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Livre de · 52 chapitres

Jérémie

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Jr 18,1-6
Liturgie · S. Pierre Chrysologue, évêque et docteur de l'Eglise · 30 juillet 2026
AELF · Bible liturgique

Texte biblique non disponible pour ce passage — sera ajouté quand un passage de ce chapitre sera commenté dans la liturgie.

Jr 18,1-6
Commentaire

Le passage s'inscrit dans la longue section des « confessions » et des oracles de Jérémie, prophète actif de 626 à environ 587 avant notre ère, aux dernières décennies du royaume de Juda, jusqu'à la ruine de Jérusalem. Le livre appartient au genre prophétique mais recourt ici au procédé de l'action symbolique et de la parabole en acte : Dieu n'envoie pas d'abord une parole abstraite, il conduit son prophète voir. La structure du texte est limpide : ordre de descendre (v. 1-2), observation de la scène du potier (v. 3-4), puis oracle interprétatif introduit par la formule caractéristique neʼum-YHWH (« oracle du Seigneur »), qui applique l'image à la « maison d'Israël ». Les premiers destinataires, un peuple menacé par Babylone et tenté par la fausse sécurité du Temple, entendaient là un avertissement pressant sur leur sort collectif.

Le vocabulaire hébreu porte le sens en profondeur. Le potier se dit yôtser, participe du verbe yātsar, « façonner », le même verbe qu'en Genèse 2, 7 où Dieu façonne l'homme de la poussière du sol. Jérémie fait donc résonner l'acte créateur originel : parler du potier, c'est réactiver la mémoire de la formation de l'humanité. Le texte dit que le vase « fut manqué » (niš'ḥat, racine šā'ḥat, « se gâter, se corrompre »), verbe employé ailleurs pour la corruption morale du peuple : l'argile qui se déforme et la nation qui se dévoie sont décrites d'un même mot. Enfin l'argile, ḥōmer, évoque à la fois la matière brute et, par assonance, l'humain tiré de la terre ('ădāmāh). Le prophète travaille par un réseau sonore autant que visuel.

Il faut se garder d'une lecture fataliste. L'image n'affirme pas que Dieu écrase des vases sans défense, mais qu'il garde toujours la liberté souveraine de recommencer : « il fit un autre vase ». La suite immédiate du chapitre (v. 7-10), non lue aujourd'hui mais indispensable au sens, explicite le propos : si une nation vouée au malheur se convertit, Dieu « se repent » du mal annoncé, et inversement. La métaphore du potier est donc au service d'un appel à la conversion, non d'un déterminisme. C'est un point que les exégètes soulignent : la « toute-puissance » de Dieu est ici pédagogique et conditionnelle, ordonnée à la relation d'alliance, non à l'arbitraire. L'argile, dans la tradition hébraïque, n'est jamais purement passive : elle résiste, se laisse ou non travailler.

La tradition patristique a lu ce passage à deux niveaux. Irénée de Lyon, dans le Contre les hérésies (livre IV), fait de l'argile malléable le grand argument contre la rigidité gnostique : « Offre-lui ton cœur souple et docile… de peur qu'en devenant dur, tu ne perdes les empreintes de ses doigts. » L'homme se sauve en restant matière offerte à la main du Créateur ; le péché, c'est le durcissement qui empêche le modelage. Jean Chrysostome, dans ses Homélies sur les statues et son commentaire de Jérémie, insiste au contraire sur la portée de conversion : le vase « manqué » n'est pas jeté, il est repétri, signe que Dieu refaçonne le pécheur repentant plutôt que de le détruire. Ces deux lectures se complètent : docilité de la matière chez Irénée, patience du potier chez Chrysostome.

L'intertextualité biblique est particulièrement dense autour de cette image. Isaïe la reprend en une prière : « Nous sommes l'argile, tu es notre potier, nous sommes tous l'ouvrage de ta main » (Is 64, 7), et l'utilise déjà pour dénoncer l'orgueil de la créature (Is 29, 16 ; 45, 9 : « L'argile dit-elle au potier : que fais-tu ? »). Le Siracide médite lui aussi sur l'argile façonnée selon le bon plaisir du potier (Si 33, 13). Surtout, saint Paul reprend explicitement la métaphore en Romains 9, 20-21 pour parler de la liberté souveraine de Dieu dans l'élection : « Le potier n'est-il pas maître de son argile ? » Paul radicalise l'image dans un sens de gratuité de la miséricorde, tandis que Jérémie l'ordonnait à l'appel à la conversion — tension féconde que les commentateurs continuent de discuter, entre souveraineté divine et responsabilité humaine.

Théologiquement, le texte articule deux vérités que la Bible tient ensemble sans les dissoudre : la seigneurie absolue de Dieu sur son peuple et l'histoire, et la liberté réelle laissée à l'homme de se laisser ou non former. Dieu se révèle comme un artisan patient, attaché à son ouvrage au point de le reprendre inlassablement ; l'échec du premier vase ne clôt pas l'histoire, il ouvre la possibilité d'un recommencement. C'est une théologie de l'espérance dans le jugement : la menace de destruction est réversible tant que l'argile reste souple. Pour la fête de saint Pierre Chrysologue, prédicateur « à la parole d'or » qui appelait ses fidèles à se laisser refondre par la grâce, l'image du potier offre une belle résonance : la vie chrétienne est un consentement continu à être façonné par la main de Dieu, jusqu'à devenir le vase que le Créateur avait en vue.

Jérémie 18 | La Bible commentée | CapBiblique