Jour 182 ☾ — Pain, vraie foi et purification
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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit la fin du chapitre 6 et le chapitre 7 de l'évangile selon saint Marc : la multiplication des pains, la marche sur la mer, les guérisons de Génézareth, la controverse avec les pharisiens sur les traditions de pureté, puis la Syrophénicienne et le sourd-bègue en territoire païen. Le commentaire lit cette « section des pains » comme une parabole du semeur mise en actes : la foule, les disciples et les pharisiens sont trois mauvais terrains, la païenne syrophénicienne est le bon. Le frère souligne que Marc abolit purement et simplement l'impureté rituelle des aliments, et que Jésus fait sauter les cadres pour ouvrir la mission aux nations. L'épisode se termine par une prière pour l'évangélisation et pour les brebis perdues.
Introduction
Notre dernier épisode de Marc se terminait par le retour des apôtres de mission et cette mention étrange : ils n'avaient même pas le temps de manger. Ce qui nous rappelle cette autre fois, dans une maison, où il n'y avait même pas de pain, et Jésus, qui n'est pas insensible à la faim des gens qui l'entourent, avait répondu par la parabole du semeur. Mais une parabole, est-ce que cela nourrit vraiment son homme ?
Par quoi, aujourd'hui, Jésus va-t-il répondre à ce manque de pain ? Eh bien, vous le saurez en écoutant Marc, fin du chapitre 6, suivi du chapitre 7. Bonne lecture.
Lecture : Marc 6,34-56
En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de compassion envers eux, parce qu'ils étaient comme des brebis sans berger. Alors il se mit à les enseigner longuement.
Déjà l'heure était avancée. S'étant approchés de lui, ses disciples disaient : « L'endroit est désert et déjà l'heure est tardive. Renvoie-les : qu'ils aillent dans les campagnes et les villages des environs s'acheter de quoi manger. » Il leur répondit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Ils répliquent : « Irons-nous dépenser le salaire de deux cents journées pour acheter des pains et leur donner à manger ? » Jésus leur demande : « Combien de pains avez-vous ? Allez voir. » S'étant informés, ils lui disent : « Cinq, et deux poissons. »
Il leur ordonna de les faire tous asseoir par groupes sur l'herbe verte. Ils se disposèrent par carrés de cent et de cinquante. Jésus prit les cinq pains et les deux poissons et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction et rompit les pains. Il les donnait aux disciples pour qu'ils les distribuent à la foule. Il partagea aussi les deux poissons entre eux tous. Ils mangèrent tous et furent rassasiés. Et l'on ramassa les morceaux de pain qui restaient, de quoi remplir douze paniers, ainsi que le reste des poissons. Or, ceux qui avaient mangé les pains étaient au nombre de cinq mille hommes.
Aussitôt après, Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l'autre rive, vers Bethsaïde, pendant que lui-même renvoyait la foule. Quand il les eut congédiés, il s'en alla sur la montagne pour prier. Le soir venu, la barque était au milieu de la mer, et lui, tout seul, à terre. Voyant qu'ils peinaient à ramer, car le vent leur était contraire, il vient à eux vers la fin de la nuit en marchant sur la mer, et il voulait les dépasser. En le voyant marcher sur la mer, les disciples pensèrent que c'était un fantôme, et ils se mirent à pousser des cris. Tous en effet l'avaient vu, et ils étaient bouleversés. Mais aussitôt Jésus parla avec eux et leur dit : « Confiance ! C'est moi ! N'ayez pas peur ! » Il monta ensuite avec eux dans la barque, et le vent tomba. Et en eux-mêmes, ils étaient au comble de la stupeur, car ils n'avaient rien compris au sujet des pains : leur cœur était endurci.
Après la traversée, abordant à Génézareth, ils accostèrent. Ils sortirent de la barque et aussitôt les gens reconnurent Jésus. Ils parcoururent toute la région et se mirent à apporter les malades sur des brancards là où l'on apprenait que Jésus se trouvait. Et dans tous les endroits où il se rendait, dans les villages, les villes ou les campagnes, on déposait les infirmes sur les places. Ils le suppliaient de leur laisser toucher ne serait-ce que la frange de son manteau. Et tous ceux qui la touchaient étaient sauvés.
Lecture : Marc 7
Les pharisiens et quelques scribes venus de Jérusalem se réunissent auprès de Jésus, et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c'est-à-dire non lavées. Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, par attachement à la tradition des anciens ; et au retour du marché, ils ne mangent pas avant de s'être aspergés d'eau, et ils sont encore attachés par tradition à beaucoup d'autres pratiques : lavage des coupes, des carafes et des plats.
Alors les pharisiens et les scribes demandèrent à Jésus : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leur repas avec des mains impures. » Jésus leur répondit : « Isaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites, ainsi qu'il est écrit : Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. C'est en vain qu'ils me rendent un culte ; les doctrines qu'ils enseignent ne sont que des préceptes humains. Vous aussi, vous laissez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des anciens. »
Il leur disait encore : « Vous rejetez bel et bien le commandement de Dieu pour établir votre tradition. En effet, Moïse a dit : Honore ton père et ta mère, et encore : Celui qui maudit son père ou sa mère sera mis à mort. Mais vous, vous dites : Supposons qu'un homme déclare à son père ou à sa mère : "Les ressources qui m'auraient permis de t'aider sont korbane, c'est-à-dire don réservé à Dieu", alors vous ne l'autorisez plus à faire quoi que ce soit pour son père ou sa mère. Et vous annulez ainsi la parole de Dieu par la tradition que vous transmettez. Et vous faites beaucoup de choses du même genre. »
Appelant de nouveau la foule, il lui disait : « Écoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l'homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l'homme, voilà ce qui rend l'homme impur. »
Quand il eut quitté la foule pour rentrer à la maison, ses disciples l'interrogeaient sur cette parabole. Alors il leur dit : « Êtes-vous donc sans intelligence, vous aussi ? Ne comprenez-vous pas que tout ce qui entre dans l'homme en venant du dehors ne peut pas le rendre impur, parce que cela n'entre pas dans son cœur, mais dans son ventre, pour être éliminé ? » C'est ainsi que Jésus déclarait purs tous les aliments.
Il leur disait encore : « Ce qui sort de l'homme, c'est cela qui rend l'homme impur. Car c'est du dedans, du cœur de l'homme, que procèdent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraudes, débauches, envies, diffamations, orgueil et démesure. Tout cela vient du dedans, et rend l'homme impur. »
En partant de là, Jésus se rendit dans le territoire de Tyr. Il était entré dans une maison, et il ne voulait pas qu'on le sache, mais il ne put rester caché. Une femme entendit aussitôt parler de lui ; elle avait une petite fille possédée par un esprit impur. Elle vint se jeter à ses pieds. Cette femme était païenne, syrophénicienne de naissance, et elle lui demandait d'expulser le démon hors de sa fille. Il lui disait : « Laisse d'abord les enfants se rassasier, car il n'est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » Mais elle lui répliqua : « Seigneur, les petits chiens, sous la table, mangent bien les miettes des petits enfants ! » Alors il lui dit : « À cause de cette parole, va : le démon est sorti de ta fille. » Elle rentra à la maison, et elle trouva l'enfant étendue sur le lit : le démon était sorti d'elle.
Jésus quitta le territoire de Tyr ; passant par Sidon, il prit la direction de la mer de Galilée et alla en plein territoire de la Décapole. Des gens lui amènent un sourd qui avait aussi de la difficulté à parler, et supplient Jésus de poser la main sur lui. Jésus l'emmena à l'écart, loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et, avec sa salive, lui toucha la langue. Puis, les yeux levés au ciel, il soupira et dit : « Effata ! », c'est-à-dire : « Ouvre-toi ! » Ses oreilles s'ouvrirent, sa langue se délia, et il parlait correctement. Alors Jésus leur ordonna de n'en rien dire à personne ; mais plus il leur donnait cet ordre, plus ceux-ci le proclamaient. Extrêmement frappés, ils disaient : « Il a bien fait toutes choses : il fait entendre les sourds et parler les muets. »
Commentaire
On appelle ça la section des pains. Et de fait, des pains, il en est furieusement question. D'abord avec la multiplication des pains que vous avez entendue. Ensuite, quand Jésus marche sur l'eau, l'épisode se termine en vous décrivant des apôtres stupéfaits car, je cite le texte :
Ils n'avaient rien compris au sujet des pains.
On ne voit pas très bien le rapport. Et ensuite, le récit poursuivait sur des questions de purification alimentaire, la controverse avec les pharisiens, pour ensuite nous amener du côté de Tyr et de Sidon, avec une Syrophénicienne qui ramasse les miettes de pain. Miettes de pain que, pourtant, dans l'épisode précédent, les disciples avaient eu soin de bien ramasser dans leurs douze paniers.
Tout ceci nous rappelle furieusement la parabole du semeur. C'est comme s'il y avait ici une énigme à creuser. Il y aurait d'abord un premier mauvais terrain, qui reçoit du pain sans comprendre : c'est la foule, qui est nourrie, mais qui ne voit là qu'un pain matériel. Il y a un deuxième mauvais terrain, qui ne comprend pas par manque de foi et par peur : les disciples. Et un troisième mauvais terrain, qui, lui, ne comprend pas par dureté de cœur : ce sont les pharisiens. Mais alors, dans ce cas-là, c'est quoi le bon terrain ? Ah, vous l'avez : c'est la Syrophénicienne. Alors, m'est avis qu'on n'est pas arrivé jusqu'au bout de cette parabole en acte.
Mais notons d'abord les pharisiens. Une nouvelle controverse avec les pharisiens, ça faisait longtemps. Sauf qu'il n'est plus ici question de blasphème ou de sabbat, mais des rituels de pureté et des ablutions. Avec, au milieu, cette incise rédactionnelle. Marc nous dit, je cite :
C'est ainsi que Jésus déclarait purs tous les aliments.
Phrase qui va quand même beaucoup plus loin que ce qu'on entendait dans Matthieu, qui, lui, relativisait la pureté et l'impureté rituelle. Dans Marc, elle est carrément abolie. C'est une question que l'on voit parfois sur les réseaux sociaux : Jésus ne mangeait pas de porc, donc les chrétiens ne devraient pas manger de porc. Bon, peut-être. En attendant, Marc chapitre 7, verset 19, quand même.
Comme quoi, saint Paul n'a rien inventé. Saint Paul, qui vous dira plus tard, dans la première lettre aux Corinthiens, que l'on a le droit de manger de la viande idolothyte, c'est-à-dire sacrifiée aux idoles, et que la pureté et l'impureté, ce n'est rien, sinon la pureté et l'impureté morale. Saint Paul n'a rien inventé : il a tout appris de Jésus.
OK, continuons maintenant le texte. Nous sommes cette fois-ci en territoire païen. Deux guérisons : la Syrophénicienne, et ensuite la guérison du sourd-bègue. Bon, est-ce que vous voyez, dans le mouvement d'ensemble, ce que ça commence à signifier ? C'est Jésus qui, en remettant en cause le formalisme juif — lequel, en s'arc-boutant sur des traditions humaines, finit par se recroqueviller sur lui-même —, essaye de faire sauter les cadres pour ouvrir la mission aux nations. L'épisode précédent, c'était le discours apostolique, et là, Jésus continue l'enseignement des apôtres en leur montrant par l'exemple jusqu'où ça doit les amener.
Manifestement, les apôtres ne sont pas en train de comprendre grand-chose, quand même. Posez-vous la question : qu'est-ce que les disciples étaient censés découvrir par eux-mêmes ? Voilà ce qu'ils étaient censés découvrir : c'est qu'à l'inverse des pharisiens, qui font semblant d'avoir la foi mais qui ne l'ont pas, il existe des gens, chez les païens, qui font semblant de ne pas avoir la foi, et qui en réalité l'ont.
La première guérison nous montre une Syrophénicienne qui aimerait bien manger quelques-unes de ces miettes de pain auxquelles elle n'a pas pu prendre part lors de la première multiplication des pains. Et Jésus qui dit : laisse d'abord les Juifs se rassasier — ce qui rappelle simplement que la mission commence par les brebis perdues de la maison d'Israël, mais que oui, elle a bien vocation à s'étendre jusqu'à cette femme-là.
Et puis, deuxième miracle, on voit un bègue, comme la création, comme une création d'Adam à partir de la boue, que Jésus recrée à partir de la salive. C'est une création nouvelle.
Nous terminons par une prière, pour confier à Dieu notre mission, à l'Église, envers les brebis perdues et envers tous les gens qui nous entourent.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur notre Dieu, nous te confions l'évangélisation. Nous te demandons, Seigneur, de ne pas avoir de grands discours sur ce que devrait être l'Église, mais tout simplement de mettre la main à la pâte et de donner de notre personne.
Nous te demandons, Seigneur, de ne pas avoir une religion formaliste, qui s'attache aux rites, aux rubriques et aux petites règles, en oubliant l'amour de Dieu et l'amour du prochain.
Nous te demandons, Seigneur, d'avoir un souci particulier pour les marges de l'Église, toutes ces brebis perdues de la maison d'Israël qui n'ont pas su trouver dans l'Église des réponses à leurs questions. Nous te demandons pardon, Seigneur, pour les insuffisances que nous avons pu montrer. Et nous te demandons, Seigneur, la grâce de pouvoir les retrouver.
Nous te confions, Seigneur, toutes les personnes qui font partie d'une autre religion autour de nous : toutes ces personnes athées, toutes ces personnes musulmanes, toutes ces personnes d'une autre religion, d'une autre spiritualité. Nous te demandons, Seigneur, la grâce de pouvoir éveiller leur âme à la vie éternelle.
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