Jour 180 ☼ — Marc, le choc de l'Évangile !
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Résumé : Au tournant de l'histoire du salut, entre la chute des royaumes et l'exil, le frère Paul-Adrien offre une respiration en ouvrant le deuxième évangile synoptique, celui de saint Marc, secrétaire de saint Pierre, représenté par le lion qui rugit. La lecture du chapitre 1 enchaîne Jean-Baptiste, le baptême de Jésus, les tentations, l'appel des premiers disciples, l'enseignement de Capharnaüm, les guérisons et le lépreux purifié. Le commentaire relit les trois lieux chargés d'histoire — le désert, le Jourdain, la Galilée — puis analyse le style de Marc : la litanie des « aussitôt », la technique de l'ellipse, la brutalité voulue de l'irruption de l'éternité dans le monde. Il met enfin en lumière les paradoxes du récit et la stratégie du secret messianique. L'épisode se termine par la reprise du long psaume de la Loi, là où la lecture de Matthieu l'avait laissé.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Ils sont finis les jours de la Passion, les jours où, impuissants, vous assistiez à la lente déchéance du royaume d'Israël au nord, de Juda au sud. Aujourd'hui, nous abordons une nouvelle étape dans l'histoire du salut qui sera celle de l'exil et de la reconstruction du peuple. Mais comme c'est un tournant dans cette histoire, nous reprenons notre souffle en nous tournant un instant du côté de l'Évangile. Mais si, c'est mon cadeau pour vous, pour vous féliciter d'avoir tenu jusque-là dans ce podcast, la Bible en un an. Et vous ne le regretterez pas.
Le Christ, véritable pierre angulaire de tout l'Ancien Testament. C'était de Lui dont il était question à travers l'exemple de Jérémie, le prophète persécuté. C'était de Lui dont il était question à travers le temple de Salomon qu'incarnera son corps. C'était encore de Lui dont il était question à travers la figure de David, le véritable roi. Et puisque l'Ancien Testament s'accomplit dans la figure du Christ, et que des Évangiles, il y en a quatre, ne boudons pas notre plaisir.
Donc, deuxième Évangile synoptique, après Matthieu : nous abordons la lecture de l'Évangile selon saint Marc. Marc qui fut probablement le secrétaire de saint Pierre, puisque ce dernier le dit dans sa lettre que la Bible a conservée. Il termine comme ça sa première lettre de Pierre : « Et Marc, mon fils, vous salue. » La tradition a encore représenté Marc sous l'image d'un lion, le lion qui rugit, parce qu'on va commencer tout de suite avec Jean-Baptiste qui appelle à la repentance dans le désert. Et vous verrez que cette image du lion correspond bien au style de Marc : sec, nerveux, puissant, j'allais dire sauvage. Je vous laisse en juger sur place. Marc, chapitre 1.
Lecture : Marc 1
Commencement de l'Évangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu.
Il est écrit dans Isaïe le prophète : « Voici que j'envoie mon messager en avant de toi, pour ouvrir ton chemin. Voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. »
Alors Jean, celui qui baptisait, parut dans le désert. Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés. Toute la Judée, tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain, en reconnaissant publiquement leurs péchés.
Jean était vêtu de poils de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins. Il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Il proclamait : « Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de m'abaisser pour défaire la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés avec de l'eau ; lui vous baptisera dans l'Esprit Saint. »
En ces jours-là, Jésus vint de Nazareth, ville de Galilée, et il fut baptisé par Jean dans le Jourdain. Et aussitôt, en remontant de l'eau, il vit les cieux se déchirer et l'Esprit descendre sur lui comme une colombe. Il y eut une voix venant des cieux : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »
Aussitôt, l'Esprit pousse Jésus au désert. Et dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient.
Après l'arrestation de Jean, Jésus partit pour la Galilée, proclamant l'Évangile de Dieu. Il disait : « Les temps sont accomplis. Le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l'Évangile. »
Passant le long de la mer de Galilée, Jésus vit Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter les filets dans la mer, car c'étaient des pêcheurs. Il leur dit : « Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d'hommes. » Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent.
Jésus avança un peu et il vit Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans la barque et réparaient les filets. Aussitôt, Jésus les appela. Alors, laissant dans la barque leur père Zébédée avec ses ouvriers, ils partirent à sa suite.
Ils entrèrent à Capharnaüm. Aussitôt, le jour du sabbat, Jésus se rendit à la synagogue, et là, il enseignait. On était frappés par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes.
Or, il y avait dans leur synagogue un homme tourmenté par un esprit impur, qui se mit à crier : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu ! » Jésus l'interpella vivement : « Tais-toi ! Sors de cet homme. » L'esprit impur le fit entrer en convulsion, puis, poussant un grand cri, sortit de lui.
Ils furent tous frappés de stupeur et se demandaient entre eux : « Qu'est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité ! Il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent. » Sa renommée se répandit aussitôt partout, dans toute la région de la Galilée.
Aussitôt sortis de la synagogue, ils allèrent avec Jacques et Jean dans la maison de Simon et d'André. Or, la belle-mère de Simon était au lit, elle avait de la fièvre. Aussitôt, on parla à Jésus de la malade. Jésus s'approcha, la saisit par la main et la fit lever. La fièvre la quitta, et elle les servait.
Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous ceux qui étaient atteints d'un mal ou possédés par des démons. La ville entière se pressait à la porte. Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies, et il expulsa beaucoup de démons. Il empêchait les démons de parler, parce qu'ils savaient, eux, qui il était.
Le lendemain, Jésus se leva bien avant l'aube. Il sortit et se rendit dans un endroit désert, et là il priait. Simon et ceux qui étaient avec lui partirent à sa recherche. Ils le trouvent et lui disent : « Tout le monde te cherche. » Jésus leur dit : « Allons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame l'Évangile ; car c'est pour cela que je suis sorti. » Et il parcourut toute la Galilée, proclamant l'Évangile dans leurs synagogues, et expulsant les démons.
Un lépreux vient auprès de lui ; il le supplie et, tombant à ses genoux, lui dit : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » Saisi de compassion, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. » À l'instant même, la lèpre le quitta et il fut purifié.
Avec fermeté, Jésus le renvoya aussitôt en lui disant : « Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre, et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit dans la Loi : ce sera pour les gens un témoignage. » Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait à l'écart, dans des endroits déserts. De partout cependant, on venait à lui.
Commentaire
Trois lieux successifs : le désert, le Jourdain, la Galilée. Mais pour vous qui maintenant connaissez, ou presque, l'Ancien Testament, trois lieux chargés.
Le désert, c'est le lieu des commencements — commencement de l'Évangile — qui vous rappelle la Genèse, qui vous rappelle Moïse dans le désert, qui vous rappelle aussi Osée, puisque c'est là le lieu des grandes retrouvailles avec Dieu. Le lieu de l'éternité, là où, comme le dit saint Marc, l'ange et la bête se rencontrent. Et puis le Jourdain : rite de passage, rite de repentance. Et vous retrouvez là le souvenir de Josué, le souvenir de Naaman et même celui d'Élie. Et enfin Capharnaüm, la consolation de Nahum — Nahum, le prophète dont nous avons lu le livre. Et puis la Galilée, c'est le nord. C'est le lieu où les dix tribus d'Israël ont disparu. Vous connaissez maintenant leur histoire. C'est le lieu où il va falloir les rassembler. Et Jésus appelle à nouveau douze apôtres.
Vous voyez, ces lieux commencent à avoir une histoire pour vous. Sauf que quand Marc les reprend, ces endroits, c'est d'un style sec, vigoureux. Et on n'a pas vraiment le temps de s'y arrêter. Ce n'est pas le moment de la nostalgie, pour se souvenir du temps passé. C'est le moment favorable. C'est l'Évangile. C'est l'irruption de l'éternité dans le monde. C'est le sommet de la révélation. Et Marc, ça, ça lui parle. Alors il va jouer avec, et il va en rajouter.
Marc, c'est l'Évangile le plus court, le plus sec, le plus nerveux. Et ça, ça lui donne une originalité par rapport à tous les autres Évangiles. D'ailleurs, je l'ai volontairement accentué dans la lecture. Vous l'avez peut-être senti avec cette litanie incessante de « aussitôt » qui s'enchaînent. C'est simple, je les ai comptés : il y en a neuf, il y a 45 versets, c'est-à-dire il y en a un tous les cinq versets. Il y a une sorte de tension, une sorte de mystère, une sorte de rythme haletant qui se met en place dès le début. Une accélération du rythme.
En fait, quand vous regardez bien, il n'y a aucun espace de transition. On passe constamment d'un épisode à un autre. On appelle ça la technique de l'ellipse. Ça crée du suspense, on évite les longueurs, on accélère le rythme. On n'a pas le temps de reprendre son souffle. Le lecteur est emporté dans l'action sans avoir le temps de s'installer dans des descriptions longues. Il y a peu de discours, il y a peu d'explications. Le récit avance et la compréhension reste toujours un paragraphe en retard. Le baptême : trois versets. Les tentations dans le désert : trois versets.
Il y a une brutalité dans le style qui est voulue. Parce que Dieu est d'une autre catégorie que nous. C'est normal d'être dépassé. Dieu, il agit. Il n'est pas là pour se justifier. Vous arrivez à suivre, tant mieux. Vous n'arrivez pas à suivre, tant pis.
L'horizon s'est brutalement élargi, d'un coup. Tout d'un coup, on vous parle de l'accomplissement des temps. Et on arrive, hop, une première prophétie, celle d'Isaïe : l'accomplissement. La figure de Jean le Baptiste : Élie qui revient, deuxième accomplissement. On vous parle de tous les habitants qui vont voir Jean le Baptiste : le rassemblement des tribus, troisième accomplissement. Vous avez des cieux qui se déchirent. Vous avez dans le désert des anges qui rencontrent des bêtes. Et dans les villes, des démons qui apparaissent absolument partout. Et des miracles qui se multiplient. Enfin, voilà quoi : c'est l'éternité qui fait irruption dans le monde humain et qui pousse les choses. Il n'y a qu'à bien se tenir. C'est ça, l'Évangile.
Donc, brutalité, changement cosmique. Mais aussi sentiment de mystère, voire de suspense. Déjà on a la tête qui tourne et on a du mal à suivre. Mais en plus, Marc en rajoute une couche en accentuant les oppositions et les paradoxes.
Regardez quand même, verset 22 :
On était frappés par son enseignement.
Alors, on s'attend à quoi ? On s'attend à un discours. Et de fait, Jésus ouvre la bouche, et les premiers mots qui sortent, c'est pour dire : « Tais-toi ! » Parce qu'il y avait un possédé qui venait d'arriver de nulle part. C'est ça, le premier enseignement de Jésus ? Premier paradoxe, quand même.
Puis, deuxième paradoxe : les démons qui savent qui est Jésus, mais les disciples qui ignorent qui est leur maître. Ce n'est pas logique, tout ça. Ou encore la renommée croissante de Jésus, enfin toutes les foules qui viennent à lui, mais Jésus qui les évite et qui finit par se cacher. Jésus qui interdit aux démons de parler. Jésus qui n'explique pas son identité aux disciples. La révélation de Jésus au baptême, qui est cachée.
C'est ce qu'on appelle, dans Marc, la stratégie du secret messianique. Jésus ne veut pas qu'on sache qui il est. En même temps qu'il dévoile, par sa puissance et ses actes, son identité la plus profonde, en même temps, hop, il s'efforce de cacher les ficelles. Vous, vous savez que Jésus est le Christ : on a commencé par vous le dire dès la première phrase, « Commencement de l'Évangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu. » Puis vous avez eu la révélation au baptême. Mais vous étiez les seuls à pénétrer dans le cœur de Jésus. Même Jean le Baptiste n'y a pas eu droit, à cette révélation, dans l'Évangile, sur le baptême.
C'est ce climat de tension, de mystère, de suspense. On est complètement désemparé. On ne comprend pas ce qui se passe. Eh bien moi, je dis : bienvenue dans l'Évangile selon saint Marc.
Nous terminons par un psaume. Le psaume 119 dans la numérotation hébraïque, qu'on avait commencé dans l'Évangile selon saint Matthieu. Le psaume de la Loi ; mais il était tellement long — 22 strophes pour les 22 lettres de l'alphabet hébraïque — qu'on n'en avait fait qu'une partie. Nous reprenons là où nous nous étions arrêtés : psaume 118, teth, verset 65.
Psaume 118 i
Leur cœur alourdi s'est fermé ; moi, je prends plaisir à ta loi.
C'est pour mon bien que j'ai souffert : ainsi ai-je appris tes commandements.
Mon bonheur, c'est la loi de ta bouche, plus qu'un monceau d'or ou d'argent.
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