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Jour 181 ☾ — Trois rives, trois morts… et une victoire

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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit la fin du chapitre 4 et le chapitre 5 de saint Marc : la tempête apaisée, la délivrance du possédé de Gérasa, puis la guérison de la femme aux pertes de sang et la résurrection de la fille de Jaïre. Il montre que les trois récits, tous introduits par la mention de « l'autre rive », s'adressent à trois auditoires différents — les disciples, les païens, les juifs — et parlent tous de la mort : martyre, mort spirituelle, mort physique. Le commentaire se poursuit par une leçon de démonologie : l'existence et l'organisation des démons, leur souffrance, les étapes de leur emprise (tentation, obsession, vexation, possession), et l'autorité paisible de Jésus qui les met en fuite. L'épisode s'achève sur deux formules de combat spirituel, dont la prière de la croix de saint Benoît.

Introduction

Marc, fin du chapitre 4 et chapitre 5. « Mais qu'est-ce qu'il est fatigant, le frère Paul-Adrien, à mélanger les chapitres comme ça ! On aimerait que ce soit bien clair. » Eh oui, mais moi je n'y peux rien : les chapitres, ils ont été faits au début du Moyen Âge, et il faut croire que l'exégèse a progressé depuis.

Il va y avoir trois épisodes aujourd'hui. Ces trois épisodes, vous verrez, sont à chaque fois précédés par la mention « l'autre rive ». Il y a un lien entre les trois épisodes. Oui, mais lequel ? Jésus calme la mer, guérit un possédé et guérit des femmes. C'est quoi le rapport ? Bonne écoute.

Lecture : Marc 4–5

Ce jour-là, le soir venu, il dit à ses disciples : « Passons sur l'autre rive. » Quittant la foule, ils emmenèrent Jésus, comme il était, dans la barque, et d'autres barques l'accompagnaient.

Survient une violente tempête. Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait. Lui dormait sur le coussin, à l'arrière. Les disciples le réveillent et lui disent : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? »

Réveillé, il menaça le vent et dit à la mer : « Silence, tais-toi ! » Le vent tomba, et il se fit un grand calme. Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N'avez-vous pas encore la foi ? » Saisis d'une grande crainte, ils se disaient entre eux : « Qui est-il donc, celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »

Ils arrivèrent sur l'autre rive, de l'autre côté de la mer de Galilée, dans le pays des Géraséniens. Comme Jésus sortait de la barque, aussitôt un homme possédé d'un esprit impur s'avança depuis les tombes à sa rencontre. Il habitait dans les tombeaux, et personne ne pouvait plus l'attacher, même avec une chaîne. En effet, on l'avait souvent attaché avec des fers aux pieds et des chaînes, mais il avait rompu les chaînes, brisé les fers, et personne ne pouvait le maîtriser. Sans arrêt, nuit et jour, il était parmi les tombeaux et sur les collines, à crier et à se blesser avec des pierres.

Voyant Jésus de loin, il accourut, se prosterna devant lui et cria d'une voix forte : « Que me veux-tu, Jésus, fils du Dieu Très-Haut ? Je t'adjure par Dieu, ne me tourmente pas ! » Jésus lui disait en effet : « Esprit impur, sors de cet homme ! » Et il lui demandait : « Quel est ton nom ? » L'homme lui dit : « Mon nom est Légion, car nous sommes beaucoup. » Et il suppliait Jésus avec insistance de ne pas les chasser en dehors du pays.

Or, il y avait là, du côté de la colline, un grand troupeau de porcs qui cherchait sa nourriture. Alors les esprits impurs suppliaient Jésus : « Envoie-nous vers ces porcs, et nous entrerons en eux. » Il le leur permit. Ils sortirent alors de l'homme et entrèrent dans les porcs. Du haut de la falaise, le troupeau se précipita dans la mer. Il y avait environ deux mille porcs. Ils se noyaient dans la mer.

Ceux qui les gardaient prirent la fuite. Ils annoncèrent la nouvelle dans la ville et dans la campagne, et les gens vinrent voir ce qui s'était passé. Ils arrivent auprès de Jésus, et ils voient le possédé assis, habillé et revenu à la raison, lui qui avait eu la légion de démons. Et ils furent saisis de crainte. Ceux qui avaient vu tout cela leur racontèrent l'histoire du possédé et ce qui était arrivé aux porcs. Alors ils se mirent à supplier Jésus de quitter leur territoire.

Comme Jésus remontait dans la barque, le possédé le suppliait de pouvoir être avec lui. Il n'y consentit pas, mais il lui dit : « Rentre à la maison, auprès des tiens. Annonce-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde. » Alors l'homme s'en alla, et il se mit à proclamer dans la région de la Décapole ce que Jésus avait fait pour lui, et tout le monde était dans l'admiration.

Jésus regagna en barque l'autre rive, et une grande foule s'assembla autour de lui. Il était au bord de la mer. Arrive un des chefs de la synagogue, nommé Jaïre. Voyant Jésus, il tombe à ses pieds et le supplie instamment : « Ma fille, encore si jeune, est à la dernière extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu'elle soit sauvée et qu'elle vive. » Jésus partit avec lui, et la foule qui le suivait était si nombreuse qu'elle l'écrasait.

Or, une femme qui avait des pertes de sang depuis douze ans, elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans avoir la moindre amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré. Cette femme donc, ayant appris ce qu'on disait de Jésus, vint par-derrière dans la foule et toucha son vêtement. Elle se disait en effet : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. » À l'instant, l'hémorragie s'arrêta, et elle ressentit dans son corps qu'elle était guérie de son mal.

Alors Jésus se rendit compte qu'une force était sortie de lui. Il se retourna dans la foule et il demandait : « Qui a touché mes vêtements ? » Ses disciples lui répondirent : « Tu vois bien la foule qui t'écrase, et tu demandes : qui m'a touché ? » Mais lui regardait tout autour pour voir celle qui avait fait cela. Alors la femme, saisie de crainte et toute tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. Jésus lui dit alors : « Ma fille, ta foi t'a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. »

Comme il parlait encore, des gens arrivent de la maison de Jaïre, le chef de la synagogue, pour dire à celui-ci : « Ta fille vient de mourir. À quoi bon déranger encore le Maître ? » Jésus, surprenant ces mots, dit au chef de la synagogue : « Ne crains pas, crois seulement. » Il ne laissa personne l'accompagner, sauf Pierre, Jacques et Jean, le frère de Jacques.

Ils arrivent à la maison du chef de la synagogue. Jésus voit l'agitation, et des gens qui pleurent et qui poussent de grands cris. Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L'enfant n'est pas morte : elle dort. » Mais on se moquait de lui. Alors il met tout le monde dehors, prend avec lui le père et la mère de l'enfant, et ceux qui étaient avec lui, puis il pénètre là où reposait l'enfant. Il saisit la main de l'enfant et lui dit : « Talitha koum », ce qui signifie : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! » Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher — elle avait en effet douze ans. Ils furent frappés d'une grande stupeur. Et Jésus leur ordonna fermement de ne le faire savoir à personne ; puis il leur dit de la faire manger.

Commentaire

Donc, trois épisodes. C'est quoi le rapport ?

Notez d'abord qu'à chaque fois, Jésus s'adresse à des auditoires différents. Le premier, dans une barque : cercle restreint, le noyau dur de l'Église à venir, les fidèles, les chrétiens. Ensuite, deuxième auditoire, cette fois-ci en territoire païen. Et puis Jésus revient à nouveau de l'autre côté du lac, en territoire juif, symbolisé par la synagogue : auditoire juif.

Vous notez en passant comment les récits vont croissant, en s'amplifiant. La tempête apaisée, c'est un petit paragraphe. Puis vient le récit de l'exorcisme, truculent à souhait. Enfin, on revient de l'autre côté, et cette fois-ci c'est devenu deux miracles, qui se ressemblent d'ailleurs étrangement : deux femmes, dont l'une est malade depuis douze ans, et l'autre, qui a douze ans, est en train de mourir. Le même épisode redoublé.

Alors, c'est quoi le rapport ? Le rapport, tout le monde l'a, évidemment. La tempête apaisée : la mer, maintenant vous le savez, c'est la porte d'entrée, pour les juifs, du royaume des morts. On l'a déjà vu, ça, c'était dans l'Évangile selon saint Matthieu. Ensuite, on avait un possédé. Où vivait-il ? Il vivait dans les cimetières — curieux endroit, quand même, pour vivre. Et ensuite, nos deux filles sont en train, l'une de mourir à petit feu, l'autre brusquement.

Dans les trois miracles, il était question de la mort, et du pouvoir que Jésus a de vaincre la mort.

Dans le premier miracle, nous sommes dans une barque, symbole de l'Église, face à des vents contraires, symbole de la persécution, et des disciples qui ont peur. Il est question ici, à mots couverts, du martyre, et de Jésus qui a le pouvoir de vous faire vaincre la mort en vous rendant la paix de l'âme par la foi.

Ensuite, avec le possédé, il est question du diable et de la mort spirituelle, qui est capable de vous désagréger et de vous détruire de l'intérieur. Cette fois-ci, c'est Jésus qui vous rend à votre propre identité et à votre propre sens. C'est ainsi que l'on retrouve notre possédé assis, ayant retrouvé l'usage de la raison.

Et puis, dans le dernier miracle, il était question de la mort physique. Trois actes éclatants où Jésus laisse deviner sa puissance de résurrection.

Alors, il me reste un peu de temps. On va parler de ce possédé un peu plus longtemps. Je ne sais pas si vous avez fait attention, mais il est souvent question de possédés et de démons dans l'Évangile selon saint Marc. C'est probablement une de ses spécificités. Du coup, faisons un peu de démonologie, si vous le voulez bien.

Ce que cet épisode vous rappelait, c'est que, premièrement, le diable, ça existe. Deuxièmement, même qu'ils sont nombreux : il y a comme toute une armée. Ils sont organisés. Il y a le général en chef, il y a les lieutenants, et il y a la piétaille. Ils sont une légion. Et leur but, c'est de vous détruire, de vous faire perdre votre identité. Et vous voyez comment le possédé ne sait même plus comment il s'appelle : ce n'est plus lui qui parle.

Pourquoi est-ce que les démons veulent vous détruire, vous ? Ne le prenez pas personnellement : ce n'est pas vous qui les intéressez, c'est ce que vous représentez aux yeux de Dieu. Parce que vous avez été créé à l'image de Dieu. À défaut de pouvoir combattre Dieu, on va combattre son image.

Ce que cet épisode vous rappelle aussi, c'est que les démons souffrent. Comme hypnotisés par Jésus, ils arrivent vers lui pour lui dire : « Ne me tourmente pas. » Si jamais les démons viennent vous posséder, c'est pour fuir l'horreur de l'enfer, qu'ils souffrent. Mais en vous, ils souffrent un peu moins, parce que le plaisir qu'il y a à faire le mal est comme une compensation pour la douleur qu'ils éprouvent d'avoir renié Dieu.

Alors, le diable cherche à prendre possession de vous. D'abord en vous emmenant dans des lieux isolés — l'Évangile disait : dans les collines, les hauts lieux ; dans le langage biblique, ça s'appelle les lieux idolâtriques —, en vous amenant à adorer quelqu'un d'autre que Dieu. Avec, d'abord, la tentation. Puis ensuite en séduisant votre âme pour l'obséder. Pour finalement que l'obsession devienne tellement importante qu'elle finisse comme par avoir un rejaillissement physique : ce que l'on appelle la vexation — et vous voyez comment cet homme-là se taillade lui-même. Pour arriver, dernier stade, à la possession.

Face à l'action du diable, qui est spectaculaire, l'autorité de Jésus : parfaitement calme, maître de lui-même, paisible. Il suffit d'être, pour que le démon s'enfuie. On appelle ça la sainteté.

En guise de prière, je vous donne deux petites formules que parfois il m'arrive d'utiliser pour combattre le diable. La première est une courte formule tirée d'un psaume. Quand je sens comme des attaques de tentation ou d'obsession, je dis cette phrase : « Que tout esprit loue le Seigneur. » Ça vous vient du psaume 116. Et la deuxième formule, qui est ce qu'on appelle la prière de la croix de saint Benoît, et que je vais vous donner comme prière finale : quelques courtes phrases, mais très efficaces.

Voilà deux prières très courtes, et que je vous donne parce qu'elles peuvent vous servir de réconfort et comme puissant secours au moment de l'épreuve. Courage à vous, et n'oubliez pas : le Christ a vaincu la mort.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Que la sainte Croix soit ma lumière, que le dragon ne soit pas mon guide. Arrière, Satan ! Ne viens pas me conseiller tes vanités. Le breuvage que tu verses est du venin : bois toi-même tes poisons.


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