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Jour 183 ☾ — Transfiguration et combat spirituel

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Résumé : Après la confession de foi de Pierre, qui marque le point de bascule du secret messianique, le frère Paul-Adrien lit le chapitre 9 de l'évangile selon saint Marc : la Transfiguration, la guérison de l'enfant possédé, la seconde annonce de la Passion, l'enseignement sur le plus grand et les occasions de chute. Le commentaire montre que Jésus change de pédagogie : puisque les disciples restent bloqués sur la peur de la mort, il leur montre la résurrection plutôt que de l'expliquer. Vision glorieuse sur la montagne, enfant relevé d'entre les morts, avertissement sur la géhenne et appel à s'offrir en sacrifice comme un enfant-serviteur : tout converge vers une même leçon, distinguer la mauvaise mort de la belle mort. L'épisode se termine par une prière de délivrance de la peur de mourir.

Introduction

Souvenez-vous de ce que je vous disais en introduction de l'évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu, comment le récit était structuré autour de cette notion de secret messianique. Eh bien, le voilà qui a commencé à se fissurer avec la première confession de foi de Pierre, où elle était incomplète. N'empêche que quelque chose a été entrevu. Et s'il est vrai que l'évangile selon saint Marc est bien structuré autour du secret messianique, ça veut dire que vous assistez là au moment de bascule avec cette confession de foi de Pierre. C'est bien le véritable tournant dans la structure narrative de cet évangile auquel vous allez assister. Et on va voir si l'épisode d'aujourd'hui confirme ce que je vous ai dit. Marc, chapitre 9.

Lecture : Marc 9

Et il leur disait : « Amen, amen, je vous le dis : parmi ceux qui sont ici, certains ne connaîtront pas la mort avant d'avoir vu le règne de Dieu venu avec puissance. »

Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmène, eux seuls, à l'écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux. Ses vêtements devinrent resplendissants, d'une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille. Élie leur apparut avec Moïse, et tous deux s'entretenaient avec Jésus.

Pierre alors prend la parole et dit à Jésus : « Rabbi, il est bon que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. » De fait, Pierre ne savait que dire, tant leur frayeur était grande.

Survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le ! » Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux.

Ils descendirent de la montagne, et Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu'ils avaient vu, avant que le Fils de l'homme soit ressuscité d'entre les morts. Et ils restèrent fermement attachés à cette parole, tout en se demandant entre eux ce que voulait dire « ressusciter d'entre les morts ».

Ils l'interrogeaient : « Pourquoi les scribes disent-ils que le prophète Élie doit venir d'abord ? »

Il vit une grande foule qui les entourait, et des scribes qui discutaient avec eux. Aussitôt qu'elle vit Jésus, toute la foule fut stupéfaite, et les gens accouraient pour le saluer. Il leur demanda : « De quoi discutez-vous avec eux ? »

Quelqu'un dans la foule lui répondit : « Maître, je t'ai amené mon fils : il est possédé par un esprit qui le rend muet. Cet esprit s'empare de lui n'importe où, il le jette par terre, l'enfant écume, grince des dents et devient tout raide. J'ai demandé à tes disciples d'expulser cet esprit, mais ils n'en ont pas été capables. »

Prenant la parole, Jésus leur dit : « Génération incroyante ! Combien de temps resterai-je auprès de vous ? Combien de temps devrai-je vous supporter ? Amenez-le-moi. » On le lui amena. Dès qu'il vit Jésus, l'esprit fit entrer l'enfant en convulsion ; l'enfant tomba et se roulait par terre en écumant.

Jésus interrogea le père : « Depuis combien de temps cela lui arrive-t-il ? » Il répondit : « Depuis sa plus petite enfance. Et souvent il l'a même jeté dans le feu ou dans l'eau pour le faire périr. Mais si tu peux quelque chose, viens à notre secours par compassion envers nous ! »

Jésus lui déclara : « Pourquoi dire : "Si tu peux" ? Tout est possible pour celui qui croit. » Aussitôt le père de l'enfant s'écria : « Je crois ! Viens au secours de mon manque de foi ! »

Jésus vit que la foule s'attroupait. Il menaça l'esprit impur en lui disant : « Esprit qui rend muet et sourd, je te l'ordonne, sors de cet enfant et n'y rentre plus jamais ! » Ayant poussé des cris et provoqué des convulsions, l'esprit sortit. L'enfant devint comme un cadavre, de sorte que tout le monde disait : « Il est mort. » Mais Jésus, lui saisissant la main, le releva, et il se mit debout.

Quand Jésus fut entré à la maison, ses disciples l'interrogèrent en particulier : « Pourquoi est-ce que nous, nous n'avons pas réussi à l'expulser ? » Jésus leur répondit : « Cette espèce-là, rien ne peut la faire sortir, sauf la prière. »

Partis de là, ils traversaient la Galilée, et Jésus ne voulait pas qu'on le sache, car il enseignait ses disciples en leur disant : « Le Fils de l'homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera. » Mais les disciples ne comprenaient pas ces paroles et ils avaient peur de l'interroger.

Ils arrivèrent à Capharnaüm, et, une fois à la maison, Jésus leur demanda : « De quoi discutiez-vous en chemin ? » Ils se taisaient, car en chemin ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand.

S'étant assis, Jésus appela les Douze et leur dit : « Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » Prenant alors un enfant, il le plaça au milieu d'eux, l'embrassa et leur dit : « Quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-là, c'est moi qu'il accueille. Et celui qui m'accueille, ce n'est pas moi qu'il accueille, mais celui qui m'a envoyé. »

Jean, l'un des Douze, disait à Jésus : « Maître, nous avons vu quelqu'un expulser les démons en ton nom ; nous l'en avons empêché, car il n'est pas de ceux qui nous suivent. » Jésus répondit : « Ne l'en empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi. Celui qui n'est pas contre nous est pour nous. Et celui qui vous donnera un verre d'eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense.

Celui qui est une occasion de chute pour un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu'on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu'on le jette à la mer.

Et si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la. Mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie éternelle que de t'en aller dans la géhenne avec tes deux mains, là où le feu ne s'éteint pas. Si ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le. Mieux vaut pour toi entrer estropié dans la vie éternelle que de t'en aller dans la géhenne avec tes deux pieds. Et si c'est ton œil qui est pour toi une occasion de chute, arrache-le. Mieux vaut pour toi entrer borgne dans le royaume de Dieu que de t'en aller dans la géhenne avec tes deux yeux, là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s'éteint pas.

Chacun sera salé au feu. C'est une bonne chose que le sel ; mais s'il cesse d'être du sel, avec quoi allez-vous lui rendre de la saveur ? Ayez du sel en vous-mêmes, et vivez en paix entre vous. »

Commentaire

Première partie de l'évangile selon saint Marc : qui est le Messie ? Cette question a été résolue, et ça fait un grand pas. C'était la confession de Pierre. Maintenant, Jésus peut ouvrir un nouveau chapitre dans l'enseignement qu'il veut donner aux disciples. Parce qu'il ne suffit pas de savoir qui est le Messie — ça, maintenant, on le sait, c'est Jésus. Il faut aussi savoir ce qu'est être le Messie. Et là, manifestement, les choses vont être encore plus compliquées.

Jésus qui dit : il faut que le Fils de l'homme soit crucifié, qu'il souffre beaucoup, et là il ressuscitera. Ça, c'est la voie du Messie. Qu'est-ce que le Messie ? Le serviteur souffrant. Et les disciples, manifestement, ils n'ont pas signé pour ça. Et j'allais dire, on ne peut pas leur en vouloir.

Sauf que, moi, j'appelle ça les annonces de la Passion, parce que c'est comme ça que tout le monde les appelle. Mais est-ce que c'est vraiment ça, ce que Jésus dit ? Est-ce que Jésus est en train d'annoncer sa mort, ou est-ce qu'il est en train d'annoncer sa résurrection ? C'est quand même par ça, à chaque fois, que se terminent ces trois annonces.

Alors nous, évidemment, on est comme les disciples. Ce qui nous choque — au sens de ce qui nous saute à la figure, et ça nous traumatise tellement qu'on arrête de réfléchir, on s'arrête là — c'est le début de la phrase. Il faut mourir, il faut que le Fils de l'homme soit livré, flagellé, qu'il soit crucifié. Et ça nous fait tellement peur qu'on s'arrête là.

Sauf qu'on a quand même vu, dans un épisode précédent, une série de trois miracles où Jésus prouvait qu'il était le maître de la mort : la tempête apaisée, le démoniaque qui vivait dans les cimetières, et cette jeune fille qui était morte et qu'il avait ressuscitée. « Talitha koum, lève-toi, jeune fille. » Manifestement, ça n'a pas marqué les esprits, qui continuent d'être hantés par la peur de la mort.

Alors du coup, Jésus change de technique et de pédagogie. Il prend trois de ses apôtres, qu'il emmène en haut d'une montagne, pour être transfiguré devant eux. Et à travers la transfiguration, c'est de résurrection dont il est question. De victoire sur la mort. Enfin, je veux dire : le vêtement resplendissant, le visage blanc comme la neige, c'est exactement dans ces termes-là que Jésus apparaîtra plus tard à ses disciples.

Vous savez, il y a plusieurs manières d'enseigner les choses : soit avec des mots, avec des discours, soit en montrant. La résurrection, ça ne s'explique pas. Mais la résurrection, ça peut se montrer. En fait, la transfiguration, c'est une nouvelle pédagogie. Jésus qui dit aux disciples : « Vous avez peur de la mort ? Très bien, je peux le comprendre, même si, quand même, c'est pas comme si je n'avais pas fait de miracle qui parlait de ça. Mais maintenant, je vais vous montrer une vision, une vision glorieuse, et ça, ça va vous réconforter. Ça, ça vous montre ce qu'il y a par-delà la mort. Si vous voulez tenir dans les épreuves, il faut avoir une vision qui vous anime, et c'est celle-là. » Il n'y a pas à avoir peur.

Et quand Jésus descend de la montagne, il continue l'enseignement. Il commence par leur rappeler qu'avant d'avoir peur de la mort, il faudrait déjà savoir ce que Dieu en dit. Et ce que Dieu en dit, c'est qu'il est le maître de la mort. Pourquoi dire « si tu peux » ? À Dieu, tout est possible. Tout. Et la vie, et la mort.

Et pour le prouver — parce que ce n'est pas tout de le dire, il faut encore le faire — il prend un enfant, et, expulsant le démon, l'enfant devient comme mort. Le texte dit « comme un cadavre ». En quittant l'enfant, le démon l'a tué. Mais voilà que Jésus prend l'enfant par la main, le relève et le rend à son père. Bon, eh bien, ça me paraît clair : Jésus non seulement a le pouvoir de ressusciter — ça, c'était la transfiguration — mais il a le pouvoir de donner la résurrection à ses disciples.

Alors ensuite, Jésus, bonne pâte, continue son enseignement sur la mort. Il dit à ses disciples : « Vous avez peur de la mort, très bien, je peux comprendre, mais essayons d'éduquer cette peur de la mort. Quitte à avoir peur de la mort, autant avoir vraiment peur de la mort qui, vraiment, pourrait vous faire peur. Et la mort qui fait peur, ce n'est pas celle du corps, c'est celle de l'âme. »

Mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie éternelle que de t'en aller dans la géhenne avec tes deux mains, là où le feu ne s'éteint pas et où le ver ne meurt pas.

La vraie mort qui devrait vous effrayer, c'est l'enfer.

Et puis l'enseignement continue. Maintenant, Jésus prend un enfant pour le mettre au milieu des disciples — tiens, comme cet enfant qui venait de ressusciter. Il leur dit : « Ça, c'est ce à quoi vous devez ressembler pour rentrer dans la vie, dans la vie éternelle. » S'humilier, s'abaisser pour servir son prochain, offrir sa vie en sacrifice, tout simplement par amour de Dieu et des autres, s'offrir en sacrifice comme un enfant — « enfant », en araméen, c'est le même mot que pour dire « serviteur ».

Et ça, c'est la belle mort. Il y a la mauvaise mort, qui mène à l'enfer, et il y a la belle mort, quand on aime jusqu'à la folie, qui mène à la gloire de la résurrection. D'où cette mention du sel à la fin de l'épisode que vous venez d'entendre, puisque, d'après le Lévitique, on expliquait que toutes les offrandes offertes en sacrifice devaient d'abord être salées. La mort, s'offrir en sacrifice, monter en haut d'une montagne — le lieu des sacrifices — y être transfiguré, glorifié : tout ça, c'est la même chose.

Bon, eh bien, derrière Jésus qui annonce sa Passion, en fait, c'est de tout ça dont il est question. Nous terminons par une prière.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, délivre-nous de la peur de mourir. À toi, tout est possible. Tu es le Seigneur, celui qui donne la vie.

Seigneur, donne-moi de traverser les portes de la mort dans la mort, dans la charité, dans la lumière.


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