Jour 183 ☼ — Un seul pain dans la barque
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Résumé : Dans ce chapitre 8 de saint Marc, le frère Paul-Adrien lit la seconde multiplication des pains en territoire païen, le refus d'un signe aux pharisiens, l'énigmatique « un seul pain dans la barque », la guérison progressive de l'aveugle de Bethsaïde, la confession de Pierre et la première annonce de la passion. Le commentaire montre que ces miracles ne sont pas seulement pour les foules : ils font partie de l'entraînement missionnaire des apôtres. Le seul pain qui compte, c'est Jésus lui-même, et le vrai signe de l'évangélisation n'est pas le miracle mais l'infinité de la charité. Les disciples, au cœur encore endurci, ouvrent pourtant les yeux petit à petit, comme l'aveugle guéri en deux temps.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Nous sommes toujours dans cette section qui, dans l'évangile de Jésus-Christ selon saint Marc, est consacrée à l'envoi en mission. Nous avions commencé il y a quelques épisodes avec Jésus qui commençait à envoyer en mission ses disciples, leur enseignant les rudiments de la vie apostolique, ce qu'il fallait emporter, ce qu'il ne fallait pas emporter. Puis il les avait envoyés, et nous avions parlé de la mort de Jean le Baptiste, qui donnait un aspect assez grave à cet envoi en mission.
Les disciples étaient revenus et Jésus les avait accueillis, prenant soin d'eux et s'occupant à leur place de ce que l'on pourrait appeler le service après-vente, en donnant à manger à toute la foule qui était venue à leur rencontre. Les disciples avaient eu besoin de repos. Et voilà que tout de suite après, Jésus avait continué l'enseignement apostolique en montrant, à travers une controverse sur la pureté et des guérisons en territoire païen, comment un jour l'évangélisation s'ouvrirait aux nations païennes.
Qu'allons-nous donc découvrir aujourd'hui ? C'est ce qu'il dit dans cette section, Marc chapitre 8.
Lecture : Marc 8
En ces jours-là, comme il y avait de nouveau une grande foule et que les gens n'avaient rien à manger, Jésus appelle à lui ses disciples et leur dit : « J'ai de la compassion pour cette foule, car depuis trois jours déjà, ils restent auprès de moi et n'ont rien à manger. Si je les renvoie chez eux à jeun, ils vont défaillir en chemin, et certains d'entre eux sont venus de loin. »
Ses disciples lui répondirent : « Où donc pourra-t-on trouver du pain pour les rassasier, ici, dans le désert ? » Il leur demanda : « Combien de pains avez-vous ? » Ils lui dirent : « Sept. »
Alors il ordonna à la foule de s'asseoir par terre, puis, prenant les sept pains et rendant grâce, il les rompit et les donnait à ses disciples pour que ceux-ci les distribuent, et ils les distribuèrent à la foule. Ils avaient aussi quelques petits poissons que Jésus bénit et fit aussi distribuer. Les gens mangèrent et furent rassasiés. On ramassa les morceaux qui restaient : cela faisait sept corbeilles. Or, ils étaient environ quatre mille. Puis Jésus les renvoya.
Aussitôt, montant dans la barque avec ses disciples, il alla dans la région de Dalmanoutha. Les pharisiens survinrent et se mirent à discuter avec Jésus. Pour le mettre à l'épreuve, ils cherchaient à obtenir de lui un signe venant du ciel. Jésus soupira au plus profond de lui-même et dit : « Pourquoi cette génération cherche-t-elle un signe ? Amen, je vous le déclare, aucun signe ne sera donné à cette génération. » Puis il les quitta, remonta en barque et partit vers l'autre rive.
Les disciples avaient oublié d'emporter des pains. Ils n'avaient qu'un seul pain avec eux dans la barque. Or, Jésus leur faisait cette recommandation : « Attention, prenez garde au levain des pharisiens et au levain d'Hérode. » Mais ils discutaient entre eux sur ce manque de pain. Jésus s'en rend compte et leur dit : « Pourquoi discutez-vous sur ce manque de pain ? Vous ne saisissez pas ? Vous ne comprenez pas encore ? Vous avez le cœur endurci ? Vous avez des yeux et vous ne voyez pas ? Vous avez des oreilles et vous n'entendez pas ? Vous ne vous rappelez pas ? Quand j'ai rompu les cinq pains pour cinq mille personnes, combien avez-vous ramassé de paniers pleins de morceaux ? » Ils lui répondirent : « Douze. » « Et quand j'en ai rompu sept pour quatre mille, combien avez-vous rempli de corbeilles en ramassant les morceaux ? » Ils lui répondirent : « Sept. » Et il leur disait : « Vous ne comprenez pas encore ? »
Jésus et ses disciples arrivent à Bethsaïde. Des gens lui amènent un aveugle et le supplient de le toucher. Jésus prit l'aveugle par la main et le conduisit hors du village. Il lui mit de la salive sur les yeux et lui imposa les mains. Il lui demandait : « Aperçois-tu quelque chose ? » Levant les yeux, l'homme disait : « J'aperçois les gens : ils ressemblent à des arbres, mais je les vois marcher. » Puis Jésus, de nouveau, imposa les mains sur les yeux de l'homme. Celui-ci se mit à voir normalement : il se trouva guéri et distinguait tout avec netteté. Jésus le renvoya dans sa maison en disant : « Ne rentre même pas dans le village. »
Jésus s'en alla, ainsi que ses disciples, vers les villages situés aux environs de Césarée-de-Philippe. Chemin faisant, il interrogeait ses disciples : « Au dire des gens, qui suis-je ? » Ils lui répondirent : « Jean le Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres, un des prophètes. » Et lui les interrogeait : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Pierre, prenant la parole, lui dit : « Tu es le Christ. » Alors il leur défendit vivement de parler de lui à personne.
Il commença à leur enseigner qu'il fallait que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu'il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite. Jésus disait cette parole ouvertement. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches. Mais Jésus se retourna et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
Appelant la foule avec ses disciples, il leur dit : « Si quelqu'un veut marcher à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l'Évangile la sauvera. Quel avantage, en effet, un homme a-t-il à gagner le monde entier si c'est au prix de sa vie ? Que pourrait-il donner en échange de sa vie ? Celui qui a honte de moi et de mes paroles dans cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l'homme aussi aura honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père avec les saints anges. »
Commentaire
Donc, à nouveau, la multiplication des pains, mais cette fois-ci en territoire païen. En même temps, on s'y attendait : les miettes de pain que la Syrophénicienne avait réussi à glaner comme sous la table, les voici multipliées en abondance, de quoi rassasier quatre mille personnes. Pas mal. Bon augure pour la mission à venir de l'Église.
Et Jésus qui ensuite reprend son bateau. On l'avait déjà vu, épisode précédent, prendre un bateau. Belle inclusion. Et à nouveau les disciples, dont il dit de manière curieuse qu'ils avaient le cœur endurci. Et je vous avais dit, épisode précédent : c'est curieux, on ne comprend pas très bien ce que vient faire cette mention des cœurs endurcis des apôtres dans une barque. On se dit : pourquoi tant de méchanceté ? C'est quand même une parole extrêmement violente, la plus dure que Jésus n'ait jamais prononcée à l'encontre de ses disciples. Normalement, c'est plutôt une phrase que l'on réserve aux pharisiens.
D'ailleurs, ça tombe bien : des pharisiens, on vient d'en voir qui demandaient à Jésus un signe. Jésus soupire, soupire très violemment même. Dans le texte, on sent que Jésus, il en a gros. Il remonte dans la barque. Et là, les disciples discutent entre eux parce qu'ils n'ont pas pris de pain. Et c'est là que Jésus leur dit : vous avez le cœur endurci, vous ne comprenez toujours pas.
Et même, plus exactement, on peut regarder. Le texte dit :
Ils n'avaient qu'un seul pain avec eux dans la barque.
C'est qui, ce pain qu'ils avaient pris avec eux dans la barque ? C'était peut-être Jésus, le pain eucharistique. Et c'est là que Jésus leur dit : mais vous ne comprenez toujours pas, vous avez le cœur dur. Le seul pain qui compte, c'est Jésus lui-même, capable de se multiplier à l'infini. « Je suis le pain vivant » — ça, c'est ce que dira Jean. Marc ne fait pas un discours sur le pain de vie, mais en une phrase, il vous l'a dit.
En attendant, ça fait quand même plusieurs petites choses bizarres. Ils ne comprennent pas qu'ils ont un pain, et qu'un seul pain, ça suffit. Pourvu que ce soit Jésus. Dieu seul suffit. Ils ne comprennent pas, dans la barque. Remarquez, ils ne l'avaient pas compris non plus avant : lors de la première multiplication des pains, Jésus était allé les voir pour leur dire « donnez-leur vous-mêmes à manger ». Réponse des disciples : on n'a que cinq pains, comment va-t-on y arriver ? Et rebelote pour la deuxième multiplication des pains. Jésus dit : je n'ai pas le cœur de les renvoyer à jeun, ils vont défaillir — la compassion du berger envers ses brebis. Réponse des apôtres : mais comment est-ce qu'on va trouver suffisamment de pains ?
Ils n'avaient pas compris lors de la première multiplication, pas davantage lors de la deuxième, et encore moins dans la barque. Ça veut dire quoi, ça ? Ça veut dire que cette multiplication des pains, ce n'est pas uniquement pour les foules que Jésus la fait. Ça fait aussi partie de l'entraînement des apôtres. Je vous rappelle qu'on est toujours dans l'envoi en mission.
Et ce que Jésus essaye de faire comprendre aux apôtres, c'est deux choses. Un : les nations païennes à évangéliser, ça existe aussi — manifestement, ça tombe à plat. Deux : il ne suffit pas de faire des miracles et des exorcismes, le but, c'est de prendre soin des gens. La compassion, ce n'est pas fait pour les petits chiens. « Je ne veux pas les renvoyer à jeun, de peur qu'ils ne défaillent. » Il ne suffit pas de pardonner les péchés, il ne suffit pas de chasser les démons : il faut encore prendre soin des gens.
Le véritable signe, ce n'est pas les miracles que fait Jésus. Ça, si je puis dire, c'est du bling-bling. C'est bon pour les pharisiens qui, eux, demandent un signe : « Montre-nous un signe venant du ciel », une preuve claire et nette de ta divinité. Réponse de Jésus : mais le seul signe que vous aurez, c'est ce pain multiplié à l'infini, c'est moi qui donne ma chair à manger, parce que je veux prendre soin des gens. Aujourd'hui, c'est moi, Jésus, qui donne ma chair à manger, qui multiplie les pains à l'infini pour m'occuper des foules. Mais un jour — c'est ce qu'il voudrait faire comprendre aux apôtres — ce sera à vous de prendre ma place.
Mais les disciples, est-ce que ça, ça les intéresse ? Eh bien non. Ils s'inquiètent parce qu'ils n'ont pas de pain à donner, et ils n'ont pas envie que ce soit eux qui payent de leur propre personne. Alors oui, Jésus leur dit : méfiez-vous du levain des pharisiens. Mes petits bichons, vous n'êtes peut-être pas des pharisiens, mais il n'est pas dit que vous ne soyez pas en train d'en devenir. Vous avez le cœur endurci, qui normalement est la marque du pharisaïsme. Vous avez des yeux et vous ne voyez pas. Vous avez des oreilles et vous n'entendez pas. On a l'impression que Jésus parle à des pharisiens.
Le miracle de l'évangélisation, la preuve éclatante que les foules sont en droit de vous demander à vous, c'est l'infinité de votre charité. Que vous preniez soin les uns des autres. Ce n'est pas dit avec la même clarté qu'un jour saint Jean le dira, c'est implicitement dit, mais il y a une violence dans la critique et le reproche de Jésus qui pointe vers là.
Sauf que les apôtres ne sont pas les pharisiens, et l'histoire ne s'arrête pas là. Tout de suite après, comme Jésus continue d'être en chemin avec ses disciples, il y a ce merveilleux épisode de guérison avec un aveugle que Jésus guérit progressivement. Ça, ce sont les disciples. Les disciples sont lourds, ils ont le cœur endurci, mais c'est quand même de la bonne pâte, et ils font des efforts. Et de même que petit à petit l'aveugle arrive à voir ce qui se passe, Pierre ouvre les yeux sur la divinité de Jésus : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. »
Et comme c'est toujours le yoyo émotionnel et les montagnes russes, parvenu au sommet de sa confession, patatras. Jésus se dit : bon, je vais pouvoir avancer dans l'enseignement. Il se met à leur prêcher la passion. Et là, à nouveau, les disciples qui retombent en dessous d'eux-mêmes. Ah, ne soyons pas trop durs avec eux : c'est de nous dont il est question derrière.
Psaume 118 (Lamed)
Pour toujours, ta parole, Seigneur, se dresse dans les cieux. Ta fidélité demeure d'âge en âge. La terre que tu fixas tient bon.
Jusqu'à ce jour, le monde tient par tes décisions : toute chose est ta servante. Si je n'avais mon plaisir dans ta loi, je périrais de misère.
Jamais je n'oublierai tes préceptes : par eux, tu me fais vivre. Je suis à toi : sauve-moi, car je cherche tes préceptes.
Des impies escomptent ma perte ; moi, je réfléchis à tes exigences. De toute perfection, j'ai vu la limite : tes volontés sont d'une ampleur infinie.
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