Jour 165 ☾ — Quand la foi devient mafia…
← J165 ☼ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J166 ☼ →
Résumé : Jérémie est désormais entré dans les intrigues politiques de Jérusalem : le roi Sédécias le fait consulter pendant le siège de Nabuchodonosor, et la réponse du prophète est terrible. Suivent les grands oracles contre la maison royale de Juda — Shalloum, Joiaqim, Konias —, qui dénoncent moins l'idolâtrie que le mépris du droit, le travail non payé et le sang de l'innocent. Dans son commentaire, le frère Paul-Adrien montre un Jérémie « syndicaliste », dénonçant en face du roi une famille royale devenue une sorte de mafia religieuse. Il relie ce réquisitoire à la doctrine sociale de l'Église, citant Rerum Novarum de Léon XIII, et rappelle qu'on ne peut pas être chrétien et exploiter son prochain. L'épisode se termine par le Confiteor, pour commencer par balayer devant sa porte.
Introduction
Nous continuons notre lecture du livre de Jérémie. Un pas a été franchi. Au début du livre de Jérémie, on avait des oracles contre Juda, mais on ne savait pas très bien ni quand, ni où ils avaient été prononcés, et ils valaient de tout temps, en tout lieu, de toutes époques. Et puis ensuite, on a vu comment ça avait suscité des formes de complot contre Jérémie, parce que le peuple refuse de se convertir et d'abandonner les idoles, parce que le roi refuse d'arrêter l'exploitation des riches par les pauvres, et que les grands prêtres refusent d'abandonner leurs prétentions politiques. On a vu comment Jérémie s'était vu menacé, voire comment il avait terminé, humilié sur les places publiques.
Et donc, ça change des choses maintenant. Ce n'est plus tout à fait comme avant. Jérémie embête les prêtres et les prophètes de la cour. C'est Jérémie qui court-circuite les consultations officielles de l'institution royale, et qu'il le veuille ou pas, Jérémie est en train, j'allais dire, de prendre du galon. En tout cas, il est en train de se rapprocher du centre du pouvoir. Sauf que ce n'est pas forcément une bonne chose. Là, maintenant, vous êtes en plein milieu des intrigues politiques. Le danger presse de toutes parts, et Jérémie est en train de devenir un enjeu politique. Ce qui est d'autant plus touchant qu'au chapitre juste avant, on avait vu à quel point Jérémie était dégoûté de son métier, qu'il avait même songé à se donner la mort.
Jérémie, chapitres 21 et 22.
Lecture : Jérémie 21-22
Parole du Seigneur qui fut adressée à Jérémie lorsque le roi Sédécias envoya Pashehour, fils de Malkiya, et le prêtre Sophonie, fils de Maaséya, pour lui dire : « Consulte donc pour nous le Seigneur, car Nabuchodonosor, roi de Babylone, nous fait la guerre. Peut-être le Seigneur va-t-il faire en notre faveur un de ces miracles pour que s'en aille celui qui nous assiège. »
Jérémie leur dit : « Vous parlerez ainsi à Sédécias : Ainsi parle le Seigneur, le Dieu d'Israël. Les armes qui sont entre vos mains, avec lesquelles vous faites la guerre au roi de Babylone et aux Chaldéens, vos assiégeants, je vais les retourner de l'extérieur des remparts et les diriger vers l'intérieur de cette ville. Et moi-même, je vous ferai la guerre par ma main puissante et la force de mon bras, avec colère, avec fureur, avec une grande irritation. Je frapperai les habitants de cette ville, l'homme et le bétail. Ils mourront d'une grande peste. Et après cela, oracle du Seigneur, je livrerai Sédécias, roi de Juda, ses serviteurs, le peuple. Et ceux qui, dans cette ville, auront échappé à la peste, à l'épée et à la famine, je les livrerai aux mains de Nabuchodonosor, roi de Babylone, aux mains de leurs ennemis, aux mains de ceux qui en veulent à leur vie. On les passera au tranchant de l'épée, sans merci ni pitié, sans compassion. »
« Et tu diras à ce peuple : Ainsi parle le Seigneur. Voici que je mets devant vous le chemin de la vie et le chemin de la mort. Qui restera dans cette ville mourra par l'épée, la famine ou la peste. Mais qui en sortira pour se rendre aux Chaldéens, vos assiégeants, celui-là vivra. Il aura la vie sauve comme part de butin. Oui, je tournerai mon visage contre cette ville pour son malheur et non pour son bonheur, oracle du Seigneur. Elle sera livrée aux mains du roi de Babylone qui l'incendiera. »
Sur la maison royale de Juda : « Écoutez la parole du Seigneur, maison de David. Ainsi parle le Seigneur : dès le matin, jugez selon le droit, délivrez l'exploité des mains de l'oppresseur, de peur que ma colère n'éclate comme un feu, à cause de la malice de vos actes, et ne brûle sans personne pour l'éteindre.
Me voici contre toi qui sièges dans la vallée, toi, rocher dans la plaine, oracle du Seigneur, et ils disent : qui nous attaquera, qui entrera dans nos demeures ? Je sévirai contre vous selon le fruit de vos actes, oracle du Seigneur. À la maison de la forêt, je mettrai le feu, il dévorera tout ce qui l'entoure. »
Ainsi parle le Seigneur : « Descends à la maison du roi de Juda et là tu prononceras cette parole. Tu diras : écoute la parole du Seigneur, roi de Juda, qui sièges sur le trône de David, toi, tes serviteurs et ton peuple, vous tous qui entrez par ces portes. Ainsi parle le Seigneur : pratiquez le droit et la justice, délivrez l'exploité des mains de l'oppresseur, ne maltraitez pas l'immigré, l'orphelin et la veuve, ne leur faites pas violence et ne versez pas en ce lieu le sang de l'innocent. Si vous accomplissez cette parole, alors des rois siégeant sur le trône de David entreront par les portes de cette maison, montés sur un char attelé de plusieurs chevaux, chacun avec ses serviteurs et son peuple. Mais si vous n'écoutez pas ces paroles, j'en fais le serment par moi-même, oracle du Seigneur, cette maison ne sera plus qu'une ruine. »
Oui, ainsi parle le Seigneur au sujet de la maison royale de Juda : « Pour moi, tu es Galaad, tu es le sommet du Liban. Pourtant, je te changerai en désert, en villes inhabitées. Je voue des hommes à ta destruction, chacun d'eux avec ses armes. Ils abattront tes cèdres de choix et les feront tomber dans le feu.
Alors, des gens de nombreuses nations passeront près de cette ville. Ils se diront l'un à l'autre : pourquoi le Seigneur a-t-il ainsi traité cette grande ville ? Et l'on dira : c'est qu'ils ont abandonné l'alliance du Seigneur, leur Dieu, pour se prosterner devant d'autres dieux et les servir. »
Ne pleurez pas sur un mort. N'ayez pour lui aucun geste de deuil. Pleurez plutôt sur celui qui s'en va, car il ne reviendra plus. Il ne verra plus son pays natal.
Oui, ainsi parle le Seigneur au sujet de Shalloum, fils de Josias, roi de Juda, qui régna à la place de Josias, son père, et qui est sorti de ce lieu : « Il ne reviendra plus ici, car il mourra dans le lieu où on l'a déporté, et ce pays, il ne le verra plus. »
Malheur à qui bâtit sa maison au mépris de la justice et ses chambres hautes au mépris du droit, qui fait travailler gratuitement son prochain et ne lui verse pas de salaire, lui qui se dit : je vais me bâtir une maison bien vaste et de spacieuses chambres hautes. Il perce des ouvertures, il recouvre de cèdre, il enduit de vermillon.
Règnes-tu pour ta passion du cèdre ? Ton père n'a-t-il pas mangé et bu ? Il pratiquait aussi le droit et la justice, et pour lui, tout allait bien. Il défendait la cause du pauvre et du malheureux, et tout allait bien. N'est-ce pas cela, me connaître ? oracle du Seigneur. Mais toi, tu n'as des yeux et un cœur que pour ton profit, pour verser le sang de l'innocent et agir dans l'oppression et la brutalité.
C'est pourquoi, ainsi parle le Seigneur au sujet de Joiaqim, fils de Josias, roi de Juda : on ne fera pas sur lui cette lamentation : « Mon frère, quel malheur ! Ma sœur, quel malheur ! » On ne fera pas sur lui cette lamentation : « Seigneur, quel malheur ! Majesté ! » Mais on l'enterrera comme on enterre un âne, traîné et jeté loin des portes de Jérusalem.
Monte au Liban et crie ! Dans le Bashân, donne de la voix ! Crie du haut des monts Abarim, car tous tes amants sont brisés. Je t'ai parlé quand tu étais tranquille. Tu as dit : « Je n'écouterai pas. » Telle fut ta conduite depuis ta jeunesse. Tu n'as pas écouté ma voix. Tous tes pasteurs, le vent les mènera paître, et tes amants s'en iront captifs. Alors tu seras honteuse et confuse à cause de toute ta malice. Toi qui sièges au Liban, qui es nichée dans les cèdres, combien gémiras-tu quand douleurs et frissons viendront sur toi, comme sur la femme qui accouche.
Par ma vie, oracle du Seigneur, Konias, fils de Joiaqim, roi de Juda, si tu étais un anneau à ma main droite, je t'en arracherais. Je vais te livrer aux mains de ceux qui en veulent à ta vie, aux mains de ceux qui t'épouvantent, aux mains de Nabuchodonosor, roi de Babylone, et aux mains des Chaldéens. Et je te jetterai, toi et ta mère qui t'a enfanté, sur une autre terre où vous n'êtes pas nés, et c'est là que vous mourrez. Sur la terre où ils désirent ardemment revenir, ils ne reviendront pas.
Est-il un ustensile méprisable et cassé, cet homme, ce Konias ? Est-il un objet dont personne ne veut ? Pourquoi lui et sa descendance ont-ils été enlevés et jetés sur une terre qu'ils ne connaissaient pas ? Terre, terre, terre ! Écoute la parole du Seigneur ! Ainsi parle le Seigneur au sujet de cet homme : inscrivez-le sans postérité, individu qui n'a pas réussi dans sa vie. Car aucun de ses descendants ne réussira à siéger sur le trône de David et à dominer encore en Juda.
Commentaire
On est souvent centré, avec les critiques des prophètes, sur des critiques religieuses. Mais vous avez ici entendu comment l'injustice sociale, l'exploitation des pauvres et la corruption des dirigeants sont dénoncées. Vous êtes ici dans un programme politique. Une des raisons pour lesquelles Dieu est en colère, c'est à cause des crimes sociaux. Citation :
Malheur à qui bâtit sa maison au mépris de la justice et ses chambres hautes au mépris du droit, qui fait travailler gratuitement son prochain et ne lui verse pas de salaire.
Jérémie, syndicaliste, qui dénonce les conditions de travail et l'importance de la juste rétribution. C'est ça être chrétien aussi. Là, c'était le roi qui obligeait les ouvriers à embellir le palais royal sans les payer. Ce qui est un peu ironique quand on sait que les rois pillent allègrement dans le temple de Jérusalem.
Du coup, réquisitoire du prophète contre l'institution royale, contre cette famille qui ressemble de plus en plus à une sorte de mafia qui a pris la main d'un État. Vous savez, la mafia peut être aussi très religieuse, il ne faut pas s'y tromper.
Règnes-tu pour ta passion du cèdre ? Ton père n'a-t-il pas mangé et bu ? Il pratiquait aussi le droit et la justice, et pour lui, tout allait bien.
Et pourtant, il ne vivait pas dans des palais de cèdre. On n'a pas le droit de séparer la religion de la justice sociale. Et ça aussi, c'est non seulement le travail des prophètes, mais aussi celui de l'Église, de le rappeler. Ça vous donnera plus tard ce que l'on appelle la doctrine sociale de l'Église.
Je vous cite un extrait de Rerum Novarum, une encyclique de Léon XIII qui date de 1891 : « Ce serait commettre une injustice grave que d'exploiter la pauvreté d'un homme ou son indigence pour lui imposer, sous prétexte de contrat, des conditions de travail telles qu'il ne puisse ni les accepter sans y être contraint, ni y souscrire sans dommage pour sa vie morale. »
Eh bien, vous voyez, toute la doctrine sociale de l'Église, le fait que l'Église doit, parce que c'est sa mission qu'elle a reçue de la part de Dieu, dénoncer les injustices sociales, ça vient aussi des prophètes et du chapitre que vous venez d'entendre. Dans tous les lieux où nous travaillons, nous devons veiller à la justice : le salaire, les conditions de travail, le respect du travail. On ne peut pas être chrétien et exploiter son prochain. Point à la ligne. Si on fait ça, Dieu s'opposera à nous.
Vous apprécierez au passage le courage de Jérémie, parce que cette dénonciation que moi je fais par podcast interposé, c'est facile pour moi de la faire. Jérémie, lui, il l'a faite en face du roi. On pourra dire ce qu'on veut sur Jérémie qui se plaint, mais c'est ça aussi Jérémie.
En prière, eh bien écoutez, je vous propose de réciter le Confiteor, parce que moi je dis : commençons par balayer devant notre porte pour voir si par hasard nous aussi, on n'est pas du côté de ceux qui de temps en temps exploitent les autres.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Je confesse à Dieu tout-puissant, je reconnais devant vous, frères et sœurs, que j'ai péché en pensée, en parole, par action et par omission. Oui, j'ai vraiment péché. C'est pourquoi je supplie la bienheureuse Vierge Marie, les anges et tous les saints, et vous aussi, mes frères, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.
Et je promets de veiller à la justice sociale, au travail et partout où je serai.
← J165 ☼ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J166 ☼ →