Jour 181 ☼ — Béelzéboul, paraboles et vraie famille
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Résumé : Épisode de transition, où le frère Paul-Adrien lit la fin de Marc 3 et le début de Marc 4 : l'accusation des scribes qui traitent Jésus de Béelzéboul, la parole sur le blasphème contre l'Esprit Saint, la réponse de Jésus sur sa vraie famille, puis la parabole du semeur, son explication et les paraboles de la semence qui pousse d'elle-même et du grain de moutarde. Le commentaire montre comment Marc tisse tout le chapitre : le pain qui manque annonce le grain, les trois auditoires mauvais annoncent les trois mauvais terrains, et faire la volonté de Dieu annonce la bonne terre. Le secret messianique apparaît alors comme un effet de l'endurcissement du cœur, et les oiseaux qui picoraient le grain deviennent, à la fin, les hommes qui s'abritent sous l'arbre du Royaume.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
L'épisode d'aujourd'hui fonctionne comme un épisode de transition. Nous avons vu la dernière fois les démons apparaître, puis disparaître, puis réapparaître. La question est : qui sont les vrais possédés ? Pour les pharisiens, ça ne fait pas l'ombre d'un doute : le véritable possédé, c'est Jésus, qu'ils traitent de Béelzéboul.
Souvenez-vous, petite parenthèse : Béelzéboul, on l'a vu dans le deuxième livre des Rois. C'est quand le roi d'Israël avait un fils malade et qu'il avait envoyé consulter Baal-Zeboub, le seigneur de l'orage. Et pour se moquer de lui, Élie avait transformé le Baal-Zeboub en Baal-Zeboul, le seigneur des mouches. En bonus, donc : pourquoi est-ce que l'on reprend ici ce terme ? Mais je n'aurai pas le temps de le traiter, c'est un petit bonus. Fin de la parenthèse, on revient à Marc.
Bref, pour les pharisiens, le possédé, c'est Jésus, qui fait l'œuvre du diable. Mais voilà que Jésus va reprendre cette question du diable pour la retourner contre ses adversaires. Et si les véritables possédés n'étaient pas ceux que l'on croyait ? D'ailleurs, Jésus reprend cette question du blasphème lancée contre lui et laissée comme en suspens depuis cet épisode où il avait guéri le paralytique en lui pardonnant ses péchés — « cet homme-là blasphème, Dieu seul peut pardonner les péchés », avait-on dit — pour la retourner contre ses auditeurs : celui qui blasphème, ce n'est pas celui que l'on croit.
Donc, un épisode de transition qui vient clôturer toute une série sur les démons, sur le blasphème, pour en ouvrir une autre que nous allons commencer aujourd'hui sur… ah, tiens, non, vous verrez. Marc, fin du chapitre 3 et début du chapitre 4.
Lecture : Marc 3–4
Jésus revint à la maison, où de nouveau la foule se rassembla, si bien qu'il n'était même pas possible de manger. Les gens de chez lui, l'apprenant, vinrent pour se saisir de lui, car ils affirmaient : « Il a perdu la tête. » Les scribes qui étaient descendus de Jérusalem disaient : « Il est possédé par Béelzéboul ; c'est par le chef des démons qu'il expulse les démons. »
Les appelant près de lui, Jésus leur dit en parabole : « Comment Satan peut-il expulser Satan ? Si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume ne peut pas tenir. Si les gens d'une même maison se divisent entre eux, ces gens ne pourront pas tenir. Si Satan s'est dressé contre lui-même, s'il est divisé, il ne peut pas tenir : c'en est fini de lui. Mais personne ne peut entrer dans la maison d'un homme fort et piller ses biens s'il ne l'a d'abord ligoté ; alors seulement il pillera sa maison. Amen, je vous le dis : tout sera pardonné aux enfants des hommes, leurs péchés et les blasphèmes qu'ils auront proférés. Mais si quelqu'un blasphème contre l'Esprit Saint, jamais de pardon : il est coupable d'un péché pour toujours. » Jésus parla ainsi parce qu'ils avaient dit : « Il est possédé par un esprit impur. »
Alors arrivent sa mère et ses frères. Restant au-dehors, ils le font appeler. Une foule était assise autour de lui ; et on lui dit : « Voici que ta mère et tes frères sont là dehors : ils te cherchent. » Mais il leur répond : « Qui est ma mère ? qui sont mes frères ? » Et parcourant du regard ceux qui étaient assis en cercle autour de lui, il dit : « Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. »
Jésus se mit de nouveau à enseigner au bord de la mer de Galilée. Une foule très nombreuse se rassembla auprès de lui, si bien qu'il monta dans une barque où il s'assit. Il était sur la mer, et toute la foule était près de la mer, sur le rivage. Il leur enseignait beaucoup de choses en paraboles, et dans son enseignement il leur disait : « Écoutez ! Voici que le semeur sortit pour semer. Comme il semait, du grain est tombé au bord du chemin ; les oiseaux sont venus et ils ont tout mangé. Du grain est tombé aussi sur du sol pierreux, où il n'y avait pas beaucoup de terre ; il a levé aussitôt, parce que la terre était peu profonde ; et quand le soleil s'est levé, ce grain a brûlé et, faute de racines, il a séché. Du grain est tombé aussi dans les ronces ; les ronces ont poussé, l'ont étouffé, et il n'a pas donné de fruit. Mais d'autres grains sont tombés dans la bonne terre ; ils ont donné du fruit en poussant et en se développant : ils ont produit trente, soixante, cent pour un. » Et Jésus leur disait : « Celui qui a des oreilles pour entendre, qu'il entende ! »
Quand il resta seul, ceux qui étaient autour de lui, avec les Douze, l'interrogeaient sur les paraboles. Il leur disait : « C'est à vous qu'est donné le mystère du royaume de Dieu ; mais à ceux qui sont dehors, tout se présente sous forme de paraboles, et ainsi, comme dit le prophète : ils auront beau regarder de leurs yeux, ils ne verront pas ; ils auront beau écouter de toutes leurs oreilles, ils ne comprendront pas ; sinon ils se convertiraient et recevraient le pardon. »
Il leur dit encore : « Vous ne saisissez pas cette parabole ? Alors comment comprendrez-vous toutes les paraboles ? Le semeur sème la Parole. Il y a ceux qui sont au bord du chemin où la Parole est semée : quand ils l'entendent, Satan vient aussitôt et enlève la Parole semée en eux. Et de même, il y a ceux qui ont reçu la semence dans les endroits pierreux : ceux-là, quand ils entendent la Parole, ils la reçoivent aussitôt avec joie ; mais ils n'ont pas en eux de racine, ce sont des gens d'un moment ; que vienne la détresse ou la persécution à cause de la Parole, ils trébuchent aussitôt. Et il y en a d'autres qui ont reçu la semence dans les ronces : ceux-ci entendent la Parole, mais les soucis du monde, la séduction de la richesse et toutes les autres convoitises les envahissent et étouffent la Parole, qui ne donne pas de fruit. Et il y a ceux qui ont reçu la semence dans la bonne terre : ceux-là entendent la Parole, ils l'accueillent, et ils portent du fruit : trente, soixante, cent pour un. »
Il leur disait encore : « Est-ce que la lampe est apportée pour être mise sous le boisseau ou sous le lit ? N'est-ce pas pour être mise sur le lampadaire ? Car rien n'est caché, sinon pour être manifesté ; rien n'a été gardé secret, sinon pour venir à la clarté. Si quelqu'un a des oreilles pour entendre, qu'il entende ! »
Il leur disait encore : « Faites attention à ce que vous entendez. La mesure que vous utilisez sera utilisée aussi pour vous, et il vous sera donné encore plus. Car celui qui a, on lui donnera ; celui qui n'a pas, on lui enlèvera même ce qu'il a. »
Il disait : « Il en est du règne de Dieu comme d'un homme qui jette en terre la semence : nuit et jour, qu'il dorme ou qu'il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D'elle-même, la terre produit d'abord l'herbe, puis l'épi, enfin du blé plein l'épi. Et dès que le blé est mûr, il y met la faucille, puisque le temps de la moisson est arrivé. »
Il disait encore : « À quoi allons-nous comparer le règne de Dieu ? Par quelle parabole pouvons-nous le représenter ? Il est comme une graine de moutarde : quand on la sème en terre, elle est la plus petite de toutes les semences. Mais quand on l'a semée, elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères ; et elle étend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre. »
Par de nombreuses paraboles semblables, Jésus leur annonçait la Parole, dans la mesure où ils étaient capables de l'entendre. Il ne leur disait rien sans parabole, mais il expliquait tout à ses disciples en particulier.
Commentaire
Je vous l'ai dit, je vous le redis : attention, les paraboles, quand on croit les avoir comprises, c'est toujours très mauvais signe. Surtout quand il s'agit de la parabole du semeur, que pourtant tout le monde croit avoir comprise. Et je le prouve. Reprenons.
Avant la parabole du semeur, donc, il y avait cette controverse avec les pharisiens qui traitaient Jésus de Béelzéboul. D'accord. Regardez maintenant dans les détails. Ça commençait avec Jésus qui était dans une maison, et il y avait tellement de foule qu'on ne pouvait pas manger — vers 3,20, littéralement en grec : on ne pouvait pas prendre de pain. Et à quoi va commencer la parabole du semeur ? À du grain de blé.
Ensuite, regardez le groupe de personnes qui étaient venues voir Jésus, parce qu'il n'y avait pas seulement les pharisiens qui le traitaient de Béelzéboul. Il y a d'abord eu, un : les gens qui pensaient que Jésus était fou. Deux : les pharisiens, qui pensaient que Jésus était possédé. Trois : les proches de Jésus, qui voulaient mettre la main sur lui. Et il va y avoir combien de mauvais terrains dans la parabole du semeur ? Il va y en avoir trois. Il y en a même un où il sera question du diable.
Je reviens maintenant à Jésus, qui n'a pas de pain dans sa maison et qui est confronté à trois auditoires mauvais. Il termine en disant : qui est ma mère, qui sont mes frères, qui sont mes sœurs ? Réponse : celui qui fait la volonté de Dieu. Et par quoi va se terminer la parabole du semeur ? Après les trois mauvais terrains, par le bon terrain, qui porte du fruit à raison de trente, soixante, cent pour un. Et Jésus dira, dans les commentaires : faites attention à la manière dont vous écoutez — sachant qu'écouter, ça veut dire obéir à la volonté de Dieu.
Donc, c'est là où Marc, avec son air de ne pas y toucher, est beaucoup plus subtil qu'il n'y paraît. Le secret messianique n'est pas seulement une volonté de Jésus, c'est un effet de l'endurcissement du cœur. Ils ont des oreilles et n'écoutent pas, ils ont des yeux et ne voient pas. L'identité de Jésus Christ est obscure pour ceux qui refusent de croire. Là, on a l'impression de dire du saint Jean — sauf que saint Jean, lui, le dira avec des phrases claires, alors qu'ici c'est dit de manière parabolique. Mais quand saint Jean vous dit : celui qui refuse de croire ne vient pas à la lumière, et le jugement est déjà sur lui, c'est exactement ce que vous venez d'entendre, avec ce secret messianique inversé, qui est devenu obscur par la lumière du démon.
Alors, d'accord, on s'arrête là deux secondes : tout ce que je viens de vous dire, c'est une manière de redonner à la parabole du semeur sa saveur de mystère, en la comparant à ce qu'il y avait avant.
On reprend deux secondes la structure de ce chapitre. Vous avez, un : Jésus vous donne la parabole. Deux : Jésus vous explique la parabole en vous disant à quoi correspondent les terrains. Et trois : Jésus termine en vous disant deux autres paraboles, pour ceux qui veulent aller plus loin. Et même, on pourrait aller encore plus dans les détails, parce qu'entre chaque paragraphe, Jésus vous donne des petites clés de transition sapientielles : un, une prophétie d'Isaïe, entre le moment où il donne la parabole et le moment où il l'explique ; et deux, une petite parabole sur la lampe et la qualité de l'écoute, entre le moment où il explique la parabole et le moment où il va vous donner les deux autres paraboles finales. Ça, c'est ce qui permet à Jésus de passer de l'endurcissement du cœur à la qualité de l'écoute, pour ensuite terminer avec une dernière question : ça veut dire quoi, porter du fruit ? Si ça, ce n'est pas une œuvre d'art, je ne sais pas ce que c'est.
Alors reprenons la dernière question : ça veut dire quoi, porter du fruit ? Ça veut dire, dans la parabole du semeur, porter du fruit à raison de trente, de soixante, de cent pour un. Et vous avez ensuite la première parabole conclusive : cette fois-ci, on ne s'occupe pas de la quantité de blé que ça produit, mais on se concentre sur un épi. Porter du fruit à trente, soixante, cent, ça devient : produire d'abord l'herbe, puis la tige, puis l'épi. Ça veut dire quoi, ça ? Pour les Pères de l'Église, c'était la qualité de l'âme et la maturité de la vertu : l'intention, les sentiments, l'acte.
Et puis ensuite, comme si ça ne suffisait pas — parce qu'il est un peu trop question de soi-même —, vous avez une deuxième parabole qui vous permet de déplacer l'accent. Ça veut dire quoi, porter du fruit ? Ça veut dire, cette fois-ci, devenir comme un arbre sous lequel tous les oiseaux du ciel peuvent venir s'abriter. Et voilà que les oiseaux, qui étaient le symbole du démon venant picorer le grain de blé, et qui nous rappelaient étrangement les pharisiens traitant Jésus de Béelzéboul, sont devenus les hommes qui s'abritent sous le royaume de Dieu.
Ah ! Qui avait vu tout ça ? Une parabole, c'est un mystère.
Psaume 118 (Iode)
Tes mains m'ont façonné, affermi : éclaire-moi, que j'apprenne tes volontés.
À me voir, ceux qui te craignent se réjouissent, car j'espère en ta parole.
Seigneur, je le sais, tes décisions sont justes : tu es fidèle quand tu m'éprouves.
Que j'aie pour consolation ton amour selon les promesses faites à ton serviteur !
Que vienne à moi ta tendresse, et je vivrai : ta loi fait mon plaisir.
Honte aux orgueilleux qui m'accablent de mensonges : moi, je médite sur tes préceptes.
Qu'ils se tournent vers moi, ceux qui te craignent, ceux qui connaissent tes exigences !
Que j'aie par tes commandements le cœur intègre : alors je ne serai pas humilié.
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