Jour 184 ☾ — Un roi sur un âne, un figuier stérile
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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 11 de l'évangile selon saint Marc, le frère Paul-Adrien lit l'entrée messianique de Jésus à Jérusalem, la malédiction du figuier, la purification du temple et la question des grands prêtres sur l'autorité de Jésus. Le commentaire déploie le réseau des allusions à l'Ancien Testament : l'âne des rois ratés, contestés et maudits, la bénédiction de Juda dans le testament de Jacob, les manteaux étendus devant Jéhou, le regard d'Ézéchiel sur les abominations du temple et la « caverne de bandits » de Jérémie. Le frère insiste enfin sur la précision propre à Marc — « pour toutes les nations » — qui situe la colère de Jésus dans la cour des gentils, là où les marchands sabotaient le témoignage donné au monde entier.
Introduction
Nous étions hier à Jéricho, la première ville que Josué avait délivrée en rentrant en Terre promise. Ce petit rappel me permet de vous dire qu'il y a beaucoup d'allusions de l'Ancien Testament dans le Nouveau, l'Ancien Testament que vous avez lu avec moi. D'où la question, maintenant que nous allons lire la suite : essayez de repérer toutes les allusions à l'Ancien Testament. On les reprendra dans le commentaire.
Lecture : Marc 11
Lorsqu'ils approchent de Jérusalem, vers Bethphagé et Béthanie, près du mont des Oliviers, Jésus envoie deux de ses disciples et leur dit : « Allez au village qui est en face de vous. Dès que vous y entrerez, vous trouverez un petit âne attaché, sur lequel personne ne s'est encore assis. Détachez-le et amenez-le. Si l'on vous dit : "Que faites-vous là ?", répondez : "Le Seigneur en a besoin, mais il vous le renverra aussitôt." »
Ils partirent, trouvèrent un petit âne attaché près d'une porte, dehors, dans la rue, et ils le détachèrent. Des gens qui se trouvaient là leur demandaient : « Qu'avez-vous à détacher cet âne ? » Ils répondirent ce que Jésus leur avait dit, et on les laissa faire.
Ils amenèrent le petit âne à Jésus, le couvrirent de leurs manteaux, et Jésus s'assit dessus. Alors, beaucoup de gens étendirent leurs manteaux sur le chemin, d'autres, des feuillages coupés dans les champs. Ceux qui marchaient devant et ceux qui suivaient criaient : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le règne qui vient, celui de David, notre père. Hosanna au plus haut des cieux ! »
Jésus entra à Jérusalem, dans le temple. Il parcourut du regard toute chose et, comme c'était déjà le soir, il sortit pour aller à Béthanie avec les Douze.
Le lendemain, quand ils quittèrent Béthanie, il eut faim. Voyant de loin un figuier qui avait des feuilles, il alla voir s'il s'y trouverait quelque chose. Mais en s'approchant, il ne trouva que des feuilles, car ce n'était pas la saison des figues. Alors il dit au figuier : « Que jamais plus personne ne mange de tes fruits ! » Et ses disciples avaient bien entendu.
Ils arrivèrent à Jérusalem. Entré dans le temple, Jésus se mit à expulser ceux qui vendaient et ceux qui achetaient dans le temple. Il renversa les comptoirs des changeurs et les sièges des marchands de colombes, et il ne laissait personne transporter quoi que ce soit à travers le temple. Il enseignait, et il déclarait aux gens : « L'Écriture ne dit-elle pas : "Ma maison sera appelée maison de prière pour toutes les nations" ? Or vous, vous en avez fait une caverne de bandits. »
Apprenant cela, les grands prêtres et les scribes cherchaient comment le faire périr. En effet, ils avaient peur de lui, car toute la foule était frappée par son enseignement. Et quand le soir tomba, Jésus et ses disciples s'en allèrent hors de la ville.
Le lendemain matin, en passant, ils virent le figuier qui était desséché jusqu'aux racines. Pierre, se rappelant ce qui s'était passé, dit à Jésus : « Rabbi, regarde : le figuier que tu as maudit est desséché ! » Alors Jésus, prenant la parole, leur dit : « Ayez foi en Dieu. Amen, je vous le dis : celui qui dira à cette montagne : "Enlève-toi de là, et va te jeter dans la mer", s'il ne doute pas dans son cœur, mais s'il croit que ce qu'il dit arrivera, cela lui sera accordé. C'est pourquoi je vous le dis : tout ce que vous demanderez dans la prière, croyez que vous l'avez obtenu, et cela vous sera accordé. Et quand vous vous tenez en prière, si vous avez quelque chose contre quelqu'un, pardonnez, afin que votre Père qui est au ciel vous pardonne aussi. »
Jésus et ses disciples reviennent à Jérusalem. Et comme Jésus allait et venait dans le temple, les grands prêtres, les scribes et les anciens vinrent le trouver. Ils lui demandaient : « Par quelle autorité fais-tu cela ? Ou alors, qui t'a donné cette autorité pour le faire ? » Jésus leur dit : « Je vais vous poser une seule question. Répondez-moi, et je vous dirai par quelle autorité je fais cela. Le baptême de Jean venait-il du ciel ou des hommes ? Répondez-moi. »
Ils se faisaient entre eux ce raisonnement : « Si nous disons : "du ciel", il va dire : "Pourquoi donc n'avez-vous pas cru à sa parole ?" Mais allons-nous dire : "des hommes" ? » Ils avaient peur de la foule, car tout le monde estimait que Jean était réellement un prophète. Ils répondent donc à Jésus : « Nous ne savons pas. » Alors Jésus leur dit : « Moi, je ne vous dis pas non plus par quelle autorité je fais cela. »
Commentaire
Ah, bah quand même ! Ah, une très belle page, et finement écrite, qui vous rappelle tout l'Ancien Testament.
On avait déjà parlé, à l'occasion de l'évangile selon saint Matthieu, de ces branches de palmiers qui vous rappellent la liturgie juive, la fête de Souccot. Mais nous qui venons de quitter un Samuel, deux Samuel, un Rois, deux Rois, évidemment, c'est cet âne. David, qui pour nous est devenu le symbole de la royauté ; Saül, qui cherchait des ânesses qu'il n'a jamais vraiment trouvées — les rois ratés ; David, qui avait dû fuir Jérusalem à dos d'âne — les rois contestés ; Absalom, qui avait revendiqué la royauté en montant sur une mule royale — les rois maudits. Et voilà que maintenant, dernier âne qui arrive, le vrai roi, le fils de David, qui accomplit enfin ce que l'idéal de la royauté pouvait permettre de meilleur.
Non pas le symbole du cheval, la domination et la conquête militaire, mais le symbole de l'âne, de l'humilité au quotidien. Celui qui est capable de gouverner un pays, c'est celui qui est capable de rendre les gens heureux là où ils sont, dans leur famille, dans leur travail. On se souvient de ces trois épisodes — la pauvreté, la chasteté et l'obéissance — où Jésus exposait son programme politique. Avec cette prophétie qui est reprise : « Voici ton roi qui vient vers toi, doux et humble de cœur, monté sur un ânon, le petit d'une ânesse. »
Cette phrase-là reprenait une autre prophétie que vous aviez déjà entendue, mais il y a très longtemps, dans le livre de la Genèse, au chapitre 49, ce que l'on appelle le testament de Jacob. Jacob, Israël, le fondateur du pays qui, en mourant, bénissait chacune des tribus et, s'arrêtant vers Juda, à qui il promet le sceptre de commandement, disait — Genèse 49, verset 11 :
Il attache à la vigne son ânon, au cep le petit de son ânesse. Il foule dans le vin son vêtement, dans le sang des raisins son manteau.
De fait, il attache son ânon à la vigne : cette vigne, on la retrouvera dans l'épisode prochain, ce sera Israël. Il va tremper son manteau dans le raisin : ça, ce sera son manteau de pourpre royal, qu'il tachera de son propre sang. Jésus, en montant sur un âne, est en train de revêtir les insignes de sa royauté.
Les Pères de l'Église viendront plus tard pour reprendre et creuser cette image de l'ânesse et de l'ânon. L'ânesse, c'est la nation juive, parce qu'elle porte un joug, le joug de la Loi. Et l'ânon, qui n'a pas encore été domestiqué, qui n'a jamais porté de charge, ce sont les nations païennes, qui ne vivent pas sous le régime de la loi de Moïse.
Et puis ensuite, on arrive à Jérusalem, la foule qui étend des manteaux. Maintenant, vous savez d'où ça vient : ça vient du roi Jéhou, dont on a retracé l'histoire sanglante. Ah si, quand même, tout le monde s'en souvient ! Je m'excuse, mais moi, je n'ai pas fait mes petits commentaires pour les petits cochons. C'est dans le deuxième livre des Rois, alors si vous avez oublié, vous me rebossez ça. Mince, j'y passe du temps, moi, à mes commentaires !
Jéhou, c'était pour délivrer le peuple juif des adorateurs de Baal. Mais voilà que maintenant, les nouveaux adorateurs de Baal dont il faut se délivrer sont devenus les pharisiens, eux qui pourtant traitent Jésus de Béelzéboul. Ironie, on ne sait pas très bien pour qui, là. Bref, cette foule qui a acclamé Jéhou, on avait dit que c'était de manière un peu hypocrite et un peu lâche. Il y avait un mélange subtil de flatterie, de démagogie, et en même temps, comme on le retrouve ici, d'enthousiasme sincère pour une libération, une purification nationale. C'est tout ça en même temps qu'il y a derrière la foule.
Jésus qui arrive en haut de la ville et qui parcourt du regard tout Jérusalem : alors ça, pour le coup, on ne l'a pas encore vu. Ce sera le prophète Ézéchiel, à qui Dieu montrera, salle après salle, toutes les exactions et toutes les abominations qui se commettent dans le temple de Jérusalem. Il y a tout ça derrière. Et au milieu, la purification du temple.
Et comme pour bien la sertir, cette purification du temple, comme un joyau — mais un joyau noir, celui de la malédiction —, l'histoire d'un figuier maudit à l'aller, desséché au retour. Ce qui, nous, nous choque, parce que ce figuier, il n'a rien fait, d'autant plus que ce n'était pas la saison des figues. Peut-être pas sûr, parce que, d'après la botanique, il peut y avoir des figues précoces. Mais admettons : ne soyez pas trop vite choqués par ce figuier. Ce figuier, peut-être qu'on le retrouvera dans deux chapitres en train de reverdir. Je n'en dis pas plus, je ne vais pas non plus vous divulgâcher ce qui va arriver. Pour l'instant, il suffit juste de se rappeler que le figuier est le symbole de la Loi, et donc tout le monde comprend bien l'allusion.
Alors maintenant, la purification du temple. Une purification du temple, vous qui, à nouveau, avez lu l'Ancien Testament, maintenant, ça vous parle. Ça vous rappelle le roi Ozias, ça vous rappelle le roi Ézéchias, ça vous rappelle la réforme deutéronomique, ça vous rappelle Jérémie, ça vous rappelle les prophètes dans le temple, ça vous rappelle tout ça. Le temple de l'Alliance, ce n'est pas simplement une reprise du mont Sinaï, de l'arche d'Alliance et de ce que Moïse avait dit. C'est aussi le lieu où, depuis Salomon, Dieu est contesté. Et c'est aussi le lieu où, depuis les prophètes, Dieu laisse éclater sa colère.
Mais ça, Jésus, il en a parfaitement conscience. D'ailleurs, le prophète qu'il vous cite, c'est justement Jérémie : « Vous en avez fait une caverne de bandits. » On avait vu comment Jérémie était plutôt dubitatif de la réforme du temple qui avait lieu à son époque, et comment il critiquait les gens qui adoraient Dieu des lèvres, mais qui, par leurs actions, exploitaient les pauvres. Manifestement, les choses n'ont pas beaucoup changé.
Petite spécificité de Marc, qui vous rajoute une deuxième citation, qui vous vient cette fois-ci d'Isaïe, qu'on n'a pas encore lu, alors vous ne pouvez pas le deviner :
L'Écriture ne dit-elle pas : « Ma maison sera appelée maison de prière » ?
Et Marc rajoute : « pour toutes les nations ». Et ce petit rajout, il a l'air de rien, mais moi, il me plaît bien, parce qu'il veut dire des choses très précises.
Petite question : où est-ce que Jésus est en train de lancer sa diatribe ? D'après mes notes de bas de page, il est en train de le dire dans la cour des gentils. Il y avait plusieurs cours concentriques à Jérusalem, et au fur et à mesure qu'on avançait dans le degré de pureté, on pouvait rentrer à l'intérieur : à l'extérieur, la cour des gentils, puis la cour des femmes, puis la cour des juifs. Là, vous êtes à l'extérieur, dans la cour des gentils, et à l'époque de Jésus, les autorités du temple avaient autorisé les marchands à s'installer dans cette cour.
Ce qui veut dire, en fait, que l'exemple que la religion juive était censée donner au monde entier — « ma maison sera appelée une maison de prière pour toutes les nations » — eh bien voilà qu'ils en faisaient un objet de blasphème, en manipulant la religion pour gagner de l'argent. C'est pour ça que Jésus s'énerve. Enfin, il faut imaginer que cette cour, dans le temple de Jérusalem, était remplie de Grecs croyant en un Dieu unique et qui ne pouvaient pas s'approcher plus loin : c'était le lieu le plus sacré pour eux. C'est quoi cet exemple qu'on leur donne ? Et c'est pour ça que Jésus s'énerve. On l'a vu, Jésus est déjà en train de préparer l'évangélisation du monde entier. Et voilà qu'à Jérusalem, dans le temple, dans sa maison, on lui sabote le travail.
Nous terminons par une prière.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, toi qui as dit : « Ma maison sera appelée une maison de prière », toi qui nous as dit de croire dans la puissance de Dieu et de croire dans ta parole, Seigneur, nous te confions notre prière, nous te confions les pardons que nous n'arrivons pas à donner, nous te confions la pureté de notre âme, nous te confions le témoignage que nous donnons aux personnes qui ne sont pas chrétiennes.
Nous te demandons, Seigneur, nous qui étions comme un figuier qui ne portait pas de fruits, de devenir comme un figuier ressuscité. Parce que, Jésus, tu es peut-être celui qui a maudit le figuier, mais tu es aussi celui qui était capable de le faire revivre.
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