Jour 186 ☾ — La croix, le cri… et le tombeau vide
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Résumé : Dernier jour avec saint Marc : le frère Paul-Adrien lit d'une traite la comparution devant Pilate, la flagellation, la crucifixion, la mort de Jésus et la découverte du tombeau vide, jusqu'à cette fin abrupte où les femmes « ne dirent rien à personne, car elles avaient peur ». Le commentaire s'arrête d'abord sur cette conclusion improbable — le texte des manuscrits les plus anciens — et sur l'hypothèse d'un évangile appris par cœur et joué par des prédicateurs de rue, ménageant une suite qui ne nous est pas parvenue. Il médite ensuite les signes qui accompagnent la mort du Christ : l'obscurité, le grand cri et l'expiration, le voile du sanctuaire déchiré, le tremblement de terre chez Matthieu, et la confession de foi d'un centurion païen. L'épisode se termine par la finale de Marc, ajoutée par les premiers chrétiens, donnée comme prière conclusive.
Introduction
Ah, écoutez, dernier jour avec saint Marc. Il est temps de clôturer. Jésus-Christ va mourir. Aujourd'hui, Marc, chapitre 15, chapitre 16.
Lecture : Marc 15-16
Dès le matin, les grands prêtres convoquèrent les anciens et les scribes et tout le conseil suprême. Puis, après avoir ligoté Jésus, ils l'emmenèrent et le livrèrent à Pilate. Celui-ci l'interrogea : « C'est toi, le roi des Juifs ? » Jésus répondit : « C'est toi-même qui le dis. » Les grands prêtres multipliaient contre lui les accusations. Pilate lui demanda à nouveau : « Tu ne réponds rien ? Vois toutes les accusations qu'ils portent contre toi. » Mais Jésus ne répondit plus rien, si bien que Pilate fut étonné.
À chaque fête, il leur relâchait un prisonnier, celui qu'ils demandaient. Or, il y avait en prison un dénommé Barabbas, arrêté avec des émeutiers pour un meurtre qu'ils avaient commis lors de l'émeute. La foule monta donc chez Pilate et se mit à demander ce qu'il leur accordait d'habitude. Pilate leur répondit : « Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? » Il se rendait bien compte que c'était par jalousie que les grands prêtres l'avaient livré. Ces derniers soulevèrent la foule pour qu'il leur relâche plutôt Barabbas. Et comme Pilate reprenait : « Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs ? », de nouveau ils crièrent : « Crucifie-le ! » Pilate leur disait : « Qu'a-t-il donc fait de mal ? » Mais ils crièrent encore plus fort : « Crucifie-le ! » Pilate, voulant contenter la foule, relâcha Barabbas et, après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour qu'il soit crucifié.
Les soldats l'emmenèrent à l'intérieur du palais, c'est-à-dire dans le prétoire. Alors ils rassemblent toute la garde. Ils le revêtent de pourpre et lui posent sur la tête une couronne d'épines qu'ils ont tressée. Puis ils se mirent à lui faire des salutations, en disant : « Salut, roi des Juifs ! » Et ils lui frappaient la tête avec un roseau, crachaient sur lui et s'agenouillaient pour lui rendre hommage. Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau de pourpre et lui remirent ses vêtements. Puis, de là, ils l'emmènent pour le crucifier.
Et ils réquisitionnent, pour porter sa croix, un passant, Simon de Cyrène, le père d'Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs. Ils amènent Jésus au lieu-dit Golgotha, ce qui se traduit « lieu du crâne », ou « calvaire ». Ils lui donnaient du vin aromatisé de myrrhe, mais il n'en prit pas. Alors ils le crucifient, puis ils se partagent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir la part de chacun. C'était la troisième heure, c'est-à-dire neuf heures du matin, lorsqu'on le crucifia. L'inscription indiquant le motif de sa condamnation portait ces mots : « Le roi des Juifs ». Avec lui ils crucifient deux bandits, l'un à sa droite, l'autre à sa gauche.
Les passants l'injuriaient en hochant la tête ; ils disaient : « Hé ! toi qui détruis le sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, descends de la croix ! » De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes, en disant entre eux : « Il en a sauvé d'autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! Qu'il descende maintenant de la croix, le Christ, le roi d'Israël ! Alors nous verrons et nous croirons. » Et même ceux qui étaient crucifiés avec lui l'insultaient.
Quand arriva la sixième heure, c'est-à-dire midi, l'obscurité se fit sur toute la terre jusqu'à la neuvième heure. Et à la neuvième heure, Jésus cria d'une voix forte : « Éloï, Éloï, lema sabactani ? », ce qui se traduit : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » L'ayant entendu, quelques-uns de ceux qui étaient là disaient : « Voilà qu'il appelle le prophète Élie ! » L'un d'eux courut tremper une éponge dans une boisson vinaigrée, il la mit au bout d'un roseau et lui donnait à boire, en disant : « Attendez ! Nous verrons bien si Élie vient le descendre de là ! » Mais Jésus, poussant un grand cri, expira.
Le rideau du sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu'en bas. Le centurion qui était en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! »
Il y avait aussi des femmes qui observaient de loin, et parmi elles, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques le Petit et de José, et Salomé, qui suivaient Jésus et le servaient quand il était en Galilée, et encore beaucoup d'autres, qui étaient montées avec lui à Jérusalem.
Déjà, il se faisait tard ; or, comme c'était le jour de la Préparation, qui précède le sabbat, Joseph d'Arimathie intervint. C'était un homme influent, membre du conseil, et il attendait lui aussi le règne de Dieu. Il eut l'audace d'aller chez Pilate pour demander le corps de Jésus. Pilate s'étonna qu'il soit déjà mort ; il fit appeler le centurion, et l'interrogea pour savoir si Jésus était mort depuis longtemps. Sur le rapport du centurion, il permit à Joseph de prendre le corps. Alors Joseph acheta un linceul, il descendit Jésus de la croix, l'enveloppa dans le linceul et le déposa dans un tombeau qui était creusé dans le roc. Puis il roula une pierre contre l'entrée du tombeau. Or, Marie Madeleine et Marie, mère de José, observaient l'endroit où on l'avait mis.
Le sabbat terminé, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des parfums pour aller embaumer le corps de Jésus. De grand matin, le premier jour de la semaine, elles se rendent au tombeau dès le lever du soleil. Elles se disaient entre elles : « Qui nous roulera la pierre pour dégager l'entrée du tombeau ? » Levant les yeux, elles s'aperçoivent qu'on a roulé la pierre, qui était pourtant très grande. En entrant dans le tombeau, elles virent, assis à droite, un jeune homme vêtu de blanc. Elles furent saisies de frayeur. Mais il leur dit : « Ne soyez pas effrayées ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité : il n'est pas ici. Voici l'endroit où on l'avait déposé. Et maintenant, allez dire à ses disciples et à Pierre : "Il vous précède en Galilée. Là, vous le verrez, comme il vous l'avait dit." » Elles sortirent donc et s'enfuirent du tombeau, parce qu'elles étaient toutes tremblantes et hors d'elles-mêmes. Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur.
Commentaire
Est-ce que vous avez vu la manière dont le texte se termine, sur cette phrase improbable : « Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur » ? Et l'Évangile selon saint Marc s'arrêtait ainsi, point à la ligne. C'est le texte qu'on a retrouvé dans les manuscrits les plus anciens.
En fait, en bon écrivain, Marc était en train de se ménager une suite, parce qu'évidemment, on a envie d'avoir la suite. C'est ce qu'on appelle un cliffhanger : la dernière phrase d'un épisode, vous la terminez sur le moment de stress le plus insupportable. C'est pour acheter le tome 2 de l'Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc. Ce tome 2, on ne l'a pas.
Mais on suppose, en fait, que cet évangile était appris par cœur et qu'il permettait de faire des performances d'acteur sur scène — vous imaginez des prédicateurs de rue. Ce qui expliquerait d'ailleurs pourquoi les discours de Jésus sont assez réduits, parce qu'on a du mal à retenir l'attention avec ça, alors qu'au contraire, l'aspect truculent, anecdotique, est magnifiquement amplifié tout au long de l'Évangile, parce que ça permet d'avoir des jeux de scène extraordinaires. Et probablement qu'ensuite, l'acte 2 qui devait arriver, c'était le moment où l'acteur reprenait sa parole et parlait en son nom propre, pour cette fois-ci parler de l'Église et de son témoignage de foi. On ne saura jamais exactement.
En tout cas, c'était une manière de terminer l'Évangile qui était tellement violente que les premiers chrétiens se sont dit : on ne peut pas s'arrêter là. Et ils ont rajouté ensuite ce qu'on appelle la finale de Marc, que je vous mettrai comme prière conclusive.
En attendant, et pour rester comme une sorte de méditation sur l'œuvre de salut qui vient de s'accomplir sous nos yeux, je voudrais souligner les signes qui ont accompagné la mort de Jésus et qui en montrent toute la profondeur.
Le premier de ces signes, c'est cette obscurité qui se fit jusqu'à la neuvième heure. C'est ce que Jésus avait prédit dans son discours apocalyptique : le soleil perdra sa clarté et les puissances célestes seront ébranlées. C'est le jour de Dieu, le jour de la colère de Dieu, un jour de deuil et de ténèbres. Comme si la nature ne pouvait se résoudre à assister, impuissante, au spectacle de son Créateur qui meurt, et prenait les couleurs du deuil, le soleil refusant d'illuminer la scène. Et tandis que le soleil disparaît, il est remplacé par un autre soleil, Jésus-Christ lui-même, qui en mourant devient ce soleil de justice. Par ses rayons nous sommes guéris — mais un soleil noir, qui rayonne de la mort elle-même. C'est par ses souffrances que nous sommes guéris.
Deuxième signe : Jésus qui expire. Le texte dit qu'il poussa un grand cri et qu'en expirant, il rendit l'âme. Et dans ce grand cri, il y a tout. Il y a la mort, et de l'homme, et de Dieu. Il y a à la fois la prière de Jésus et sa souffrance, et en même temps l'alliance nouvelle que sa mort accomplit. Cette expiration, c'est ce qui deviendra plus tard l'Esprit Saint qui sera répandu en nous. À la Pentecôte, les disciples vont recevoir l'Esprit Saint qui vient du ciel : il ne faut pas oublier que ça a commencé sur terre, avec Jésus qui rendait son esprit. L'Esprit Saint, c'est aussi le souffle d'un homme qui nous a aimés jusqu'à mourir pour nous. Et c'est cet amour qui nous anime.
Le troisième de ces signes, verset 38 :
Le rideau du sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu'en bas.
Il avait été question de Jésus qui prédisait la destruction du Temple : la voici en direct. Le sanctuaire, c'est le Saint des Saints, la pièce la plus sacrée, l'endroit où normalement il aurait dû y avoir l'Arche d'Alliance. Mais voilà qu'en étant déchiré de haut en bas — comme pour souligner que c'est par une intervention divine —, ce Temple est comme détruit de l'intérieur, au plus profond de lui-même, mais détruit sous forme d'apothéose et d'accomplissement. Parce que ce voile, c'est ce qui nous séparait de Dieu, ce qui nous empêchait de rentrer dans le lieu de sa présence pour nous tenir devant lui. Et voilà qu'il est maintenant déchiré. Avec la mort de Jésus, nous sommes réconciliés avec Dieu et nous pouvons nous tenir en sa présence. C'est ça que ce signe signifie : par sa mort, nous sommes rétablis dans la pleine communion avec Dieu, nous pouvons avoir accès à Dieu. « Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. » En mourant, c'est le corps de Jésus qui se déchire, comme le voile du sanctuaire qui se déchire pour laisser entrapercevoir la lumière de Dieu.
Il y a encore un autre signe, qui n'est pas mis ici, mais qui se trouve dans l'Évangile selon saint Matthieu : c'est un tremblement de terre, et avec le tremblement de terre, des tombeaux qui s'ouvrent et des saints qui reviennent à la vie. Ce qui anticipe la résurrection, pour nous montrer que ça y est, les temps sont accomplis : avec la résurrection à venir de Jésus, c'est la nôtre qui va arriver.
Et dernier des signes : un centurion confesse la divinité de Jésus-Christ. « Ma maison sera appelée maison de prière pour toutes les nations », et le Fils de l'homme enverra ses anges pour rassembler tous ses élus. Vous noterez, ironie, que la première confession de foi chrétienne est la confession de foi d'un païen. Dans l'Ancien Testament, je vous avais fait remarquer comment, à chaque étape capitale de la révélation du salut, de l'histoire sainte, c'était toujours un étranger que l'on retrouvait : Rahab, Naaman, Ruth… L'Évangile ne déroge pas.
Bon, chose promise, chose due : en guise de prière — et ça tombe très bien, ça réconfortera notre espérance, ça nous rappellera notre envoi en mission et que désormais nous sommes les vainqueurs, et de la vie, et de la mort —, le chapitre conclusif de saint Marc.
Prière
Ressuscité le matin, le premier jour de la semaine, Jésus apparut d'abord à Marie Madeleine, de laquelle il avait expulsé sept démons. Celle-ci partit annoncer la nouvelle à ceux qui, ayant vécu avec lui, s'affligeaient et pleuraient. Quand ils entendirent que Jésus était vivant et qu'elle l'avait vu, ils refusèrent de croire.
Après cela, il se manifesta sous un autre aspect à deux d'entre eux qui étaient en chemin pour aller à la campagne. Ceux-ci revinrent l'annoncer aux autres, qui ne les crurent pas non plus.
Enfin, il se manifesta aux Onze eux-mêmes pendant qu'ils étaient à table : il leur reprocha leur manque de foi et la dureté de leur cœur, parce qu'ils n'avaient pas cru ceux qui l'avaient contemplé ressuscité. Puis il leur dit : « Allez dans le monde entier. Proclamez l'Évangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné. Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom, ils expulseront les démons ; ils parleront en langues nouvelles ; ils prendront des serpents dans leurs mains et, s'ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s'en trouveront bien. »
Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s'assit à la droite de Dieu. Quant à eux, ils s'en allèrent proclamer partout l'Évangile. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l'accompagnaient.
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