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Jour 187 ☼ — Tobie : Fidèle jusqu'au bout, même en exil

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Résumé : Après la traversée de l'évangile selon saint Marc, le frère Paul-Adrien nous ramène dans l'Ancien Testament, de l'autre côté de la catastrophe : nous voici dans la diaspora, chez les Juifs déportés. Le livre de Tobit raconte l'histoire d'un homme de la tribu de Nephtali, déporté à Ninive, resté fidèle à Jérusalem quand tout son peuple sacrifiait aux veaux, faisant l'aumône et enterrant les morts au péril de sa vie — jusqu'à devenir aveugle et se faire railler par sa propre femme. Le commentaire compare Tobit à Job : deux justes frappés par le malheur, mais Job est une figure individuelle et innocente qui se rebelle, tandis que Tobit est une figure collective, solidaire d'un peuple idolâtre. La question change donc : non plus « pourquoi est-ce que je souffre ? », mais « comment rester fidèle en terre d'exil, et pourquoi le rester ? ». L'épisode se termine par l'appel de la Sagesse au chapitre 9 des Proverbes.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

Nous avons terminé l'évangile selon saint Marc, nous retournons dans l'Ancien Testament. Raccrochons les wagons. Souvenez-vous, avant de nous plonger dans Marc, souvenez-vous ? Nous étions dans une citerne avec Jérémie, tandis que les armées de Babylone s'avançaient pour réduire par le feu et par la cendre la ville sainte de Jérusalem. Jour de colère et de ténèbres. C'est pour sécher nos larmes que nous avons fait une pause vers celui, le seul, qui peut nous consoler, Jésus-Christ, dans l'évangile selon saint Marc.

Mais voilà que les larmes sont séchées, nous pouvons retourner dans l'Ancien Testament et, merveille, nous sommes cette fois-ci passés de l'autre côté de la catastrophe. Bienvenue dans la diaspora, chez les Juifs déportés, dont nous allons maintenant suivre les tribulations. Eh oui, l'histoire sainte se poursuit. Malgré tout. Et nous ne sommes pas encore parvenus au sommet de la révélation, il nous faut reprendre notre bâton de pèlerin.

Nous allons commencer avec le livre de Tobie. Tobie, un membre de la tribu de Nephtali, l'une des dix tribus du Nord. Eh oui, souvenez-vous, je vous avais dit que ces dix tribus du Nord allaient s'évanouir et disparaître dans la nature à force d'assimilation. Eh bien, c'est vrai. À l'exception de ce petit livre, le seul dans la Bible qui nous parle de ces Juifs issus des tribus du Nord déportés en Assyrie.

Petit rappel : c'est d'abord les Israélites qui ont commencé à être déportés par l'Assyrie au Nord, et ensuite le royaume du Sud, Juda, Jérusalem, à l'est, à Babylone. C'est bon pour tout le monde ? L'Assyrie avant Babylone. L'Assyrie qui empale ses opposants et qui invente la terreur et l'empire militaire. Nous sommes à Ninive, sa capitale, l'endroit même où Jonas avait auparavant prêché. Eh bien maintenant, c'est là que des Israélites ont été déportés.

Nous sommes au VIIIe siècle. On ne sait pas exactement ; les historiens ont essayé de préciser les noms des empereurs assyriens et s'y sont cassé les dents. Il s'agit peut-être d'une rédaction tardive, peu importe. Le récit est charmant, truculent à souhait, et vous allez vous y plonger sans problème.

Lecture : Tobie 1-2

Voici l'histoire de Tobit, fils de Tobiel, fils d'Ananiel, fils d'Adouel, fils de Gabaël, fils de Raphaël, fils de Ragouel, de la descendance d'Asiel, de la tribu de Nephtali. À l'époque de Salmanasar, roi des Assyriens, Tobit fut déporté de Thisbé. Cette ville se trouve au sud de Qédesh de Nephtali, en haute Galilée, à l'est de Haçor, au-delà de la route qui conduit à l'ouest, au nord de Phogor.

« Moi, Tobit, j'ai marché dans les voies de la vérité, et j'ai fait ce qui est juste tous les jours de ma vie. J'ai fait beaucoup d'aumônes à mes frères et aux gens de ma nation qui avaient été emmenés captifs avec moi au pays des Assyriens, à Ninive.

Quand j'étais jeune, je vivais dans mon pays, la terre d'Israël. Toute la tribu de mon ancêtre Nephtali s'était séparée de la maison de David et de Jérusalem. Et pourtant, cette ville avait été choisie parmi toutes les tribus d'Israël comme lieu de sacrifice pour toutes les tribus d'Israël. Et c'est là qu'avait été consacré le temple où Dieu réside, temple bâti pour toutes les générations à venir.

Tous mes frères, ainsi que la maison de mon ancêtre Nephtali, offraient des sacrifices sur tous les monts de Galilée, en l'honneur du veau que le roi d'Israël Jéroboam avait élevé. Quant à moi, j'étais le seul à me rendre souvent à Jérusalem pour les fêtes, selon ce qui est écrit pour tout Israël dans une ordonnance perpétuelle. J'accourais à Jérusalem, apportant les prémices, les premiers-nés, les dîmes des troupeaux et les premières tontes des brebis. Je les donnais aux prêtres, fils d'Aaron, pour le service de l'autel, et je donnais la dîme du froment, du vin, de l'huile, des grenades, des figues et des autres fruits aux fils de Lévi qui officient à Jérusalem. J'acquittais la deuxième dîme en argent, sauf les années sabbatiques, et j'allais dépenser cette somme à Jérusalem chaque année. La troisième dîme, je la donnais aux orphelins, aux veuves et aux immigrés qui résidaient chez les fils d'Israël ; je la leur apportais tous les trois ans, et nous la mangions, suivant en cela l'ordonnance faite à ce sujet dans la loi de Moïse et les commandements qu'avait donnés Débora, la mère de mon père, car ce dernier était mort, me laissant orphelin.

Quand je fus arrivé à l'âge adulte, je pris femme dans la lignée de nos pères. Et d'elle j'ai eu un fils, que j'appelai Tobie.

Déporté chez les Assyriens, j'arrivai à Ninive. Tous mes frères et les gens de ma race mangeaient la même nourriture que les païens. Mais moi, je me gardais de manger une telle nourriture, et, puisque je me souvenais de mon Dieu de toute mon âme, le Très-Haut m'accorda grâce et beauté aux yeux de Salmanasar, et j'achetai pour le roi tout ce dont il avait besoin. Je me rendais en Médie, et jusqu'à sa mort je fis des achats pour lui. Et dans ce pays de Médie, je confiai à Gabaël, frère de Gabri, des bourses qui contenaient dix talents d'argent.

Quand Salmanasar fut mort et que Sennakérib, son fils, lui succéda, les routes de Médie furent bloquées, et je ne pus continuer à me rendre en Médie.

À l'époque de Salmanasar, je faisais beaucoup d'aumônes à mes frères de race. Je donnais mon pain à ceux qui avaient faim, et des vêtements à ceux qui étaient nus. Si je voyais le cadavre de quelqu'un de ma nation jeté derrière le rempart de Ninive, je l'enterrais. De même, j'enterrais tous ceux que tua Sennakérib. Il faut savoir que, lorsqu'il revint en fuite de Judée, au jour du jugement que lui infligea le roi du ciel pour les blasphèmes qu'il avait proférés, Sennakérib tua dans sa fureur de nombreux fils d'Israël. Je dérobais leurs corps, et je les enterrais. Sennakérib les chercha, et ne les trouva pas. Mais un des habitants de Ninive alla dire au roi que c'était moi qui les enterrais, et je me cachai. Quand j'appris que le roi était renseigné à mon sujet et que j'étais recherché pour être mis à mort, je pris peur et m'enfuis furtivement. Tous mes biens furent saisis, et il ne me resta rien qui ne fût confisqué au profit du trésor royal, sauf ma femme Anna et mon fils Tobie.

Moins de quarante jours plus tard, Sennakérib fut assassiné par deux de ses fils, qui s'enfuirent au mont Ararat, et son fils Assarhaddon lui succéda. Il plaça Ahikar, fils de mon frère Anaël, à la tête de toutes les finances de son royaume, et celui-ci eut donc la haute main sur toute l'administration. Alors Ahikar intervint en ma faveur, et je revins à Ninive. Ahikar, en effet, avait été grand échanson, garde du sceau, chef de l'administration et des finances sous Sennakérib, roi des Assyriens, et Assarhaddon l'avait reconduit dans ses fonctions. Or il était de ma famille, et c'était mon neveu. »

C'est ainsi que, sous le règne d'Assarhaddon, je revins chez moi, et ma femme Anna me fut rendue, ainsi que mon fils Tobie. Lors de notre fête de la Pentecôte, qui est la sainte fête des Semaines, on me prépara un bon repas, et je m'étendis pour le prendre. On plaça devant moi une table, et on me servit quantité de petits plats. Alors je dis à mon fils Tobie : « Va, mon enfant, essaye de trouver parmi nos frères déportés à Ninive un pauvre qui se souvienne de Dieu de tout son cœur. Amène-le-moi pour qu'il partage mon repas ; et moi, mon enfant, j'attendrai que tu sois de retour. »

Tobie partit chercher un pauvre parmi nos frères. À son retour, il dit : « Père ! » Je lui dis : « Qu'y a-t-il, mon enfant ? » Il reprit : « Père, quelqu'un de notre nation a été assassiné. Il a été jeté sur la place publique. Il vient d'y être étranglé. »

Laissant là mon repas avant même d'y avoir touché, je me précipitai. J'enlevai de la place le cadavre, que je déposai dans une dépendance, en attendant le coucher du soleil pour l'enterrer. À mon retour, je pris un bain et mangeai mon pain dans le deuil, en me rappelant la parole que le prophète Amos avait dite sur Béthel : « Vos fêtes se changeront en deuil, et tous vos chants en lamentation. » Et je me mis à pleurer.

Et quand le soleil fut couché, je partis creuser une tombe pour enterrer le mort. Mes voisins se moquaient de moi : « N'a-t-il donc plus peur ? disaient-ils. On l'a déjà cherché pour le tuer à cause de cette manière d'agir, il a dû s'enfuir, et voilà qu'il recommence à enterrer les morts ! »

Cette nuit-là, je pris un bain, puis j'entrai dans la cour de ma maison. Je m'étendis contre le mur de la cour, le visage découvert à cause de la chaleur. Je ne m'aperçus pas qu'il y avait des moineaux dans le mur au-dessus de moi, et leur fiente me tomba toute chaude dans les yeux. Je me rendis chez les médecins pour être soigné, mais plus ils m'appliquaient leur baume, et plus ce voile blanchâtre m'empêchait de voir. Et je finis complètement aveugle. Je restai privé de vue pendant quatre ans. Ahikar pourvut à mes besoins pendant deux ans, jusqu'à son départ pour l'Élymaïde.

Pendant ce temps, ma femme Anna, pour gagner sa vie, exécutait des travaux d'ouvrière, qu'elle livrait à ses patrons, et ceux-ci lui réglaient son salaire. Or, le sept du mois de Distros, elle acheva une pièce de tissu et l'envoya à ses patrons. Ils lui réglèrent tout ce qu'ils lui devaient, et, pour un repas de fête, ils lui offrirent un chevreau pris à sa mère. Arrivé chez moi, le chevreau se mit à bêler. J'appelai ma femme et lui dis : « D'où vient ce chevreau ? N'aurait-il pas été volé ? Rends-le à ses propriétaires, car nous ne sommes pas autorisés à manger quoi que ce soit de volé. » Elle me dit : « Mais c'est un cadeau qu'on m'a fait, en plus de mon salaire. » Je refusai de la croire, et je lui dis de le rendre à ses propriétaires, et je me fâchai contre ma femme à cause de cela. Alors elle me répliqua : « Qu'en est-il donc de tes aumônes ? Qu'en est-il de tes bonnes œuvres ? On voit bien maintenant ce qu'elles signifiaient ! »

Commentaire

Ah ! Tobit, ça ne va pas fort. Nous le quittons en plein désarroi. Et pour comprendre et son désarroi et le livre que nous allons lire, peut-être que le plus simple, c'est de le comparer à Job.

Tobit, comme Job, sont deux figures de justice, droits devant Dieu. Et même Tobit encore plus que Job, parce que Tobit, qui faisait partie d'un peuple idolâtrique, les tribus du Nord, qui adoraient Dieu sous la forme d'un veau d'or à Dan et à Béthel, Tobit était resté fidèle à Yahvé, au sanctuaire de Jérusalem. Et nous le voyons, en plein exil, continuer de prendre soin des préceptes de la Torah et de son peuple.

Mais voilà que Tobit, comme Job, sont victimes du sort. Job par le haut, parce que Satan est derrière lui ; et Tobit par le haut aussi, à cause d'un oiseau qui, parfois dans la littérature antique, symbolise le démon. Et, comble du parallèle, Tobit comme Job se font moquer d'eux par leur femme.

Mais le parallèle s'arrête là. Et la différence qu'il y a entre Job et Tobit, c'est précisément ce qui va nous permettre de mieux comprendre Tobit. Job, vous voyez, est une figure individuelle. Et en plus, il est innocent. Il remet en cause la doctrine traditionnelle de la rétribution, et il se rebelle contre Dieu : « Quoi ? Mais je n'ai rien fait ! Pourquoi est-ce que je souffre ? »

Tobit, lui, est une figure collective. Il représente la communauté juive restée fidèle en exil. Il y a plus que Tobit derrière Tobit. Et on aura du mal à voir en Tobit une figure totalement innocente, parce que même s'il est fidèle, il reste solidaire d'un peuple idolâtre que Dieu a voulu châtier.

Donc la question que va soulever Tobit est différente de celle de Job. Job, c'est : pourquoi est-ce que je souffre ? Tobit, ce sera : comment rester fidèle en terre d'exil, alors qu'il n'y a plus aucune institution religieuse qui me permette d'offrir des sacrifices ? Et deuxième question, plus insidieuse : pourquoi est-ce que je resterais fidèle à Dieu ? Après tout, il a tout perdu. Il a perdu son pays, son peuple, ses lois, ses institutions. Pourquoi est-ce qu'il n'adopterait pas les dieux des étrangers, après tout ?

Job posait à Dieu le défi de la rébellion. Tobit, lui, pose à Dieu un autre défi. Si Dieu veut garder son peuple, il va bien falloir que d'une manière ou d'une autre il se manifeste à lui pour le garder. Parce qu'après tout, c'est une vraie question : pourquoi est-ce que les Israélites resteraient fidèles à Dieu en terre étrangère ? Ils ont déjà tout perdu. Eh bien ça, c'est ce qu'on verra dans la suite.

En attendant, petit interlude poétique. On va mettre de côté un instant les psaumes — il nous en reste quatorze à lire — et on va rouvrir le livre des Proverbes, qu'on avait commencé quand on lisait la Genèse. Ces proverbes, je vous les ai groupés par cinq pour que vous puissiez mieux les goûter.

Proverbes 9,1-6

La Sagesse a bâti sa maison, elle a taillé sept colonnes, elle a tué ses bêtes et préparé son vin, puis a dressé la table.

Elle a envoyé ses servantes, elle appelle sur les hauteurs de la cité : « Vous, étourdis, passez par ici ! » À qui manque de bon sens, elle dit : « Venez, mangez de mon pain, buvez le vin que j'ai préparé. Quittez l'étourderie et vous vivrez, prenez le chemin de l'intelligence. »


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