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Jour 182 ☼ — Mission, martyr et sandales

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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 6 de l'évangile selon saint Marc, le frère Paul-Adrien lit le rejet de Jésus dans son lieu d'origine, l'envoi en mission des douze apôtres, le récit de la décapitation de Jean le Baptiste et le retour des missionnaires. L'introduction souligne le génie de composition de Marc, qui clôt par ce premier paragraphe toute la section précédente en rallumant un à un ses motifs : le sabbat, la famille de Jésus, la maison divisée, le grain jeté en mauvaise terre. Le commentaire compare point par point ce discours apostolique avec celui de Matthieu : l'envoi deux par deux, la « dispense marcienne » du bâton et des sandales — chère aux Dominicains —, la brièveté de Marc pour qui la mission se vit plus qu'elle ne se théorise, et surtout le martyre de Jean glissé entre le départ et le retour des Douze, en guise d'avertissement sur le prix de la fidélité à la parole.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

Marc, chapitre 6, l'envoi en mission des douze apôtres. Oui, mais juste avant, il y aura un court paragraphe. Jésus revient à la maison pour enseigner, et voilà qu'il va choquer tout le monde.

Il sera fait mention d'un sabbat, comme un lointain écho à cette première série d'exorcismes, de guérisons et de controverses que Jésus avait inaugurée précisément le jour d'un sabbat. Un premier clignotant va s'allumer dans notre tête. Il sera fait mention de la famille de Jésus, et là encore, on se souviendra des proches de Jésus qui, l'épisode d'avant, avaient voulu mettre la main sur lui. Un deuxième clignotant s'allume. Il sera encore fait mention d'une maison divisée contre elle-même. Troisième clignotant : n'est-ce pas là la maison de l'homme fort, que l'on ne peut mettre dehors si l'on est divisé contre le diable ? Et puis, dernier clignotant, et non des moindres, on verra un Jésus incapable de faire des miracles parce que, prophète méprisé, il est semblable au grain jeté dans la mauvaise terre.

Quand je vous dis qu'il y a chez Marc un certain génie de la construction narrative et de l'inclusion ! Oui, ce premier paragraphe par lequel nous allons commencer rappellera étrangement, et comme pour la clôturer, toute la longue section que nous avons entendue dans les épisodes précédents. Mais on n'arrête pas Jésus. Il est capable de faire des miracles. Le voilà qui repart, et ce sera l'envoi en mission des douze disciples. Une famille en vaut bien une autre.

Lecture : Marc 6

Sorti de là, Jésus se rendit dans son lieu d'origine, et ses disciples le suivirent. Le jour du sabbat, il se mit à enseigner dans la synagogue. De nombreux auditeurs, frappés d'étonnement, disaient : « D'où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ? N'est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Et ses sœurs, ne sont-elles pas ici, chez nous ? » Et ils étaient profondément choqués à son sujet.

Jésus leur disait : « Un prophète n'est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison. » Et là, il ne pouvait accomplir aucun miracle. Il guérit seulement quelques malades en leur imposant les mains. Et il s'étonna de leur manque de foi.

Il appela les Douze. Alors il commença à les envoyer en mission deux par deux. Il leur donnait autorité sur les esprits impurs, et il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route, mais seulement un bâton : pas de pain, pas de sac, pas de pièce de monnaie dans leur ceinture. « Mais, disait-il, mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange. »

Il leur disait encore : « Quand vous avez trouvé l'hospitalité dans une maison, restez-y jusqu'à votre départ. Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez et secouez la poussière de vos pieds : ce sera pour eux un témoignage. »

Ils partirent et proclamèrent qu'il fallait se convertir. Ils expulsaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d'huile à de nombreux malades et les guérissaient.

Le roi Hérode apprit cela, en effet le nom de Jésus devenait célèbre. On disait : « C'est Jean, celui qui baptisait : il est ressuscité d'entre les morts, et voilà pourquoi des miracles se réalisent par lui. » Certains disaient : « C'est le prophète Élie. » D'autres disaient encore : « C'est un prophète comme ceux de jadis. » Hérode entendait ces propos et disait : « Celui que j'ai fait décapiter, Jean, le voilà ressuscité ! »

C'était lui, Hérode, qui avait donné l'ordre d'arrêter Jean et de l'enchaîner dans la prison, à cause d'Hérodiade, la femme de son frère Philippe, que lui-même avait prise pour épouse. En effet, Jean lui disait : « Tu n'as pas le droit de prendre la femme de ton frère. » Hérodiade en voulait donc à Jean, et elle cherchait à le faire mourir. Mais elle n'y arrivait pas, parce que Hérode avait peur de Jean : il savait que c'était un homme juste et saint, et il le protégeait. Quand il l'avait entendu, il était très embarrassé ; cependant il l'écoutait avec plaisir.

Or, une occasion favorable se présenta quand, le jour de son anniversaire, Hérode fit un dîner pour ses dignitaires, pour les chefs de son armée et pour les notables de Galilée. La fille d'Hérodiade fit son entrée et elle dansa. Elle plut à Hérode et à ses convives. Le roi dit à la jeune fille : « Demande-moi ce que tu veux, je te le donnerai. » Et il lui fit ce serment : « Tout ce que tu me demanderas, je te le donnerai, même si c'est la moitié de mon royaume. » Elle sortit alors pour dire à sa mère : « Qu'est-ce que je vais demander ? » Hérodiade répondit : « La tête de Jean, celui qui baptise. » Aussitôt la jeune fille s'empressa de retourner auprès du roi, et lui fit cette demande : « Je veux que, tout de suite, tu me donnes sur un plat la tête de Jean le Baptiste. »

Le roi fut vivement contrarié ; mais à cause du serment et des convives, il ne voulut pas lui opposer un refus. Aussitôt il envoya un garde avec l'ordre d'apporter la tête de Jean. Le garde s'en alla décapiter Jean dans la prison. Il apporta la tête sur un plateau, la donna à la jeune fille, et la jeune fille la donna à sa mère. Ayant appris cela, les disciples de Jean vinrent prendre son corps et le déposèrent dans un tombeau.

Les Apôtres se réunirent auprès de Jésus, et lui annoncèrent tout ce qu'ils avaient fait et enseigné. Il leur dit : « Venez à l'écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux, et l'on n'avait même pas le temps de manger. Alors ils partirent en barque pour un endroit désert, à l'écart. Les gens les virent s'éloigner, et beaucoup comprirent leur intention. Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent là-bas et arrivèrent avant eux.

Commentaire

Nous avions eu d'abord l'appel des disciples au chapitre 1, puis ensuite la liste des douze disciples que Jésus institue, et voilà que maintenant il les envoie en mission. Les disciples n'ont pas vraiment compris qui était Jésus, et leur foi n'est pas encore exemplaire. N'empêche que Jésus les jette dans l'eau du bain, et ça y est, la mission évangélique commence.

Il y a peut-être là un motif de se réjouir. Nous aussi, nous avons nos chutes. Nous aussi, nous avons nos imperfections, nos vices et nos maladresses. Ça n'empêche pas Dieu de faire des miracles avec nous, à travers nous. Il l'a fait avec les douze disciples, il continuera de le faire avec nous.

Ah, c'est un de mes passages préférés, l'envoi en mission ! C'est peut-être parce que je suis un prêcheur que cela me parle beaucoup. Mais on en avait déjà entendu : dans Matthieu, souvenez-vous, le discours apostolique, l'envoi en mission des Douze. Aujourd'hui, je vous propose de comparer ces deux envois en mission, ces deux discours apostoliques. Ce sera une manière fine de rentrer dans les détails du texte et d'essayer de voir ce que Dieu demande de nous.

C'est d'abord cette mention :

Alors il commença à les envoyer en mission deux par deux.

Ce qui suggère un envoi en mission différencié, comme si Jésus avait pris soin de former à part chaque paire de disciples. Comme si Jésus avait eu une attention particulière pour chaque personne qu'il envoyait, et qu'il prenait soin de la former à son rythme à elle. C'est touchant, non ? Parce qu'évidemment, il n'est pas seulement question des apôtres, mais de vous aussi. Mais oui !

Donc, Jésus commença à les envoyer deux par deux. L'envoi en mission, c'est toujours un acte d'une communauté. Ce n'est pas vous qui partez : vous êtes envoyés en mission. C'est aussi une manière d'exercer la charité fraternelle — il faut être au moins deux. Ça vous rappelle aussi que les routes de Galilée n'étaient pas sûres et qu'il fallait se protéger.

Dans Matthieu, on ne vous disait pas que Jésus avait envoyé les disciples deux par deux. Par contre, Matthieu, à sa manière, avait aussi insisté sur ce point-là : lui, il avait donné le nom par paires. On vous dit qu'il y avait d'abord Pierre et son frère André, première paire ; puis ensuite les fils de Zébédée, deuxième paire, Jacques et Jean ; puis Thomas et Philippe, Simon et Jude, etc. Bon, ça, ça vous dit que les amitiés que vous cultivez dans l'Église, ça a du sens aussi. Et que l'Église, c'est bien ce que c'est ; mais en même temps, c'est aussi le lieu où l'on prêche ensemble le royaume de Dieu. Ça, quand même, quand on s'en souvient, ça vaut tout l'or du monde.

Alors vite, maintenant, regardons ce que Dieu nous demande d'emporter dans notre besace quand il nous envoie en mission. Pas grand-chose, manifestement. Sauf que, à regarder bien dans les détails, Marc, lui qui pourtant a un style brutal, s'avère étonnamment plus doux sur ce point-là que Matthieu, dont nous avions déjà entendu le discours apostolique il y a longtemps. Marc vous autorise à prendre un bâton, signe de l'autorité et moyen de défense contre les chiens errants. Et puis Marc autorise aussi — c'est sympa de sa part — à prendre des sandales.

On appelle ça la dispense marcienne. Vous, ça ne vous dit rien peut-être, mais pour moi c'est très important, parce qu'on dit que saint Dominique allait les pieds nus en se basant sur l'Évangile selon saint Matthieu, mais qu'il autorisait les autres dominicains à prendre des chaussures en se basant sur cette dispense de saint Marc. Donc pour vous, c'est peut-être un détail, mais pour moi ça veut dire beaucoup de choses, cette affaire.

Alors tiens, aussi, une autre différence. Dans Matthieu, il y avait un long discours missionnaire, un chapitre entier, très structuré, avec des consignes pastorales ; tandis qu'ici Marc — et ça correspond bien à son style bref, rapide, sobre — il y a juste quelques versets, tout est dit, et il n'y a pas de discours. C'est que pour Marc, la mission est une expérience vécue, pas un traité. Et j'avoue que, de ce point de vue-là, même si mon évangile préféré c'est peut-être Matthieu — je ne devrais pas le dire, excusez-moi — n'empêche que Marc, de ce point de vue-là, a raison : la mission, il y a ceux qui en parlent, et il y a ceux qui la font.

Ah, et puis, à mon avis, la plus grande différence, c'est que dans Matthieu, si le discours est long, c'est parce que Jésus met en garde sur les persécutions qui vont être rencontrées en cours de chemin. Tandis que dans Marc, Jésus ne parle pas des persécutions. Est-ce que ça veut dire qu'elles n'existent pas ? Est-ce que ça veut dire que Jésus prend soin de bichonner ses disciples sans leur faire peur ? Eh bien, peut-être pas. Parce que dans Marc, ce qui a remplacé les avertissements sur la persécution, c'est qu'il y a, entre le moment où Jésus les envoie et le moment où les disciples reviennent — vous l'avez entendu — ce long passage sur la mort de Jean le Baptiste.

Et ça, c'est la manière bien à lui que Marc a de vous dire que si vous allez être un apôtre, appelé à prêcher la repentance et le royaume du ciel — ce qui est le plus beau métier du monde —, si vous allez annoncer la vérité, préparez-vous : vous allez déranger les puissants, et vous allez peut-être payer le prix de votre fidélité à la parole. Jean n'a pas fait de miracle, il n'a pas prêché en Galilée, mais il a tenu tête à Hérode, il a représenté la voix de la conscience, il meurt à cause de sa fidélité. Et ça aussi, c'est un exemple pour la mission.

Et puis, dernière différence de cet envoi en mission par rapport à Matthieu : c'est qu'on voit les missionnaires partir, on les voit revenir, et on voit ce qui est extrêmement beau, Jésus qui prend soin d'eux, pour leur dire de manger et de se reposer — ce qui n'est même pas possible tellement il y a de monde. C'est à la fois touchant, drôle et ironique.

Nous terminons avec un psaume.

Psaume 118 k

Usé par l'attente du salut, j'espère encore ta parole. L'œil usé d'attendre tes promesses, j'ai dit : « Quand vas-tu me consoler ? »

Devenu comme une outre durcie par la fumée, je n'oublie pas tes commandements. Combien de jours ton serviteur vivra-t-il ? Quand jugeras-tu mes persécuteurs ?

Des orgueilleux ont creusé pour moi une fosse au mépris de ta loi. Tous tes ordres ne sont que fidélité ; mensonges, mes poursuivants : aide-moi !

Ils ont failli m'user, me mettre à terre : je n'ai pas abandonné tes préceptes. Fais-moi vivre selon ton amour : j'observerai les décrets de ta bouche.


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