Jour 185 ☼ — Le cœur de toute la Loi
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Résumé : Dans ce chapitre 12 de saint Marc, les controverses s'enchaînent dans le Temple : la parabole des vignerons homicides, le piège de l'impôt à César, la question des sadducéens sur la résurrection, le grand commandement, la mise en garde contre les scribes et l'obole de la veuve. Le frère Paul-Adrien concentre son commentaire sur la question du « grand principe » posée par un scribe de bonne foi. Il montre que le premier commandement est d'abord d'écouter — le Shema Israël — avant d'aimer, et que l'amour se déploie du cœur et de l'âme jusqu'à l'esprit et la force. Il explique enfin l'ordre de la charité, comme des poupées gigognes : aimer Dieu, s'aimer soi-même parce que Dieu nous a aimés le premier, et aimer son prochain.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Nous avons quitté Jésus dans le Temple avec une première controverse avec les pharisiens, et voilà que maintenant les controverses, la joute verbale s'enchaînent. On l'avait déjà vue, cette séquence que vous allez entendre, dans Matthieu, mais faut-il qu'elle ait été importante aux yeux des premiers chrétiens pour qu'ils la remettent quasiment telle quelle dans l'Évangile selon saint Marc. C'est en ce moment que Jésus joue sa vie.
Lecture : Marc 12
Jésus se mit à leur parler en paraboles. « Un homme planta une vigne. Il l'entoura d'une clôture, y creusa un pressoir et y bâtit une tour de garde. Puis il loua cette vigne à des vignerons et partit en voyage.
Le moment venu, il envoya un serviteur auprès des vignerons pour se faire remettre par eux ce qui lui revenait des fruits de la vigne. Mais les vignerons se saisirent du serviteur, le frappèrent et le renvoyèrent les mains vides. De nouveau, il leur envoya un autre serviteur ; et celui-là, ils l'assommèrent et l'humilièrent. Il en envoya encore un autre, et celui-là, ils le tuèrent. Puis beaucoup d'autres serviteurs : ils frappèrent les uns et tuèrent les autres.
Il lui restait encore quelqu'un : son fils bien-aimé. Il l'envoya vers eux en dernier, en se disant : "Ils respecteront mon fils." Mais ces vignerons se dirent entre eux : "Voici l'héritier ; allons-y, tuons-le, et l'héritage va être à nous." Ils se saisirent de lui, le tuèrent et le jetèrent hors de la vigne.
Que fera le maître de la vigne ? Il viendra, fera périr les vignerons et donnera la vigne à d'autres. N'avez-vous pas lu ce passage de l'Écriture ? La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle. C'est là l'œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux. »
Les chefs du peuple cherchèrent à arrêter Jésus, mais ils eurent peur de la foule. Ils avaient bien compris, en effet, qu'il avait dit la parabole à leur intention. Ils le laissèrent donc et s'en allèrent.
On envoya à Jésus des pharisiens et des partisans d'Hérode pour lui tendre un piège en le faisant parler. Et ceux-ci vinrent lui dire : « Maître, nous le savons : tu es toujours vrai. Tu ne te laisses influencer par personne, car ce n'est pas selon l'apparence que tu considères les gens, mais tu enseignes le chemin de Dieu selon la vérité. Est-il permis, oui ou non, de payer l'impôt à César, l'empereur ? Devons-nous payer, oui ou non ? »
Mais lui, sachant leur hypocrisie, leur dit : « Pourquoi voulez-vous me mettre à l'épreuve ? Faites-moi voir une pièce d'argent. » Ils en apportèrent une, et Jésus leur dit : « Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? » — « De César », répondirent-ils. Jésus leur dit : « Ce qui est à César, rendez-le à César, et à Dieu, ce qui est à Dieu. » Et ils étaient remplis d'étonnement à son sujet.
Des sadducéens — ceux qui affirment qu'il n'y a pas de résurrection — viennent trouver Jésus. Et ils l'interrogeaient : « Maître, Moïse nous a prescrit : "Si un homme a un frère qui meurt en laissant une femme et aucun enfant, il doit épouser la veuve pour susciter une descendance à son frère." Or, il y avait sept frères. Le premier se maria et mourut sans laisser de descendance. Le deuxième épousa la veuve et mourut sans laisser de descendance. Le troisième, pareillement. Et aucun des sept ne laissa de descendance. Et en dernier, après eux tous, la femme mourut aussi. À la résurrection, quand ils ressusciteront, duquel d'entre eux sera-t-elle l'épouse, puisque les sept l'ont eue pour épouse ? »
Jésus leur dit : « N'êtes-vous pas en train de vous égarer, en méconnaissant les Écritures et la puissance de Dieu ? Lorsqu'on ressuscite d'entre les morts, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme les anges dans les cieux. Et sur le fait que les morts ressuscitent, n'avez-vous pas lu dans le livre de Moïse, au récit du buisson ardent, comment Dieu lui dit : "Moi, je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob" ? Il n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Vous vous égarez complètement. »
Un scribe, qui avait entendu la discussion et remarqué que Jésus avait bien répondu, s'avança pour lui demander : « Quel est le premier de tous les commandements ? » Jésus lui fit cette réponse : « Voici le premier : Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l'unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Et voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n'y a pas de commandement plus grand que ceux-là. »
Le scribe reprit : « Fort bien, Maître, tu as dit vrai : Dieu est l'Unique et il n'y en a pas d'autre que lui. L'aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toute offrande d'holocaustes et de sacrifices. » Jésus, voyant qu'il avait fait une remarque judicieuse, lui dit : « Tu n'es pas loin du royaume de Dieu. » Et personne n'osait plus l'interroger.
Alors qu'il enseignait dans le Temple, Jésus, prenant la parole, déclarait : « Comment les scribes peuvent-ils dire que le Messie est le fils de David ? David lui-même a dit, inspiré par l'Esprit Saint… David lui-même le nomme Seigneur. D'où vient alors qu'il est son fils ? » Et la foule nombreuse l'écoutait avec plaisir.
Dans son enseignement, il disait : « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à se promener en vêtements d'apparat et qui aiment les salutations sur les places publiques, les sièges d'honneur dans les synagogues et les places d'honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et, pour l'apparence, ils font de longues prières : ils seront d'autant plus sévèrement jugés. »
Jésus s'était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait comment la foule y mettait de l'argent. Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes. Une pauvre veuve s'avança et mit deux petites pièces de monnaie. Jésus appela ses disciples et leur déclara : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le trésor plus que tous les autres. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu'elle possédait, tout ce qu'elle avait pour vivre. »
Commentaire
Pour mon commentaire, je me permets de me concentrer sur cette question du grand commandement. D'abord parce qu'on a déjà commenté dans leur ensemble cette série de controverses. Ensuite, parce que quand même, le principe de la charité est le sommet de la vie religieuse chrétienne, donc c'est bien qu'on passe un peu de temps à l'expliquer. Et ensuite, parce que c'est dans Marc qu'il est le plus longuement exposé. Donc on le reprend.
Un scribe s'avance vers Jésus pour lui poser, pour une première fois, une question honnête. Demander à un enseignant de résumer les grands principes de son enseignement, ce n'est pas une question piège. Et même, c'est une question classique. On appelle ça la question du Kelal Gadol, le grand principe. Parce que dans la Torah, il y avait les dix commandements de Moïse. Mais ensuite, quand on recense les commandements qu'il y a dans toute la Torah, les cinq premiers livres de la Loi, vous en avez 365 écrits. Ce à quoi s'ajoutaient les 365 commandements oraux, la tradition des pharisiens. Bref, plus personne ne s'y retrouvait. D'où la question : quel est le premier ?
Réponse de Jésus, qui dit d'ailleurs que le premier commandement n'est pas d'aimer Dieu. Le premier commandement, c'est d'écouter.
Voici le premier : « Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l'unique Seigneur. »
Et ensuite, les commandements que vous connaissez : tu aimeras le Seigneur ton Dieu, tu aimeras ton prochain comme toi-même. « Écoute », ça veut dire traiter Dieu comme un interlocuteur, et dans la culture juive, ça veut aussi dire lui obéir. « Écoute » est toujours associé à l'obéissance. L'amour dont il est question commence ici dans le déploiement de la volonté. Ce n'est pas un sentiment : ça commence avec un acte de la volonté dans l'obéissance.
« Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l'unique Seigneur. » Ça, c'est la reprise de ce qu'on appelle le Shema Israël, la grande prière juive qui se trouve dans le livre du Deutéronome et que les juifs étaient censés réciter le matin et le soir. C'était un peu leur Notre Père à eux. Donc ça veut dire que la réponse de Jésus s'inscrit dans la grande tradition biblique, la révélation, et que lui, Jésus, rappelle le monothéisme à l'état pur. Le premier commandement, c'est de donner son cœur à Dieu, ou plutôt de n'avoir comme Dieu que Dieu. Parce qu'on a vite fait de se créer soi-même ses propres idoles.
Bon. « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit. » Voilà le premier, le grand commandement. « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme » : le principe de la vie spirituelle, le cœur ; le principe de la vie physiologique, quasiment même animale, l'âme. Et ensuite, redoublement : « de tout ton esprit et de toute ta force ». Ça, c'est propre à Marc. « De tout ton esprit et de toute ta force », ça veut dire que ce qui a commencé dans le secret du cœur, vie spirituelle, ce qui a commencé dans le secret de l'âme, le souffle de la vie, doit ensuite s'étendre à toutes les dimensions de l'être : l'esprit, tout le déploiement intellectuel, et la force, tout le déploiement physique.
Deuxième commandement : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Le premier amour est le principe, l'origine. Le deuxième amour est le critère pratique de vérification. De la même manière que dans la table des lois, les dix commandements de Moïse, il y avait deux tables : la première table relative à Dieu, et ensuite une deuxième table avec des commandements relatifs au prochain. L'un donnant le sens de l'autre, mais l'autre vérifiant le premier.
Avec ce deuxième commandement, ce qui est aussi introduit de manière nouvelle, c'est Jésus qui vous dit que dans la charité, il y a un ordre. Il y a un premier amour, et il y a un deuxième amour. Plutôt d'ailleurs, il y en a trois : on commence par aimer Dieu, ensuite soi-même, et enfin le prochain. « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » C'est comme des poupées gigognes qui sont l'une dans l'autre. Ce qui fonde tout le reste, c'est l'amour de Dieu, première poupée ; puis par-dessus, l'amour de soi.
C'est rassurant, parce que parfois on n'arrive pas à s'aimer soi-même. Oui, mais Dieu nous a aimés le premier. C'est à cela que ça en appelle aussi : nous sommes créés à l'image de Dieu. Donc quand on aime Dieu, on aime aussi ses œuvres. Et dans toute la création, ce qui ressemble le plus à Dieu, qu'il a créé à son image et dont il a dit « c'est très beau », c'est vous, mes petits bichons. Et qu'à défaut de parvenir à s'aimer soi-même, parce que parfois on a honte de qui on est, si on n'arrive pas à s'aimer, Dieu, lui, nous a aimés. C'est cela qu'il faut de notre amour : il a fait de nous son image. C'est bizarre, mais c'est quand même comme ça.
Et par-dessus tout le reste, l'amour du prochain. Alors, « tu aimeras ton prochain comme toi-même » : la question, c'est de savoir qui est son prochain. Dans le livre du Lévitique, d'où est tiré ce commandement, le prochain, c'est l'Israélite et l'étranger assimilé. Oui, mais dans le Nouveau Testament, Jésus a élargi cette notion avec la parabole du bon Samaritain, le Sermon sur la montagne. Et maintenant, le prochain, c'est celui dont on se fait proche. Les choses ont été inversées.
Reprise du scribe, qui est d'accord et qui nous rappelle qu'il y a quand même dans le peuple juif de grandes figures. Souvenez-vous de ceux qui avaient fait la réforme du Temple. Souvenez-vous de ce grand scribe qui était l'ami et qui avait protégé Jérémie. On a vu tout ça. Donc, ça existe aussi dans la tradition.
Et Jésus leur dit : « Tu n'es pas loin du royaume des cieux. » Enfin, quand même, si jamais vous y réfléchissez, on aimerait que Dieu dise ça de nous. Alors, qu'est-ce qui lui manque ? Ce qui lui manque, c'est peut-être maintenant d'accomplir ce commandement. Cette question du grand commandement, ce n'est pas d'abord une question théorique, ce n'est pas un débat intellectuel : c'est une question pratique, il faut le faire. D'ailleurs, le scribe a parlé de beaucoup de choses et de beaucoup de sacrifices, d'offrandes, d'holocaustes. Mais il y en a un qu'il a oublié : c'est l'offrande de soi-même. Ça, c'est précisément ce que Jésus accomplira.
En attendant, ça nous fait pour une fois un scribe de bonne foi, qui pose une bonne question et qui a droit, de ce point de vue-là, à la plus grande réponse qui existe de Jésus dans tout l'Évangile. Pas mal.
Nous terminons par un psaume.
Psaume 118 (Noun)
Ta parole est la lumière de mes pas, la lampe de ma route.
Je l'ai juré, je tiendrai mon serment : j'observerai tes justes décisions.
J'ai vraiment trop souffert, Seigneur : fais-moi vivre selon ta parole.
Accepte en offrande ma prière, Seigneur : apprends-moi tes décisions.
À tout instant j'expose ma vie : je n'oublie rien de ta loi.
Des impies me tendent un piège : je ne dévie pas de tes préceptes.
Tes exigences resteront mon héritage, la joie de mon cœur.
Mon cœur incline à pratiquer tes commandements : c'est à jamais ma récompense.
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