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Jour 180 ☾ — Le pardon, la controverse… et le début du drame

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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit le chapitre 2 et le début du chapitre 3 de l'évangile selon saint Marc, qui enchaîne cinq controverses de plus en plus dangereuses : le paralysé pardonné, le repas avec les publicains, la question du jeûne, les épis arrachés le jour du sabbat et l'homme à la main desséchée. Le commentaire montre comment Marc, sous son style brutal, compose un récit ciselé : la série des exorcismes laisse place à celle des controverses, articulée par l'épisode charnière du paralytique où Jésus prononce sa première parole positive. Le secret messianique y révèle son sens — Jésus cache sa gloire pour être aimé pour ce qu'il est — mais aussi son retournement tragique : parce que Dieu veut pardonner les péchés, les autorités religieuses décident qu'il doit mourir.

Introduction

Nous continuons notre évangile selon saint Marc. Dans cet épisode, le chapitre 2 et le début du chapitre 3, le tout formant, avec le chapitre 1 qu'on a entendu l'épisode avant, un tout, une première partie de l'évangile sur laquelle nous aurons l'occasion de revenir en commentaire. Pour l'instant, je vous laisse voir comment est-ce que nous allons aller de controverses en controverses, des controverses croissantes, de plus en plus dangereuses. Il y en aura cinq au total, je vous laisse les compter.

Lecture : Marc 2 – 3

Quelques jours plus tard, Jésus revint à Capharnaüm et l'on apprit qu'il était à la maison. Tant de monde s'y rassembla qu'il n'y avait plus de place, pas même devant la porte. Et il leur annonçait la Parole.

Arrivent des gens qui lui amènent un paralysé, porté par quatre hommes. Comme ils ne peuvent l'approcher à cause de la foule, ils découvrent le toit au-dessus de lui, ils font une ouverture et descendent le brancard sur lequel était couché le paralysé. Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : « Mon enfant, tes péchés sont pardonnés. »

Or, il y avait là quelques scribes assis, qui raisonnaient en eux-mêmes : « Pourquoi celui-là parle-t-il ainsi ? Il blasphème ! Qui donc peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ? »

Percevant aussitôt dans son esprit les raisonnements qu'ils se faisaient, Jésus leur dit : « Pourquoi tenez-vous de tels raisonnements ? Qu'est-ce qui est le plus facile ? Dire à ce paralysé : "Tes péchés sont pardonnés", ou bien lui dire : "Lève-toi, prends ton brancard et marche" ? Eh bien, pour que vous sachiez que le Fils de l'homme a autorité pour pardonner les péchés sur la terre… »

Jésus s'adressa au paralysé : « Je te le dis, lève-toi, prends ton brancard et rentre dans ta maison. » Il se leva, prit aussitôt son brancard et sortit devant tout le monde. Tous étaient frappés de stupeur et rendaient gloire à Dieu en disant : « Nous n'avons jamais rien vu de pareil ! »

Jésus sortit de nouveau le long de la mer. Toute la foule venait à lui et il les enseignait. En passant, il aperçoit Lévi, fils d'Alphée, assis au bureau des impôts. Il lui dit : « Suis-moi. » L'homme se leva et le suivit.

Comme Jésus était à table dans la maison de Lévi, beaucoup de publicains, c'est-à-dire des collecteurs d'impôts, et beaucoup de pécheurs vinrent prendre place avec Jésus et ses disciples, car ils étaient nombreux à le suivre. Les scribes du groupe des pharisiens, voyant qu'il mangeait avec les pécheurs et les publicains, disaient à ses disciples : « Comment ? Il mange avec les publicains et les pécheurs ? » Jésus, qui avait entendu, leur déclara : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. »

Comme les disciples de Jean le Baptiste et les pharisiens jeûnaient, on vint demander à Jésus : « Pourquoi, alors que les disciples de Jean et les disciples des pharisiens jeûnent, tes disciples ne jeûnent-ils pas ? » Jésus leur dit : « Les invités de la noce pourraient-ils jeûner pendant que l'époux est avec eux ? Tant qu'ils ont l'époux avec eux, ils ne peuvent pas jeûner. Mais des jours viendront où l'époux leur sera enlevé ; alors, ce jour-là, ils jeûneront. Personne ne raccommode un vieux vêtement avec une pièce d'étoffe neuve ; autrement, le morceau neuf que l'on a ajouté tire sur le vieux tissu, et la déchirure s'agrandit. Ou encore, personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; car alors le vin fera éclater les outres, et l'on perd à la fois le vin et les outres. À vin nouveau, outres neuves ! »

Un jour de sabbat, Jésus marchait à travers les champs de blé, et ses disciples, chemin faisant, se mirent à arracher des épis. Les pharisiens lui disaient : « Regarde ce qu'ils font le jour du sabbat ! Cela n'est pas permis. » Et Jésus leur dit : « N'avez-vous jamais lu ce que fit David, lorsqu'il fut dans le besoin et qu'il eut faim, lui-même et ceux qui l'accompagnaient ? Au temps du grand prêtre Abiatar, il entra dans la maison de Dieu et mangea les pains de l'offrande, que nul n'a le droit de manger, sinon les prêtres, et il en donna aussi à ceux qui l'accompagnaient. » Il leur disait encore : « Le sabbat a été fait pour l'homme, et non pas l'homme pour le sabbat. Voilà pourquoi le Fils de l'homme est maître, même du sabbat. »

Jésus entra de nouveau dans la synagogue. Il y avait là un homme dont la main était atrophiée. On observait Jésus pour voir s'il le guérirait le jour du sabbat ; c'était afin de pouvoir l'accuser. Il dit à l'homme qui avait la main atrophiée : « Lève-toi, viens au milieu. » Et, s'adressant aux autres : « Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien ou de faire le mal ? De sauver une vie ou de tuer ? » Mais eux se taisaient. Alors, promenant sur eux un regard de colère, navré de l'endurcissement de leur cœur, il dit à l'homme : « Étends la main. » Il l'étendit, et sa main redevint normale. Une fois sorti, les pharisiens se réunirent en conseil avec les partisans d'Hérode contre Jésus, pour voir comment le faire périr.

Jésus se retira avec ses disciples près de la mer, et une grande multitude de gens venus de la Galilée le suivirent. De Judée, de Jérusalem, d'Idumée, de Transjordanie et de la région de Tyr et de Sidon vinrent aussi à lui une multitude de gens qui avaient entendu parler de ce qu'il faisait. Il dit à ses disciples de tenir une barque à sa disposition pour que la foule ne l'écrase pas, car il avait fait beaucoup de guérisons, si bien que tous ceux qui souffraient de quelque mal se précipitaient sur lui. Et lorsque les esprits impurs le voyaient, ils se jetaient à ses pieds et criaient : « Toi, tu es le Fils de Dieu ! » Mais il leur défendait vivement de le faire connaître.

Puis il gravit la montagne, et il appela ceux qu'il voulait. Ils vinrent auprès de lui, et il en institua douze pour qu'ils soient avec lui et pour les envoyer proclamer la Bonne Nouvelle avec le pouvoir d'expulser les démons. Donc, il établit les Douze : Pierre — c'est le nom qu'il donna à Simon —, Jacques, fils de Zébédée, et Jean, le frère de Jacques : il leur donna le nom de Boanerguès, c'est-à-dire « fils du Tonnerre » ; André, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques fils d'Alphée, Thaddée, Simon le Zélote, et Judas Iscariote, celui-là même qui le livra.

Commentaire

Donc, cinq controverses. Est-ce que vous avez réussi à les avoir ? Je les redis avec vous. Il y avait d'abord, une, la guérison du paralytique ; deux, Jésus qui mange avec les pécheurs ; trois, une controverse autour du jeûne ; quatre, les épis arrachés un jour de sabbat ; et cinq, l'homme à la main desséchée que Jésus a encore guéri un jour de sabbat.

Donc, on est passé d'une première série — les guérisons, les exorcismes, que nous avons entendue l'épisode avant — à une autre série, cette fois-ci de controverses. Et au milieu, vous avez un épisode qui joue probablement une charnière et qui associe à la fois une guérison, le paralytique, avec une controverse sur les péchés. Et c'est ainsi que l'on passe d'une première série à une autre série. Les démons de la première série, ayant été chassés, sont maintenant remplacés par les pharisiens dont il faut clouer le bec. Et au milieu, un épisode charnière : la guérison du paralytique avec le pardon de ses péchés.

Faut-il qu'il se soit passé quelque chose, là ? Regardons de plus près. Mais oui ! Jésus s'est mis à parler pour la première fois. Souvenez-vous, dans notre première série, l'épisode avant, les seules phrases que Jésus disait, c'était « Tais-toi », ce qu'il disait aux démons, ou ensuite aux lépreux qu'il venait de guérir : « Ne le dis à personne. » Et voilà que pour la première fois dans l'évangile, vous avez une phrase positive qui sort de Jésus :

Mon enfant, tes péchés sont pardonnés.

Étonnant, non ?

D'ailleurs, Marc est sympa. Pour d'autant plus rehausser cet épisode, il a pris le soin de le sertir par le sabbat, l'œuvre de Dieu. Il y a un sabbat à gauche, un sabbat à droite, au milieu le paralytique. Le sabbat de gauche, c'était l'épisode d'avant, c'était notre première série d'exorcismes. Et les exégètes, toujours très attentifs au texte, appellent même ça la journée type de Jésus : Jésus entre dans une synagogue le jour d'un sabbat, lui saute à la figure un forcené qui veut s'y faire, que Jésus guérit, puis la guérison de la belle-mère de Pierre, et enfin plein d'autres exorcismes et guérisons. Jésus part prier dans la nuit, et le lendemain matin, fin du sabbat, part dans un autre village. Ça, c'était à gauche. Et maintenant, à droite, il est encore question de sabbat — ça, c'est ce que vous venez d'entendre : deux controverses, un, les épis arrachés, et deux, la main desséchée. Hasard ? Coïncidence ? Je ne crois pas.

Donc, ce que je vous dis, c'est que, quand même, Marc, avec son style brutal, s'avère étonnamment ciselé. Regardez, on va rentrer encore plus dans les détails. Petit exercice de mémoire, parce que c'était l'épisode précédent. C'était comme si, à travers cette première série d'exorcismes et de guérisons, Jésus essayait de faire taire le bruit. Jésus, Fils de Dieu, surgissant dans l'histoire humaine : le cosmos s'était agité, les cieux s'étaient ouverts, les démons avaient surgi de nulle part, et c'était comme si Jésus avait essayé de calmer les choses pour les ramener à la norme. Pour éviter tout malentendu, pour éviter d'être compris trop tôt, au mauvais moment, et mal à propos. Et d'ailleurs, il y a de moins en moins de démons, pour finalement n'aboutir plus qu'à un lépreux, ce qui est déjà beaucoup plus proche de l'ordre naturel.

Et c'est quand Jésus est parvenu à remettre le dialogue, j'allais dire, à un niveau humain, dans une maison, c'est là qu'il se met à parler de manière ouverte. C'est là le bon moment pour délivrer le premier enseignement. Sur la miséricorde : « Mon enfant, tes péchés sont pardonnés. »

Eh oui, mais je vous avais parlé du secret messianique, Jésus qui cachait sa gloire comme il pouvait. Parce que ce qui intéresse Jésus, c'est pas d'être reconnu dans sa puissance ; ce qui intéresse Jésus, c'est quand les choses se situent d'homme à homme. J'allais dire, dans les relations quotidiennes, quand on est à la maison — épisode du paralytique —, quand on est en train de manger ensemble, avec les publicains et les pécheurs. C'est ça, ce qui intéresse Dieu.

Sauf que Jésus, c'est Dieu. Et quand Dieu agit, il se passe des choses extraordinaires. Mais comment est-ce que vous pouvez rentrer humblement dans le secret des cœurs quand vous êtes le Dieu tout-puissant ? Quand il suffit que vous parliez pour que les démons s'enfuient, et quand, en pointant du doigt un homme, sa main guérit ? Eh bien, vous cachez votre gloire. Et c'est ça, le secret messianique. Jésus cache sa gloire pour être aimé pour ce qu'il est. C'est ça, le secret messianique. Ce qui intéresse Dieu, c'est pas d'être glorifié dans sa puissance, c'est quand on l'aime. Pour ce qu'il est.

Sauf que c'est là que le drame commence. Parce que Dieu, qui veut pénétrer au plus profond des cœurs, quitte à pardonner les péchés s'il le faut — ça, manifestement, pour les autorités religieuses, c'est un blasphème. Jésus qui dit « Mon enfant, tes péchés sont pardonnés », passif divin, sous-entendu « Dieu a pardonné tes péchés » : voilà que les pharisiens refusent d'admettre que Dieu veuille pardonner les péchés. « Cet homme-là blasphème, Dieu seul peut pardonner les péchés. » Jésus n'a jamais dit le contraire.

Eh oui. Mais Dieu qui cherche, dans l'humilité, à pouvoir parler avec nous, c'est pas ce qu'on attend de lui. Et voilà que le secret messianique, qui précisément devait permettre à Dieu d'accomplir sa mission — nous aimer avec humilité —, se retourne contre lui et devient une bombe à retardement. Jésus avait réussi à peu à peu apaiser les cœurs et à ce que la clameur se taise ; et voilà que maintenant elle va reprendre de plus belle, cette fois-ci sous la forme de controverses de plus en plus violentes.

La question du blasphème avait été posée lors de la guérison du paralytique. Jésus essaye de calmer les choses en reprenant ce qu'est la loi, ce qu'est le jeûne, ce qu'est de pouvoir manger avec un pécheur, la miséricorde, en leur montrant à quoi sert le sabbat. Mais en vain. Et c'est un jour de sabbat que les pharisiens décident de répondre à la question du blasphème, en disant que oui, il y a bien eu blasphème, et qu'il mérite la mort.

Sauf que maintenant, vous avez compris. Les pharisiens qui complotent contre Jésus, c'est les pharisiens qui en fait disent : si Dieu veut pardonner aux hommes, eh bien Dieu doit mourir. Et la clameur qui reprend de plus belle, les démons qui reviennent en force, vociférant contre Jésus : « C'est toi le Fils de Dieu ! » Et Marc termine la mention des douze apôtres par Judas, qui va livrer Jésus à la mort.

Nous terminons par une prière.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur Jésus, je te confie ma vie, et je te confie mon cœur, toi qui veux pénétrer plus en avant dans mon âme.

Je te demande, Seigneur, de ne pas rechercher ni ma gloire, ni la gloire de la religion, sans d'abord chercher la beauté de ton amour.

Je te demande, Seigneur, de ne pas être attentif au fracas du monde et à la gloire qui passe, mais à ce qui se joue à l'intérieur de mon cœur, dans la justice, dans la recherche de la bonté, dans l'amour de ton nom.

Car, Seigneur, dans l'amour de toi, fais que je vive avec toi, pour toi et en toi.

Seigneur, je te donne ma vie, toi qui as voulu la prendre.


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