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Mc 15,1-39
Liturgie · Dimanche des Rameaux
Bible Crampon (1923)

1 Dès le matin, sans retard, les Princes des prêtres tinrent conseil avec les Anciens et les Scribes, et tout le Sanhédrin. Et après avoir lié Jésus, ils l'emmenèrent et le livrèrent à Pilate.

2 Pilate l'interrogea : " Es-tu le roi des Juifs ? " Jésus lui répondit : " Tu le dis. "

3 Comme les Princes des prêtres portaient contre lui diverses accusations,

4 Pilate l'interrogea de nouveau, disant : " Tu ne réponds rien ? Vois de combien de choses ils t'accusent."

5 Mais Jésus ne fit plus aucune réponse, de sorte que Pilate était dans l'étonnement.

6 Cependant, à chaque fête de Pâque, il leur relâchait un prisonnier, celui qu'ils demandaient.

7 Or, il y avait dans la prison le nommé Barabbas, avec les séditieux ses complices, pour un meurtre qu'ils avaient commis dans la sédition.

8 La foule étant montée se mit à réclamer ce qu'il leur accordait toujours.

9 Pilate leur répondit : " Voulez-vous que je vous délivre le roi des Juifs ? "

10 Car il savait que c'était par envie que les Princes des prêtres l'avaient livré.

11 Mais les Pontifes excitèrent le peuple, afin d'obtenir qu'il leur relachât plutôt Barabbas.

12 Pilate, reprenant la parole, leur dit : " Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs ? "

13 Ils crièrent de nouveau : " Crucifiez-le ! "

14 Pilate leur dit : " Mais quel mal a-t-il fait ? " Et ils crièrent encore plus fort : " Crucifiez-le ! "

15 Pilate, voulant satisfaire le peuple, leur délivra Barabbas ; et après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour être crucifié.

16 Les soldats conduisirent Jésus dans l'intérieur de la cour, c'est-à-dire dans le prétoire, et ils convoquèrent toute la cohorte.

17 Et l'ayant revêtu de pourpre, ils ceignirent sa tête d'une couronne d'épines qu'ils avaient tressée.

18 Puis ils se mirent à le saluer : " Salut, roi des Juifs ! "

19 Et ils lui frappaient la tête avec un roseau, et ils crachaient sur lui, et, fléchissant les genoux, ils lui rendaient hommage.

20 Après s'être ainsi joués de lui, ils lui ôtèrent la pourpre, lui remirent ses vêtements, et l'emmenèrent pour le crucifier.

21 Un certain Simon, de Cyrène, le père d'Alexandre et de Rufus, passant par là en revenant des champs, ils le réquisitionnent pour porter la croix de Jésus,

22 qu'ils entraînent au lieu dit Golgotha, ce que l'on interprète : lieu du Crâne.

23 Et ils lui donnaient à boire du vin mêlé de myrrhe ; mais il n'en prit pas.

24 L'ayant crucifié, ils se partagent ses vêtements, tirant au sort ce que chacun en prendrait.

25 Il était la troisième heure lorsqu'on le crucifia.

26 L'inscription indiquant la cause de sa condamnation portait : " Le roi des Juifs. "

27 Ils crucifièrent avec lui deux brigands, l'un à sa droite, l'autre à sa gauche.

28 Ainsi fut accomplie cette parole de l'Ecriture : " Et il a été mis au rang des malfaiteurs. "

29 Les passants l'insultaient, en branlant la tête et disant : " Ah ! Toi qui détruis le temple et le rebâtis en trois jours,

30 sauve-toi toi-même, et descends de la croix. "

31 Les Princes des prêtres aussi, avec les Scribes, le raillaient entre eux, et disaient : " Il en a sauvé d'autres, et il ne peut se sauver lui-même.

32 Que le Christ, le roi d'Israël, descende maintenant de la croix, afin que nous voyions et que nous croyions. " Ceux même qui étaient crucifiés avec lui l'insultaient.

33 La sixième heure étant arrivée, les ténèbres se répandirent sur toute la terre jusqu'à la neuvième heure.

34 Et à la neuvième heure, Jésus s'écria d'une voix forte : " Eloï, Eloï, lama sabacthani. " Ce qui s'interprète : " Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ? "

35 Quelques-uns de ceux qui étaient là, l'ayant entendu, disaient : " Voyez ! Il appelle Elie. "

36 Et l'un d'eux courut emplir une éponge de vinaigre, et l'ayant mise au bout d'un roseau, il lui donna à boire, en disant : " Laissez, voyons si Elie viendra le faire descendre. "

37 Mais Jésus, ayant jeté un grand cri, expira.

38 Et le voile du sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu'en bas.

39 Le centurion qui se tenait en face de Jésus, voyant qu'il avait expiré en jetant un tel cri, dit : " Vraiment cet homme était Fils de Dieu. "

— Mc 15,1-39 —
Commentaire

Tout d'abord, on notera deux particularités de la Passion chez Marc : la solitude de Jésus et son silence.

La solitude de Jésus : dans la Passion selon Saint Marc, Jésus est particulièrement seul ; après le reniement de Pierre, plus aucune présence amicale à ses côtés ; les femmes sont citées, mais seulement après sa mort.

Quant à son silence, il est impressionnant : quelques mots au procès, ensuite, note Marc, « Jésus ne répondit plus rien ». Et Pilate lui-même s'en étonne : « Pilate l'interrogeait de nouveau : Tu ne réponds rien ? Vois toutes les accusations qu'ils portent contre toi. Mais Jésus ne répondit plus rien, de sorte que Pilate était étonné. » (Mc 15, 4-5). Puis, sur la croix une seule parole : « Eloï, Eloï, lama sabactani ? » Interprétés par un soldat romain, ces mots sonnent comme un cri de désespoir ; mais un Juif ne s'y serait pas trompé : ce sont les premiers d'un chant de victoire ; puisque, nous l'avons vu en étudiant le psaume 21/22, celui-ci n'est aucunement un cri de désespoir, ni même de doute !

Devant cette solitude et ce silence de Jésus, on se demande forcément « quel est son secret ? ». Cet homme passe en peu de temps de la popularité à la déchéance, de l'entrée royale dans la ville à l'exclusion et l'exécution hors de la ville, de la reconnaissance comme envoyé de Dieu (« Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ») à la condamnation pour blasphème et à l'exécution au nom de la Loi ce qui signifiait aux yeux de tous qu'il était maudit de Dieu. Reconnu comme le Messie, c'est-à-dire le roi d'Israël, le libérateur, le sauveur par ses disciples et toute une foule enthousiaste, il est liquidé rapidement après un procès monté de toutes pièces.

Il s'est laissé faire dans le triomphe, il se laisse faire plus encore dans la persécution. Ce faisant, il garde encore le secret qu'il a gardé toute sa vie ; c'est seulement après sa Résurrection que ses disciples pourront enfin comprendre.

Il semble bien que cette sobriété du récit de Marc vise à faire ressortir deux aspects du mystère de Jésus : Messie-Roi et Messie-Prêtre

Messie-Roi : que ce soit sous forme de question, de dérision, d'affirmation, la royauté du Christ est bien au centre du récit. La première question que Pilate pose à cet homme qu'on lui amène, ligoté, c'est « Es-tu le roi des Juifs ? » Il n'obtient qu'une réponse sybilline « C'est toi qui le dis » (15, 2). Dans la suite, Pilate donne deux fois ce titre à Jésus « Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? » (v. 9) et « Que ferai-je donc de celui que vous appelez le roi des Juifs ? » (v. 12). Et, curieusement, personne ne dira le contraire ! Suit la parodie des soldats, le manteau, la couronne et les acclamations « Salut, roi des Juifs ! » (15, 18). Et puis, cet écriteau en haut de la croix, mal intentionné peut-être, mais qui annonce quand même à tous les passants « celui-ci est le roi des Juifs » (15, 26). Les grands prêtres et les scribes se moquent : « Il en a sauvé d'autres, et il n'est pas capable de se sauver lui-même ! Le Messie, le roi d'Israël, qu'il descende maintenant de la croix. » (15, 32).

Deuxième aspect du mystère de Jésus mis en lumière par le récit de Marc, il est le Messie-Prêtre : Marc attribue aux chefs des prêtres et à eux seuls, le premier rôle dans la condamnation et la mort de Jésus ; ils tiennent visiblement une grande place dans la tragédie qui est en train de se nouer. Ce sont eux qui amènent Jésus chez Pilate et qui veillent au bon déroulement des opérations : « Dès le matin, les chefs des prêtres tinrent conseil avec les Anciens, les scribes et le Sanhédrin tout entier. Ils lièrent Jésus, l'emmenèrent et le livrèrent à Pilate. » Pilate l'interrogea... et, continue Marc, les chefs des prêtres portaient contre lui beaucoup d'accusations. » (15, 1-3). Un peu plus tard, ce sont eux qui excitent la foule pour qu'elle réclame la libération de Barabbas : « Les chefs des prêtres soulevèrent la foule pour qu'il leur libérât plutôt Barabbas. » (Mc 15, 11). Pilate lui-même n'est pas dupe, puisque Marc précise : « Pilate voyait bien que les chefs des prêtres l'avaient livré par jalousie. » (Mc 15, 10). Une jalousie justifiée, si l'on veut bien admettre que, de bonne foi, ils se sont inquiétés du succès de Jésus, qui, à leurs yeux, entraînait le peuple vers de fausses espérances.

Je note au passage que Marc est le seul avec Jean à parler de pourpre pour le vêtement remis à Jésus pour se moquer de lui. Or la pourpre était la couleur des vêtements des rois et des grands prêtres. Suprême dérision : ceux qui portaient cette pourpre passeront à côté de la vérité. C'est d'un païen que vient la première profession de foi : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! »