Jour 188 ☼ — Quand Dieu répond en envoyant un ange
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Résumé : Dans cet épisode consacré aux chapitres 3 et 4 du livre de Tobie, le frère Paul-Adrien lit la prière de Tobit devenu aveugle, celle de Sarah insultée par la servante de son père, puis l'envoi de l'ange Raphaël pour les guérir tous les deux, et enfin le long testament que Tobit adresse à son fils Tobie. Le commentaire montre que Dieu répond à la question laissée ouverte la veille — comment protéger son peuple en terre d'exil — par la providence angélique. Avec Raphaël apparaît pour la première fois un ange nommé, qui accompagne une histoire personnelle du début à la fin : c'est le développement d'une véritable angélologie. Le frère brosse le portrait de cet archange de la guérison et du voyage, compagnon de route discret, « l'ange de nos solitudes », et le plus sous-coté des trois. L'épisode se termine par les Proverbes 9, 7-12.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
On ne l'introduit plus, vous l'attendez tous avec impatience, ce petit récit truculent dans lequel nous replongeons. Tobit. Tobit, que nous avons laissé aveugle parce qu'un oiseau lui a fait ses besoins dessus. Ah ! Comment va-t-il réagir ? Vite ! Tobie, chapitres 3 et 4.
Lecture : Tobie 3-4
La mort dans l'âme, je gémissais et je pleurais, puis, au milieu de mes gémissements, je commençai à prier :
« Tu es juste, Seigneur, toutes tes œuvres sont justes, tous tes chemins, miséricorde et vérité. C'est toi qui juges le monde. Et maintenant, Seigneur, souviens-toi de moi et regarde. Ne me punis pas pour mes péchés, mes égarements, ni pour ceux de mes pères qui ont péché devant toi et refusé d'entendre tes commandements.
Tu nous as livrés au pillage, à la déportation et à la mort, pour être la fable, la risée, le sarcasme de toutes les nations où tu nous as disséminés. Et maintenant encore, ils sont vrais, les nombreux jugements que tu portes contre nous, pour mes péchés et ceux de mes pères, qui n'avons pas pratiqué tes commandements ni marché dans la vérité.
Et maintenant, agis avec moi comme il te plaira, ordonne que mon souffle me soit repris, pour que je disparaisse de la face de la terre et devienne moi-même terre. Pour moi, mieux vaut mourir que vivre, car j'ai entendu des insultes mensongères, et je suis accablé de tristesse. Seigneur, ordonne que je sois délivré de cette adversité, laisse-moi partir au séjour éternel et ne détourne pas de moi ta face, Seigneur. Car, pour moi, mieux vaut mourir que de connaître tant d'adversité à longueur de vie. Ainsi, je n'aurai plus à entendre de telles insultes ! »
Or, ce jour-là, Sarah, la fille de Raguel d'Ecbatane, en Médie, se fit elle aussi insulter par une jeune servante de son père. Elle avait été en effet mariée sept fois, et Asmodée, le pire des démons, tuait les maris avant qu'ils ne se soient approchés d'elle. Donc la servante dit à Sarah : « C'est toi qui as tué tes maris ! En voilà déjà sept à qui tu as été donnée en mariage, et d'aucun d'entre eux tu n'as porté le nom. Pourquoi nous fouetter sous prétexte que tes maris sont morts ? Va les rejoindre ! Puissions-nous ne jamais voir de toi un fils ni une fille ! »
Avec l'intention de se pendre. Mais, à la réflexion, elle se dit : « Eh bien non. On irait insulter mon père et lui dire : "Tu n'avais qu'une fille, une fille très aimée, et elle s'est pendue à cause de ses malheurs." Et je ferais ainsi descendre mon vieux père, plein de tristesse, au séjour des morts. Mieux vaut pour moi ne pas me pendre, mais supplier le Seigneur de me faire mourir, pour que je n'aie plus à entendre de telles insultes à longueur de vie. »
À l'instant même, elle étendit les mains vers la fenêtre et fit cette prière : « Béni sois-tu, Dieu de miséricorde, béni soit ton nom pour les siècles, que tes œuvres te bénissent à jamais. Et maintenant, j'élève vers toi mon visage et mes yeux. Parle, que je disparaisse de la terre et n'aie plus à entendre d'insultes. Que je n'aie pas à déshonorer mon nom, ni le nom de mon père, sur ma terre d'exil. Je suis la fille unique de mon père. Il n'a pas d'autre enfant pour hériter de lui, ni de parents proches ou lointains pour qui je devrais me garder comme épouse. J'ai déjà perdu sept maris. À quoi bon vivre encore ? Et s'il ne te semble pas bon de me tuer, Seigneur, entends au moins l'insulte qui m'est faite. »
À cet instant précis, la prière de l'un et de l'autre fut portée en présence de la gloire de Dieu, où elle fut entendue. Et Raphaël fut envoyé pour les guérir tous deux : à Tobit, pour enlever le voile blanchâtre qui couvrait ses yeux, afin que, de ses yeux, il voie la lumière de Dieu ; et à Sarah, fille de Raguel, pour la donner en mariage à Tobie, fils de Tobit, et expulser d'elle Asmodée, le pire de tous les démons.
« Or, ne devrais-je pas appeler mon fils Tobie et lui parler de cet argent avant de mourir ? » Il appela son fils Tobie, qui vint à lui. Tobit lui dit :
« Mon enfant, quand je mourrai, enterre-moi dignement. Honore ta mère et ne l'abandonne pas aussi longtemps qu'elle vivra. Fais ce qui lui est agréable et ne l'attriste en rien. Souviens-toi, mon enfant, de tous les risques qu'elle a courus pour toi quand tu étais dans son sein. Quand elle mourra, enterre-la auprès de moi, dans le même tombeau.
Chaque jour, mon enfant, souviens-toi du Seigneur. Garde-toi de pécher et de transgresser ses commandements. Fais ce qui est juste tous les jours de ta vie et ne marche pas dans les voies de l'injustice, car ceux qui agissent selon la vérité réussiront dans leurs entreprises, comme tous ceux qui pratiquent la justice.
Fais l'aumône avec les biens qui t'appartiennent. Ne détourne ton visage d'aucun pauvre, et le visage de Dieu ne se détournera pas de toi. Mon fils, agis suivant ce que tu as : si tu es dans l'abondance, donne davantage ; mais si tu as peu, donne selon le peu que tu as. Quand tu fais l'aumône, mon fils, n'aie aucun doute : tu te constitues un beau trésor pour tes jours de détresse, car l'aumône délivre de la mort et empêche d'aller dans les ténèbres. Pour tous ceux qui la pratiquent, elle est une bonne offrande devant le Dieu très-haut.
Mon fils, garde-toi de toute union illégale. Et, tout d'abord, prends femme dans la descendance de tes pères. Ne prends pas une étrangère, car nous sommes les fils des prophètes : de Noé, qui fut le premier prophète, d'Abraham, Isaac et Jacob, nos pères des origines. Souviens-toi, mon fils : ils ont tous pris femme dans le clan de leurs frères, et ils ont été bénis dans leurs fils, et leur descendance aura un héritage.
Quant à toi, mon fils, aime tes frères, et ne jette pas un regard orgueilleux sur les filles de tes frères, car dans l'orgueil il y a ruine et grand désordre, et dans une conduite indigne, abaissement et indigence extrême : c'est le début de la misère.
Donne son salaire à quiconque aura travaillé pour toi, paie-le aussitôt, et ne garde chez toi le salaire de personne. Ta récompense ne tardera pas si tu sers Dieu en vérité.
Sois vigilant, mon fils, et fais preuve de sagesse dans toutes tes actions et toutes tes paroles. Ne fais à personne ce que tu détestes, et que cela n'entre pas dans ton cœur aucun jour de ta vie. Donne de ton pain aux affamés, de tes vêtements à ceux qui sont nus. En outre, fais l'aumône de tout ton superflu.
Mon fils, répands ton pain et ton vin sur la tombe des justes, et ne donne rien aux pécheurs. Prends conseil auprès d'un homme sage et ne méprise aucun conseil utile. En toute occasion, bénis ton Dieu. Demande-lui de rendre droits tes chemins et de bien orienter tes pensées, car les nations païennes ne pensent rien de bon. C'est le Seigneur qui donne conseil. Le Seigneur abaisse qui il veut jusqu'au fond du séjour des morts. Ainsi donc, mon enfant, souviens-toi de ses commandements, et qu'ils ne s'effacent pas de toi.
À présent, mon enfant, je te signale que j'ai mis en dépôt dix talents d'argent chez Gabaël, le frère de Gabri, à Ragès de Médie. Ne t'effraie pas, mon enfant, si nous sommes devenus pauvres. Tu as de grands biens si tu crains Dieu, si tu fuis tout péché et si tu fais le bien devant le Seigneur ton Dieu. »
Commentaire
Je vous avais posé une question au dernier épisode. Si Dieu voulait garder son peuple en terre d'exil, il faudra bien que, d'une manière ou d'une autre, Dieu continue de le protéger, de se manifester à lui. Et là, vous avez la réponse, sous la forme de la providence angélique.
Nouveau développement dans l'histoire du salut. Jusqu'à présent, Dieu ne se manifestait qu'aux grands héros, aux patriarches, aux prophètes. Mais avec les anges, on pourrait dire que Dieu démocratise ses manifestations. Vous allez me dire : des anges, on en a vu beaucoup. Oui : l'ange exterminateur, l'ange qui est envoyé à la mère de Samson. Oui. Mais c'est quand même la première fois que nous avons un ange personnalisé au point d'avoir un nom, et qui va aussi accompagner nos histoires personnelles du début à la fin. Ça, c'est une nouveauté.
Plus tard, dans le livre de Tobie, chapitre 12, on vous dira même que Raphaël est l'un de ces sept anges qui se tiennent devant la gloire du Seigneur. C'est le développement d'une angélologie, là : on leur donne un nom, et on vous dit même qu'il y a des groupes. Un groupe d'anges, là, un groupe de sept, que la tradition assimilera plus tard aux archanges, dont trois, et trois seulement, sont connus : Gabriel, Michel et Raphaël. Là, nous sommes en terre d'exil, et nous voyons la révélation qui progresse, ici, sous la forme d'une angélologie plus élaborée. Les questions que nous avions abordées la dernière fois, Dieu y répond. Peut-être pas à la manière d'un grand discours ou de solutions magiques, mais il y répond de manière pratique : en envoyant un ange.
Bon, revenons un instant, si vous le voulez bien, un peu plus sur ce Raphaël. C'est qui, Raphaël ? Raphaël, ça signifie « Dieu guérit ». Raphaël, c'est l'ange du voyage intérieur comme du voyage extérieur. Il est moins connu que ses compères Gabriel et Michel. Il apparaît ici sous les traits d'un homme humble, discret, compagnon de route. Il ne se présente pas comme un envoyé céleste, mais il marche au côté de l'homme : c'est, avant l'heure, un ange gardien.
Là, vous allez le voir au cours de ce récit, il n'impose rien. On peut lui parler avec simplicité. Il ne guide pas, il oriente. Il est l'image de la providence : c'est derrière les coïncidences, les rencontres, les détours du destin. Il y a un ange, Raphaël, l'ange de la guérison, qui œuvre silencieusement pour que la volonté de Dieu se réalise dans le concret.
Il ne brille pas comme Gabriel, qui est l'ange des révélations extraordinaires, celui qui fut envoyé à Marie. Il ne fait pas peur comme Michel, avec l'épée flamboyante, qui combat le diable. Il est celui qui guérit la maladie physique, mais aussi les maladies spirituelles, les liens brisés, les peurs, les solitudes. C'est un compagnon. Il est l'ange de nos solitudes. Non, vraiment, vous allez voir, tout au long de ce récit, Raphaël, c'est l'archange le plus sous-coté.
Et maintenant, si vous le voulez bien, retournons du côté du livre des Proverbes.
Proverbes 9,7-12
Qui corrige l'homme insolent ne reçoit que mépris. Qui reprend le méchant s'en trouve sali. Ne reprends pas l'insolent : il va te haïr. Reprends le sage : il t'aimera. Si tu donnes au sage, il devient plus sage. Si tu instruis le juste, il progresse encore.
La sagesse commence avec la crainte du Seigneur. Connaître le Dieu saint, voilà l'intelligence. Par moi se multiplient tes jours et s'augmentent les années de ta vie. Si tu es sage, c'est pour toi que tu es sage. Si tu fais l'insolent, toi seul en pâtiras.
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