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Jour 168 ☼ — Le jour où le Deutéronome a ressurgi

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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 22 du deuxième livre des Rois, le frère Paul-Adrien lit le début du règne de Josias, la découverte du livre de la Loi dans le Temple lors des travaux de restauration, l'effroi du roi à sa lecture et la consultation de la prophétesse Houlda. Le commentaire montre qu'au-delà du cycle habituel des rois, un événement majeur de l'histoire de la Révélation vient d'avoir lieu : la redécouverte du livre du Deutéronome, oublié dans le Saint des Saints. Le frère explique ce que cet oubli impliquait — non seulement le culte, mais toute une législation sociale et spirituelle — et présente la coalition exceptionnelle qui se forme autour de cette réforme : un bon roi, un bon grand prêtre, une prophétesse et le scribe Shaphane, dont il faudra se souvenir pour le livre de Jérémie.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

Manassé est mort, Amon est mort, un nouveau roi est appelé à régner. Vous commencez à connaître la rengaine, non ? D'ailleurs, devinez avant d'écouter le chapitre : le nouveau roi qui va arriver va-t-il être bon ou va-t-il être mauvais ? Normalement, vous devriez pouvoir répondre à cette question, parce que dans le livre des Rois, c'est toujours le même schéma qui se répète. Il y a un grand roi, il y a un tyran, et ensuite il y a quoi ? Normalement, vous devriez le savoir : on l'a déjà vu au moins trois fois, ce cycle.

Deuxième livre des Rois, chapitre 22.

Lecture : 2 Rois 22

Josias avait huit ans lorsqu'il devint roi. Il régna trente et un ans à Jérusalem. Le nom de sa mère était Yedida, fille d'Adaya, originaire de Boscate. Il fit ce qui est droit aux yeux du Seigneur. En tout, il marcha sur le chemin de David, son ancêtre. Il ne s'en écarta ni à droite, ni à gauche.

Or, la dix-huitième année du règne de Josias, le roi envoya le secrétaire Shaphane, fils d'Assalyahou, fils de Meshoullam, à la maison du Seigneur, en disant : « Monte chez Helcias, le grand prêtre, et qu'il compte l'argent apporté à la maison du Seigneur, celui que les gardiens du seuil ont recueilli de la part du peuple. Que cet argent soit remis entre les mains des maîtres d'œuvre préposés à la maison du Seigneur. Qu'il soit remis à ces derniers, qui sont dans la maison du Seigneur, afin d'en réparer les dégradations, ainsi qu'aux charpentiers, aux ouvriers du bâtiment et aux maçons, pour acheter le bois et les pierres de taille afin de réparer la maison. Toutefois, ne leur demandez pas compte de l'argent remis entre leurs mains, car ils agissent avec honnêteté. »

Le grand prêtre Helcias dit au secrétaire Shaphane : « J'ai trouvé le livre de la Loi dans la maison du Seigneur. » Et Helcias donna le livre à Shaphane. Celui-ci le lut, puis le secrétaire Shaphane alla chez le roi et lui rendit compte de ce qui s'était passé. Il déclara : « L'argent trouvé dans la maison, tes serviteurs l'ont versé et remis entre les mains des maîtres d'œuvre préposés à la maison du Seigneur. » Alors Shaphane, le secrétaire, annonça au roi : « Le prêtre Helcias m'a donné un livre. » Et Shaphane fit au roi la lecture de ce livre.

Après avoir entendu les paroles du livre de la Loi, le roi déchira ses vêtements. Il donna cet ordre au prêtre Helcias, à Ahikam, fils de Shaphane, à Akbor, fils de Mikaya, au secrétaire Shaphane, ainsi qu'à Asaya, serviteur du roi : « Allez consulter le Seigneur pour moi, pour le peuple et pour tout Juda, au sujet des paroles de ce livre qu'on vient de retrouver. La fureur du Seigneur est grande. Elle s'est enflammée contre nous parce que nos pères n'ont pas obéi aux paroles de ce livre et n'ont pas pratiqué tout ce qui s'y trouve. »

Alors le prêtre Helcias, et Ahikam, Akbor, Shaphane et Asaya allèrent chez la prophétesse Houlda, femme du gardien des vêtements Shalloum, fils de Tiqva, fils de Harhas. Elle habitait à Jérusalem, dans la ville nouvelle. Quand ils lui eurent parlé, elle leur dit : « Ainsi parle le Seigneur, Dieu d'Israël : dites à l'homme qui vous a envoyé vers moi : Ainsi parle le Seigneur : moi, je vais faire venir un malheur en ce lieu et sur ses habitants, accomplissant ainsi toutes les paroles du livre que le roi de Juda a lu. Parce qu'ils m'ont abandonné et qu'ils ont brûlé de l'encens pour d'autres dieux afin de provoquer mon indignation par toutes les œuvres de leurs mains, ma fureur s'est enflammée contre ce lieu et ne s'éteindra plus.

Mais au roi de Juda qui vous a envoyés consulter le Seigneur, vous direz : Ainsi parle le Seigneur, Dieu d'Israël : ces paroles, tu les as entendues, puisque ton cœur s'est attendri et que tu t'es humilié devant le Seigneur quand tu as entendu ce que j'ai dit contre ce lieu et ses habitants, pour qu'ils deviennent dévastation et malédiction, puisque tu as déchiré tes vêtements et pleuré devant moi, eh bien moi aussi j'ai entendu — oracle du Seigneur. À cause de cela, moi, je te réunirai à tes pères. Tu seras ramené en paix dans leur tombeau. Tes yeux ne verront rien de tout le malheur que je vais faire venir sur ce lieu. »

Helcias et ses compagnons rapportèrent la réponse au roi.

Commentaire

Je vous le disais, c'est toujours le même cycle, le même schéma qui se répète : il y a un grand roi, suivi d'un tyran blasphémateur, suivi d'un roi bon mais qui ne suffit pas à tout réparer. Eh bien ça, c'était le chapitre d'aujourd'hui. Et puis ensuite, période d'anarchie, et hop, on recommence le cycle. Bref, rien de nouveau sous le soleil.

Oh, quoique. Il faut le dire vite, parce qu'un événement majeur dans l'histoire de la Révélation vient d'avoir lieu. Vous entendez ? C'est le superlatif que je viens d'utiliser, donc je vous le redis : un événement majeur dans la Révélation biblique vient d'avoir lieu. C'est ce livre qu'on a retrouvé dans le temple de Jérusalem. Verset 8 :

Le grand prêtre Helcias dit au secrétaire Shaphane : « J'ai trouvé le livre de la Loi dans la maison du Seigneur. »

Ce « livre de la Loi », Sefer HaTorah en hébreu, c'est une expression qui correspond à celle utilisée pour désigner le… Deutéronome. Ce qu'on vient de retrouver dans le temple de Jérusalem, c'est le Deutéronome. Est-ce que tout le monde comprend bien ?

Deutéronome, chapitre 31, verset 26 : « Prenez ce livre de la Loi — dit-il, en parlant du Deutéronome — et posez-le à côté de l'Arche de l'Alliance du Seigneur votre Dieu. » Donc, dans le Saint des Saints, juste à côté de l'Arche, il y avait normalement le livre du Deutéronome, qui, manifestement, a été totalement oublié — en même temps, on sort du règne de Manassé — et qui, là, sort des oubliettes de l'histoire. Ça laisse présager de grandes choses, ça, non ? En même temps, souvenez-vous : avec le nombre de profanations, avec le nombre de restaurations et de dégradations, avec les prophètes de Baal, les statues, le démantèlement, enfin bon, bref, on ne s'étonnera pas que ce livre ait disparu. Mais vous venez d'assister à la découverte, ou à la redécouverte, du livre du Deutéronome.

Derrière, il faut voir ce que ça représente. Ça veut dire la redécouverte de ce que Dieu demandait à travers Moïse, et qui avait été totalement oublié. Ce qui explique d'ailleurs, moi, pauvre petit bichon, le visage livide du roi quand on lui fait la lecture de ce livre oublié. Vous vous souvenez par quoi se termine le livre du Deutéronome ? Cette liste hallucinante de malédictions qui va s'abattre sur le pays si on n'obéit pas à la loi de Dieu. Tu m'étonnes que le roi ait été catastrophé en découvrant ça à la lecture de ce passage : la colère de Dieu est sur nous. Ce qui explique qu'il va y avoir une réforme fissa, pour essayer de pallier tout ce qu'on peut pallier. Donc, dans le chapitre qui viendra, vous entendrez toute la réforme que Josias va mettre en place, et qui correspond point par point à ce que disait le livre du Deutéronome. On essaye de mettre un paratonnerre pour éviter que la colère de Dieu ne s'abatte.

Donc, pour la majorité des exégètes, oui, ce à quoi vous venez d'assister, c'est à la découverte ou à la redécouverte du livre du Deutéronome. Ça pose d'ailleurs des questions sur la rédaction de la Bible. Ça veut dire quoi, qu'on a découvert ou redécouvert le livre du Deutéronome ? Ça veut dire qu'il n'existait pas avant ? Ça veut dire qu'on l'avait oublié ? Ça veut dire qu'il était transmis uniquement de manière orale, à travers les prêtres, les prophètes et les rois ? C'est vrai que normalement, c'est ce que prescrivait le livre du Deutéronome, qui rappelait que tous les sept ans, cette loi devait être lue par les prêtres en face du peuple. Et en fait, on n'a jamais entendu une telle lecture publique. Peut-être aussi que ce livre du Deutéronome existait simplement avec des versions éparses et incomplètes, et qu'on a fait un travail de rédaction pour unifier tout ça dans le livre du Deutéronome que vous connaissez. On ne le saura probablement jamais. En tout cas, c'est à la fois un choc, une étape politique extrêmement importante, et une étape dans la Révélation, dans l'histoire sainte tout court.

Maintenant, il faut se mettre à la place de Josias. Josias, il se dit quoi ? Pour lui, c'est LA bonne nouvelle. Il se dit qu'il a peut-être trouvé à la fois la cause du déclin du royaume de Juda et, en même temps, la manière de le sauver. Et ce n'est pas idiot comme manière de réfléchir, parce que ce n'est pas simplement magique — on a trouvé une loi, on a trouvé une alliance, et puis on va s'y mettre. C'est qu'il faut se souvenir de ce que contient le livre du Deutéronome. Le Deutéronome qui est oublié, ce n'est pas seulement la manière de rendre un culte à Dieu qui est oubliée, c'est aussi les grands principes de spiritualité sur la générosité, sur la justice, et c'est aussi, pour rentrer dans le détail, toute une législation sociale qui a été oubliée. C'étaient les lois sur la libération des esclaves qui étaient oubliées. C'étaient les lois sur l'amour du prochain, le respect des étrangers, l'accueil des immigrés, la non-exploitation du pauvre et de l'orphelin. C'était tout ça qui était oublié avec le livre du Deutéronome. C'est comme si, tout d'un coup, en France, on se rappelait — c'est même pas qu'il y avait une constitution — qu'il y avait, par exemple, un code du travail. Eh bien, un pays où il y a un code du travail et un pays où il n'y a pas de code du travail, ça fait une sacrée différence. Eh bien, c'est de ça dont il est question.

En tout cas, ne boudons pas notre plaisir devant ce grand moment d'unité nationale, qui réunit à la fois un bon roi, Josias ; un bon grand prêtre, Helcias, qui n'est pas sans rappeler Joad du temps d'Ézéchias — souvenez-vous, quand je vous disais qu'un grand prêtre, ça pouvait faire une énorme différence ; une prophétesse, alors ça, ça mérite d'être noté, parce que ça fait longtemps qu'on n'en a pas vu, des prophètes, mais en plus c'est une femme, et des prophétesses, il n'y en a pas beaucoup dans la Bible : vous avez Myriam, vous avez Déborah et vous avez Anne. Et puis aussi — ah, celui-là, c'est mon préféré — retenez ce nom : Shaphane. C'est le scribe qui amène le livre au roi. Scribe, c'est une place importante, c'est un scribe royal. Shaphane, on va en reparler dans le livre de Jérémie. Donc, ne m'oubliez pas ce nom : à mon avis, c'est le plus important de toute la liste.

C'est toute l'intelligentsia et l'establishment politique d'Israël qui se retrouvent autour du Deutéronome. C'est étonnant, quand même. On ne doit pas sous-estimer cette réforme, cette réforme religieuse qui s'annonce. Vous avez le meilleur : un bon roi, un bon grand prêtre, un bon prophète et un bon scribe. C'est le moment. La réforme qu'on attend depuis une vingtaine de chapitres, si elle ne passe pas là, maintenant, elle ne passera jamais. C'est comme si Dieu donnait tout une dernière fois pour laisser une dernière chance. Elle est là, il faut la saisir. Si jamais cette réforme religieuse ne passe pas, il n'y en a aucune qui passera.

Est-ce que ça suffira ? La prophétesse Houlda est un peu dubitative. Elle rappelle quand même que Manassé, ce n'est pas impossible qu'il ait fait encore plus de dégâts que ce que cette réforme peut réparer. En même temps, Dieu qui pardonne et qui revient sur ses oracles, ça s'est déjà vu aussi.

Bon, je vous ai teasé le prochain chapitre. Vous sentez que là, on y est : c'est au prochain chapitre que tout se joue.

Psaume 131

Souviens-toi, Seigneur, de David et de sa grande soumission, quand il fit au Seigneur un serment, une promesse au Puissant de Jacob :

« Jamais je n'entrerai sous ma tente, jamais je ne m'étendrai sur mon lit, j'interdirai tout sommeil à mes yeux et tout répit à mes paupières, avant d'avoir trouvé un lieu pour le Seigneur, une demeure pour le Puissant de Jacob. »

Voici qu'on nous l'annonce à Éphrata, nous l'avons trouvée près de Yaar. Entrons dans la demeure de Dieu, prosternons-nous au pied de son trône.

Monte, Seigneur, vers le lieu de ton repos, toi et l'arche de ta force. Que tes prêtres soient vêtus de justice, que tes fidèles crient de joie.

Pour l'amour de David, ton serviteur, ne repousse pas la face de ton Messie. Le Seigneur l'a juré à David, et jamais il ne reprendra sa parole : « C'est un homme issu de toi que je placerai sur ton trône. Si tes fils gardent mon alliance, les volontés que je leur fais connaître, leurs fils, eux aussi, à tout jamais, siégeront sur le trône dressé pour toi. »

Car le Seigneur a fait choix de Sion, elle est le séjour qu'il désire. « Voilà mon repos à tout jamais, c'est le séjour que j'avais désiré. Je bénirai ses récoltes, pour rassasier de pain ses pauvres. Je vêtirai de gloire ses prêtres, et ses fidèles crieront de joie. Là, je ferai germer la force de David, pour mon Messie, j'ai allumé une lampe. Je vêtirai de honte ses ennemis, mais sur lui, la couronne fleurira. »


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