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Jour 166 ☼ — Ezéchias : prière, miracle… mais aucune relève

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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 20 du deuxième livre des Rois, le frère Paul-Adrien lit la maladie mortelle d'Ezéchias, sa prière exaucée, le signe de l'ombre qui recule de dix degrés, puis la visite des envoyés de Mérodak-Baladan de Babylone. Le commentaire montre qu'Ezéchias, sommé par Isaïe de « prendre des dispositions pour sa maison », n'en prend aucune : ni religieuse, ni dynastique. En exhibant son or plutôt que sa sagesse, il allume l'avidité des Babyloniens et prépare la première prophétie de la déportation. Sa piété restera personnelle, celle d'un homme plus préoccupé de survivre que de gouverner.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

Nous continuons avec Ezéchias, le grand Ezéchias, le miracle du royaume de Juda. Mais les meilleures choses ont une fin. Nous assistons bientôt à la fin de son règne. Comment est-il en train de préparer l'avenir ? La réponse dans 2 Rois, chapitre 20.

Lecture : 2 Rois 20

En ces jours-là, le roi Ezéchias souffrait d'une maladie mortelle. Le prophète Isaïe, fils d'Amoz, vint lui dire : « Ainsi parle le Seigneur : prends des dispositions pour ta maison, car tu vas mourir. Tu ne guériras pas. »

Ezéchias se tourna vers le mur et fit cette prière au Seigneur : « Ah, Seigneur, souviens-toi : j'ai marché en ta présence, dans la loyauté d'un cœur sans partage, et j'ai fait ce qui est bien à tes yeux. » Puis le roi Ezéchias fondit en larmes.

Isaïe allait sortir de la cour intérieure du palais quand la parole du Seigneur lui fut adressée : « Retourne dire à Ezéchias, le chef de mon peuple : Ainsi parle le Seigneur, Dieu de David, ton ancêtre. J'ai entendu ta prière, j'ai vu tes larmes. Eh bien, je vais te guérir. Dans trois jours, tu monteras à la maison du Seigneur, et j'ajouterai quinze années à ta vie. Je te délivrerai, toi et cette ville, de la main du roi d'Assour. Si je protège cette ville, c'est à cause de moi-même, et à cause de David, mon serviteur. »

Puis Isaïe ajouta : « Prenez un gâteau de figues. » On en prit un, on le mit sur l'ulcère, et le roi s'en trouva mieux.

Ezéchias dit à Isaïe : « À quel signe reconnaîtrai-je que le Seigneur me guérira, et que dans trois jours je pourrai monter à la maison du Seigneur ? » Isaïe lui répondit : « Voici pour toi, de la part du Seigneur, le signe que le Seigneur accomplira la parole qu'il a prononcée. L'ombre avancera-t-elle de dix degrés, ou reviendra-t-elle de dix degrés ? » Ezéchias dit : « C'est peu de chose pour l'ombre de s'étendre de dix degrés. Non, que l'ombre revienne de dix degrés en arrière. » Alors le prophète Isaïe invoqua le Seigneur, qui fit revenir l'ombre de dix degrés en arrière, sur les degrés qu'elle avait descendus, les degrés d'Achaz.

En ce temps-là, Mérodak-Baladan, fils de Baladan, roi de Babylone, fit parvenir des lettres et un présent à Ezéchias, car il avait appris qu'Ezéchias avait été malade. Ezéchias s'en réjouit et montra aux envoyés tous ses entrepôts, l'argent et l'or, les aromates et l'huile parfumée, ainsi que son arsenal et tout ce qui se trouvait dans ses trésors. Il n'y eut rien qu'Ezéchias ne leur ait montré dans sa maison et dans tout son domaine.

Le prophète Isaïe vint alors trouver le roi Ezéchias et lui dit : « Ces gens-là, qu'ont-ils dit ? Et d'où venaient-ils ? » Ezéchias répondit : « Ils venaient d'un pays lointain, de Babylone. » Il demanda : « Et qu'ont-ils vu dans ta maison ? » Ezéchias dit : « Tout ce qui se trouve dans ma maison, ils l'ont vu. Il n'y a rien dans mes trésors que je ne leur ai montré. »

Alors Isaïe dit au roi Ezéchias : « Écoute la parole du Seigneur. Voici venir des jours où tout ce qui est dans ta maison, ce que tes pères ont amassé jusqu'à aujourd'hui, sera emporté à Babylone. Il n'en restera rien, dit le Seigneur. On prendra plusieurs de tes fils, issus de toi, engendrés par toi. Ils seront des eunuques dans le palais du roi de Babylone. »

Ezéchias dit à Isaïe : « C'est une bonne chose, ce que tu me dis de la part du Seigneur. » Il se disait en effet : « Pourquoi pas ? S'il y a la paix et la stabilité pendant ma vie… »

Le reste des actions d'Ezéchias et toute sa bravoure, comment il fit creuser le réservoir et le canal et fit venir ainsi l'eau dans la ville, cela n'est-il pas écrit dans le livre des annales des rois de Juda ? Ezéchias reposa avec ses pères et son fils Manassé régna à sa place.

Commentaire

Ezéchias reposa avec ses pères et son fils Manassé régna à sa place. Une fin de règne qui est annoncée par le prophète Isaïe :

Ainsi parle le Seigneur : « Prends des dispositions pour ta maison, car tu vas mourir et tu ne guériras pas. »

La réaction d'Ezéchias est de demander sa guérison. Et on peut le comprendre. Et d'ailleurs, Isaïe le comprend, et Dieu le comprend, puisqu'il lui accorde, à travers un miracle, quinze années supplémentaires pour qu'il puisse asseoir sa victoire contre l'Assyrie.

Ezéchias, Dieu le bichonne, Isaïe le bichonne. On lui donne un gâteau de figues en guise de cataplasme, avec les figues qui sont, dans la Bible et dans le judaïsme, le symbole de la loi. Vous notez ici toute l'allusion. Avec cette ombre qui recule de dix degrés, qui n'est pas sans vous rappeler cette fameuse bataille que l'on avait entendue lorsque Josué arrêta le cours du soleil : la bataille de Gabaon. C'est le même Dieu qui était dans Moïse, qui était dans Josué, qui prend soin d'Ezéchias.

Ok, très bien tout ça. Mais quand même, le point de départ, c'était Isaïe qui disait à Ezéchias : « Prends des dispositions, prépare la suite. Un roi n'est pas éternel. » Donc question : quelles sont les dispositions qu'Ezéchias a prises pour rasseoir sa réforme religieuse, lui qui a détruit tous les sanctuaires ? Eh bien en fait, il n'en prend aucune.

Et quelles sont les dispositions militaires qu'Ezéchias prend ? Alors pour le coup, il en prend une. Ce n'est pas dit que ce soit la meilleure qu'il ait prise, d'ailleurs.

En ce temps-là, Mérodak-Baladan, fils de Baladan, roi de Babylone, fit parvenir des lettres et un présent à Ezéchias.

Mes petites notes de bas de page me disent que ce Mérodak-Baladan, on a retrouvé sa trace : nom déformé de Mardouk-Apla-Iddin, profitant des troubles de l'Empire assyrien, il prend le pouvoir de Babylone de 722 à 710. Est-ce que tout le monde voit bien ce qui est en train de se passer ? Ici, le narrateur est en train d'introduire, mine de rien, un nouvel empire sur la scène : l'Empire néo-babylonien. Oh, c'est juste en passant, mais maintenant il est posé.

Ce Mérodak-Baladan, il ne va pas faire long feu. L'empereur assyrien va avoir raison de lui. N'empêche que ça vous indique, à mots couverts, qu'il commence à y avoir des troubles à l'Est et que tout n'est pas aussi beau qu'il n'y paraît pour l'Empire assyrien. Un jour, Babylone, qui est en train de monter en puissance, prendra la relève. Souvenez-vous du prophète Nahum. On a écouté ses oracles, comment Nahum — un nom qui signifie consolation — qui était probablement un Israélite du Nord réfugié dans le Sud, était en train de prophétiser la chute de l'Assyrie, ce à quoi personne ne s'attendait, parce qu'en ce moment, à Juda, tout le monde est en train de se dire que les prochains sur la liste, ce sont eux.

En tout cas, Ezéchias tente un rapprochement avec les Babyloniens. Sur le papier, c'est bien joué, mais encore faut-il le faire de manière intelligente. On se souvient de la reine de Saba qui est allée voir Salomon, et Salomon l'avait extasiée par sa sagesse. Là, vous avez quelqu'un qui vient aussi des extrémités de la terre. Ezéchias, plutôt que d'essayer de les impressionner par sa sagesse et sa religion, essaye de les impressionner par son or et son argent : la sagesse d'un parvenu. Le livre des Chroniques, que nous entendrons plus tard dans l'année, nous dira qu'à la fin de sa vie, Ezéchias était devenu orgueilleux.

Sauf que les Babyloniens, c'était une civilisation qui était plus avancée que celle des Israélites. Ils devaient être persuadés qu'il n'y avait rien, qu'il n'y avait que des ploucs dans ces montagnes. Voilà maintenant qu'ils y ont découvert un trésor à piller. Ce n'est pas le respect qu'il vient de susciter dans le regard des Babyloniens, c'est l'avidité qu'il vient d'allumer dans leur cœur. Ce qui est tout sauf intelligent. Et c'est ainsi que nous avons la première prophétie d'Isaïe qui prédit la déportation à Babylone.

Réaction d'Ezéchias, réaction surprenante. Il se disait en effet : « Pourquoi pas ? S'il y a la paix et la stabilité pendant ma vie, moi, c'est tout ce que je demande. » Ah, elle est belle, la sollicitude d'un roi pour son pays.

D'où la question que j'avais posée et que je vous repose : quelles sont les dispositions qu'Ezéchias a prises à la fin de sa vie pour assurer la stabilité de son royaume ? Aucune. La piété qu'il a montrée envers Dieu restera celle d'une piété personnelle, voire individuelle, d'un homme plus préoccupé par survivre que par gouverner.

Nous terminons par nos psaumes.

Psaume 128

Que de mal ils m'ont fait dès ma jeunesse, — à Israël de le dire — que de mal ils m'ont fait dès ma jeunesse : ils ne m'ont pas soumis.

Sur mon dos, des laboureurs ont labouré et creusé leurs sillons, mais le Seigneur, le juste, a brisé l'attelage des impies.

Qu'ils soient tous humiliés, rejetés, les ennemis de Sion. Qu'ils deviennent comme l'herbe des toits, aussitôt desséchée. Les moissonneurs n'en font pas une poignée, ni les lieurs une gerbe, et les passants ne peuvent leur dire la bénédiction du Seigneur.

Que le Seigneur soit sur vous. Au nom du Seigneur, nous vous bénissons. Amen.


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