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Livre de · 52 chapitres

Jérémie

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Jr 11,18-20
AELF · Bible liturgique

Texte biblique non disponible pour ce passage — sera ajouté quand un passage de ce chapitre sera commenté dans la liturgie.

Jr 11,18-20
Commentaire

Le passage de Jérémie 11,18-20 appartient à ce que les exégètes appellent les « Confessions de Jérémie » — un ensemble unique dans la littérature prophétique où le prophète ouvre son intériorité devant Dieu et expose sa souffrance personnelle. Ces confessions (Jr 11,18–12,6 ; 15,10-21 ; 17,14-18 ; 18,18-23 ; 20,7-18) constituent un genre littéraire sans véritable parallèle chez les autres prophètes d'Israël. Nous sommes probablement sous le règne de Joïaqim (609-598 av. J.-C.), dans un contexte où la prédication de Jérémie contre le Temple et l'idolâtrie lui vaut une hostilité croissante, y compris de la part des gens de sa propre ville, Anatoth (Jr 11,21-23, la suite immédiate de notre passage). Le prophète découvre avec stupeur que ceux qu'il croyait ses proches trament sa mort. Le verbe initial hôdaʿtanî (« tu m'as fait connaître ») souligne que cette révélation est un don divin : sans l'intervention de YHWH, Jérémie serait resté aveugle au complot. C'est Dieu qui déchire le voile de l'apparence et dévoile la réalité meurtrière cachée sous des dehors fraternels.

L'image centrale du passage est celle de l'agneau (kéves) conduit à l'abattoir (tévah). Le terme 'allûf, traduit par « docile » ou « familier », connote un animal confiant, apprivoisé, qui ne soupçonne rien. L'ironie tragique est saisissante : le prophète, homme de la parole et de la clairvoyance au service de Dieu, se découvre naïf face à la malice humaine. Il faut la révélation divine pour qu'il comprenne le danger. La citation des conspirateurs — « Coupons l'arbre à la racine » (nashḥitah ʿets belaḥmo) — vise l'anéantissement total, non seulement physique mais mémoriel : « afin qu'on oublie jusqu'à son nom ». Dans la mentalité sémitique, effacer le nom, c'est abolir l'existence même de quelqu'un. Les ennemis veulent détruire non seulement le prophète, mais sa parole, son message, la trace qu'il laisse dans l'histoire d'Israël.

La prière qui conclut le passage (v. 20) est une remise de cause (rîvî, « mon procès, ma querelle ») entre les mains du « Seigneur des armées » (YHWH Tseva'ot), titre qui souligne la souveraineté et la puissance divine. Jérémie invoque Dieu comme juge (shôfet tsédeq), celui qui « scrute les reins et les cœurs » (bôḥen kelayôt valev) — une formule qui désigne la connaissance exhaustive que Dieu a des motivations les plus secrètes. Les « reins » (kelayôt) représentent dans l'anthropologie hébraïque le siège des émotions profondes, et le « cœur » (lev), celui de la volonté et de l'intelligence. Le prophète ne demande pas seulement justice pour lui-même : il en appelle à la cohérence de Dieu avec sa propre nature de juge juste. La demande de « revanche » (niqmat) peut choquer la sensibilité moderne, mais elle s'inscrit dans la logique de la justice rétributive vétérotestamentaire où le mal non sanctionné constitue un désordre théologique insupportable.

Origène, dans ses Homélies sur Jérémie (Hom. X), lit ce passage comme une figure christologique : l'agneau innocent conduit au sacrifice sans résistance préfigure le Christ de la Passion. Il insiste sur le fait que la naïveté de Jérémie n'est pas faiblesse mais innocence — celle de l'homme juste qui ne projette pas la malice parce qu'il n'en porte pas en lui. Jérôme, dans son Commentaire sur Jérémie (In Ieremiam, lib. II), souligne quant à lui la dimension ecclésiale : tout prédicateur fidèle doit s'attendre à l'hostilité, y compris de la part de ses proches. Il rapproche cette expérience de l'avertissement de Jésus en Mt 10,36 : « On aura pour ennemis les gens de sa propre maison. » Pour Jérôme, la confiance de Jérémie en Dieu-juge est le modèle de l'attitude du chrétien persécuté qui refuse la vengeance personnelle et remet tout au jugement divin.

L'intertextualité la plus décisive est évidemment celle avec Isaïe 53,7 : « Comme un agneau conduit à l'abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n'a pas ouvert la bouche. » Le Serviteur souffrant d'Isaïe reprend et amplifie l'image de Jérémie, mais en y ajoutant le silence volontaire et la dimension expiatoire. L'Église primitive a lu ces deux textes en surimpression pour comprendre la Passion du Christ (Ac 8,32-35, où Philippe explique Is 53 à l'eunuque éthiopien). Dans le contexte liturgique du Carême, le choix de ce passage est évidemment délibéré : Jérémie persécuté pour sa fidélité à la parole de Dieu est un typos (une figure annonciatrice) du Christ qui, au chapitre suivant de Jean, sera traqué par les autorités religieuses. La différence théologique majeure est que Jérémie demande vengeance, tandis que Jésus pardonnera à ses bourreaux — passage de l'ancienne à la nouvelle Alliance.

Un débat exégétique important concerne l'expression nashḥitah ʿets belaḥmo, littéralement « détruisons l'arbre dans son pain/sa sève ». La traduction est discutée : certains (comme W. Holladay) y voient une métaphore de l'arbre fruitier qu'on abat pour qu'il ne produise plus, d'autres corrigent belaḥmo en belibbo (« dans sa vigueur »). La Septante traduit de manière interprétative. Quoi qu'il en soit, le sens global est clair : l'intention est d'anéantir le prophète en pleine force vitale. Par ailleurs, la question de l'historicité précise du complot d'Anatoth reste ouverte : certains exégètes y voient un événement autobiographique précis, d'autres une construction littéraire qui condense l'opposition que Jérémie a subie tout au long de son ministère. Dans les deux cas, la portée théologique demeure : la fidélité à la parole de Dieu expose à la persécution, mais cette persécution même est prise en charge par le Dieu qui juge avec justice.

Jérémie 11 | La Bible commentée | CapBiblique