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Jour 190 ☼ — Tobie : Un mariage, un combat, une bénédiction

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit d'un seul trait les chapitres 7, 8 et 9 du livre de Tobie : l'arrivée à Ecbatane chez Raguel, la demande en mariage, le contrat écrit selon la loi de Moïse, la prière des époux avant la nuit, la fuite du démon repoussé par le foie et le cœur du poisson, la tombe creusée puis comblée, et l'arrivée de Gabaël pour les noces. Le commentaire dégage quatre leçons sur le mariage : il est d'abord une affaire divine avant d'être humaine, il est un combat spirituel, il est un sacrement avec sa grâce propre, et il fonde une église domestique. La lecture se termine par les cinq premiers versets du chapitre 10 des Proverbes.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

Tobie est un cœur à prendre. Depuis qu'il a entendu parler de Sarra, il ne dort plus. Il faut que le récit arrive à son apothéose. Vite, vite, vite. Tobie 7, 8 et 9.

Lecture : Tobie 7-9

Entré à Ecbatane, Tobie dit à Raphaël : « Azarias, mon frère, conduis-moi tout droit chez notre frère Raguel. » Raphaël le conduit donc chez Raguel. Ils le trouvèrent assis à l'entrée de la cour et le saluèrent les premiers. Il leur répondit : « Grande joie à vous, frères, soyez les bienvenus ! » Et il les fit entrer dans sa maison.

Il dit à sa femme Edna : « Comme ce jeune homme ressemble à mon frère Tobit ! » Edna les interrogea : « D'où êtes-vous, frères ? » Ils lui dirent : « Nous appartenons à la tribu des fils de Nephtali, déportés à Ninive. » « Connaissez-vous notre frère Tobit ? » demanda-t-elle. « Oui, nous le connaissons », dirent-ils. « Va-t-il bien ? » « Il est vivant et en bonne santé ! » Et Tobie ajouta : « C'est mon père ! »

Raguel se précipita pour l'embrasser, se mit à pleurer et lui dit : « Béni sois-tu, mon enfant ! Tu es le fils d'un homme de bien ! Quel grand malheur que soit devenu aveugle cet homme juste et généreux ! » Il se jeta au cou de Tobie, son frère, et se remit à pleurer. Edna pleura sur lui, et Sarra, leur fille, pleura elle aussi. Raguel tua le bélier de son troupeau pour recevoir ses hôtes chaleureusement.

Tobie et Raphaël prirent un bain avant de prendre place pour le repas. Puis Tobie dit à Raphaël : « Azarias, mon frère, demande à Raguel de me donner en mariage Sarra, ma parente. »

Raguel entendit ces mots. Il dit au jeune Tobie : « Cette nuit, mange, bois, prends du bon temps. Toi seul as le droit d'épouser ma fille Sarra, et moi-même, je n'ai pas le pouvoir de la donner à un autre homme, puisque tu es mon plus proche parent. Pourtant, je dois te dire la vérité, mon enfant. Je l'ai donnée en mariage à sept de nos frères, et ils sont morts la nuit même, au moment où ils allaient s'approcher d'elle. Mais à présent, mon enfant, mange et bois. Le Seigneur interviendra en votre faveur. »

Tobie répliqua : « Je ne mangerai ni ne boirai rien tant que tu n'auras pas pris de décision à mon sujet. » Raguel lui dit : « Soit. Elle t'est donnée en mariage selon le décret du livre de Moïse. C'est un jugement du ciel qui te l'a accordé. Emmène donc ta sœur. Car dès à présent, tu es son frère, et elle est ta sœur. À partir d'aujourd'hui, elle t'est donnée pour toujours. Que le Seigneur veille sur vous cette nuit, mon enfant, et vous comble de sa miséricorde et de sa paix. »

Raguel appela Sarra, qui vint vers lui. Il prit la main de sa fille et la confia à Tobie en disant : « Emmène-la. Conformément à la loi et au décret consigné dans le livre de Moïse, elle t'est donnée pour femme. Prends-la et conduis-la en bonne santé chez ton père, et que le Dieu du ciel vous guide dans la paix. » Puis il appela sa femme et lui dit d'apporter une feuille sur laquelle il écrivit l'acte de mariage selon lequel il donnait Sarra à Tobie, conformément au décret de la loi de Moïse. Après quoi, on commença à manger et à boire.

Raguel s'adressa à sa femme Edna : « Va, prépare la seconde chambre, ma sœur, et tu y conduiras notre fille. » Elle s'en alla préparer le lit dans la chambre et, comme Raguel l'avait demandé, y conduisit sa fille et pleura sur elle. Puis elle essuya ses larmes et lui dit : « Confiance, ma fille, que le Seigneur du ciel change ta douleur en joie. Confiance, ma fille ! » Et elle s'en alla.

Quand on eut fini de manger et de boire, on décida d'aller se coucher. On conduisit le jeune homme jusque dans la chambre où on le fit entrer. Tobie se souvint alors des paroles de Raphaël. Il sortit de sa besace le foie et le cœur du poisson et les déposa sur le brûle-parfum. L'odeur du poisson repoussa le démon, qui s'enfuit par les airs jusqu'en Égypte. Raphaël s'y rendit et aussitôt entrava le démon, qu'il ligota.

Or, les parents de Sarra avaient quitté la chambre et fermé la porte. Tobie sortit du lit et dit à Sarra : « Lève-toi, ma sœur. Prions et demandons à notre Seigneur de nous combler de sa miséricorde et de son salut. » Elle se leva. Ils se mirent à prier et à demander que leur soit accordé le salut.

Tobie commença ainsi : « Béni sois-tu, Dieu de nos pères. Béni soit ton nom dans toutes les générations, à jamais. Que les cieux te bénissent, et toute ta création, dans tous les siècles. C'est toi qui as fait Adam. Tu lui as fait une aide et un appui, Ève, sa femme, et de tous deux est né le genre humain. C'est toi qui as dit : "Il n'est pas bon que l'homme soit seul. Je vais lui faire une aide qui lui soit semblable." Ce n'est donc pas une union illégitime : je prends ma sœur que voici dans la vérité de la loi. Daigne nous faire miséricorde et nous mener ensemble à un âge avancé. » Puis ils dirent d'une seule voix : « Amen, amen ! » Et ils se couchèrent pour la nuit.

Quant à Raguel, il se leva, appela ses serviteurs et ils s'en allèrent creuser une tombe. Car, se disait-il, si jamais Tobie était mort, nous serions couverts de risée et de blâme. Quand ils eurent fini de creuser la tombe, Raguel rentra chez lui, appela sa femme et lui dit : « Envoie une jeune servante et qu'elle aille voir si Tobie est encore vivant. Et s'il est mort, nous l'enterrerons sans que personne ne le sache. » Ils envoyèrent donc la servante, allumèrent pour elle une lampe et lui ouvrirent la porte. Elle entra et les trouva couchés, qui dormaient ensemble. La servante sortit pour annoncer que Tobie était vivant et que rien de mal n'était arrivé.

Alors Raguel bénit le Dieu du ciel en s'écriant : « Béni sois-tu, ô Dieu, par toute bénédiction pure. Béni sois-tu dans tous les siècles. Béni sois-tu de m'avoir rempli de joie, car ce que je redoutais ne s'est pas réalisé. Mais tu as agi envers nous selon ta grande miséricorde. Béni sois-tu d'avoir pris en pitié deux enfants uniques. Accorde-leur, ô Maître, miséricorde et salut. Fais qu'ils arrivent ensemble au terme de leur vie dans l'allégresse et la miséricorde. »

Puis Raguel donna aux serviteurs l'ordre de combler la tombe avant le point du jour. Il dit à sa femme de cuire des pains en quantité. Lui, il alla choisir deux bœufs et quatre béliers de son troupeau qu'il fit apprêter, et on commença les préparatifs.

Alors il appela Tobie et lui dit : « J'en fais le serment : pendant quatorze jours, tu ne bougeras pas d'ici, mais tu vas rester chez moi à manger et à boire. Et tu rendras la joie à ma fille qui a tant souffert. Reçois dès aujourd'hui la moitié de mes biens, puis tu retourneras en bonne santé chez ton père. Quant au reste de ma fortune, elle vous reviendra après ma mort et celle de ma femme. Confiance, mon enfant, je suis ton père et Edna est ta mère. Nous sommes auprès de toi et de ta sœur. Nous le sommes dès maintenant et pour toujours. Confiance, mon enfant. »

Tobie appela Raphaël et lui dit : « Azarias, mon frère, prends avec toi quatre serviteurs et deux chameaux. Va trouver Gabaël à Raguès, donne-lui le reçu. Prends l'argent et amène Gabaël avec toi pour les noces. Tu sais que mon père compte les jours et si j'ai un seul jour de retard, je lui causerai beaucoup de peine. Tu vois aussi le serment qu'a fait Raguel, et je ne puis aller à l'encontre de son serment. »

Raphaël partit donc à Raguès de Médie avec quatre serviteurs et deux chameaux, et ils s'arrêtèrent pour la nuit chez Gabaël. Raphaël lui remit le reçu et lui apprit que Tobie, fils de Tobit, avait pris femme et l'invitait à son mariage. Gabaël alla chercher les sacoches munies de leurs sceaux, les compta devant Raphaël, et ils les chargèrent sur leurs chameaux. Ils partirent ensemble de bon matin pour aller aux noces.

Arrivés chez Raguel, ils trouvèrent Tobie à table. Celui-ci se leva d'un bond et salua Gabaël, qui se mit à pleurer et qui le bénit en disant : « Fils d'un homme de bien, juste et généreux, tu es toi-même un homme de bien. Que le Seigneur te bénisse, toi et ta femme, ainsi que ton père et la mère de ta femme. Que soit béni Dieu pour m'avoir donné de voir Tobit, mon cousin germain, dans un autre lui-même. »

Commentaire

Sarra et ses sept maris qui ont été tués, pour les chrétiens, ça fait penser à cette femme, Marie-Madeleine peut-être, de laquelle Jésus avait chassé sept démons, ou bien encore à cette femme dont les sadducéens se servirent d'exemple contre Jésus en disant : « Une femme avait eu sept maris, de qui sera-t-elle la femme au ciel ? » Oui, mais dans le texte, là où nous en sommes, ça fait surtout une sacrée théologie du mariage, non ?

Premièrement, on vous rappelle que le mariage est une affaire divine avant d'être une affaire humaine. Tobie n'épouse pas Sarra sur un coup de tête : il obéit à un appel mystérieux, accompagné par un ange, dirigé vers une femme qu'il ne connaît pas, mais que Dieu lui a préparée. Ça, ça vous rappelle que votre mariage, le mariage chrétien, ce n'est pas seulement une histoire romantique, mais c'est aussi votre manière de répondre à l'appel de Dieu. Votre mariage a été voulu par Dieu.

Deuxièmement, ce que ce récit vous rappelle aussi, c'est que le mariage est un combat. Sarra, qui est tourmentée par le démon Asmodée, qui incarne la jalousie, la luxure destructrice et la peur de l'amour vrai. Et Tobie, qui, averti par un ange, doit se préparer non pas par des armes humaines, mais par la prière, par la pureté et par l'obéissance. L'exorcisme ne dépend ici, malgré les apparences, ni d'un prêtre, ni d'un rituel magique, mais c'est la docilité aux instructions divines qui met le démon en fuite. Et ça, tout le monde peut le faire, même à la maison.

Et puis, il y a aussi cette prière avant de monter dans le lit conjugal. Alors, ça ne veut peut-être pas dire qu'à chaque fois, avant de monter dans le lit conjugal, il faut prier avant — je pense que ce serait une lecture qui serait un peu trop rapide —, mais ça veut dire qu'avant l'union des corps, il y a d'abord l'union des âmes devant Dieu. Ça, j'y crois. Et ça veut dire qu'avec cette prière, cette élévation du cœur, cette union spirituelle, c'est ça qui chasse le démon. C'est là où l'amour devient un exorcisme et le lit conjugal l'autel de la victoire.

Troisième leçon du récit, qui est décidément extrêmement riche : le mariage est un sacrement, une union qui est bénie, avec une prière et avec un contrat auquel est associée une grâce spéciale de sanctification. Plus tard, lorsque l'Évangile viendra, on dira que votre mariage est une manière que Dieu a choisie, pour vous, de vous unir au Christ. C'est ça que ça veut dire.

Quatrième leçon : le mariage, en fondant un foyer, fonde ce qu'on appelle une église domestique, un lieu d'union, un lieu de combat, un lieu de prière, un lieu de grâce. Et c'est dans ce contexte-là que l'or que l'on va chercher signifie plus que l'or. Ça signifie la bénédiction, ça signifie la fécondité, ça signifie la gloire d'un beau mariage.

Bon, c'est dans ce livre de Tobie que vous avez la spiritualité du mariage la plus développée. Dieu au centre, le couple comme reflet de l'alliance divine, et le Christ qui n'est pas vu ici comme un modèle extérieur, mais comme l'invité intérieur du couple. Mon Dieu, tout cela est quand même très beau.

Tout cela est très beau, oui, mais c'est l'heure maintenant de retourner du côté du livre des Proverbes.

Proverbes 10,1-5

Proverbes de Salomon.

Le fils sage fait la joie de son père, mais le fils insensé désole sa mère.

Bien mal acquis ne profite jamais, c'est la justice qui délivre de la mort.

Le Seigneur ne laisse pas le juste mourir de faim, il rejette l'avidité des méchants.

Main nonchalante appauvrit, main diligente enrichit.

Qui récolte en été est quelqu'un d'avisé, qui dort à la moisson est digne de mépris.


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