Jour 167 ☼ — Manassé : 55 ans pour oublier Dieu
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Résumé : Après le règne fidèle d'Ézéchias, son fils Manassé monte sur le trône à douze ans et règne cinquante-cinq ans, le règne le plus long de Juda. Le frère Paul-Adrien lit la liste hallucinante de ses abominations — hauts lieux rebâtis, autels à Baal, poteau sacré d'Ashéra dans le Temple, culte des astres babyloniens, sacrifice de son fils par le feu, divination, sang innocent répandu en abondance — et la sentence prophétique annonçant le malheur sur Jérusalem. Le commentaire montre que Manassé cumule le pire de Saül, d'Acab, d'Acaz et de Salomon, et que cinquante-cinq ans suffisent à faire oublier au peuple la réforme de son père. Il s'achève sur le jeu de mots du nom même de Manassé, « celui qui fait oublier » : le peuple oublie Dieu et Dieu se souvient de ses péchés ; il faudra l'exil pour inverser ce jeu de mémoire.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Après Ézéchias, un nouveau roi, Manassé. Va-t-il suivre les traces de son père ? Manassé avait douze ans lorsqu'il devint roi et il régna cinquante-cinq ans à Jérusalem. Cinquante-cinq ans, c'est le règne le plus long. Ce qui fait que ce que vous allez entendre, ça aura le temps d'imprégner les mœurs.
Lecture : 2 Rois 21
Manassé avait douze ans lorsqu'il devint roi et il régna cinquante-cinq ans à Jérusalem. Sa mère s'appelait Hefsiba.
Il fit ce qui est mal aux yeux du Seigneur, selon les coutumes abominables des nations que le Seigneur avait dépossédées devant les fils d'Israël. Il rebâtit les lieux sacrés qu'avait fait disparaître Ézéchias, son père, et il fit élever des autels à Baal. Il fabriqua un poteau sacré, comme l'avait fait Acab, roi d'Israël, et il se prosterna devant toute l'armée des cieux et s'en fit le serviteur. Il bâtit des autels dans la maison du Seigneur, alors que le Seigneur avait dit : « Dans Jérusalem, je mettrai mon nom. » Manassé bâtit aussi des autels à toute l'armée des cieux dans les deux cours de la maison du Seigneur. Il fit passer son fils par le feu. Il pratiqua la divination et l'incantation. Il interrogea les spectres et les esprits. Il fit de maintes façons ce qui est mal aux yeux du Seigneur, pour provoquer son indignation.
Il plaça l'idole d'Ashéra qu'il avait faite dans la maison dont le Seigneur avait dit à David et à Salomon son fils : « Dans cette maison et dans Jérusalem que j'ai choisie d'entre toutes les tribus d'Israël, je mettrai mon nom à jamais. Et je ne ferai plus errer les pas d'Israël, loin de la terre que j'ai donnée à leurs pères, pourvu qu'ils veillent à agir en toutes choses comme je leur ai ordonné et selon toute la loi que leur a prescrite mon serviteur Moïse. » Mais ils n'écoutèrent pas, et Manassé les égara, de sorte qu'ils firent le mal plus encore que les nations que le Seigneur avait anéanties devant les fils d'Israël.
Alors, par l'intermédiaire de ses serviteurs les prophètes, le Seigneur parla en ces termes : « Parce que Manassé, roi de Juda, a commis ces abominations, qu'il a fait pire que tout ce qu'avaient fait avant lui les Amorites, et qu'il a de plus fait pécher Juda par ses idoles immondes, eh bien, ainsi parle le Seigneur, Dieu d'Israël : Voici que je vais amener sur Jérusalem et sur Juda un malheur tel, à faire tinter les deux oreilles de quiconque l'apprendra. Je tendrai sur Jérusalem le cordeau de Samarie et le fil à plomb de la maison d'Acab. Je nettoierai Jérusalem comme on nettoie un plat : on le nettoie et on le retourne à l'envers. Je délaisserai le reste de mon héritage, je les livrerai aux mains de leurs ennemis. Ils deviendront une proie et un butin pour tous leurs ennemis, parce qu'ils ont fait ce qui est mal à mes yeux et qu'ils n'ont cessé de provoquer mon indignation, depuis le jour où leurs pères sont sortis d'Égypte et jusqu'à aujourd'hui. »
Manassé répandit aussi le sang innocent en si grande quantité qu'il remplit Jérusalem d'un bout à l'autre, sans parler du péché qu'il fit commettre à Juda, en faisant ce qui est mal aux yeux du Seigneur.
Le reste des actions de Manassé, tout ce qu'il a fait, le péché qu'il a commis, cela n'est-il pas écrit dans le livre des Annales des rois de Juda ? Manassé reposa avec ses pères et il fut enseveli dans le jardin de sa maison, dans le jardin d'Ouzza. Son fils Amon régna à sa place.
Amon avait vingt-deux ans lorsqu'il devint roi et il régna deux ans à Jérusalem. Le nom de sa mère était Meshoullémeth, fille de Harouts, originaire de Yotba. Il fit ce qui est mal aux yeux du Seigneur, comme avait fait Manassé son père. En tout, il marcha sur le chemin où son père avait marché. Il servit les idoles immondes qu'avait servies son père et se prosterna devant elles. Il abandonna le Seigneur, Dieu de ses pères, et ne marcha pas sur le chemin du Seigneur.
Les serviteurs d'Amon complotèrent contre lui et le mirent à mort dans sa maison. Mais les gens du peuple frappèrent tous ceux qui avaient comploté contre le roi Amon, et ce sont eux qui firent roi Josias, son fils, à sa place.
Le reste des actions d'Amon, ce qu'il a fait, cela n'est-il pas écrit dans le livre des Annales des rois de Juda ? On l'ensevelit dans son tombeau, dans le jardin d'Ouzza. Son fils Josias régna à sa place.
Commentaire
« N'en jetez plus ! » Vous avez entendu cette liste hallucinante d'abominations ? On les refait ensemble quand même, parce que ça mérite d'être dit.
Donc il commence par rebâtir les hauts lieux qu'Ézéchias, son père, avait détruits. Ensuite, il élève des autels à Baal, comme Acab l'avait fait. Il fait des poteaux sacrés à Ashéra, qui était la divinité cananéenne associée à Baal, et il le met dans le temple de Jérusalem. On pense que ces poteaux sacrés étaient associés au culte de la fertilité ; à Ashéra, il y avait des connotations sexuelles : probablement, dans le temple de Jérusalem, il y a eu de la prostitution sacrée. Merci le roi Manassé ! Même au pire temps de l'apostasie d'Israël et de Juda, on n'avait pas vu ça.
Il installe des autels pour les astres. Ça, c'est un petit clin d'œil au culte astrologique des Babyloniens. Vous voyez, Manassé, ils ont fait des clins d'œil diplomatiques à absolument tout le monde. C'est pas simplement l'idolâtrie pour l'idolâtrie, mais c'est pour nouer des contacts diplomatiques. Sauf que ça culmine quand même par un sacrifice humain : il fait passer son fils par le feu. Là, on pense qu'il y a un sacrifice humain au dieu Moloch. Il recourt à la divination, à la magie, à la consultation des esprits : il est en train de redevenir un Saül.
Donc, si vous voulez, il y a tout dans Manassé. Manassé, il reprend ce qu'il y avait de pire dans Saül : la divination. Il reprend ce qu'il y avait de pire dans Acab : l'introduction des cultes de Baal et d'Ashéra. Et même, il dépasse Acab, puisqu'en plus, il introduit le culte des étoiles babyloniennes. Il reprend ce qu'il y avait de pire dans le roi Acaz, avec les sacrifices humains. Il reprend ce qu'il y avait de pire dans Salomon, qui avait construit des hauts lieux idolâtriques pour ses épouses — mais il le dépasse, puisque lui, c'est à l'intérieur du temple de Jérusalem qu'il le fait.
Et on pense que derrière ce verset que vous avez entendu — il versa plus de sang innocent que n'importe qui auparavant — le Talmud dira que Manassé scia le prophète Isaïe en deux. Et dans la lettre aux Hébreux, au chapitre 11, quand il est fait mention des prophètes qui furent l'un lapidé, l'autre scié : peut-être que c'est Isaïe qui, de fait, aurait été scié en deux par Manassé.
Le tout aura duré cinquante-cinq ans. La réforme d'Ézéchias, vous pensez bien qu'en cinquante-cinq ans, on aura le temps de l'oublier. Et le peuple aura eu le temps de s'habituer à ces atrocités.
C'est là où les parallèles sont un peu terribles. Parce que, souvenez-vous, on avait comparé Ézéchias à David. Et de fait, il a imité David dans sa fidélité à Dieu. Mais il aura aussi imité David dans ce qu'il avait de moins beau, c'est-à-dire l'absence totale de pédagogie — pédagogie pour transmettre à ses fils une foi intègre. Sauf que le livre des Rois nous a prévenus : quand on se comporte comme Salomon, ça se traduit par l'affaiblissement du royaume que Dieu ne protège plus. Ça, ça s'était soldé par la scission nord-sud. Mais maintenant que le royaume du Nord a disparu avec les Assyriens, ça va être quoi, à votre avis, le prochain affaiblissement ?
Et puis, quitte à reprendre cette comparaison qu'on a faite avec Acab, le roi maudit du Nord : de la même manière que Dieu avait suscité Jéhu contre lui, Dieu va susciter un nouveau Jéhu contre Manassé. Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Sauf que ce nouveau Jéhu, il a été introduit dans le chapitre d'avant : ce seront les Babyloniens.
Il y a tout ça dans ce chapitre, le tout couronné à la sauce biblique, toujours cette ironie cinglante : un jeu de mots. Manassé, en hébreu, ça veut dire « qui fait oublier », « qui oublie ». Il y avait déjà eu un premier Manassé dans la Bible : c'était le fils que Joseph, le patriarche, avait eu en Égypte, parce que ce fils lui avait fait oublier la douleur et la perte de sa famille. Et il l'avait appelé Manassé, « celui qui me fait oublier ma peine ». Là, maintenant, le nouveau Manassé, c'est l'ironie : celui qui fait oublier Dieu.
Et en fait, le chapitre que vous venez d'entendre est rempli de jeux de mots. Je vous en donne un, chapitre 21, verset 9 :
Mais ils n'écoutèrent pas le Seigneur, et Manassé les égara.
Mais ils n'écoutèrent pas le Seigneur, et l'oubli les égara — l'oubli spirituel.
Comme je lisais dans Leithart, le commentaire que je lis à propos du deuxième livre des Rois : de manière tragique, le peuple oublie Dieu et Dieu se rappelle ses péchés. Il faudra l'exil pour inverser ce jeu de mémoire, pour que le peuple se souvienne de Dieu et pour que Dieu oublie les péchés.
Nous terminons par un psaume.
Psaume 129
C'est lui qui rachètera Israël de toutes ses fautes.
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