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Jour 198 ☼ — Quand Dieu quitte le Temple

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Résumé : Le frère Paul-Adrien revient longuement sur la vision d'hier, ce « tour guidé » du Temple de Jérusalem qui est une descente dans l'horreur, suivi d'une liturgie inversée et du départ du char de la gloire jusqu'au mont des Oliviers — une gloire non pas vindicative mais blessée. Commence alors la phase pédagogique du livre : Ézéchiel multiplie les gestes prophétiques. Au chapitre 12, il perce le mur et sort avec son sac d'exilé, geste de puissance qui s'accomplira dans la fuite du dernier roi de Jérusalem. Le commentaire s'arrête sur la crise de l'institution prophétique et sur deux critères pour discerner le vrai prophète du faux.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

Alors, est-ce que vous vous souvenez de la vision d'Ézéchiel qu'on a entendue hier ? Je n'ai pas eu le temps de la commenter parce que je voulais que vous fassiez une expérience, celle de l'entendre d'un coup, en entier. Mais là maintenant, on a un peu de temps, alors avant de parler de la lecture qu'on va entendre aujourd'hui, on va revenir sur cette vision, parce que c'est quand même le grand sommet de toute cette première partie.

Alors je reprends avec vous le tour guidé qu'Ézéchiel nous a offert du Temple de Jérusalem, qui est en fait une progression dans l'horreur. On nous a d'abord amenés du côté d'une statue, une statue qualifiée de jalousie. Probablement la déesse Astarté, qualifiée de jalousie parce qu'elle provoquait la jalousie de Dieu, et qui était ici adorée dans le parvis extérieur du Temple. Après, on nous a fait rentrer dans le Temple, dans une petite pièce cachée où il y avait les anciens d'Israël qui adoraient des images de quadrupèdes, les divinités babyloniennes et égyptiennes, symbole de l'hypocrisie religieuse des élites. Qui, au secret de leur cœur, adoraient les dieux étrangers, mais qui faisaient bonne figure devant tout le monde en continuant d'offrir des cultes à Dieu. On a continué alors notre progression jusqu'à un autre dieu, Tammouz, dieu de la fécondité et de la fertilité mésopotamiens. Et ce n'est pas impossible que, pour attirer la bénédiction de Dieu, on se soit livré à l'intérieur du Temple à des formes de prostitution sacrée pour attirer sa puissance de fertilité sur le pays. Et puis ensuite, on est arrivé au parvis intérieur : vingt-cinq hommes, probablement des prêtres, qui adorent le soleil levant en tournant le dos au sanctuaire. L'apostasie complète. Une descente vers l'abîme spirituel, un temple renversé au fur et à mesure que l'on va de pièce en pièce.

Et alors commence une liturgie. Une liturgie inversée, parce que normalement la liturgie, c'est vers le beau et la bénédiction. Et là, on a descendu dans l'horreur et dans la malédiction. Vous avez, en tête de ce cortège, un homme vêtu de lin, un ange, qui vient marquer au front ce qui doit être sauvé. Ça, petite parenthèse, le fait de marquer au front d'une lettre en forme de croix, ce sera repris dans l'Apocalypse, puis plus tard, par l'Église primitive, ça vous donnera le signe de croix que vous faites. Alors, de Jésus à l'Apocalypse, ce geste du signe de la croix ne cessera de grandir en symbolisme emporté, n'empêche que ça commençait avec un ange qui voulait détruire le Temple de Jérusalem. Ah, il veut dire autre chose maintenant, ce signe de la croix.

Du coup, on revient à Ézéchiel. Notre liturgie inversée a continué, on a eu sept agents de destruction — ça aussi, ce sera repris plus tard dans l'Église primitive. Et puis, à la fin de cette procession, notre chariot qu'on avait vu dans la gloire au premier chapitre, cette fois-ci, qui quitte le Temple de Jérusalem : d'abord du Saint des Saints au seuil du sanctuaire, la relation qui vient d'être rompue ; puis ensuite du seuil vers les chérubins mobiles du char, Dieu qui retrouve sa liberté d'agir et de mouvement, comme si c'était une libération pour lui. Ensuite, on va vers la porte orientale du Temple. Et puis, enfin, vers la montagne à l'est de la ville : Dieu qui se retire sur le mont des Oliviers, en face de Jérusalem, qui regarde la ville de loin comme un amant trahi qui refuse de s'en aller sans un dernier regard. Ce n'est pas une gloire vindicative qui quitte le Temple de Jérusalem, c'est une gloire blessée.

Petite parenthèse : c'est précisément à partir de là, sur le mont des Oliviers, que plus tard les Juifs attendront leur Messie. C'est ce qu'accomplira Jésus quand il reviendra dans le Temple. Et de fait, la vision se terminait par une promesse. Elle était très ténue, mais Dieu qui ne ferme pas totalement la porte à la restauration d'une alliance possible.

Les gens s'arrêtent généralement sur le chapitre 1, parce qu'on est fascinés par cette vision du trône, de ses roues pleines d'yeux. On s'arrête là. Mais si l'on vous a fait rêver dans la première révélation, avec ses chars, avec ses roues, avec ses chérubins, c'était pour vous amener jusqu'à Jérusalem, pour que vous puissiez voir ce chariot quitter le Temple. Et tout ce qu'il y avait de merveilleux dans la première révélation est devenu quelque chose d'horrible, d'angoissant, d'inquiétant dans cette dernière vision. Si on vous a amenés aussi haut au chapitre 1, c'était pour vous faire descendre jusque-là dans ce chapitre.

La ville est laissée sans défense. N'importe qui peut venir et la prendre. C'est ce qui pouvait arriver de pire pour un Juif à l'époque. On l'avait déjà vu : souvenez-vous, cette Arche de l'Alliance, au temps du prophète Samuel, qui s'était fait capturer par les Philistins. Mais c'était sous le registre du tragi-comique. Il y avait même eu une histoire d'hémorroïdes. On avait bien rigolé. Et là, plus personne ne rit.

Vous avez vu toute la lente préparation qu'il y avait eu pour aboutir à cette vision. De la première révélation, de l'initiation, de la formation, de l'incantation. Et finalement, l'orage qui éclate et le chariot qui s'en va. Non, c'est… c'est Ézéchiel. Je ne sais pas comment vous dire. Pour moi, c'est le sommet des visions prophétiques dans ce que ça peut avoir de mouvement dramatique. Non, il y a… Enfin bon, bref, je suis dépassé. J'avoue, je suis complètement dépassé. À mon avis, il faut le lire, le relire et le relire encore.

Bon, j'ai pris le temps, six minutes, pour vous parler de la vision d'hier. Mais comme ça, je dormirai mieux ce soir. Je n'en ai pas dormi. Il fallait que je vous le dise, il fallait que j'en parle.

Maintenant, la phase visionnaire est terminée. La gloire est partie. Le Temple est jugé. Le livre d'Ézéchiel va rentrer dans une phase plus pédagogique. Ézéchiel va multiplier les gestes, les paraboles, les performances prophétiques pour toucher les gens, pour toucher les consciences d'un peuple en exil qui vit encore dans le déni. Ce seront les chapitres 12 à 24. Et on commence tout de suite, chapitre 12. Notre chaman Ézéchiel qui, à nouveau, fait un geste de puissance.

Lecture : Ézéchiel 12

La parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d'homme, tu habites au milieu d'une engeance de rebelles. Ils ont des yeux pour voir et ne voient pas, des oreilles pour entendre et n'entendent pas, car c'est une engeance de rebelles.

Toi, fils d'homme, prépare-toi un sac d'exilé. Sous leurs yeux, pars en plein jour, comme un exilé. Sous leurs yeux, pars de la maison vers un autre lieu. Peut-être verront-ils qu'ils sont une engeance de rebelles.

Tu sortiras ton sac, comme un sac d'exilé, en plein jour, sous leurs yeux. Toi-même, tu sortiras le soir, sous leurs yeux, comme s'en vont les exilés. Sous leurs yeux, tu feras un trou dans le mur et tu sortiras par là. Sous leurs yeux, tu chargeras ton sac sur ton épaule et tu le sortiras dans l'obscurité. Tu voileras ton visage et tu ne verras plus le pays. J'ai fait de toi un signe pour la maison d'Israël. »

Je fis ce qui m'avait été ordonné. En plein jour, je sortis mon sac, comme un sac d'exilé. Puis, le soir, je fis un trou dans le mur, à la main. Je sortis mon sac dans l'obscurité et, sous leurs yeux, je le chargeai sur mon épaule.

Au matin, la parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d'homme, la maison d'Israël, cette engeance de rebelles, t'a bien demandé : "Qu'est-ce que tu fais là ?" Réponds : Ainsi parle le Seigneur Dieu. Cet oracle concerne le prince qui est à Jérusalem et toute la maison d'Israël qui s'y trouve. Tu diras : Je suis pour vous un signe. Ce que j'ai fait, c'est cela même qui leur sera fait : ils partiront en exil, en captivité.

Le prince qui est au milieu d'eux chargera son sac sur son épaule. Il sortira dans l'obscurité. On percera le mur pour le faire sortir. Il voilera son visage, si bien qu'il ne verra plus de ses yeux le pays. J'étendrai sur lui mon filet, il sera pris à mon piège. Je l'amènerai à Babylone, au pays des Chaldéens. Il ne verra pas ce pays, il y mourra. Tout son entourage, sa garde et tous ses bataillons, je les disséminerai à tout vent, et je tirerai l'épée derrière eux.

Alors ils sauront que je suis le Seigneur, quand je les aurai dispersés parmi les nations et disséminés dans les pays étrangers. Cependant, je laisserai un certain nombre d'entre eux qui échapperont à l'épée, à la famine et à la peste, pour raconter, parmi les nations où ils se rendront, toutes leurs abominations, afin qu'elles sachent que je suis le Seigneur. »

La parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d'homme, tu mangeras ton pain en tremblant, tu boiras ton eau dans l'inquiétude et l'angoisse. Tu diras aux gens du pays : Ainsi parle le Seigneur Dieu au sujet des habitants de Jérusalem qui sont sur le sol d'Israël : ils mangeront leur pain dans l'angoisse, ils boiront leur eau dans l'épouvante. Ainsi, toute la terre sera dévastée, privée de ce qui l'emplit, à cause de la violence de tous ses habitants. Les villes habitées seront détruites, le pays deviendra un pays désolé. Alors vous saurez que je suis le Seigneur. »

La parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d'homme, que voulez-vous dire en appliquant à la terre d'Israël ce proverbe : "Plus se prolongent les jours, moins s'accomplissent les visions" ? Eh bien, tu diras : Ainsi parle le Seigneur Dieu : je mettrai fin à ce proverbe, on ne le répétera plus. À l'inverse, tu leur diras : Les jours approchent où toute vision s'accomplira. Il n'y aura plus ni vision illusoire, ni présage trompeur au milieu de la maison d'Israël. Je suis le Seigneur, je parlerai. La parole que je dirai se réalisera, et sans délai. C'est de vos jours, engeance de rebelles, que je réaliserai la parole que je vais dire, oracle du Seigneur Dieu. »

La parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d'homme, voilà ce que dit la maison d'Israël : "La vision de ce voyant n'est pas pour demain, ils prophétisent pour des temps éloignés." C'est pourquoi tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Il n'y a plus de délai pour aucune de mes paroles, et la parole que je dirai va se réaliser, oracle du Seigneur. »

Commentaire

Ce que vous venez d'entendre — Ézéchiel qui fait un trou pour s'échapper par le mur — c'est un geste de puissance qui va entraîner une réalité historique bien précise. C'est ce que je vous disais sur la magie mimétique. Le dernier roi de Jérusalem, il fera un trou dans la muraille de Jérusalem pour s'échapper par là. Sauf qu'il se fera rattraper par Nabuchodonosor, qui égorgera devant lui ses enfants pour ensuite lui crever les yeux. C'était la dernière chose qu'il aura vue de sa vie.

Sauf qu'Ézéchiel — c'était aussi la leçon de ce chapitre — personne ne le croit. Et ce n'est pas tout de suite parce que les gens sont de mauvaise foi, c'est aussi parce qu'au temps d'Ézéchiel, il y avait une crise de l'institution prophétique. Vous avez entendu ce verset : les visions des prophètes n'arrivent pas. D'une certaine manière, il y en avait tellement eu qui partaient dans tous les sens que le peuple n'arrivait plus à croire qui que ce soit. D'où ce dicton : les visions sont loin de se réaliser.

Et la question, pour Ézéchiel, c'est : comment redonner confiance au peuple, comment faire pour qu'on me croie, moi ? Il n'y a rien qui ressemble plus à un bon prophète qu'un mauvais prophète. Vous me direz qu'il y aura peut-être l'exemple de la vie d'Ézéchiel. Honnêtement, ce qu'on voit de la vie d'Ézéchiel, son excentricité qui le range du côté des personnages sacrés, ce n'est pas non plus facile d'y voir là un critère de jugement.

Il y a par contre, je pense, dans les visions d'Ézéchiel, quelque chose qu'il n'y avait pas chez les faux prophètes qui parlent de paix alors qu'il n'y en a pas, qui parlent de victoire alors qu'il n'y en a pas. Il y a deux choses. Un : les vrais prophètes n'hésitent pas à parler de drame et de défaite possible. Ils ne sont pas là pour flatter. Ce n'est pas suffisant, mais quand même, ça fait un point de démarcation. Et deuxième point : les prophètes qu'il y a dans la Bible essayent toujours d'établir un lien entre l'action présente du peuple et la prophétie qui va venir. Quand le peuple se conduit bien, il va y avoir des bénédictions ; quand le peuple se conduit mal, il y aura des malédictions. Il y a un rapport de causalité qui est présent dans ces prophéties et sur lequel le discernement peut venir s'appuyer pour exercer son jugement. Et à mon avis, ça, ça fait une sacrée différence.

Proverbes 11, 11-15

Un conseil élargi le sauvera.


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