Jour 184 ☼ — Trois morts pour une vie nouvelle
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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 10 de l'évangile selon saint Marc, le frère Paul-Adrien lit la controverse sur le divorce, l'accueil des enfants, l'homme riche, la troisième annonce de la Passion, la demande de Jacques et Jean, et la guérison de Bartimée. Le commentaire montre d'abord ce que ces épisodes fondent dans la doctrine sociale de l'Église — famille, accueil de la vie, destination universelle des biens, autorité comme service — puis les replace dans le mouvement d'ensemble de Marc : Jésus apprend à ses disciples à mourir à eux-mêmes. Trois renoncements — à sa volonté propre dans le mariage, à ses richesses, à l'exercice tyrannique du pouvoir — auxquels répondent trois figures de vie nouvelle : l'enfant, la communauté, l'aveugle qui voit.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Nous sommes descendus de la montagne et, pas à pas, nous approchons de Jérusalem. Vite, vite, vite, que va-t-il se passer en chemin ? Petit jeu concours. Normalement, vous le savez, on l'a déjà entendu dans Matthieu. Donc, avant de continuer, petit exercice de mémoire : qu'est-ce que vous êtes censés entendre aujourd'hui ? On l'a vu il y a deux mois. Écoutez, mince, faites un effort. La lecture viendra vérifier si jamais vous avez de la mémoire ou pas.
Lecture : Marc 10
Partant de là, Jésus arrive dans le territoire de la Judée, au-delà du Jourdain. De nouveau, des foules s'assemblent près de lui et, de nouveau, comme d'habitude, il les enseignait.
Des pharisiens l'abordèrent et, pour le mettre à l'épreuve, ils lui demandaient : « Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ? » Jésus leur répondit : « Que vous a prescrit Moïse ? » Ils lui dirent : « Moïse a permis de renvoyer sa femme, à condition d'établir un acte de répudiation. » Jésus répondit : « C'est en raison de la dureté de vos cœurs qu'il a formulé pour vous cette règle. Mais au commencement de la Création, Dieu les fit homme et femme. À cause de cela, l'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme, et tous deux deviendront une seule chair. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Donc, ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas. »
De retour à la maison, les disciples l'interrogeaient de nouveau sur cette question. Il leur déclara : « Celui qui renvoie sa femme et en épouse une autre devient adultère envers elle. Si une femme qui a renvoyé son mari en épouse un autre, elle devient adultère. »
Des gens présentaient à Jésus des enfants pour qu'il pose la main sur eux, mais les disciples les écartèrent vivement. Voyant cela, Jésus se fâcha et leur dit : « Laissez les enfants venir à moi. Ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. Amen, je vous le dis : celui qui n'accueille pas le royaume de Dieu à la manière d'un enfant n'y entrera pas. » Et il les embrassait et les bénissait en leur imposant les mains.
Jésus se mettait en route quand un homme accourut et, tombant à ses genoux, lui demanda : « Bon maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? » Jésus lui dit : « Pourquoi dire que je suis bon ? Personne n'est bon, sinon Dieu seul. Tu connais les commandements : ne commets pas de meurtre, ne commets pas d'adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. » L'homme répondit : « Maître, tout cela, je l'ai observé depuis ma jeunesse. » Il lui dit : « Une seule chose te manque. Va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres, alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. » Mais lui, à ces mots, devint sombre et s'en alla tout triste, car il avait de grands biens.
Alors Jésus regarda autour de lui et dit à ses disciples : « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d'entrer dans le royaume de Dieu ! » Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Jésus, reprenant la parole, leur dit : « Mes enfants, comme il est difficile d'entrer dans le royaume de Dieu ! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu. » De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux : « Mais alors, qui peut être sauvé ? » Jésus les regarde et dit : « Pour les hommes, c'est impossible, mais pas pour Dieu. Tout est possible à Dieu. »
Pierre se mit à dire à Jésus : « Voilà que nous avons tout quitté pour te suivre. » Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : nul n'aura quitté, à cause de moi et de l'Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre, sans qu'il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle. Beaucoup de premiers seront derniers, et les derniers seront les premiers. »
Les disciples étaient en route pour monter à Jérusalem. Jésus marchait devant eux. Ils étaient saisis de frayeur, et ceux qui suivaient étaient aussi dans la crainte. Prenant de nouveau les Douze auprès de lui, il se mit à leur dire ce qui allait lui arriver : « Voici que nous montons à Jérusalem. Le Fils de l'homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes. Ils le condamneront à mort. Ils le livreront aux nations païennes qui se moqueront de lui, cracheront sur lui, le flagelleront et le tueront. Et trois jours après, il ressuscitera. »
Alors Jacques et Jean, les fils de Zébédée, s'approchent de Jésus et lui disent : « Maître, ce que nous allons te demander, nous voudrions que tu le fasses pour nous. » Il leur dit : « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » Ils lui répondirent : « Donne-nous de siéger l'un à ta droite et l'autre à ta gauche, dans ta gloire. » Jésus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire, être baptisés du baptême dans lequel je vais être plongé ? » Ils lui dirent : « Nous le pouvons. » Jésus leur dit : « La coupe que je vais boire, vous la boirez ; et vous serez baptisés du baptême dans lequel je vais être plongé. Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, ce n'est pas à moi de l'accorder. Il y a ceux pour qui cela est préparé. »
Les dix autres, qui avaient entendu, se mirent à s'indigner contre Jacques et Jean. Jésus les appela et leur dit : « Vous le savez : ceux que l'on regarde comme chefs des nations les commandent en maîtres, et les grands leur font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. Celui qui, parmi vous, veut être le premier sera l'esclave de tous. Car le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour la multitude. »
Jésus et ses disciples arrivent à Jéricho. Et tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse, le fils de Timée, Bartimée, un aveugle qui mendiait, était assis au bord du chemin. Quand il entendit que c'était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : « Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ! » Beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire, mais il criait de plus belle : « Fils de David, prends pitié de moi ! » Jésus s'arrête et dit : « Appelez-le ! » On appelle donc l'aveugle et on lui dit : « Confiance, lève-toi, il t'appelle ! » L'aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus. Prenant la parole, Jésus lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » L'aveugle lui dit : « Rabbouni, que je retrouve la vue ! » Et Jésus lui dit : « Va, ta foi t'a sauvé. » Aussitôt, l'homme retrouva la vue et il suivait Jésus sur le chemin.
Commentaire
Alors, vous vous en souveniez ? On l'avait déjà entendu dans l'évangile selon saint Matthieu. La controverse sur le mariage, ensuite la question de la richesse, et ensuite la question de servir. Derrière, on avait dit qu'il y avait en germe les vœux des moines et des religieux : pauvreté, chasteté, obéissance.
Mais derrière, vous avez aussi la doctrine sociale de l'Église, le programme politique de l'Église. La controverse sur le mariage vous rappelle que, pour l'Église, la famille est la cellule fondamentale de la société : un des biens les plus précieux d'une société, c'est la stabilité des familles. Derrière, l'accueil des enfants, Jésus qui dit « Laissez les enfants venir à moi » : l'Église rappelle l'importance de l'accueil de la vie. Derrière, le jeune homme riche, « Va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres » : la doctrine sociale vous rappelle la destination universelle des biens, qui prime sur la propriété privée. Et derrière, la question du pouvoir, « Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur » : on vous rappelle que l'autorité, politique, économique ou ecclésiale, doit être exercée en vue du service du bien commun. Et oui, c'est tout ça qu'il y a derrière.
Mais là, puisqu'on en est dans l'Évangile selon saint Marc, ça vaut peut-être le coup de reprendre ces épisodes et de les replacer dans le mouvement d'ensemble. Qu'est-ce que vous en pensez ? On avait vu la dernière fois qu'en ce moment, Jésus était en train d'apprendre à ses disciples comment bien mourir. Et ce n'est pas si facile que ça. Il y avait d'abord la mort dont il fallait avoir peur, celle qui conduit en enfer. Il y avait ensuite la belle mort, s'offrir en sacrifice. Et dans l'épisode d'aujourd'hui, Jésus continue de former ses disciples sur le même thème. De manière plus précise ici, le thème, c'est mourir à soi-même.
Vous n'êtes peut-être pas destiné à devenir moine. Vous n'êtes peut-être pas destiné à exercer de grandes responsabilités ecclésiales ou politiques. Mais ce que Jésus disait à ses apôtres, c'est à vous qu'il le dit. Vous voulez mourir de la belle manière ? Vous voulez entrer dans la vie éternelle ? Vous voulez vous associer à moi qui monte en ce moment à Jérusalem ? Il faut mourir en beauté, en vous détachant de tout ce qui vous encombre. Il faut mourir à soi-même, à sa volonté propre, à son égoïsme, à son appétit de jouissance et à sa soif de reconnaissance.
Ce n'est pas si facile que ça. Regardez par exemple dans le mariage :
Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas.
Le mariage, école de la fidélité. Ce n'est pas si facile que ça. Mais Jésus vous dit : vous êtes mon disciple, c'est par là que ça commence. Le mariage, école de la fidélité, pour apprendre à rester fidèle à la parole donnée, mettre de côté sa petite vie confortable, et parfois accepter de vivre avec quelqu'un qui n'est pas toujours facile, se décentrer pour viser non pas d'abord le bien de sa propre personne, mais pour rendre heureuse la personne qui est en face de vous. La fidélité dans le mariage, c'est un choix spirituel, vous dit Jésus. C'est ça, mourir à soi-même. Et oui, ça va faire souffrir. Bon, c'est parti.
Ensuite, deuxième type de renoncement : mourir à ses richesses.
Une seule chose te manque. Va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres, puis viens, suis-moi.
Renoncer à son confort. Le superflu des riches appartient aux pauvres. Ça n'empêche pas de planifier les choses, surtout quand on a charge d'âmes et qu'on doit s'occuper d'une famille, d'une entreprise. Mais tout le monde sent aussi que, parfois, on met beaucoup plus de sécurité que ce dont nous avons réellement besoin. Ce qui n'est pas donné sur terre sera perdu. Oui, on pourrait dire pareil avec le pouvoir, mais vous avez compris l'idée.
Et ce qu'il y a de très beau, c'est qu'à chaque fois, Dieu vous promet une récompense. Si vous êtes fidèle à la parole donnée, dans le cadre du mariage, Jésus vous dit que vous ressemblerez à un enfant. On ne sait pas très bien ce que ça veut dire, mais on imagine un mélange de tendresse et de spontanéité joyeuse. Si vous donnez votre argent, vous entrerez dans la communauté des bienheureux : vous aurez une nouvelle famille. Et si jamais vous renoncez à l'exercice tyrannique du pouvoir solitaire, vous serez semblable à un aveugle dont les yeux s'ouvrent pour voir un jour nouveau commencer.
À chaque fois, ça vous donne trois manières de mourir à vous-même, mais aussi trois manières de ressusciter pour une vie nouvelle : l'enfant, la communauté, l'aveugle.
Alors, ça n'enlève rien à la dureté de la Passion qui va arriver, mais on ne pourra pas dire que Jésus n'a pas pris soin de ses apôtres, pour les bichonner et leur expliquer tout ce dont il était question. Les apôtres qui, de toute façon, ne comprennent rien à ce qui se passe. On ne leur en veut pas : on est exactement pareils.
On termine par un psaume.
Psaume 118 m
De quel amour j'aime ta loi, tout le jour je la médite.
Je surpasse en habileté mes ennemis, car je fais miennes pour toujours tes volontés.
Je surpasse en sagesse tous mes maîtres, car je médite tes exigences.
Je surpasse en intelligence les anciens, car je garde tes préceptes.
Des chemins du mal, je détourne mes pas afin d'observer ta parole.
De tes décisions, je ne veux pas m'écarter, car c'est toi qui m'enseignes.
Qu'elle est douce à mon palais, ta promesse : le miel a moins de saveur dans ma bouche.
Tes préceptes m'ont donné l'intelligence : je hais tout chemin de mensonge.
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