Jour 197 ☾ — Babylone, Tyr, Jérusalem : chute et gloire
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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit les chapitres 21 à 23 d'Isaïe, un ensemble d'oracles contre les nations où les repères historiques s'entremêlent : la chute de Babylone en −539, l'assaut assyrien de Sennachérib contre Jérusalem, puis Édom, l'Arabie et Tyr. Plutôt que de démêler la chronologie — exercice où les exégètes eux-mêmes s'arrachent les cheveux — il invite à entendre l'unité de style, l'émotion et la violence poétique de ces pages. Le commentaire montre qu'on change ici de registre prophétique : le cri « Elle est tombée, Babylone » traversera jusqu'à l'Apocalypse, et Jérusalem, ironiquement nommée « Val de la Vision », fait la fête sans voir l'histoire des empires qui se joue au-dessus d'elle. L'épisode s'achève par une prière pour recevoir le sens de son destin dans une histoire qui nous dépasse.
Introduction
Nous continuons nos oracles contre les nations, même si c'est le bazar. On va d'abord avoir une mention de la chute de Babylone, en −539. Et après, au chapitre 22, on va remonter en arrière : ce sera l'assaut assyrien, du temps de Sennachérib, contre Jérusalem, où Dieu avait sauvé miraculeusement Jérusalem. Là, Isaïe vous dira qu'il n'a pas été impressionné.
Donc on vous met deux événements : l'un au tout début, l'assaut de l'Assyrie contre Jérusalem ; l'un tout à la fin, la chute de Babylone, quand l'Empire perse viendra délivrer les déportés d'Israël à Babylone. Et entre les deux, toujours là-dedans, dans ces chapitres, vous aurez des oracles contre Édom, des oracles contre l'Arabie, des oracles contre Tyr. Ce n'est pas très clair de savoir qui va détruire Édom, l'Arabie ou Tyr, parce qu'en fait, et l'Assyrie et Babylone, tous les deux, ont attaqué ces petits royaumes.
Donc c'est là où je vous dis : bah, c'est le bazar, parce que ça part dans tous les sens et dans toutes les références historiques. Les exégètes, je vous jure, s'arrachent les cheveux, mais ils n'y arrivent pas. Alors moi, je ne vais pas jouer à l'exégète. Ce qui me frappe, moi, c'est l'unité de style, de l'émotion et de la violence poétique.
Donc, en fait, ce que je vous propose, c'est de considérer que dans la tête d'Isaïe, l'Assyrie ou Babylone, c'est la même chose : ce sont tous les deux des instruments dans la main de Dieu. Soyez davantage attentifs à la poésie, à la violence des images, parce qu'à mon avis, elle est là, la véritable unité. On est en train de passer sur autre chose, vous allez voir. Isaïe, chapitres 21, 22, 23.
Lecture : Isaïe 21-23
Proclamation sur le désert de la mer.
Comme l'ouragan qui traverse le Néguev, quelqu'un vient du désert, d'un pays terrible. J'ai reçu une sinistre vision : un ravageur qui ravage, un dévastateur qui dévaste. Monte, Élam ! Mède, assiège ! Je supprime toute plainte.
Voilà pourquoi mes reins se tordent de souffrance. Les douleurs me saisissent comme celles d'une femme qui accouche. Ce que j'entends me bouleverse, ce que je vois me terrifie. Mon courage flanche, je tremble de peur. Le crépuscule auquel j'aspire, Dieu le change en effroi.
On dressait la table, on déroulait les tapis, on mangeait, on buvait. Soudain : « Debout, les princes ! Préparez vos boucliers ! »
Car ainsi m'a parlé le Seigneur : « Va, place un guetteur ; ce qu'il voit, qu'il l'annonce. S'il voit un char attelé de deux chevaux, un attelage d'ânes ou de chameaux, qu'il fasse attention, qu'il redouble d'attention. »
Et le veilleur a crié : « Au poste de guet, Seigneur, je me tiens tout le jour ; à mon poste de garde, je reste debout toute la nuit. Voici ce qui vient : un char attelé de deux chevaux, un homme qui parle et qui dit : Elle est tombée, Babylone ! Elle est tombée ! Et toutes les statues de ses dieux gisent par terre, brisées. »
À vous, fils de mon peuple, qui êtes battus comme les grains de mon aire, ce que j'ai entendu de la part du Seigneur de l'univers, Dieu d'Israël, je vous l'annonce.
Proclamation sur Douma.
Une voix me crie de Séïr : « Veilleur, où en est donc la nuit ? Veilleur, où en est donc la nuit ? » Le veilleur me répond : « Le matin vient, et puis encore la nuit. Si vous voulez des nouvelles, interrogez, revenez. »
Proclamation en Arabie.
Dans les broussailles, en Arabie, vous passerez la nuit, caravaniers de Dedane, habitants du pays de Téma. Allez à la rencontre de l'assoiffé, portez-lui de l'eau, accueillez le fugitif avec du pain, car ils ont fui devant les épées, devant l'épée mise à nu, devant l'arc tendu, devant l'âpreté du combat.
Ainsi m'a parlé le Seigneur : « Encore une année, jour pour jour, et toute la gloire de Qédar sera détruite. Des archers de Qédar, nombreux et vaillants, il ne restera presque rien. » Le Seigneur, le Dieu de l'univers, a parlé.
Proclamation sur le Val de la Vision.
Ville de Jérusalem, qu'as-tu donc à monter tout entière sur les terrasses, ville en fête, pleine de cris, cité joyeuse ? Tes morts ne sont pas morts par l'épée, ils n'ont pas été tués dans un combat. Tes chefs ont pris la fuite comme un seul homme, sans même avoir tiré de l'arc. Ils se sont fait prisonniers. Si loin qu'ils aient fui, on les a tous retrouvés ; ils sont prisonniers ensemble.
C'est pourquoi je dis : « Détournez de moi vos regards, je pleure amèrement. Ne cherchez pas à me consoler du désastre subi par la fille de mon peuple. » Oui, c'est un jour d'affolement, d'effarement, d'effondrement, envoyé par le Seigneur, Dieu de l'univers.
Dans le Val de la Vision, on sape la muraille, des cris s'élèvent vers les montagnes. Élam lève le carquois, il amène des chars et des cavaliers ; Quir brandit son bouclier. Les plus belles de tes vallées sont remplies de chars, les cavaliers sont rangés devant tes portes, et Juda, lui, est privé de ses défenses.
En regardant, ce jour-là, vers l'arsenal du palais royal, vous avez vu comme elles sont nombreuses les brèches de la cité de David. Vous avez recueilli les eaux dans le réservoir inférieur. Vous avez recensé les maisons de Jérusalem, démoli des maisons pour renforcer le rempart. Vous avez creusé un bassin entre les deux remparts pour les eaux de l'ancien réservoir. Mais vous n'avez pas regardé vers celui qui est à l'œuvre, celui qui façonne tout depuis longtemps : vous ne l'avez pas vu.
Ce jour-là, le Seigneur, Dieu de l'univers, appelait à pleurer, à se lamenter, à se raser la tête, à se vêtir de toile à sac. Et voilà qu'on se réjouit, on fait la fête, on tue le bœuf, on égorge le mouton, on mange de la viande, on boit du vin : « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons ! »
Mais le Seigneur de l'univers m'a fait entendre cette révélation : « J'en ai fait le serment : cette faute ne vous sera jamais remise, jusque dans la mort. » Il l'a dit, le Seigneur, le Dieu de l'univers.
Ainsi parle le Seigneur, Dieu de l'univers : « Va trouver ce ministre, Shebna, le maître du palais, et dis-lui : Ici, quel est ton bien ? Qui sont les tiens, ici, pour t'y faire creuser un tombeau, toi qui te creuses un tombeau sur une hauteur et te fais tailler une demeure dans le roc ? Voici que le Seigneur va te rejeter. Il va te rejeter, grand homme, t'empaqueter comme un paquet, t'enrouler, t'envoyer rouler comme roule une boule vers un pays aux vastes étendues. C'est là-bas que tu vas mourir, là-bas, avec tes chars prestigieux, toi, le déshonneur de la maison, de la maison de ton maître. Je vais te chasser de ton poste, t'expulser de ta place. »
Et ce jour-là, j'appellerai mon serviteur Élyakim, fils de Hilkias. Je le revêtirai de ta tunique, je le ceindrai de ton écharpe, je lui remettrai tes pouvoirs. Il sera un père pour les habitants de Jérusalem et pour la maison de Juda. Je mettrai sur son épaule la clé de la maison de David : s'il ouvre, personne ne fermera ; s'il ferme, personne n'ouvrira. Je le planterai comme une cheville dans un endroit solide, il sera un trône de gloire pour la maison de son père. Le poids de la gloire de la maison de son père y sera suspendu, les rameaux et les pousses, et même tous les petits récipients, depuis les coupes jusqu'aux vases de toutes sortes.
Et ce jour-là — oracle du Seigneur de l'univers — la cheville plantée dans un endroit solide lâchera, elle cédera, elle tombera, et la charge qui pesait sur elle sera détruite. Le Seigneur a parlé.
Proclamation sur Tyr.
Hurlez, vaisseaux de Tarsis, car Tyr est dévastée : plus de maison ! On l'a su au retour de l'île de Chypre. Restez stupéfaits, habitants de la côte, marchands de Sidon, ville qui envoie des agents outre-mer. Le grain du Nil, les moissons du Fleuve, importés par voie de mer, faisaient sa richesse : elle détenait le marché des nations.
Eh bien, sois confondue, Sidon, car la mer, la forteresse de la mer, a dit : « Je n'ai ni accouché ni enfanté, je n'ai pas eu de garçon à faire grandir, ni de fille à élever. » Et quand l'Égypte saura les nouvelles, aux nouvelles de Tyr elle frémira.
Passez vers Tarsis, hurlez, habitants de la côte ! Est-ce là votre cité joyeuse, son origine qui remontait aux jours les plus anciens ? Elle portait au loin ses pas pour s'y établir. Qui donc a décidé ce malheur contre Tyr, elle qui distribuait les couronnes, dont les marchands étaient des princes et les commerçants les plus influents de la terre ? Eh bien, c'est le Seigneur de l'univers qui l'a décidé, pour abattre l'orgueil des superbes, pour rabaisser tous les gens influents de la terre.
Cultive la terre comme les rives d'une île, fille de Tarsis : son port marchand n'existe plus. Le Seigneur a levé la main contre la mer et fait trembler des royaumes. Il a donné l'ordre, contre Canaan, de détruire ses fortifications. Il a dit : « Ne bondis plus de joie, on t'a fait violence, vierge, fille de Sidon. Lève-toi pour passer à Chypre : même là-bas, tu n'auras pas de repos. »
Regarde vers le pays des Chaldéens : ce peuple n'existe plus, Assour a laissé ce pays aux chats sauvages. Il a élevé des tours d'assaut, il a rasé ses citadelles, il en a fait un champ de ruines. Hurlez, vaisseaux de Tarsis, car votre forteresse est dévastée.
Ce jour-là, il arrivera que Tyr tombera dans l'oubli, pour soixante-dix ans, le temps de vie d'un roi. Au bout de ces soixante-dix ans, il en sera de Tyr comme de la courtisane dont parle la chanson : « Prends une cithare, fais le tour de la ville, courtisane oubliée. Joue de ton mieux, joue encore de ta chanson, pour qu'on se souvienne de toi. »
Au bout des soixante-dix ans, Tyr sera visitée par le Seigneur. Elle retournera à ses profits et se prostituera avec tous les royaumes du monde, sur la face de la terre. Ses gains et ses profits seront consacrés au Seigneur : ils ne seront ni amassés ni thésaurisés. Ses gains serviront à nourrir et à rassasier, à vêtir somptueusement ceux qui habitent devant le Seigneur.
Commentaire
Au début, c'était simplement des oracles politiques : « Ne faites pas d'alliances. » Et puis ensuite, une petite théologie de l'histoire qui se fait place : comment est-ce que les empires vont se remplacer les uns les autres. Et puis ça prend de l'ampleur. Et là, c'est l'univers entier qui participe à cette guerre-là. On est en train de passer sur un autre registre prophétique.
Le cri « Elle est tombée, Babylone ! », que vous avez entendu tout au début, vous allez le retrouver dans l'Apocalypse. Et à la fin, en 23,1, quand vous entendez :
Hurlez, vaisseaux de Tarsis ! Restez stupéfaits, habitants de la côte !
Enfin… quand même ! Vous allez voir ce que ça va donner dans Ézéchiel. Je ne parle pas trop de Tyr ici, parce que les grands oracles contre Tyr sont dans Ézéchiel. Là, c'est juste pour vous dire qu'on n'est plus tout à fait dans une histoire purement humaine.
Tyr est située au milieu de la mer : c'est donc Tyr située au milieu de l'orgueil de vivre — la mer, c'est le mal — et qui va être détruite par la mer, pour devenir une dévastation, un empire désolé, parce qu'elle va être envahie par une autre mer : la mer du désert. C'est un titre que vous avez entendu dans ce chapitre et qui désigne Babylone : « le désert de la mer », parce que cela désignait les marécages autour de Babylone.
Et au milieu de tout ça, vous aviez cette petite histoire de Jérusalem qui avait réussi à repousser l'assaut assyrien de Sennachérib. Isaïe se moque de Jérusalem en l'appelant « le Val de la Vision », parce qu'en fait, Jérusalem ne voit pas ce qui est en train de se passer. Pendant que Jérusalem était en train de se réjouir d'avoir repoussé l'assaut de Sennachérib et des Assyriens, Isaïe, lui, était en train de voir tous ces empires en train de monter, de s'effondrer : la chute de Babylone, l'orgueil de Tyr châtié, etc. C'est tout ça qu'il voyait. Donc ça faisait deux salles, deux ambiances.
Bon, cette vision grandiose de l'histoire, cette théologie qui est en train de se déployer sous nos yeux, on va la poursuivre demain. Nous, pour l'heure, c'est le moment de faire une petite prière.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, c'est toi le maître de l'histoire, et je suis dans ta main. Parfois, j'oublie que ma vie se déroule dans une guerre qui me dépasse, dans une histoire qui me dépasse, et cela m'empêche de voir ce que tu veux pour moi. Ça m'empêche de me réjouir de ce pourquoi tu voudrais que je me réjouisse, et de pleurer ce pourquoi tu voudrais que je pleure.
Seigneur, ouvre mes yeux, que je ne sois pas centré sur ma propre vie, sur ma petite vie, mais qu'en ouvrant les yeux, j'essaie de voir et de comprendre l'univers dans lequel je vis, l'histoire qui est la mienne, parce que c'est celle de l'humanité. Donne-moi le sens de mon destin, Seigneur.
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