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Livre de · 52 chapitres

Jérémie

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Jr 17,5-8
Liturgie · 6ᵉ dim. ordinaire C
AELF · Bible liturgique

5 Ainsi parle le SEIGNEUR.

Maudit soit l'homme qui met sa foi dans un mortel,

qui s'appuie sur un être de chair,

tandis que son cœur se détourne du SEIGNEUR.

6 Il sera comme un buisson sur une terre désolée,

il ne verra pas venir le bonheur.

Il aura pour demeure les lieux arides du désert,

une terre salée et inhabitable.

7 Béni soit l'homme qui met sa foi dans le SEIGNEUR,

dont le SEIGNEUR est la confiance.

8 Il sera comme un arbre, planté près des eaux,

qui pousse, vers le courant, ses racines.

il ne craint pas quand vient la chaleur :

son feuillage reste vert ;

L’année de la sécheresse,

il est sans inquiétude :

il ne manque pas de porter du fruit.

Jr 17,5-8
Commentaire

Les Mises En Garde De Jérémie

Le début du texte est fait pour nous impressionner ! Tout d’abord, l’introduction est très solennelle : « Ainsi parle le SEIGNEUR ». Quand un prophète emploie l’expression « Parole du SEIGNEUR » ou un équivalent, c’est toujours pour nous alerter ; quelque chose comme ‘Attention, ce que j’ai à vous dire est très grave, et c’est le SEIGNEUR lui-même (le Dieu de l’Alliance du Sinaï) qui vous parle.’

Et ici, la suite est à première vue terrible : « Maudit soit l’homme qui met sa foi dans un mortel ». Cela pose au moins deux questions : premièrement, Dieu pourrait-il nous maudire ? Deuxièmement, mettre sa confiance dans un mortel (c’est-à-dire dans un homme) en quoi est-ce mal ? Je reprends ces deux questions l’une après l’autre.

Première question : Dieu pourrait-il nous maudire ? Souhaiter notre malheur ? Certainement pas, lui qui cherche inlassablement à nous sauver. L’expression « maudit soit » chez les prophètes est une mise en garde, du genre ‘Attention, vous filez un mauvais coton, vous avez pris un chemin dangereux, une pente glissante ; cela ne peut que mal finir’. L’expression symétrique « Béni soit » est au contraire un encouragement du genre ‘Continuez, vous êtes sur la bonne voie’.

Deuxième question : Jérémie dit : « Maudit soit l’homme qui met sa foi dans un mortel ». Alors devrions-nous nous méfier les uns des autres ? Certainement pas non plus, puisque le projet de Dieu est que l’humanité soit tellement unie qu’elle ne fasse plus qu’un... donc toute méfiance entre les hommes est contraire au projet de Dieu. En fait, le mot « foi » est un mot très fort qui signifie « s’appuyer sur » comme on s’appuie sur un rocher ; il faut relire la phrase de Jérémie en entier : « Maudit soit l’homme qui met sa foi dans un mortel, qui s’appuie sur un être de chair TANDIS QUE son cœur se détourne du SEIGNEUR » ; ce qui est grave, c’est de se détourner du Seigneur. Bien sûr, nous pouvons, nous devons nous appuyer les uns sur les autres, mais que cela ne nous détourne pas du Seigneur.

Jérémie vise probablement ici deux erreurs funestes des rois, des chefs religieux et du peuple tout entier : premièrement, l’idolâtrie ; deuxièmement, les alliances. Commençons par l’idolâtrie : plusieurs rois ont réintroduit en Israël d’autres cultes que celui du vrai Dieu. On invoque d’autres dieux, on les prie, on leur offre des sacrifices ; un peu plus loin, Jérémie le dit expressément : « Mon peuple m’a oublié, aux vaines idoles ils brûlent de l’encens. » (Jr 18,15).

Quant aux alliances, Jérémie a eu tout loisir de méditer sur la politique des rois de son temps : au lieu de compter sur la protection de Dieu, ils ont accumulé les manœuvres diplomatiques, s’alliant tour à tour avec chacune des puissances du Moyen-Orient ; mais ils n’ont récolté que des guerres et du malheur ; et quand on demande la protection d’un roi de la terre, on devient inévitablement son vassal, on perd donc automatiquement sa liberté. Ce sera exactement le destin du roi Sédécias, peu de temps après ; Jérémie le raconte plus loin dans son livre : Sédécias a compté sur ses manœuvres diplomatiques, il a compté sur sa force militaire... et il n’a récolté qu’échec, massacre, humiliations, pour lui et pour son peuple (Jr 39,1-10).

À Qui Irions-Nous, Seigneur ?

On est là en face de l’une des grandes exigences de l’Alliance : parce qu’Israël était investi d’une mission de témoignage au milieu des nations, il lui était demandé de ne jamais rechercher une autre Alliance que celle de son Dieu. À vues humaines, cela pouvait paraître fou. Mais quand on a l’immense honneur d’être le peuple élu de Dieu, on ne peut plus raisonner à vues humaines. (Entre nous soit dit, cette remarque est désormais valable également pour nous, Église du Christ.)

Au moment où Jérémie écrit notre texte d’aujourd’hui, il est encore temps de mettre en garde, et donc il tire la sonnette d’alarme ; il insiste : la seule source d’eau vive pour l’homme, c’est le Seigneur ; s’en éloigner, c’est se priver d’eau, c’est connaître la sécheresse. Quelques versets plus loin, Jérémie reprend exactement la même expression : « Ils ont abandonné le SEIGNEUR, la source d’eau vive. » (Jr 17,13). Et déjà au chapitre 2 : « Oui, mon peuple a commis un double méfait : ils m’ont abandonné, moi, la source d’eau vive, et ils se sont creusé des citernes, des citernes fissurées qui ne retiennent pas l’eau ! » (Jr 2,13). Pour se faire comprendre, il emploie l’image de l’eau, très suggestive dans un pays qui connaît la sécheresse. Pour lui, c’est une évidence, s’éloigner de Dieu, c’est se priver d’eau, c’est connaître la sécheresse.

Ceux-là ont fait le mauvais choix, l’avenir montrera qu’ils se sont trompés ; on dira leur malheur, c’est le sens du verbe « maudire » (male-dicere). « Maudit soit l’homme qui met sa foi dans un mortel, qui s’appuie sur un être de chair, tandis que son cœur se détourne du SEIGNEUR. Il sera comme un buisson sur une terre désolée, il ne verra pas venir le bonheur. Il aura pour demeure les lieux arides du désert, une terre salée et inhabitable... » Mais ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur, ceux-là ont fait le bon choix ; on ne peut que les féliciter ; et l’avenir montrera qu’ils ont eu raison, on dira du bien de leur conduite, on dira leur bonheur : c’est exactement le sens du mot « bénir » (bene-dicere en latin). « Béni soit l’homme qui met sa foi dans le SEIGNEUR, dont le SEIGNEUR est la confiance. »

Une fois de plus, nous remarquons les profondes affinités entre Jésus et Jérémie : dans l’évangile des Béatitudes, par exemple, que nous lisons également ce dimanche, mais aussi dans le thème de l’eau vive : il suffit de se rappeler la phrase que Jésus a prononcée à l’occasion de la fête des Tentes à Jérusalem : « Au jour solennel où se terminait la fête, Jésus, debout, s’écria : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi ! Comme dit l’Écriture : de son cœur couleront des fleuves d’eau vive. » (Jn 7,37-38).

Jérémie 17 | La Bible commentée | CapBiblique