Jour 187 ☾ — Jérémie : Tenir bon face aux idoles
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Résumé : Après Tobit et la déportation au nord vers Ninive, le frère Paul-Adrien nous emmène à l'est, à Babylone, avec la lettre de Jérémie conservée au chapitre 6 du livre de Baruch. Cinquante versets entièrement consacrés à ridiculiser l'idolâtrie : ces dieux d'or, d'argent et de bois qu'on porte sur les épaules, qu'on habille, qu'on protège des voleurs, et qui ne peuvent ni parler, ni voir, ni se sauver eux-mêmes. La question centrale de la lettre est celle des exilés : comment vivre au milieu d'un peuple païen sans se laisser prendre ? Plutôt qu'un commentaire, le frère propose de passer directement à la prière, en cherchant ce qui, dans nos vies, tient la place de l'idole.
Introduction
Un coup au nord, un coup à l'est ! Avec Tobit, nous étions au nord, dans la déportation à Ninive, et voilà que maintenant nous allons faire un tour du côté de la déportation à l'est, à Babylone.
Dans le deuxième épisode de la journée, je vous propose de lire la lettre de Jérémie. Jérémie ! Même quand il n'y en a plus, il y en a encore. La lettre que nous allons lire de lui se trouve dans le livre de Baruch, au sixième chapitre, parce qu'on pense que c'est son scribe Baruch qui l'a écrite, mais cette lettre vient du prophète Jérémie.
Je n'avais pas voulu lire cette lettre avant, parce qu'elle parle vraiment des problèmes que rencontrent les exilés, donc je l'ai gardée pour là, maintenant. La question centrale que va poser cette lettre, c'est : vous faites pas avoir, les petits gars, vous faites pas avoir par l'idolâtrie. Faites attention à vous. Comment vivre au milieu d'un peuple païen ? Cinquante versets destinés à ridiculiser l'idolâtrie.
Lecture : Baruch 6
Copie de la lettre que Jérémie envoya à ceux qui allaient être emmenés captifs à Babylone par le roi des Babyloniens, pour leur annoncer ce que Dieu lui avait prescrit.
À cause des péchés que vous avez commis devant Dieu, vous allez être emmenés captifs à Babylone par Nabuchodonosor, roi des Babyloniens. Une fois arrivés à Babylone, vous y resterez bien des années, un temps très long, jusqu'à la septième génération. Mais après cela, je vous en ferai sortir en paix.
À Babylone, vous verrez des dieux d'argent, d'or et de bois, que l'on porte sur les épaules et qui inspirent la crainte aux nations païennes. Soyez donc sur vos gardes. Ne devenez pas vous aussi pareils aux étrangers. Ne vous laissez pas envahir par la crainte envers ces dieux. Lorsque vous verrez la foule se prosterner devant et derrière eux, dites-vous plutôt que vous êtes en paix. Mon ange est avec vous, lui qui demandera compte de vos âmes.
La langue de ces dieux est poncée par un artisan. Elle est recouverte d'or et d'argent, mais ils ne sont que mensonges. Ils ne peuvent parler. Comme pour une jeune fille qui aime à se parer, ces gens prennent de l'or dont ils fabriquent des couronnes pour les têtes de leurs dieux. Il arrive même parfois que les prêtres dérobent à leurs dieux de l'or et de l'argent pour leurs propres dépenses, et qu'ils en donnent aussi aux prostituées sacrées.
Ces dieux d'or, d'argent et de bois, on les pare de vêtements comme des hommes, eux qui ne peuvent se défendre ni de la rouille ni des mites. Ils sont revêtus d'un habit de pourpre, mais on leur essuie le visage à cause de la poussière du temple qui s'accumule sur eux. L'un tient un sceptre comme le juge d'un grand pays, mais il ne peut pas faire périr celui qui l'offense. Un autre tient un poignard dans la main droite, et une hache, mais il ne peut se défendre ni de la guerre ni des brigands. Voilà pourquoi il est clair que ce ne sont pas des dieux. Ne les craignez donc pas.
Comme l'outil d'un homme devient inutile quand il se brise, ainsi en va-t-il de leurs dieux. À peine sont-ils installés dans leurs temples, que leurs yeux sont remplis de la poussière soulevée par les pieds de ceux qui y entrent. Comme on ferme les portes de toutes parts sur un homme qui a offensé le roi, en vue de le conduire à la mort, ainsi les prêtres font-ils de leurs temples des forteresses, avec des portes munies de verrous et de barres, par crainte d'un pillage de voleurs. Ils allument des lampes, bien plus que pour eux-mêmes, alors que ces dieux sont incapables d'en voir une seule.
Ils sont comme l'une des poutres du temple, dont on dit que le cœur est rongé. Ces dieux ne remarquent pas les insectes qui, sortant de la terre, les dévorent, ainsi que leurs vêtements. Leurs visages sont noircis par la fumée qui s'élève dans le temple. Au-dessus de leur corps et de leur tête volent des chauves-souris, des hirondelles et d'autres oiseaux. Il y a même des chats. Voilà pourquoi vous comprendrez que ce ne sont pas des dieux. Ne les craignez donc pas.
L'or dont on les recouvre pour les rendre beaux, si personne n'en essuie la surface ternie, ce n'est certes pas eux qui le feront briller, car même quand on les fondait, ils ne sentaient rien. On les achète à un prix exorbitant, eux qui n'ont pas le moindre souffle. Et comme ils n'ont pas de pieds, on les porte sur les épaules. Ils montrent ainsi aux hommes ce qui fait leur déshonneur. Même ceux qui les servent en éprouvent de la honte, car pour les empêcher de tomber à terre, ils les soutiennent. Si quelqu'un les met debout, ils ne se déplaceront pas d'eux-mêmes. S'ils penchent, ils ne peuvent pas davantage se redresser, mais c'est comme à des morts qu'on leur présente des offrandes.
Les victimes qui leur sont offertes, les prêtres les revendent et en tirent profit. De même, leurs femmes aussi en prennent une partie pour les saler. La femme en état d'impureté et la femme qui vient d'accoucher ont un contact avec ces offrandes. Sachant donc par là que ce ne sont pas des dieux, ne les craignez pas.
D'où vient qu'on les appelle des dieux, alors que des femmes présentent des offrandes à ces dieux d'argent, d'or et de bois ? Les prêtres siègent dans leur temple avec des habits déchirés, les cheveux et la barbe rasés, la tête découverte. Ils poussent des hurlements et crient devant leurs dieux comme des gens qui prennent part à un repas funèbre. Ils enlèvent le vêtement des dieux pour en habiller leurs femmes et leurs enfants.
Quelqu'un fait-il du mal ou du bien à ces dieux, ils sont incapables de le rendre, incapables aussi d'établir ou de destituer un roi. Et de même, ils ne pourront donner ni richesse ni argent. Si quelqu'un ne s'acquitte pas d'un vœu qu'il leur a fait, ils ne pourront jamais le réclamer. Ils n'arracheront pas un homme à la mort. Ils ne délivreront pas le faible des mains d'un puissant. À l'aveugle, ils ne pourront rendre la vue, ni délivrer l'homme en détresse. Ils n'éprouveront aucune compassion pour la veuve. Ils ne seront d'aucun secours à l'orphelin. Ils sont pareils aux pierres extraites de la montagne, ces objets de bois recouverts d'or et d'argent, et ceux qui les servent seront couverts de honte. Comment donc peut-on penser ou proclamer que ce sont des dieux ?
Bien plus, les Chaldéens eux-mêmes les déshonorent. Car lorsqu'ils voient un muet qui ne peut pas parler, ils le présentent à Bel en demandant qu'il recouvre la voix, comme si ce dieu était capable de percevoir quoi que ce soit. Eux-mêmes sont incapables, même quand ils réfléchissent, d'abandonner ces dieux, tant le bon sens leur manque.
Quant aux femmes, elles s'entourent d'une corde et s'installent sur les chemins pour brûler du son comme un encens. Quand l'une d'entre elles, entraînée par quelque passant, a couché avec lui, elle se moque de sa voisine, qui n'a pas obtenu le même honneur et dont la corde n'a pas été rompue. Ce n'est que mensonge, tout ce qui se fait pour eux. Comment donc peut-on aller jusqu'à penser ou proclamer que ce sont des dieux ?
Fabriqués par des menuisiers et des orfèvres, ils ne sauraient devenir autre chose que ce que veulent ces artisans. Et ceux qui les fabriquent, eux-mêmes, ne vivront pas longtemps. Comment donc les objets de leur fabrication seraient-ils des dieux ? Oui, ces hommes n'auront laissé que mensonge et dérision à ceux qui viendront après eux.
Quand une guerre ou des malheurs s'abattent sur ces dieux, les prêtres délibèrent pour savoir où se cacher avec eux. Comment donc ne pas percevoir qu'ils ne sont pas des dieux, alors qu'ils ne se sauvent pas eux-mêmes, ni de la guerre, ni des malheurs ? Il sera évident que ce ne sont pas des dieux, mais des ouvrages de main d'homme, et qu'en eux rien n'est l'œuvre d'un dieu.
Pour qui donc n'est-il pas clair que ce ne sont pas des dieux ? Ils ne sauraient ni instituer un roi dans son pays, ni donner l'appui aux hommes, ni rendre un jugement concernant leur propre cause, ni défendre un opprimé. Ils ne sont bons à rien, pareils à des corneilles entre ciel et terre.
Oui, si un feu tombait sur le temple de ces dieux en bois recouverts d'or et d'argent, leurs prêtres prendraient la fuite et seraient sauvés, mais eux seraient entièrement consumés comme des poutres au milieu des flammes. Ils ne peuvent opposer de résistance ni à un roi, ni à des ennemis. Comment donc admettre ou penser que ce sont des dieux ? Ils ne sauraient se protéger ni des voleurs, ni des brigands, ces dieux de bois recouverts d'argent et d'or. Les hommes forts leur arracheront l'or et l'argent et s'en iront en emportant les habits qui les couvraient, sans que ces dieux ne puissent se porter secours à eux-mêmes. Aussi vaut-il mieux être un roi déployant son courage, ou, dans une maison, un outil efficace dont fait usage son propriétaire, que d'être ces faux dieux.
Car le soleil, la lune et les étoiles, qui brillent et ont mission de servir, obéissent. De même l'éclair, beau à voir quand il jaillit, et le vent lui-même qui souffle en tout pays, et les nuages, quand Dieu leur ordonne de parcourir toute la terre : tous ils accomplissent son ordre. Le feu lui aussi fait ce qui lui est commandé. Or ces dieux ne leur sont comparables, ni en beauté, ni en puissance. Voilà pourquoi il ne faut pas penser ni proclamer que ce sont des dieux, eux qui ne sont pas capables de rendre un jugement ni de faire du bien aux hommes. Sachant donc que ce ne sont pas des dieux, ne les craignez pas.
Ils ne peuvent montrer parmi les nations des signes dans le ciel, ni resplendir comme le soleil, ou briller comme la lune. Les bêtes sauvages leur sont supérieures, elles qui peuvent fuir vers une tanière pour se mettre elles-mêmes à l'abri. D'aucune manière donc il n'est évident pour nous qu'ils sont des dieux. Aussi ne les craignez pas.
Comme dans un champ de concombres un épouvantail qui ne garde rien, ainsi en est-il de leurs dieux de bois recouverts d'or et d'argent. Un buisson d'épines dans un jardin, où viennent se poser tous les oiseaux ; un cadavre jeté dans un endroit ténébreux : voilà à quoi ressemblent leurs dieux de bois recouverts d'or et d'argent. À voir se tenir sur eux la pourpre et l'éclat, vous comprendrez que ce ne sont pas des dieux. Ils finiront par être eux-mêmes dévorés et deviendront la risée du pays.
Mieux vaut l'homme juste qui n'a pas d'idole : il sera à l'abri de la dérision.
Commentaire
Bon, la lecture était très longue. Elle était très longue, mais elle n'était pas très difficile à comprendre. En tout cas, j'ai choisi, plutôt que de faire un commentaire, d'essayer de respecter mon timing. Vous ne m'en voudrez pas si jamais j'essaye de vous proposer directement de faire un tour du côté de la prière.
À vous de voir ce qui, dans votre vie, peut être du côté de l'idole, de la vanité : que ce soit dans notre culte à la technologie, le culte aux écrans, ou tout simplement ce qu'il y a de superficiel dans nos vies. Pour nous, tournons-nous vers Dieu.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.
Seigneur, moi aussi qui suis un étranger, j'élève les mains vers toi. Moi qui suis un chrétien dans une terre qui n'est pas chrétienne, et qui essaye de vivre selon tes préceptes dans une nation qui parfois se moque de ma foi, je te demande la grâce de rester fier de ce en quoi je crois, de rester fidèle à tes préceptes et de garder mes yeux de l'idolâtrie.
Purifie mon regard de tout ce qui est vanité. Seigneur, fais que mon cœur s'attache à toi, et à toi uniquement ; qu'il y ait de la place dans ma vie pour toi. Seigneur, protège ma foi en terre d'exil.