre en pâture aux oiseaux du ciel et aux bêtes de la terre. C'était ce qu'on avait déjà vu dans le chapitre précédent : on va ouvrir vos tombeaux, on va exposer vos ossements et on va les offrir aux oiseaux du ciel — vous qui offrez un culte aux anges babyloniens. Les oiseaux du ciel, c'est ça qu'il y a derrière. Et on va les exposer devant les astres et les étoiles, vous qui adorez la lune et les étoiles. Baal, Ashéra, etc., tout ça, c'était des étoiles. Très bien, puisque c'est ça vos divinités et que vous voulez vivre devant elles pour l'éternité. L'éternité que je vous propose, ce sont vos ossements, le souvenir éternel que les hommes emporteront de vous, qu'on va offrir aux dieux et aux divinités que vous adorez.

Tout ça, on l'a vu. Mais la suite, vous n'êtes pas prêts. Parce que quand Dieu vous dit qu'il va aller jusqu'au bout de la logique sacrificielle, voilà ce que ça donne. Et puisque pour vous c'est un sacrifice, eh bien vous allez communier à ce sacrifice. D'où cette phrase :

Je leur ferai manger la chair de leurs fils et la chair de leurs filles. Chacun mangera la chair de son prochain.

Alors nous, on pense aux épisodes de cannibalisme qu'il y aura quand Jérusalem sera assiégée. Et on a raison. Mais il faut aller encore plus loin. Ça veut dire que là, c'est présenté comme un sacrifice. C'est présenté comme une manière d'aller jusqu'au bout de la logique. Vous offrez vos enfants en sacrifice à Dieu ? Très bien, vous allez communier à ce sacrifice. Parce que normalement, quand on offre un sacrifice, on mange une partie de ce qu'on offre au sacrifice. Le sacrifice, normalement, c'est un moyen de rentrer en communion. C'est pour ça qu'on mange le corps du Christ. Vous offrez en sacrifice vos enfants aux divinités ? Très bien : allez jusqu'au bout de ce sacrifice et mangez la chair de vos enfants pour rentrer donc en communion avec ces divinités.

Et c'est là, en fait, que vous vous apercevez que la Géhenne, ça devient une porte d'entrée de l'enfer. Ce n'est pas seulement un lieu de supplice. Ce n'est pas seulement un lieu de cruauté. C'est un lieu de perversion où la cruauté devient une forme de religion. Enfin, je ne sais pas si j'arrive à vous faire comprendre, mais c'est Dieu qui, dans tous nos actes idolâtriques, va nous prendre au mot pour nous dire : c'est ça qu'il y a derrière. Voilà la divinité, voilà le démon que tu étais en train d'adorer. Eh bien maintenant, tu vas communier à ce démon. Et si, pour communier à ce démon, ça veut dire accomplir jusqu'au bout l'horreur que tu as commise, eh bien on y va.

Je vous dis ça parce que l'enfer, on n'en parle pas beaucoup, mais enfin, ça existe quand même. Et là, c'est quand je vous dis que Jérémie est un grand prophète : on a vu qu'avec Jérémie était en train de naître l'idée d'un Messie souffrant. On a vu qu'avec Jérémie était en train de naître l'idée d'un célibat consacré. Et là, dans ce chapitre, Jérémie est en train de découvrir autre chose encore, peut-être de manière confuse, mais enfin, elle est là : Jérémie est en train de découvrir l'enfer. Non, vraiment, c'est un grand, grand, grand prophète.

Terminons par une prière.

Vous voyez, peut-être que mes prières se font plus graves en ce moment. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? On ne lit pas et on ne commente pas Jérémie impunément, et même sur mon cœur, qui pourtant est dur et mauvais, je suppose que la Bible est en train de produire son effet. Priez pour moi, je prie pour vous, on écoute ces passages-là en tremblant.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, nous te demandons la grâce — même si c'est une grâce amère — de nous montrer la cruauté de ce que nous faisons. Quand nous accomplissons le mal, nous ne voyons pas le mal. Quand nous disons des méchancetés, quand nous faisons des croche-pattes à nos collègues, nous n'arrivons pas à comprendre la gravité de ce que nous faisons. Quand nous allons n'importe où sur Internet pour faire n'importe quoi, quand nous commettons des abus dans nos familles, au travail, quand nous volons, quand nous sommes mauvais, Seigneur, n'y vois pas d'abord de la méchanceté, mais de l'ignorance : révèle-nous en fait le mal qu'il y avait derrière. Montre-nous l'ampleur du mal que nous commettons, et que ce soit une manière pour nous d'ouvrir les yeux. À défaut de t'aimer, Seigneur, donne-nous déjà d'être au moins épouvantés par le mal que nous commettons. Seigneur, prends pitié de nous.

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.


← J163 ☼ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J164 ☼ →