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Jour 167 ☾ — Jérémie annonce l'exil… et l'espérance

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Résumé : Dans cet épisode consacré aux chapitres 24 et 25 du livre de Jérémie, le frère Paul-Adrien lit la vision des deux corbeilles de figues — les bonnes pour les déportés, les mauvaises pour ceux qui restent — puis l'annonce des soixante-dix ans de service sous Babylone et la terrible vision de la coupe de vin de colère que toutes les nations devront boire. Le commentaire s'arrête sur ce chiffre de soixante-dix ans : sa valeur symbolique (une génération entière qui doit mourir) mais aussi son étonnante exactitude historique, de la vassalité de Juda vers 604 à la chute de Babylone et au retour des exilés sous Cyrus. Le frère insiste : avec Jérémie, nous ne sommes pas d'abord du côté de la poésie mais du côté de l'histoire, et cette prophétie a réellement servi de lumière au peuple dans ses ténèbres. L'épisode se termine par une prière confiant au Seigneur nos propres exils.

Introduction

Nous parlions des Babyloniens dans le deuxième livre des Rois, et bien voilà qu'ils arrivent dans le livre de Jérémie. Cette fois-ci, ce ne sont plus des avertissements, c'est carrément la prédiction de l'exil, et ça se fait de manière très précise.

Il y aura d'abord une histoire de figues, des figues bonnes et des figues pourries. Les figues pourries, ce sont celles qui resteront ; les figues bonnes, ce sont celles qui partiront en exil. On vous annoncera même — et pour la première fois, là aussi les prophéties se font plus précises — on apprend que cet exil durera soixante-dix ans. Il y aura le temps pour méditer sur les méfaits qui ont été accomplis. Et ensuite, Dieu qui vous parlera de l'horreur de la guerre qu'il y aura, et comment se fera cette déportation.

Vous le sentez, là ? On s'approche de la catastrophe.

Lecture : Jérémie 24-25

Voici ce que le Seigneur me fit voir. Deux corbeilles de figues étaient disposées devant le temple du Seigneur. C'était après que Nabucodonosor, roi de Babylone, eut déporté loin de Jérusalem Jékonias, fils de Joïaqim, roi de Juda, ainsi que les princes de Juda, les artisans et les forgerons, et qu'il les eut emmenés à Babylone. L'une des corbeilles contenait de très bonnes figues, comme le sont les figues précoces ; l'autre, de très mauvaises figues, si mauvaises qu'elles étaient immangeables.

Le Seigneur me dit : « Que vois-tu, Jérémie ? » Je répondis : « Des figues. Les bonnes figues sont très bonnes, et les mauvaises, si mauvaises qu'elles sont immangeables. »

Alors la parole du Seigneur me fut adressée : Ainsi parle le Seigneur, le Dieu d'Israël : Comme on apprécie ces bonnes figues, j'apprécierai les déportés de Juda que j'ai expulsés de ce lieu au pays des Chaldéens. Pour leur bien, je poserai sur eux mon regard et les ramènerai sur cette terre. Je les bâtirai, je ne démolirai pas ; je les planterai, je ne les arracherai pas. Je leur donnerai un cœur qui me connaisse, car je suis le Seigneur. Ils seront mon peuple et moi je serai leur Dieu, car ils reviendront à moi de tout leur cœur.

Comme on traite les mauvaises figues, si mauvaises qu'elles sont immangeables, ainsi parle le Seigneur : Je traiterai Sédécias, roi de Juda, ses princes et le reste de Jérusalem, ceux qui sont restés dans ce pays et ceux qui habitent au pays d'Égypte. Je ferai d'eux un objet de stupeur, une calamité pour tous les royaumes de la terre, une insulte et une fable, un objet de raillerie et de malédiction en tout lieu où je les chasserai. Et j'enverrai contre eux l'épée, la famine et la peste, jusqu'à ce qu'ils disparaissent de la terre que moi je leur ai donnée, à eux comme à leurs pères.

Parole adressée à Jérémie pour tout le peuple de Juda, la quatrième année du règne de Joïaqim, fils de Josias, roi de Juda — c'était la première année de Nabucodonosor, roi de Babylone. Le prophète Jérémie la prononça pour tout le peuple de Juda et pour tous les habitants de Jérusalem. Il dit :

Depuis la treizième année de Josias, fils d'Amone, roi de Juda, jusqu'à ce jour, cela fait vingt-trois ans que la parole du Seigneur m'est adressée et qu'inlassablement je vous parle sans que vous n'écoutiez. Inlassablement le Seigneur vous envoyait tous ses serviteurs, les prophètes, mais vous n'avez écouté ni prêté l'oreille pour entendre lorsqu'il disait : « Que chacun de vous revienne de son mauvais chemin et de la malice de ses actes. Alors vous habiterez sur la terre que le Seigneur vous a donnée, à vous et à vos pères, depuis toujours et pour toujours. N'allez pas suivre d'autres dieux pour les servir et vous prosterner devant eux. Cessez de m'offenser par les œuvres de vos mains, et je ne vous ferai aucun mal. » Mais vous ne m'avez pas écouté — oracle du Seigneur — de sorte que vous m'avez offensé par les œuvres de vos mains, pour votre malheur.

C'est pourquoi, ainsi parle le Seigneur de l'univers : Puisque vous n'avez pas écouté mes paroles, voici que j'envoie chercher tous les peuples du Nord — oracle du Seigneur — et je les amènerai à mon serviteur Nabucodonosor, roi de Babylone, contre ce pays, contre ses habitants, contre toutes les nations d'alentour. Et je les vouerai à l'anathème. Je les livrerai à la désolation, à la dérision et à la ruine pour toujours. Je ferai disparaître de chez eux chant d'allégresse et chant de joie, le chant de l'époux et le chant de l'épousée, le chant des deux meules et la clarté de la lampe. Tout ce pays ne sera que ruine et désolation, et ces nations serviront le roi de Babylone pendant soixante-dix ans.

Mais lorsque les soixante-dix ans seront accomplis, je sévirai contre le roi de Babylone et contre cette nation — oracle du Seigneur — à cause de leur faute, à eux, et contre le pays des Chaldéens. Je les livrerai à la désolation pour toujours. Je ferai venir sur ce pays tout ce que mes paroles ont annoncé contre lui, tout ce qui est écrit dans ce livre, ce que Jérémie a prophétisé contre toutes les nations. Des nations nombreuses et des grands rois les asserviront, eux aussi. Et je les rétribuerai selon leur conduite et les œuvres de leurs mains.

Oui, ainsi m'a parlé le Seigneur, le Dieu d'Israël : Prends de ma main cette coupe d'un vin de colère et fais-la boire à toutes les nations auxquelles je t'envoie. Elles boiront, tituberont, s'affoleront, à cause de l'épée que j'envoie au milieu d'elles.

Je pris la coupe de la main du Seigneur, et je fis boire toutes les nations auxquelles le Seigneur m'avait envoyé : Jérusalem et les villes de Juda, ses rois et ses princes, pour en faire une ruine, un lieu désolé, un objet de dérision et de malédiction, comme on le voit aujourd'hui ; Pharaon, roi d'Égypte, ses serviteurs, ses princes et tout son peuple ; tout un mélange de peuples et tous les rois du pays de Koush ; tous les rois du pays des Philistins : Ascalon, Gaza, Éqrone, et ceux qui restent d'Ashdod ; Édom, Moab et les fils d'Ammon ; tous les rois de Tyr et tous les rois de Sidon ; tous les rois des îles qui sont au-delà de la mer ; Dédane, Témane, Bouz et tous les hommes aux tempes rasées ; tous les rois d'Arabie et tous les rois d'un mélange de peuples qui demeurent au désert ; tous les rois de Zimri, tous les rois d'Élam, tous les rois de Médie ; tous les rois du Nord, proches ou lointains, les uns après les autres, et tous les royaumes qui sont à la surface de la terre. Et après eux boira le roi de Babylone.

Et tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur de l'univers, le Dieu d'Israël : Buvez, enivrez-vous et vomissez, tombez et ne vous relevez pas, à cause de l'épée que j'envoie au milieu de vous. Et s'ils refusent de prendre la coupe de ta main et de boire, tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur de l'univers : Vous devez boire ! Oui, c'est dans la ville sur laquelle mon nom est invoqué que j'inaugure le malheur. Alors, comment seriez-vous quittes, vous ? Non, vous ne serez pas quittes, car j'appelle l'épée contre tous les habitants de la terre — oracle du Seigneur.

Toi, tu proclameras contre eux toutes ces prophéties. Tu leur diras : D'en haut le Seigneur rugit, de sa demeure sainte il donne de la voix, il pousse des rugissements contre son domaine, il entonne le cri des fouleurs de raisin contre tous les habitants de la terre. Un tumulte parvient jusqu'aux extrémités de la terre, car le Seigneur entre en procès avec les nations, en jugement avec tous les êtres de chair. Les méchants, il les livre à l'épée — oracle du Seigneur.

Oui, ainsi parle le Seigneur de l'univers : Le malheur va se propager de nations en nations, une grande tempête se lèvera aux confins de la terre. Et il arrivera, en ce jour-là, que les victimes du Seigneur, d'une extrémité à l'autre de la terre, ne seront ni pleurées, ni recueillies, ni enterrées, mais deviendront du fumier à la surface du sol.

Gémissez, pasteurs, et criez ! Roulez-vous par terre, maîtres du troupeau, car ils sont accomplis, vos jours, pour l'abattage. Vous serez dispersés, et comme un vase précieux, vous tomberez. Pour les pasteurs, plus de refuge, et plus d'issue pour les maîtres du troupeau. Clameurs et cris des pasteurs, gémissements des maîtres du troupeau, car le Seigneur a dévasté leur pâturage. Les enclos prospères sont réduits au silence, sous l'effet de l'ardente colère du Seigneur. Comme un jeune lion, il a quitté sa tanière. Le pays est devenu un lieu désolé, sous l'effet de son ardeur impitoyable, sous l'effet de son ardente colère.

Commentaire

Revenons sur cette prophétie des soixante-dix ans.

Tout ce pays ne sera que ruine et désolation, et ces nations serviront le roi de Babylone pendant soixante-dix ans. Mais lorsque les soixante-dix ans seront accomplis, je sévirai contre le roi de Babylone et contre cette nation, oracle du Seigneur, à cause de leur faute, et contre le pays des Chaldéens.

Double nouveauté de Jérémie, qui prédit l'exil à Babylone alors que personne n'y croit, et en plus qui prédit qu'un jour cet exil prendra fin. Si vous voulez, il est deux coups en avance par rapport à tout le monde. Mais là où c'est curieux, c'est qu'en plus, il donne des chiffres précis. Soixante-dix ans. Vous savez, un prophète, quand il lâche un chiffre, c'est toujours dangereux, parce que là, il donne de manière claire la possibilité de vérifier ce qu'il dit ou pas.

Soixante-dix ans, ça pouvait d'abord avoir une valeur symbolique. Ça correspondait à un nombre très élevé. Par exemple, quand on dit « les soixante-dix nations », ça, c'est pour dire l'immensité des nations qui existent sur la terre. Ça pouvait aussi correspondre à une génération : les vieillards mouraient vers les soixante-dix ans. Alors, tout le monde n'était pas vieillard, l'espérance de vie était très faible. Mais soixante-dix ans, ça veut dire qu'une génération entière avait passé, comme les Hébreux qui étaient tous morts au désert et c'étaient leurs enfants qui étaient en Terre promise. Donc là, ce que Jérémie vous dirait, c'est qu'il faut que cette génération pécheresse meure en entier pour qu'à Babylone, Dieu se souvienne de son peuple et qu'une génération moins mauvaise arrive à pouvoir retourner de l'exil à Jérusalem.

Sauf qu'en fait, soixante-dix ans — et c'est là où il est fort, Jérémie — c'est que ça correspond de manière très littérale à ce qui s'est passé. Juda commence à être réduit au statut d'État vassal de Babylone vers 604, avec le roi Joïaqim. Soixante-dix ans plus tard, Babylone tombe aux mains des Perses, ce qui entraîne la fin de la souveraineté sur Juda et le début du retour des exilés en Palestine, en Israël, sous Cyrus le Grand, vers 538-539.

D'ailleurs, c'est là où les chiffres se tiennent, parce que le prophète Zacharie va reprendre ces soixante-dix ans d'exil. Il va vous dire que ça correspond exactement à l'intervalle qu'il y a eu entre la destruction du Temple, moins 590, et la dédicace du Temple lorsqu'il fut reconstruit, moins 516.

Cette prophétie des soixante-dix ans sera explicitement reprise dans le deuxième livre des Chroniques, qu'on entendra plus tard. Ça veut dire que c'est une prophétie qui a été entendue et qui a servi de lumière dans ces temps de ténèbres. Cette prophétie, elle va être scrutée. Elle va servir de guide, de lumière pour les Juifs. Ces prophéties auxquelles, pour l'instant, personne ne croit, elles auront plus tard un impact énorme, parce qu'elles vont permettre au peuple de surmonter son épreuve et de retourner en Israël. Il ne faut pas sous-estimer l'impact historique qu'elles ont eu.

Je vous dis tout ça, c'est parce que, vous savez, les prophéties, non seulement elles ont été énoncées, mais elles se sont réalisées. Tout ce que vous entendez a été prédit, prophétisé, annoncé et accompli. Vous n'êtes pas, avec Jérémie, du côté de la poésie — même si vous entendez ces images qui sont d'une poésie extrêmement belle et extrêmement violente. Mais vous n'êtes pas d'abord du côté de la poésie. Vous êtes d'abord du côté de l'histoire. Vous êtes dans la main de Dieu. Et Jérémie, c'est le doigt de Dieu qui est en train d'écrire l'histoire.

Nous terminons par une prière.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, nous te confions nos périodes d'exil. Nous te confions tous ces moments dans notre vie où nous avons été loin de toi, et où nous avons été loin du bonheur. Nous te confions tous ces moments dans notre vie où nous avons été comme le fils prodigue, en exil loin de ta maison, à devoir expier nos fautes passées. Et nous savons que, quand nous étions là-bas, tu t'es souvenu de nous et tu nous as pardonnés. Seigneur, donne-nous, s'il te plaît, à nous aussi, la grâce et la joie de voir la fin de nos exils.


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