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Livre de · 52 chapitres

Jérémie

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AELF · Bible liturgique

    Cette année-là, au début du règne de Sédécias, roi de Juda,
la quatrième année, au cinquième mois,
le prophète Ananie, fils d’Azzour, originaire de Gabaon,
me dit dans la maison du Seigneur,
en présence des prêtres et de tout le peuple :
    « Ainsi parle le Seigneur de l’univers, le Dieu d’Israël :
J’ai brisé le joug du roi de Babylone !
    Dans deux ans, jour pour jour,
je ferai revenir en ce lieu
tous les objets de la maison du Seigneur
que Nabucodonosor, roi de Babylone, a enlevés
pour les emporter à Babylone.
    Je ramènerai ici Jékonias, fils de Joakim, roi de Juda,
avec tous les déportés de Juda qui sont partis à Babylone
– oracle du Seigneur –,
car je vais briser le joug du roi de Babylone ! »
    Le prophète Jérémie répondit au prophète Ananie
en présence des prêtres et de tout le peuple,
qui se tenaient dans la maison du Seigneur.
    Il lui dit :
« Amen ! Que le Seigneur agisse ainsi,
que le Seigneur accomplisse ta prophétie :
qu’il fasse revenir de Babylone
les objets de la maison du Seigneur et tous les déportés.
    Cependant, écoute bien cette parole
que je vais te faire entendre,
à toi et à tout le peuple :
    Les prophètes qui nous ont précédés, toi et moi,
depuis bien longtemps,
ont prophétisé contre de nombreux pays et de grands royaumes
la guerre, le malheur et la peste.
    Le prophète qui annonce la paix
n’est reconnu comme prophète
vraiment envoyé par le Seigneur,
que si sa parole s’accomplit. »
    Alors le prophète Ananie enleva le joug
que le prophète Jérémie s’était mis sur la nuque,
et il le brisa.
    Et Ananie déclara en présence de tout le peuple :
« Ainsi parle le Seigneur :
De la même manière, dans deux ans, jour pour jour,
je briserai le joug de Nabucodonosor, roi de Babylone,
pour en délivrer toutes les nations. »
Alors le prophète Jérémie alla son chemin.

    La parole du Seigneur fut adressée à Jérémie
après que le prophète Ananie
eut brisé le joug qui était sur sa nuque.
    « Va dire à Ananie :
Ainsi parle le Seigneur :
Tu as brisé un joug de bois,
mais à sa place tu feras un joug de fer.
    Car ainsi parle le Seigneur de l’univers, le Dieu d’Israël :
C’est un joug de fer
que je mets sur la nuque de toutes ces nations,
pour qu’elles servent Nabucodonosor, roi de Babylone.
Et elles le serviront.
Je lui ai donné même les bêtes sauvages. »
    Le prophète Jérémie dit alors au prophète Ananie :
« Écoute bien, Ananie : le Seigneur ne t’a pas envoyé,
et toi, tu rassures ce peuple par un mensonge.
    C’est pourquoi, ainsi parle le Seigneur :
Je te renvoie de la surface de la terre ;
tu mourras cette année,
car c’est la révolte que tu as prêchée contre le Seigneur. »
    Le prophète Ananie mourut cette même année,
au septième mois.

            – Parole du Seigneur.

— Jr 28,1-17 —
Commentaire

DU LIVRE DE JEREMIE

Commentaire

1. Situation

Jérémie a vécu à l'une des périodes les plus troublées du Proche Orient. Il fut témoin de la chute d'un grand empire et de l'apparition d'un autre. Au milieu de cette tourmente, le royaume de Juda, aux mains de rois incapables, court à sa ruine pour n'avoir pas tenu compte de ces forces extérieures insurmontables de l'histoire, et y avoir résisté.

Le ministère de Jérémie a duré 40 ans environ, de 627 à 587, et s'adressait à Juda, ainsi qu'aux nations environnantes, pendant cette époque de convulsions politiques. Jérémie est intervenu très souvent. Il fallait, en effet, discerner la volonté de Dieu et chercher sa lumière dans des situations dramatiques.

Parmi tous les prophètes de son temps (Sophonie, Habakkuk, Nahum et Ezéchiel), il fut le seul à percevoir à quel point Dieu aimait son peuple, ainsi que les devoirs du peuple vis-à-vis de Dieu, dans le respect des termes de l'Alliance. Il eut un sens très aigu des différentes déviations qui existaient alors dans la manière du peuple de vivre sa foi en Yahvé.

Son message développait 2 aspects fondamentaux : quelle est la véritable manière de vivre selon Yahvé-Dieu ? Les aberrations des dirigeants de Juda ne pouvaient, selon lui, que le conduire à la catastrophe, pour n'avoir pas suivi le Seigneur dans un discernement des appels des signes des temps.

Son Livre commence par des oracles contre Juda et Jérusalem (1, 4 - 25, 13), et c'est dans cette première partie que nous trouvons le récit de la vocation du prophète, ainsi que ses doutes et états d'âme concernant sa mission, car ces oracles couvrent toute la période de l'histoire dont il fut le contemporain. Une 2ème partie de son Livre traite de la restauration d'Israêl (26,1 - 35, 19). Une 3ème partie nous raconte les persécutions prolongées qu'a subies le prophète vers la fin de sa mission et de sa vie, ainsi que son martyre (36, 1 - 45, 5). Son Livre se termine par une série d'oracles contre les nations (46,1 - 51, 64).


Notre page se situe donc dans la 2ème partie du Livre de Jérémie.

2. Message

Qu'est-ce qu'un vrai prophète ? Telle est la question que pose ce passage du Livre de Jérémie. Au moment où il se trouve interpellé et contesté dans son message par le soi-disant prophète Ananie - dont la suite du texte nous montre qu'il n'est pas un véritable prophète, car il ne parle qu'en son nom propre -, nous le voyons réagir en vérité, lui qui parle sur l'ordre du Seigneur : il ne refuse donc pas a priori ce que lui déclare Ananie, tout en lui faisant remarquer que les prophéties de bon augure se vérifient toujours après coup dans la réalisation des événements heureux annoncés.

Ce n'est donc que dans un deuxième temps, après avoir reçu révélation du Seigneur, qu'il s'en vient proclamer à Ananie que son message est faux, que Dieu ne lui a pas parlé, qu'il trompe le peuple, et que, pour cette raison, le Seigneur le punira.

Quel est l'enjeu de ce débat ? Tout simplement la vocation du peuple d'Israël en tant que peuple de Dieu, appelé à témoigner à travers les âges que Yahvé son Dieu, qui l'a appelé, est le Dieu unique qui lui a fait la promesse d'être une bénédiction pour toutes les nations de la terre. Ce qui voulait dire que ce peuple ne pouvait être tout-à-fait un peuple ou une nation comme les autres, du fait que toutes ses situations devaient toujours être d'abord considérées en fonction de cette mission unique d'annonce et de témoignage du salut de Dieu

3. Decouvertes

Comme l'indique le récit lui-même, cette scène s'est passée entre les deux déportations à Babylone réalisées par le roi Chaldéen Nabuchodonosor, puisque Ananie annonce à tort que les déportés de la première vague vont revenir à Jérusalem libérés par la main puissante de Dieu.

Ananie prétend donc que le Seigneur va effectuer un prodige extraordinaire, quand l'on sait qu'après la première déportation Nabuchodonosor a placé un prince de Juda sur le trône de David, en attendant de lui des garanties d'obéissance stricte, et que l'empire Chaldéen est très loin à cette époque de connaître une décadence. Ce que proclame Ananie va donc à 100 pour cent à l'encontre du cours de l'histoire telle qu'elle se déroule depuis la montée en puissance de Nauchodonosor.

Il est certes plus facile à un prophète d'annoncer la colère de Dieu que vont manifester des catastrophes imminentes lorsqu'il se trouve face à un peuple qui ne respecte plus l'Alliance avec Dieu et se détourne quasi totalement de son Seigneur, dont il ne respecte plus les commandements. La libération qu'annonce Ananie dans de telles circonstances socio-politiques demande à être vue et vérifiée pour être crue. Et ce d'autant plus que cette annonce d'Ananie est faite en forme de simple prédiction d'événements, sans insistance sur le fait que le peuple doit se tourner vers son Dieu dans la confiance et dans l'espérance.

A noter que Jérémie, en portant un joug, signifiait, par une action symbolique efficace, que l'avenir du peuple dans sa mission unique passait par la soumission au joug de Babylone. Ce que refuse absolument Ananie en cassant le joug que portait Jérémie et en prétendant ainsi annuler le message de Jérémie et mettre en route un événement de libération du peuple.

De tels gestes symboliques ne sont porteurs d'un message et de la mise en route de sa réalisation que dans la vérité des relations entre Dieu et le prophète qu'il a appelé et à qui il parle : personne ne peut se proclamer prophète de lui-même, ni se permettre d'annoncer des oracles et de réaliser des gestes symboliques, qui, sans cet appel et cette initiative unique de et gratuite de Dieu, n'ont d'eux-mêmes aucune valeur.

Devant son joug de bois brisé, Jérémie annoncera un autre joug, incassable celui-là, qui traduira la pusissace du roi de Babylone asservissant toutes les nations. La logique du texte suppose que Jérémie est revenu parler à Ananie en portant un joug de fer. C'est seulement en se soumettant au joug de Nabuchodonosor que le peuple se préparera un avenir selon Dieu à travers l'épreuve de la captivité.

4. Prolongement

Cet épisode nous renvoie aux circonstances analogues rencontrées en notre vie de croyants au Christ Ressuscité, habités que nous sommes par l'Esprit Saint. Comme le peuple d'Israël, nous sommes de par notre foi convoqués pour être d'abord des témoins du salut en Jésus Christ à travers toutes les situations que nous abordons dans notre existence humaine dans laquelle nous sommes appelés par Dieu à reproduire l'image de son Fils.

Nous vivons donc dans ce monde comme n'en étant pas, notre vie est cachée avec le Christ en Dieu, nous devons faire toutes choses pour la gloire de Dieu, chercher d'abord le Royaume de Dieu et sa justice, suivre radicalement Jésus en le préférant à toutes nos relations humaines, fussent-elles les plus proches et de notre propre famille, tout cela parce que nous ne nous appartenons plus.

Et, saisis par le Christ, nous sommes ses prophètes aujourd'hui, invités, comme Jérémie à interpréter les événements de l'histoire des hommes pour nous situer face à eux selon l'Evanvile de Jésus : ce qui suppose que nous nous laissions interroger sérieusement par tous ces événements reçus dans leur vérité, pour les accueillir et les vivre à la façon de Jésus, sans prétendre, comme Ananie, traduire nos désirs et velléités dans un pseudo langage prophétique où nous ne dirions que nous-mêmes, sans nous laisser mettre en question par les appels des circonstances de notre vie et de son environnement proche ou lointain.

Prière

*Seigneur Jésus, apprends-moi à te suivre d'abord en toutes choses sans regarder en arrière, dans la certitude qu'avec toi et en toi, je suis plus que jamais, bien qu'autrement, présent à toutes et à tous, fort de ta force et pauvre de ta pauvreté qui révèle la puissance de Dieu. AMEN.

02.08.2004.*