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Jour 166 ☾ — Quand Dieu se fâche contre ses pasteurs

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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 23 de Jérémie, le frère Paul-Adrien lit un texte d'une rare violence contre les pasteurs qui laissent périr les brebis et contre les prophètes de mensonge. Le commentaire y voit un miroir brûlant de la crise des abus dans l'Église : doubles vies, protection des bourreaux plutôt que des victimes, miséricorde prêchée avant la justice, révélations privées usurpant le nom de Dieu. Il rappelle que Dieu se place résolument, avec colère, du côté des victimes, et cite le pape François : « Avant d'avoir honte, il faut être en colère. » L'épisode s'achève par une prière proposée par la Conférence des évêques de France en réponse à la crise des abus.

Introduction

Un chapitre d'une rare violence, mais d'une rare modernité, hélas ! Comment ne pas penser à la crise des abus et à la manière dont certains prêtres manipulent les gens ?

Enfin, vous allez l'entendre, ce sera le verset 13, mais ça va vous donner tout de suite la tonalité. Tout va tourner autour de cela dans ce chapitre :

Chez les prophètes de Samarie, j'ai vu des extravagances. Ils prophétisaient par le dieu Baal et ils égaraient mon peuple Israël. Mais chez les prophètes de Jérusalem, j'ai vu des choses monstrueuses.

Lecture : Jérémie 23

Quel malheur pour vous, pasteurs ! Vous laissez périr et vous dispersez les brebis de mon pâturage, oracle du Seigneur.

C'est pourquoi, ainsi parle le Seigneur, le Dieu d'Israël, contre les pasteurs qui conduisent mon peuple : « Vous avez dispersé mes brebis. Vous les avez chassées et vous ne vous êtes pas occupés d'elles. Eh bien ! Je vais m'occuper de vous à cause de la malice de vos actes, oracle du Seigneur.

Puis je rassemblerai moi-même le reste de mes brebis de tous les pays où je les ai chassées. Je les ramènerai dans leurs enclos. Elles seront fécondes et se multiplieront. Je susciterai pour elles des pasteurs qui les conduiront. Elles ne seront plus apeurées ni effrayées, ni aucune ne sera perdue, oracle du Seigneur. »

Voici venir des jours, oracle du Seigneur, où je susciterai pour David un germe juste. Il règnera en vrai roi. Il agira avec intelligence. Il exercera dans le pays le droit et la justice. En ces jours-là, Juda sera sauvé et Israël habitera en sécurité. Voici le nom qu'on lui donnera : « Le Seigneur est notre justice. »

C'est pourquoi, voici venir des jours, oracle du Seigneur, où pour prêter serment, on ne dira plus : « Par le Seigneur vivant qui a fait monter du pays d'Égypte les fils d'Israël », mais : « Par le Seigneur vivant qui a fait monter du pays du nord les gens de la maison d'Israël, qui les a ramenés de tous les pays où il les avait chassés », car ils demeureront sur leur sol.

Sur les prophètes. Mon cœur en moi s'est brisé. Tous mes os frémissent. Je suis comme un ivrogne, comme un homme pris de vin, à cause du Seigneur, à cause de ses paroles de sainteté.

Car le pays est rempli d'adultères. À cause de la malédiction, le pays est en deuil. Les pâturages du désert sont desséchés. La course de ces gens est tendue vers le mal et leur force vers ce qui n'est pas juste.

Oui, même le prophète, même le prêtre sont corrompus. Et jusque dans ma maison, j'ai découvert leur malice, oracle du Seigneur. C'est pourquoi leur chemin sera pour eux comme un sentier glissant en pleine obscurité. Ils y seront poussés, ils tomberont, car je ferai venir sur eux le malheur, l'année de leur châtiment, oracle du Seigneur.

Chez les prophètes de Samarie, j'ai vu des extravagances. Ils prophétisaient par le dieu Baal et ils égaraient mon peuple Israël. Mais chez les prophètes de Jérusalem, j'ai vu des choses monstrueuses. Ils sont adultères, familiers du mensonge. Ils prêtent main-forte aux malfaiteurs. Et nul ne revient de sa malice. Tous, ils sont devenus pour moi pareils à Sodome, et les habitants de Jérusalem pareils à Gomorrhe.

C'est pourquoi ainsi parle le Seigneur de l'univers contre les prophètes : « Je vais les nourrir d'absinthe et les abreuver d'eau empoisonnée, car à partir des prophètes de Jérusalem, c'est la corruption qui s'est répandue dans tout le pays. »

Ainsi parle le Seigneur de l'univers : « N'écoutez pas les paroles de ces prophètes qui prophétisent pour vous et qui font de vous des êtres de rien. Ils disent les visions de leur cœur et non ce qui sort de la bouche du Seigneur. Ils ne cessent de dire à ceux qui me méprisent : "Le Seigneur a parlé, vous aurez la paix." Et tous disent, en suivant les penchants de leur cœur endurci : "Le malheur ne viendra pas sur nous." »

Mais qui donc s'est tenu au conseil du Seigneur ? Qui a vu et entendu sa parole ? Qui a fait attention à sa parole et l'a entendue ?

Voici la tempête du Seigneur, sa fureur qui éclate, la tempête qui tourbillonne. Elle tournoie sur la tête des méchants. La colère du Seigneur ne se détournera pas avant d'avoir agi et réalisé les desseins de son cœur. Dans les derniers jours, vous le comprendrez vraiment.

Je n'ai pas envoyé ces prophètes, et pourtant ils courent. Je ne leur ai pas parlé, et pourtant ils prophétisent. S'ils s'étaient tenus à mon conseil, ils auraient fait entendre mes paroles à mon peuple. Ils l'auraient fait revenir de sa conduite mauvaise et de la malice de ses actes.

Suis-je Dieu de près, oracle du Seigneur, et non Dieu de loin ? Si un homme se dissimule dans les lieux cachés, ne le verrais-je pas, oracle du Seigneur ? Ne suis-je pas celui qui a rempli ciel et terre, oracle du Seigneur ?

J'ai entendu ce que disent les prophètes, ceux qui prophétisent en mon nom le mensonge et qui disent : « J'ai eu un songe. » Combien de temps y aura-t-il encore parmi les prophètes des gens qui prophétisent le mensonge, et qui prophétisent la tromperie de leur cœur, avec les songes qu'ils se racontent l'un à l'autre ? Pensent-ils faire oublier mon nom à mon peuple, comme leurs pères avaient oublié mon nom avec le dieu Baal ?

Le prophète qui a un songe, qu'il raconte le songe. Celui qui tient de moi une parole, qu'il dise ma parole en vérité. Qu'y a-t-il de commun entre la paille et le grain, oracle du Seigneur ? Et ma parole n'est-elle pas comme un feu, oracle du Seigneur, comme un marteau qui fracasse le roc ?

C'est pourquoi me voici contre les prophètes, oracle du Seigneur, ceux qui se volent l'un à l'autre mes paroles. Me voici contre les prophètes, oracle du Seigneur, ceux qui agitent leur langue pour proférer un oracle. Me voici contre ceux qui prophétisent des rêves mensongers, oracle du Seigneur. En les racontant, ils égarent mon peuple par leurs mensonges et par leurs vantardises, alors que moi, je ne les ai pas envoyés et je ne leur ai pas donné d'ordre. Ils ne sont d'aucune utilité à ce peuple, oracle du Seigneur.

Quand ce peuple, le prophète ou un prêtre te demandera de quelle proclamation le Seigneur t'a chargé, tu leur répondras : « Pour ce qui est d'une charge, je vais me débarrasser de vous, oracle du Seigneur. » Et le prêtre, le prophète ou celui du peuple qui dira : « Proclamation du Seigneur », cet homme-là, je le châtierai, lui et sa maison.

Vous allez parler ainsi, chacun à son prochain, chacun à son frère : « Que répond le Seigneur ? Que déclare le Seigneur ? » Vous ne prononcerez plus « Proclamation du Seigneur », car pour chacun, la proclamation n'est que sa propre parole, et vous avez perverti les paroles du Dieu vivant, le Seigneur de l'univers, notre Dieu.

Va plutôt demander au prophète : « Que te répond le Seigneur ? Que déclare le Seigneur ? » Si au contraire vous dites : « Proclamation du Seigneur », alors ainsi parle le Seigneur : « Puisque vous dites les mots "Proclamation du Seigneur", alors que je vous ai fait avertir de ne plus le dire, à cause de cela, je vais vous soulever comme une charge et me débarrasser de vous, et de la ville que j'ai donnée à vous et à vos pères, et je mettrai sur vous un éternel reproche, une confusion éternelle qui ne s'oubliera pas. »

Commentaire

Ils sont devenus pires pour moi que Sodome, pareils à Gomorrhe. Vous avez quand même un livre qui maintenant s'appelle Gomorra, pour dénoncer tout un pan de ce qui se passe au Vatican. Je ne vais pas rentrer dans les détails.

Quand on vous dit « Ils sont adultères et familiers du mensonge », le nombre de prêtres qui mènent des doubles vies… « Ils prêtent main-forte aux malfaiteurs et nul ne revient de sa malice. » Ce n'est pas tout le monde qui est bien placé dans l'Église. Je ne vais pas en rajouter. L'Église, je suis prêtre, je suis catholique et je l'aime. Et ce n'est pas tout le monde, ce n'est pas tous les prêtres, ce n'est pas la majorité. Mais quand même, j'en ai vu, des choses.

Moi, c'est des chapitres qui me font… J'en reparle souvent, parce que je suis prêtre et que j'ai été traumatisé par tous ces scandales, que je continue de voir d'ailleurs, pour une part. Je n'ai pas envie de jeter la pierre, je n'ai pas envie de m'énerver inutilement, mais quand même, un jour, il y aura un jugement.

Malheur aux pasteurs qui détruisent et dispersent les brebis de mon pâturage, dit le Seigneur.

C'était le premier verset. Le message était clair : les dirigeants religieux qui trahissent leur mission ne seront pas protégés par Dieu.

Ce qui est intéressant — enfin, intéressant, je ne sais pas si on peut dire que c'est intéressant —, c'est d'utiliser ce chapitre pour essayer de décortiquer les mécanismes de manipulation.

Par exemple, vous aviez au verset 14 :

Ils fortifient les mains des méchants.

C'est parfois la manière dont l'Église, dont certains prêtres — enfin d'ailleurs tout le monde, il n'y a pas que dans l'Église, il faut arrêter —, mais dont parfois on minimise certaines fautes graves, en refusant d'admettre les abus, pour attirer notre attention sur une manière de réagir qui n'est pas toujours très juste. Ou bien alors, on se place du côté des bourreaux et pas des victimes. On est là pour protéger les confrères qui ont chuté et pas d'abord les victimes qui réclament justice, parce qu'on dit qu'il faut d'abord proposer la miséricorde avant de satisfaire aux exigences de la justice. Vous savez, quand vous commencez systématiquement par prêcher la miséricorde avant la justice, ça veut dire que vous vous êtes placé du côté des bourreaux, pas des victimes.

Ou alors quand on vous disait, verset 16 :

Ils disent à ceux qui me méprisent : « Le Seigneur a dit, vous aurez la paix », et à ceux qui suivent les penchants de leur cœur : « Il ne vous arrivera aucun mal. »

Ça, c'est la manière dont parfois, en fait, à force de ne jamais prêcher la repentance — « Mais non, il ne va rien vous arriver, Dieu va vous pardonner » —, eh bien en fait, on finit par conforter les hommes mauvais dans l'injustice qu'ils commettent.

En faisant ça, ce que ce chapitre nous dit, c'est qu'on usurpe le nom de Dieu. Verset 21 :

Je n'ai pas envoyé ces prophètes, et ils ont couru. Je ne leur ai pas parlé, et ils ont prophétisé.

On a utilisé l'autorité de Dieu pour cautionner l'injustice.

Ou encore, tiens, verset 16 :

Ne prêtez pas l'oreille aux paroles des prophètes qui vous prophétisent. Ils vous entraînent à la vanité. Ils disent des visions de leur cœur, et non ce qui vient de la bouche du Seigneur.

C'est toutes les personnes — parce que parfois, ça va jusque-là — qui inventent des révélations qui ne viennent pas de Dieu. Enfin, on a connu ça : des personnes qui se réclament de révélations privées pour dire des choses horribles. On a connu des personnes qui avaient de véritables révélations, sauf qu'elles ne venaient pas de Dieu : elles venaient du diable, qui s'était déguisé en ange de lumière pour, en faisant croire à une révélation, cautionner des messages d'une perversité inouïe.

Tout ça, ça existe. Alors oui, on n'aimerait pas avoir à en parler. Je n'y peux rien, la Bible en parle. Et nous, comme c'était il y a très longtemps, avec Jérémie, et que c'est dans un langage poétique, en fait, on trouve ça à la fois très beau et on se dit que ça ne nous concerne pas. Dans ce cas-là, arrêtez de lire la Bible. La Bible, elle est là pour vous ouvrir les yeux.

Bon, ça existe. Ça existe, ça continue d'exister. Je ne sais pas si un jour ça cessera d'exister. Mais en tout cas, il y a au moins une chose que ce chapitre vous dit : c'est qu'il ne faut pas être naïf, et que de manière résolue, Dieu se place avec colère du côté des victimes.

Tiens, je vous cite un texte du pape, qui introduisait une prière pour demander réparation. Face aux abus — c'est ce que le pape François dit —, face aux abus et surtout à ceux qui sont commis par des membres de l'Église, il ne suffit pas de demander pardon. Je trouve ça beau : il ne suffit pas de demander pardon, il faut faire changer les choses. Il y a une œuvre de justice nécessaire pour réparer. Il faut s'opposer au mal. C'est comme ça qu'on demande pardon. Avant d'avoir honte, il faut être en colère. Et c'est ce que vous avez entendu dans ce chapitre.

Tiens, nous terminons par une prière. Je vous ai trouvé une prière que propose la Conférence des évêques de France en réponse à la crise des abus.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

Seigneur, lorsque tu donnes à Moïse de recevoir le Décalogue, les dix paroles qui sont des paroles de vie, tu commences par rappeler que tu es le Dieu qui libère son peuple de l'esclavage.

Tu connais l'asservissement et la captivité subis par les personnes victimes d'abus, d'emprises, de violences, et les traumatismes destructeurs qu'ils provoquent.

Seigneur, Père très bon, dans ta miséricorde, libère chacune des victimes de l'enfermement imposé par leur bourreau. Amen.

Seigneur, protège les victimes, libère-les des traumatismes qu'elles ont subis, donne à l'Église de pouvoir réparer. Amen.


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