Jour 189 ☾ — Quand Dieu émonde pour faire fleurir
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Résumé : Dans cet épisode consacré aux chapitres 2 à 4 du livre d'Isaïe, le frère Paul-Adrien explique d'abord pourquoi ce livre ne commence pas par le récit de vocation du prophète : ici, c'est le message qui prime sur la personne, et les premiers chapitres posent la ligne éditoriale de tout l'ouvrage. La lecture déploie la théologie de Sion, mais renversée : la maison de Jacob y est reléguée au rang des nations et doit, comme elles, converger de nouveau vers Jérusalem. Suivent les oracles contre l'orgueil des hommes, contre les chefs indignes et contre les coquettes de Sion, avant la promesse du germe que fera grandir le Seigneur. Le commentaire s'arrête sur le sarcasme divin envers le luxe insouciant de l'aristocratie et sur le symbole du dais nuptial, image de l'alliance purifiée.
Introduction
Nous continuons notre livre d'Isaïe. Deux petites remarques sur ces premiers chapitres d'Isaïe. Deux petites remarques, deux petites interrogations sur lesquelles les exégètes se sont cassé les dents.
D'abord, les oracles ne semblent pas être dans l'ordre chronologique. Alors, on ne va pas refaire toute l'histoire de tel roi qui correspond à tel oracle pour voir ce qui a été déplacé et ce qui n'a pas été déplacé, mais de manière manifeste, il y a eu un travail de compilation pour mettre les oracles dans un autre ordre. Oui, mais lequel ? Pourquoi l'avoir fait ?
Deuxième interrogation. Normalement, un livre prophétique, ça commence par un appel, par la vocation. C'est ce qu'on avait eu dans le livre de Jérémie et c'est ce que vous aurez plus tard dans le livre d'Ézéchiel. Et là, on ne commence pas par vous dire la vocation d'Isaïe. On commence directement par des oracles qui prophétisent la fin du monde. Pourquoi ?
Les exégètes se sont cassé les dents sur ces deux interrogations jusqu'à ce que l'un d'entre eux trouve la réponse. C'est très simple. Au début, ce qui est donné, c'est ce que Dieu veut que l'on dise. C'est moins la personne du prophète qui est importante ici que le message. Je dis ça, ça veut dire des choses très particulières. Avec Jérémie, on avait vu que c'était la personne du prophète qui était importante. Vous avez vu toutes les tribulations que Jérémie a endurées. Isaïe, on ne connaît pas grand-chose de sa vie. C'est le message qui est important. Donc, dans les premiers chapitres, Dieu commence par établir la ligne éditoriale de tout le livre d'Isaïe. Voilà ce dont il va être question dans tout ce livre. Et après, on parlera du prophète Isaïe.
Donc, on continue. Dans le premier chapitre, vous avez eu un constat accablant d'un pays qui refusait de comprendre ce qui était en train de se passer, comment est-ce qu'il pouvait survivre, et tout allait à la destruction. Vous avez entendu le sarcasme d'un Dieu qui n'en peut plus : « Je n'en peux plus de vos néoménies », avec un ton sarcastique, la colère qui est prête de s'abattre.
Là, maintenant, dans cette partie-là, on va introduire quelque chose de nouveau. On va vous parler de la restauration de Jérusalem. Alors là, tout le monde applaudit et se dit : « Ouais, super, on est passé de la colère à la réconciliation. » Enfin, oui et non, c'est plus subtil que ça. C'est ce qu'on appelle la théologie de Sion. La théologie de Sion, ça veut dire que Sion va être exposée comme phare du monde entier vers lequel tout le monde va converger. Sauf qu'Isaïe va changer un tout petit peu la donne.
Le jour du Seigneur qui, normalement, devait permettre d'établir Sion à la tête de l'humanité, dans les versets 1 à 5 — je le dis là maintenant parce que ça va être le tout, tout début, donc faites attention, ce sera le début de la lecture, d'accord ? « Il arrivera dans les derniers jours que la montagne de la maison du Seigneur se tiendra plus haute que les monts, s'élèvera au-dessus de toutes les collines. » Tout le monde applaudit. « Vers elle afflueront toutes les nations et viendront des peuples nombreux. » Tout le monde continue d'applaudir. « Ils diront : Venez, montons à la montagne du Seigneur », etc., etc. Mais verset 5, ce qu'on vous dit tout de suite : « Venez, maison de Jacob, marchons à la lumière du Seigneur. »
Alors, tout le monde trouve ça magnifique et c'est vrai que c'est magnifique. Mais il faut bien comprendre ce que ça veut dire. « Venez, maison de Jacob, marchons à la lumière du Seigneur. » Ça veut dire ici que la maison de Jacob, c'est-à-dire le peuple juif, est reléguée au rang des nations. Ça devient une nation parmi les autres, qui doit converger, retourner, affluer vers Jérusalem. Vous voyez le petit changement ?
Et d'ailleurs, juste après, le verset 6 vous dira : « Oui, tu as délaissé ton peuple, la maison de Jacob, car ils sont remplis des superstitions de l'Orient. Ils exercent la divination comme les Philistins. Ils applaudissent aux pratiques étrangères. » Sous-entendu, la nation juive est devenue une nation exactement comme les autres. Et si elle veut être sauvée, elle doit faire comme toutes les autres nations. Elle doit se remettre à rechercher Dieu. Elle doit se remettre à pratiquer et à suivre les lois. Et elle aussi, parmi toutes les nations, convergera vers Jérusalem. Jérusalem qui lui sera peut-être redonnée. Mais vous voyez quand même, on est descendu du piédestal.
Donc ça, c'est les versets 1 à 5. Et puis ensuite, tout le reste de la lecture d'aujourd'hui va développer ce thème. On va repartir à Jérusalem qui, au lieu d'être un phare pour les nations, s'était rempli d'idoles comme les nations, d'un peuple arrogant, du jour du Seigneur où tout va s'effondrer. Et puis ensuite, d'un reste purifié. Et puis Dieu qui va replanter une présence protectrice. Trois chapitres : Isaïe chapitre 2, chapitre 3, chapitre 4.
Lecture : Isaïe 2-4
Parole d'Isaïe, fils d'Amots, ce qu'il a vu au sujet de Juda et de Jérusalem.
Il arrivera dans les derniers jours que la montagne de la maison du Seigneur se tiendra plus haute que les monts, s'élèvera au-dessus des collines. Vers elle afflueront toutes les nations et viendront des peuples nombreux. Ils diront : « Venez, montons à la montagne du Seigneur, à la maison du Dieu de Jacob. Qu'il nous enseigne ses chemins et nous irons par ses sentiers. » Oui, la loi sortira de Sion et de Jérusalem la parole du Seigneur. Il sera juge entre les nations et l'arbitre de peuples nombreux. De leurs épées, ils forgeront des socs et de leurs lances des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l'épée. Ils n'apprendront plus la guerre. Venez, maison de Jacob, marchons à la lumière du Seigneur.
Oui, tu as délaissé ton peuple, la maison de Jacob, car ils sont remplis des superstitions de l'Orient. Ils exercent la divination comme les Philistins. Ils applaudissent aux pratiques étrangères. Le pays est rempli d'or et d'argent. On ne peut compter ses trésors. Le pays est rempli de chevaux. On ne peut compter ses chars. Le pays est rempli de faux dieux. Les gens se prosternent devant l'ouvrage de leurs mains, devant ce que leurs doigts ont fabriqué. L'être humain sera humilié. L'homme sera abaissé. Tu ne saurais leur pardonner.
Entre dans les rochers. Cache-toi dans la poussière, épouvanté, loin du Seigneur, loin de l'éclat de sa majesté. Les regards arrogants des humains seront abaissés et la prétention des hommes sera humiliée. Seul le Seigneur sera exalté en ce jour-là.
Oui, pour le Seigneur de l'univers, il y aura un jour, contre tout orgueil et toute prétention, contre tout ce qui s'élève et sera abaissé, contre tous les cèdres du Liban prétentieux et altiers, contre tous les chênes du Bashan, contre toute haute montagne et toute colline élevée, contre toutes les tours arrogantes et tous remparts fortifiés, contre tout vaisseau de Tarsis et tous navires de grand prix. L'arrogance des humains sera humiliée. La prétention des hommes sera abaissée. Seul le Seigneur sera exalté en ce jour-là et les faux dieux, tous à la fois, disparaîtront.
Entrez dans les cavernes des rochers, dans les grottes souterraines, épouvantés, loin du Seigneur, loin de l'éclat de sa majesté, quand il se dressera pour terrifier la terre. Ce jour-là, les hommes jetteront les faux dieux d'or et d'argent qu'ils s'étaient fabriqués pour les adorer. Ils les jetteront aux taupes et aux chauves-souris et eux, ils entreront dans les creux des rochers et dans les fentes des falaises, épouvantés, loin du Seigneur, loin de l'éclat de sa majesté, quand il se dressera pour terrifier la terre. Cessez de vous appuyer sur l'être humain. Sa vie tient à un souffle, et quelle est sa valeur ?
Voici que le Maître, le Seigneur de l'univers, va retirer de Jérusalem et de Juda réserves et ressources, toute réserve de pain, toute réserve d'eau, le héros et l'homme de guerre, le juge et le prophète, le devin et l'ancien, l'officier, le notable, le conseiller, l'expert en magie et le charmeur habile. Je leur donne pour princes des gamins dont le caprice les gouvernera. Les gens seront des tyrans les uns pour les autres, chacun pour son prochain. Le gamin s'en prendra à l'ancien et le vaurien au vénérable. Un individu se saisira de son frère dans la maison paternelle en disant : « Tu as un manteau, tu seras notre chef. Ce pays est en ruine, gouverne-le. » Ce jour-là, l'autre répliquera : « Je ne suis pas guérisseur. Il n'y a dans ma maison ni pain ni manteau. Ne me faites pas chef du peuple. »
Oui, Jérusalem trébuche et Juda s'écroule, parce que leurs paroles et leurs actes envers le Seigneur sont des insultes au regard de sa gloire. Leur partialité témoigne contre eux. Comme Sodome, ils étalent leur péché. Ils n'en cachent rien. Hélas pour eux, ils font leur propre malheur. Dites qu'il est bon pour le juste de se nourrir du fruit de ses actes. Quel malheur, hélas, pour le méchant d'être traité selon l'œuvre de ses mains.
Ô mon peuple ! Un nourrisson le tyrannise. Des femmes le gouvernent. Ô mon peuple, tes guides te fourvoient. Ils brouillent le tracé de tes chemins.
Le Seigneur s'est levé pour accuser. Il est debout pour juger les peuples. Le Seigneur entre en jugement avec les anciens du peuple et ses princes : « C'est vous qui dévastez la vigne. Les biens volés aux pauvres emplissent vos maisons. De quel droit écrasez-vous mon peuple et piétinez-vous le visage du pauvre ? » — oracle du Seigneur, Dieu de l'univers.
Le Seigneur le déclare : parce que les filles de Sion sont orgueilleuses, parce qu'elles marchent la poitrine haute et les yeux provocants, qu'elles avancent à petits pas en faisant sonner les anneaux de leurs pieds, le Seigneur rendra chauve le crâne des filles de Sion. Le Seigneur dénudera leurs fronts. Ce jour-là, le Seigneur ôtera leurs parures, grelots et médaillons, pendentifs et boucles d'oreilles, bracelets et voilettes, diadèmes et chaînes de chevilles, cordelières, porte-bonheurs et amulettes, bagues et anneaux de narines, robes de fête et mantilles, châles, petits sacs, miroirs, linge fin, turbans et capes légères.
Au lieu de parfum, ce sera la puanteur. Au lieu de ceinture, une corde. Au lieu de coiffure bouclée, un crâne tondu. Au lieu d'une robe d'apparat, un pagne en toile à sac, une marque au fer rouge au lieu de la beauté. Tes hommes tomberont sous l'épée et ton élite dans le combat. Elles gémiront, elles se lamenteront, les portes de la ville qui sera désertée, assise par terre.
Sept femmes saisiront un même homme, ce jour-là, elles lui diront : « Nous mangerons de notre pain, nous mettrons nos propres habits. Laisse-nous seulement porter ton nom. Enlève notre déshonneur. »
Ce jour-là, le germe que fera grandir le Seigneur sera l'honneur et la gloire des rescapés d'Israël. Le fruit de la terre sera leur fierté et leur splendeur. Alors, ceux qui seront restés dans Sion, les survivants de Jérusalem, seront appelés saints. Tous les gens seront inscrits à Jérusalem pour y vivre. Quand le Seigneur aura lavé la souillure des filles de Sion, purifié Jérusalem du sang répandu, en y faisant passer le souffle du jugement, un souffle d'incendie, alors, sur toute la montagne de Sion, sur les assemblées qui s'y tiennent, le Seigneur créera une nuée pendant le jour et pendant la nuit une fumée, avec un feu, comme un dais, la gloire du Seigneur. Elle sera contre la chaleur du jour, l'ombre d'une hutte, un refuge, un abri contre l'orage et la pluie.
Commentaire
Avant de nous tourner vers la prière, je ne peux pas m'empêcher d'attirer votre attention sur un ou deux versets. D'abord, ces versets hallucinants contre les coquettes de Jérusalem.
Le Seigneur rendra chauve le crâne des filles de Sion. Ce jour-là, le Seigneur ôtera leurs parures, grelots et médaillons, pendentifs et boucles d'oreilles, bracelets et voilettes…
C'est une manière que Dieu a de se moquer et de l'orgueil humain, et de cette haute aristocratie de Jérusalem qui se complaît dans un luxe insouciant pendant que les pauvres sont en train de mourir de misère au coin de la rue.
Et à travers cette image, c'est aussi Dieu qui épure son alliance. L'homme, la femme, c'est Dieu, son peuple, l'époux, l'épouse. C'est cette même image de l'alliance qu'on retrouvait juste à la fin, qui était cachée sous un symbole, le symbole du dais — d-a-i-s — on se marie sous un dais. Et ça vous donnait ces phrases :
Quand le Seigneur aura lavé la souillure des filles de Sion, purifié Jérusalem… alors, au-dessus de tout, comme un dais, la gloire du Seigneur.
Quand je vous disais que c'était une œuvre ciselée, ce livre. Allez, nous nous tournons vers la prière.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, c'est toi l'époux de mon âme, c'est toi l'époux de l'Église. Purifie-moi de mon orgueil, purifie-moi de mes fausses richesses. Seigneur, fais-moi revenir à toi, que je fasse partie de ces nations qui un jour convergeront vers la Jérusalem céleste. Seigneur, prends pitié de moi. Et si, pour que tu prennes pitié de moi, il faut que tu m'attrapes, Seigneur, attrape-moi.
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