Jour 198 ☾ — Isaïe et l’annonce de la vie éternelle
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Résumé : Le frère Paul-Adrien ouvre la « petite apocalypse d'Isaïe » (chapitres 24 à 27), un tournant du livre où les oracles contre les nations deviennent une vision cosmique et eschatologique de l'histoire du salut. La lecture des chapitres 24 et 25 déroule la terre saccagée, le cri de joie de ceux qui restent, la bataille céleste et terrestre contre les tyrans, puis le festin du Seigneur sur sa montagne. Le commentaire s'arrête sur un sommet de la révélation : pour la première fois depuis la Genèse, la Bible annonce explicitement la vie éternelle, le voile arraché et la mort anéantie — des versets que l'Apocalypse de Jean, saint Paul et la liturgie des funérailles reprendront mot pour mot. L'épisode se termine par une prière pour nos défunts et pour le festin promis.
Introduction
Enfin, Isaïe 24-27, un tournant dans le livre. On quitte les oracles géopolitiques qu'on avait eus contre les nations, 13-23 ; on va en reprendre les thèmes, mais pour les généraliser et aboutir sur une vision plus cosmique de l'histoire du salut, une vision eschatologique, d'une densité… Mais cette partie, ça s'appelle la petite apocalypse d'Isaïe, donc c'est vous dire.
Les oracles ne vont plus être dirigés contre des nations spécifiques. On va parler de la terre, on prend ici l'univers. On va vous parler d'une cité, une cité du mal, une cité du néant, mais on ne dit pas son nom. Donc derrière elle, ça peut être Ninive, ça peut être Babylone, ça peut être Rome, ça peut être peut-être même New York ou Paris, ça peut être n'importe quelle cité, n'importe quelle civilisation qui s'est enfoncée dans le mal et que Dieu va combattre. La seule cité qui reste nommée, c'est Jérusalem, la cité de Sion, mais qui représente maintenant plus que Jérusalem. Ce n'est plus Israël contre les empires d'à côté, ça commence à devenir les bons contre les mauvais, le rassemblement des justes à la fin des temps contre le déchaînement des tyrans.
Avec cette universalisation, qui nous amène du côté du genre apocalyptique, vous avez aussi les reprises des éléments de la nature : bouleversements cosmiques, décréation, recréation, une lune qui rougit, un soleil qui s'obscurcit.
Alors ces chapitres, vous allez voir, c'est une poésie extraordinaire. Moi, ce que je trouve encore plus beau, c'est d'essayer de comprendre comment Isaïe en est arrivé là. En fait, il reprend les éléments passés, il amène les logiques jusqu'à leur bout, il voit des bouleversements de plus en plus importants qui arrivent et il commence à comprendre ce qu'il y a derrière. Où va l'histoire ? C'est ça que vous allez entendre : la petite apocalypse d'Isaïe, c'est Isaïe qui, en relisant les événements qu'il a sous les yeux, commence à comprendre ce que Dieu a derrière la tête.
Quatre chapitres dans cette petite apocalypse. Aujourd'hui, deux chapitres, 24-25. Vous allez voir successivement la terre entière frappée, un chaos mondial. Ensuite, des justes au milieu de la tribulation : « Ceux qui restent élèvent la voix, ils crient de joie. Mais moi, je dis : quelle épreuve pour moi, quelle épreuve pour moi, malheur à moi ! » Vous aurez ensuite l'ébauche d'une bataille cosmique du bien contre le mal : « Ce jour-là, il arrivera que le Seigneur viendra sévir là-haut, contre l'armée d'en haut, et sur la terre, contre les rois de la terre. » Une bataille céleste à laquelle répond une bataille terrestre. Ça annonce vraiment l'Apocalypse de Jean. Et puis ensuite, on ira sur le chapitre 25.
Mais écoutez, les enfants, je ne vais pas tout vous dire. Moi, mon but, c'est juste de vous mettre l'eau à la bouche. Maintenant, je laisse le texte parler de lui-même. Isaïe, 24-25.
Lecture : Isaïe 24-25
Voici que le Seigneur saccage la terre, qu'il la ravage, qu'il en bouleverse la face, qu'il en disperse les habitants. Il en sera du prêtre comme du peuple, du maître comme de l'esclave, de la maîtresse comme de la servante, du vendeur comme de l'acheteur, du prêteur comme de l'emprunteur, du créancier comme du débiteur.
Saccagée, elle est saccagée, la terre. Pillée, elle est pillée. Car le Seigneur a proféré cette parole.
La terre est en deuil, elle s'épuise. Le monde dépérit, il s'épuise. Et le ciel dépérit en même temps que la terre.
La terre est profanée par ses habitants. Ils ont transgressé les lois, ils ont changé les décrets, ils ont rompu l'alliance éternelle. C'est pourquoi la malédiction dévore la terre, ses habitants subissent la peine. C'est pourquoi les habitants de la terre diminuent et qu'il n'en reste qu'un petit nombre.
Deuil pour le vin nouveau ! La vigne a dépéri. Tous ceux qui avaient le cœur en fête se lamentent. Elle a cessé, l'allégresse des tambourins. Il a pris fin, le joyeux vacarme. Elle a cessé, l'allégresse des cithares. Ils ne boiront plus de vin en chantant, la boisson forte est amère aux buveurs.
La cité du néant est en ruine. Chaque maison est fermée, nul ne peut y entrer. Dans la rue, on réclame du vin. Toute joie a disparu, l'allégresse est bannie du pays. Il ne reste de la ville que désolation, sa porte est brisée, fracassée.
Au cœur du pays, au milieu des populations, il en sera comme à la cueillette des olives, comme au grappillage après la vendange.
Ceux qui restent élèvent la voix, ils crient de joie. Du côté de la mer, on célèbre la grandeur du Seigneur. Au pays de la lumière, on glorifie le Seigneur, et dans les îles de la mer, le nom du Seigneur, Dieu d'Israël. Depuis les limites de la terre, nous entendons des hymnes : « Honneur à Dieu, le Juste ! »
Mais moi, je dis : quelle épreuve pour moi ! Quelle épreuve pour moi ! Malheur à moi ! Ils ont ravagé, les ravageurs ! Ils ravagent, les ravageurs ! Ils font des ravages !
La frayeur, la fosse et le filet sont pour toi, habitant de la terre. Celui qui fuit devant les cris de frayeur tombe dans la fosse. Celui qui remonte de la fosse est pris dans le filet. Oui, les vannes d'en haut s'ouvriront, les fondements de la terre trembleront.
La terre se brise, se brise en morceaux. La terre éclate, elle vole en éclats. La terre frémit, elle frémit tout entière. La terre vacille et vacille comme un ivrogne, comme une cabane branlante. Et son forfait pèse sur elle : elle tombe sans pouvoir se relever.
Ce jour-là, il arrivera que le Seigneur viendra sévir là-haut, contre l'armée d'en haut, et sur la terre, contre les rois de la terre. Ils seront entassés, enchaînés dans un cachot, prisonniers d'une prison. Après de nombreux jours, on sévira contre eux. La lune rougira, le soleil se couvrira de honte, car sur le mont Sion et à Jérusalem, le Seigneur de l'univers règnera. Devant les anciens resplendira sa gloire.
Seigneur, tu es mon Dieu, je rends grâce à ton nom, car tu as accompli des projets merveilleux. Tu as changé la ville en un tas de pierres et la cité fortifiée en un champ de ruines. La citadelle des étrangers n'est plus une ville, jamais elle ne sera rebâtie. Voilà pourquoi un peuple fort reconnaît ta gloire et les cités des nations tyranniques te craignent.
Tu es devenu forteresse pour le faible, forteresse pour le malheureux en sa détresse, un abri contre l'orage, une ombre contre la chaleur. Le souffle des tyrans n'est plus que pluie d'orage sur un mur. Comme une chaleur étouffante sur la terre desséchée, tu étouffes le vacarme des étrangers. Comme faiblit la chaleur à l'ombre d'un nuage, ainsi faiblit le chant de victoire des tyrans.
Le Seigneur de l'univers préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viande grasse et de vin capiteux, un festin de viande succulente et de vin délicat. Sur cette montagne, il fera disparaître le voile de deuil qui enveloppe tous les peuples et le linceul qui couvre toutes les nations. Il fera disparaître la mort pour toujours. Le Seigneur Dieu essuiera les larmes sur tous les visages, et par toute la terre il effacera l'humiliation de son peuple. Le Seigneur a parlé.
Et ce jour-là, on dira : « Voici notre Dieu, en lui nous espérions et il nous a sauvés. C'est lui le Seigneur, en lui nous espérions. Exultons, réjouissons-nous : il nous a sauvés ! »
Car la main du Seigneur reposera sur cette montagne. Mais Moab sera piétiné sur place, comme la paille est piétinée dans le fumier. Là, il étendra les mains, comme un nageur les étend pour nager, mais malgré ses mouvements habiles, Dieu rabattra son arrogance.
Commentaire
Il fera disparaître le voile de deuil qui enveloppe tous les peuples et le linceul qui couvre toutes les nations. Il fera disparaître la mort pour toujours. Le Seigneur Dieu essuiera les larmes sur tous les visages. Le Seigneur a parlé.
C'est la première fois — ouvrez les oreilles — qu'est envisagé le paradis, la vie éternelle et l'anéantissement de la mort. Je répète : c'est la première fois depuis que je lis la Bible, depuis le premier chapitre de la Genèse, qu'est envisagée une vie éternelle où l'on communiera avec le Seigneur et où la mort sera détruite.
Est-ce que tout le monde réalise l'importance de ce que je suis en train de dire ? Vous pouvez reprendre la Genèse, ce n'est pas dit. Vous pouvez reprendre l'Exode, ce n'est pas dit. Vous pouvez reprendre 1 et 2 Samuel, 1 et 2 Rois, vous pouvez reprendre tout ce que vous voulez : c'est la première fois que vous avez, de manière aussi explicite, l'annonce que la mort sera anéantie — et dans des termes que l'Apocalypse de Jean ne pourra pas faire mieux que de reprendre verbatim. « Le Seigneur Dieu essuiera toutes les larmes de leurs visages. » C'est ces versets-là qu'on dit à chaque enterrement. Quand on veut réconforter des familles en deuil, quand on veut parler de l'espérance chrétienne, c'est ça, c'est ce verset d'Isaïe qu'on reprend.
Quand je vous dis qu'Isaïe, c'est génial. Quand je vous dis qu'on est en train de faire des progrès dans la révélation. Quand je vous dis qu'Isaïe, il a compris ce qu'était la destinée de l'humanité, le plan d'ensemble de Dieu…
Alors maintenant, on pourrait faire un cours entier de 24 heures sur ces versets. Bon, nous, on va la faire courte, mais quand même.
Le festin de viande grasse et de vin capiteux, ça, ça reprend un sacrifice de communion, un sacrifice pour la paix dont le rite est décrit dans le Lévitique. Normalement, on partage entre Dieu, le prêtre et le peuple ce qu'on donne en offrande. Ici, l'offrande est redonnée par Dieu au peuple, à qui il communique sa puissance de vie. Ça, c'est la vie éternelle qui commence à être décrite ici en termes de communion, en termes de festin et en termes de contemplation.
On continue : « Sur cette montagne, il fera disparaître le voile de deuil. » Alors, enlever le voile, dévoiler, c'est littéralement le verbe apocalyptein en grec : enlever le voile. En enlevant le voile, le Seigneur enlève ce qui faisait obstacle à la connaissance de Dieu. C'est comme dans notre histoire de Tobie, quand le Seigneur enlève des yeux les écailles qui empêchaient de voir la lumière. C'est saint Paul, pour le coup, qui va comprendre ce que ce verset cache : il dira qu'en enlevant le voile, la vie éternelle va devenir la vision face à face de Dieu. Petite parenthèse : à la mort de Jésus, le voile à l'intérieur du Temple a été déchiré de haut en bas. Hasard, coïncidence ? On en a déjà parlé dans l'Évangile selon saint Marc. Je ferme la parenthèse.
On continue : « Il fera disparaître la mort pour toujours. » Une action irréversible. Il fera disparaître la mort pour toujours, elle n'existera plus. Eh bien, ce verset va être pris tel quel dans la première lettre aux Corinthiens : le dernier ennemi qui sera vaincu, c'est la mort. Un verset que vous retrouverez aussi, pour la petite histoire, sur une tombe dans Harry Potter, sur la tombe des parents de Dumbledore. C'est vous dire l'importance de tout ce que vous venez d'entendre.
Alors, à juste titre, mes notes de bas de page disent que la mort et l'aveuglement sont entrés dans le monde en mangeant le fruit défendu, Genèse 3, 1-6. Et ici, c'est en mangeant un autre fruit, en communiant à ce festin de viande grasse et de vin capiteux, que la vie et la vision sont définitivement rendues. Le festin annonce ici la figure de l'Agneau immolé, devenu nourriture et boisson pour procurer aux hommes la vie éternelle. Jésus, le discours sur le pain de vie, c'est ça.
Nous nous tournons maintenant vers la prière.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, je te confie ma vie. Je te remercie de prendre soin de moi. Je te confie toutes les personnes qui sont proches de moi, qui sont mortes, et qu'un jour j'espère revoir au ciel.
Seigneur, je te confie ce festin de viande grasse, je te confie ce festin de vin capiteux qu'un jour j'espère prendre en ta présence, avec tous mes proches qui me sont chers.
Je te confie, Seigneur, mes larmes, qu'un jour toi-même tu essuieras de mes yeux.
Seigneur, en attendant de voir ce jour où le dernier ennemi, la mort, sera définitivement vaincu, j'ai foi en toi, je crois en toi, j'espère en toi. Seigneur, je t'aime.
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