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Jour 186 ☼ — Gethsémani, le grand basculement

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Résumé : Le frère Paul-Adrien achève la lecture du chapitre 14 de saint Marc : l'annonce de la trahison, l'institution de l'Eucharistie, l'agonie à Gethsémani, l'arrestation, le procès devant le Sanhédrin et le triple reniement de Pierre. Le commentaire relève les spécificités propres à Marc : le jeune homme qui s'enfuit tout nu, l'intensité bouleversante de l'agonie, et surtout la réponse de Jésus au grand prêtre. Ce « Ego eimi », « Je suis », est la mention la plus claire de toute la littérature évangélique où Jésus affirme ouvertement sa divinité, en reprenant à son compte le nom sacré révélé à Moïse au buisson ardent.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

On avait déjà commencé un tout petit peu le chapitre 14 dans l'épisode précédent, parce qu'il est très long. Suite et fin : l'arrestation de Jésus-Christ.

Lecture : Marc 14

Le soir venu, Jésus arrive avec les Douze. Pendant qu'ils étaient à table et mangeaient, Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : l'un de vous qui mange avec moi va me livrer. » Ils devinrent tout tristes et, l'un après l'autre, ils lui demandaient : « Serait-ce moi ? » Il leur dit : « C'est l'un des Douze, celui qui est en train de se servir avec moi dans le plat. Le Fils de l'homme s'en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui par qui le Fils de l'homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu'il ne soit pas né, cet homme-là. »

Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna et dit : « Prenez, ceci est mon corps. » Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, versé pour la multitude. Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne jusqu'au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. »

Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers. Jésus leur dit : « Vous allez tous être exposés à tomber, car il est écrit : "Je frapperai le berger, et les brebis seront dispersées." Mais, une fois ressuscité, je vous précèderai en Galilée. » Pierre lui dit alors : « Même si tous viennent à tomber, moi, je ne tomberai pas. » Jésus lui répond : « Amen, je te le dis : toi, aujourd'hui, cette nuit même, avant que le coq ne chante deux fois, tu m'auras renié trois fois. » Mais lui reprenait de plus belle : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » Et tous en disaient autant.

Ils parviennent à un domaine appelé Gethsémani. Jésus dit à ses disciples : « Asseyez-vous ici pendant que je vais prier. » Il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean, et commence à ressentir frayeur et angoisse. Il leur dit : « Mon âme est triste à mourir. Restez ici et veillez. » Allant un peu plus loin, il tombait à terre et priait pour que, s'il était possible, cette heure s'éloigne de lui. Il disait : « Abba, Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi je veux, mais ce que toi, tu veux ! »

Puis il revient et trouve les disciples endormis. Il dit à Pierre : « Simon, tu dors ? Tu n'as pas eu la force de veiller seulement une heure ? Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation : l'esprit est ardent, mais la chair est faible. » De nouveau, il s'éloigna et pria en répétant les mêmes paroles. Et de nouveau, il vint près des disciples qu'il trouva endormis, car leurs yeux étaient alourdis de sommeil. Et eux ne savaient que lui répondre. Une troisième fois, il revient et leur dit : « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer. C'est fait. Voici que le Fils de l'homme est livré aux mains des pécheurs. Levez-vous ! Allons ! Voici qu'il est proche, celui qui me livre. »

Jésus parlait encore quand Judas, l'un des Douze, arriva, et avec lui une foule armée d'épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres, les scribes et les anciens. Or, celui qui le livrait leur avait donné un signe convenu : « Celui que j'embrasserai, c'est lui : arrêtez-le, et emmenez-le sous bonne garde. » À peine arrivé, Judas, s'approchant de Jésus, lui dit : « Rabbi ! » Et il l'embrassa. Les autres mirent la main sur lui et l'arrêtèrent. Or, un de ceux qui étaient là tira son épée, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l'oreille.

Jésus leur déclara : « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus vous saisir de moi avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, j'étais auprès de vous dans le Temple en train d'enseigner, et vous ne m'avez pas arrêté. Mais c'est pour que les Écritures s'accomplissent. » Les disciples l'abandonnèrent et s'enfuirent tous.

Or, un jeune homme suivait Jésus ; il n'avait pour tout vêtement qu'un drap. On essaya de l'arrêter, mais lui, lâchant le drap, s'enfuit tout nu.

Ils emmenèrent Jésus chez le grand prêtre. Ils se rassemblent tous, les grands prêtres, les anciens et les scribes. Pierre avait suivi Jésus à distance, jusqu'à l'intérieur du palais du grand prêtre, et là, assis avec les gardes, il se chauffait près du feu.

Les grands prêtres et tout le Conseil suprême cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort, et ils n'en trouvaient pas. De fait, beaucoup portaient de faux témoignages contre Jésus, mais ces témoignages ne concordaient pas. Quelques-uns se levèrent alors pour porter contre lui ce faux témoignage : « Nous l'avons entendu dire… » Mais même sur ce point, leurs témoignages n'étaient pas concordants.

Alors se leva le grand prêtre qui, devant tous, interrogea Jésus : « Tu ne réponds rien ? Que dis-tu des témoignages qu'ils portent contre toi ? » Mais lui gardait le silence et ne répondait rien. Le grand prêtre l'interrogea de nouveau : « Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni ? » Jésus lui dit : « Je le suis. Et vous verrez le Fils de l'homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nuées du ciel. »

Alors le grand prêtre déchire ses vêtements et dit : « Pourquoi nous faudrait-il encore des témoins ? Vous avez entendu le blasphème. Qu'en pensez-vous ? » Tous prononcèrent qu'il méritait la mort. Quelques-uns se mirent à cracher sur lui, à couvrir son visage d'un voile, et à le gifler en disant : « Fais le prophète ! » Et les gardes lui donnèrent des coups.

Comme Pierre était en bas dans la cour, arrive une des jeunes servantes du grand prêtre. Elle voit Pierre qui se chauffe, le dévisage et lui dit : « Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth ! » Pierre le nia : « Je ne sais pas, je ne comprends pas de quoi tu parles. » Puis il sortit dans le vestibule, au-dehors. Alors un coq chanta. La servante, ayant vu Pierre, se mit de nouveau à dire à ceux qui se trouvaient là : « Celui-ci est l'un d'entre eux ! » De nouveau, Pierre le niait. Peu après, ceux qui se trouvaient là lui disaient à leur tour : « Sûrement tu es l'un d'eux ! D'ailleurs, tu es Galiléen. » Alors il se mit à protester violemment et à jurer : « Je ne connais pas cet homme dont vous parlez. » Et aussitôt, pour la seconde fois, un coq chanta. Alors Pierre se rappela cette parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq ne chante deux fois, tu m'auras renié trois fois. » Et il fondit en larmes.

Commentaire

Le récit de l'arrestation de Jésus, oui, mais chez Marc, il a certaines spécificités qui lui donnent une couleur propre.

D'abord, je commence avec le spectacle le plus truculent, le verset 51 :

Un jeune homme le suivait, n'ayant sur lui qu'un drap. On se saisit de lui, mais lui, lâchant le drap, s'enfuit tout nu.

Ça, c'est quelque chose, on a du mal à l'oublier. On visualise très bien la scène. Si vous voulez, il y a quand même chez Marc, souvent, des petits détails qu'on ne trouve nulle part ailleurs : le geste d'amour que Jésus pose sur le jeune homme, ou bien encore ici, cet homme qui s'enfuit tout nu. Matthieu fait des longs discours et des courtes actions. Marc, lui, fait des courts discours, mais décrit longuement les actions. Et vous avez vu comme elles sont finement ciselées, avec un jeu d'incises, avec des jeux d'émotion qu'il n'y a nulle part ailleurs dans les évangiles.

En tout cas, ce disciple qui s'enfuit tout nu, il faut bien que quelqu'un l'ait vu pour le décrire dans son évangile. Et la tradition l'a assimilé à saint Marc lui-même, ce disciple qui s'enfuit tout nu. Mais les exégètes, qui ne sont jamais en reste, y voient aussi un lointain écho de la chute d'Adam, que l'on avait retrouvé tout nu dans le jardin d'Éden. En tout cas, ça symbolise l'abandon total, la vulnérabilité humaine face à la peur, et le moment où, en quittant Dieu, on perd sa dignité.

Autre spécificité de Marc : l'intensité de son agonie à Gethsémani, quand Jésus prie pour que cette coupe de souffrance passe loin de lui. Marc utilise des mots très forts pour décrire l'état de Jésus. C'est encore Marc qui nous peignait souvent un Jésus bouillonnant d'émotion. C'est dans Marc qu'on voit Jésus le plus en colère, dans lequel on le voit le plus exaspéré, et là, dans lequel on le voit le plus, j'allais dire, paniqué. Verset 33, avec ce verset 34 :

Mon âme est triste à en mourir.

Luc, lui, le dira peut-être de manière encore plus saisissante, mais pas par des paroles, par une action : il rapportera que Jésus transpirait des gouttes de sang. Ça vous rappelle que c'est à l'agonie qu'on mesure le mieux la double nature, et divine et humaine, de Jésus. C'est comme si on entrevoyait la possibilité, un instant, mais un instant seulement, que ces deux natures se divisent et s'opposent. L'effet que ça a, c'est que ça rend Jésus extrêmement proche de nous, étonnamment humain et d'autant plus touchant. Nous n'avons pas un grand prêtre incapable de compassion. Ah si, tiens, ça quand même.

Autre particularité. Ça, ça mérite non seulement d'être dit, mais même qu'on s'y attarde un peu plus longuement. Au verset 62 :

Le grand prêtre l'interrogea de nouveau et lui dit : « Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni ? »

« Es-tu le Christ ? » Le Christ, c'est le Fils de l'homme, c'est le Sauveur. Mais on peut avoir une conception haute et une conception basse du Christ. Il y a ceux qui voient dans le Christ uniquement un personnage humain, une sorte de grand roi, de super-héros qui va rétablir l'État d'Israël. Ou bien vous avez une conception haute, qui voit dans le Christ un être quasiment surnaturel, le Fils de l'homme qui vient dans les nuées. Et là, le grand prêtre, en disant « Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni ? », demande à Jésus en fait ces deux questions. Un : est-ce que tu es le Christ ? Et deux : est-ce que tu es le Christ dans sa conception haute, comme un être surnaturel quasi divin ?

Réponse de Jésus : « Ego eimi » en grec, « Je suis ». Alors, la phrase entière, ça fait : « Je suis. Et vous verrez le Fils de l'homme siéger à la droite du Dieu Tout-Puissant et venir parmi les nuées du ciel. » Mais ça commence par « Ego eimi », « Je suis », le titre divin. C'est non seulement Jésus qui répond par l'affirmative, mais en plus — phénomène de la surenchère — il dit qu'il n'est pas seulement un Messie dans une conception haute du Messie, mais même il réclame un attribut divin pour lui : il est Dieu. Ce n'est plus un blasphème, c'est un blasphème au carré, pour le grand prêtre.

Dans Matthieu, ce que vous aviez, c'est : « Tu l'as dit. Mais je vous le déclare : désormais vous verrez le Fils de l'homme siéger à la droite de la Puissance et venir sur les nuées du ciel. » « Tu l'as dit », ça veut dire que Jésus accepte implicitement de se reconnaître comme Christ, mais c'est comme s'il reportait la responsabilité de ce qui venait d'être dit sur le grand prêtre. Donc c'est théologiquement aussi fort, mais c'est quand même moins clair.

Dans Luc, c'est aussi subtil. « Ils lui dirent tous : "Tu es donc le Fils de Dieu ?" Il leur répondit : "Vous le dites vous-mêmes : je le suis." » Ou en grec : « Humeis legete hoti egō eimi », « Vous dites que je suis ». Donc le « egō eimi » est toujours là, mais il est comme enrobé de manière plus diplomatique.

Et dans Jean, vous avez bien des « egō eimi ». Par exemple : « Avant qu'Abraham fût, je suis », egō eimi, Jean 8, 58. Mais c'est dans un autre contexte, moins dramatique, et ça ne lui donne pas tout le poids qu'il a dans Marc.

Je dis ça parce que c'est la mention la plus claire, dans tous les évangiles, du moment où Jésus affirme sa divinité. Enfin ! « Je suis », c'est le nom sacré de Dieu. C'est celui que Dieu a donné à Moïse au buisson ardent : « Je suis celui qui est », YHWH, le nom béni. À l'époque de Jésus, on n'avait même pas le droit de dire ce nom, c'était déjà considéré comme un blasphème. Et non seulement là, Jésus le dit, mais en plus se l'approprie.

Ah, écoutez, c'est difficile d'arrêter là son commentaire, on aurait plein d'autres choses à dire, mais c'est quand même l'heure de terminer par un psaume.

Psaume 118 (Samech)

Je hais les cœurs partagés ; j'aime ta loi. Toi, mon abri, mon bouclier, j'espère en ta parole. Écartez-vous de moi, méchants : je garderai les volontés de mon Dieu.

Que ta promesse me soutienne, et je vivrai : ne déçois pas mon attente. Sois mon appui : je serai sauvé ; j'ai toujours tes commandements devant les yeux.

Tu rejettes ceux qui fuient tes commandements ; leur ruse les égare. Tu mets au rebut tous les impies de la terre ; c'est pourquoi j'aime tes exigences.

Ma chair tremble de peur devant toi ; tes décisions m'inspirent la crainte.


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