Jour 199 ☾ — Résurrection, vigne et trompette finale
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Résumé : Le frère Paul-Adrien achève la petite apocalypse d'Isaïe avec les chapitres 26 et 27. La lecture déroule le cantique de la ville forte, le désir de Dieu au cœur de la nuit, l'annonce de la résurrection des morts, la victoire sur Léviathan, le chant de la vigne exquise et la grande trompe du rassemblement final. Le commentaire montre le rebond monumental de la révélation qui se joue ici : la vie éternelle ouvertement annoncée, le combat cosmique déplacé des origines vers la fin des temps, le mal qui commence à prendre un visage, et toutes ces images que Jésus et l'Apocalypse de Jean reprendront verbatim. L'épisode s'achève par une prière composée uniquement de versets d'Isaïe.
Introduction
Je pense que même quand il écrit ça, Isaïe ne s'est pas rendu compte de ce qu'il écrivait. Il y a eu un rebond monumental dans la révélation. Autant de nouveaux thèmes qui sont en train de s'agencer en eux, même si ce n'est pas encore bien clair. Mais vous avez quand même qui apparaît la figure d'un roi messianique, l'idée d'une destinée commune de l'humanité entière, et derrière, un combat cosmique entre le bien et le mal. Tout cela est confus, mais tout cela apparaît. Vous sentez qu'il y a des nouvelles pièces dans le puzzle qui sont en train de s'agencer là.
Alors, vite, écoutez, nous continuons notre petite apocalypse d'Isaïe. Cette fois-ci, la fin, les chapitres 26 et 27. Bonne écoute.
Lecture : Isaïe 26-27
En ce jour-là, ce cantique sera chanté dans le pays de Juda. Nous avons une ville forte. Le Seigneur a mis pour sauvegarde murailles et avant-murs. Ouvrez les portes, et elle entrera, la nation juste qui se garde fidèle.
Immuable en ton dessein, tu préserves la paix, la paix de qui s'appuie sur toi. Prenez appui sur le Seigneur, à jamais, sur lui, le Seigneur, le roc éternel.
Il a rabaissé ceux qui siégeaient dans les hauteurs. Il a humilié la cité inaccessible, l'a humiliée jusqu'à terre, et lui a fait mordre la poussière. Elle sera foulée aux pieds, sous le pied des pauvres, le pas des faibles.
Il est droit, le chemin du juste. Toi qui es droit, tu as aplani le sentier du juste. Oui, sur le chemin de tes jugements, Seigneur, nous t'espérons. Dire ton nom, faire mémoire de toi, c'est là le désir de l'âme. Mon âme, la nuit, te désire, et mon esprit, au fond de moi, te guette dès l'aurore.
Quand s'exercent tes jugements sur la terre, les habitants du monde apprennent la justice. Si l'on fait grâce au méchant, il n'apprend pas la justice. Perfide sur la terre de probité, il ne voit pas la majesté du Seigneur. Seigneur, ta main est levée, et ils ne l'aperçoivent pas. Mais ils percevront, pleins de honte, ta passion pour le peuple. En vérité, le feu les dévorera, celui que tu destines à tes ennemis.
Seigneur, tu nous assures la paix. Dans toutes nos œuvres, toi-même agis pour nous. Seigneur notre Dieu, d'autres maîtres que toi ont dominé sur nous, mais de toi seul nous faisons mémoire, de ton seul nom. Ceux-là sont morts, ils ne revivront pas. Ce sont des ombres, ils ne se relèveront pas. Voilà pourquoi tu interviens, tu les extermines, tu effaces jusqu'à leur mémoire.
Tu as fait grandir la nation, Seigneur, tu as fait grandir notre nation, tu en es glorifié. Tu as repoussé toutes les limites du pays.
Seigneur, dans la détresse, on a recours à toi. Quand tu envoies un châtiment, on s'efforce de le conjurer. Nous étions devant toi, Seigneur, comme la femme enceinte sur le point d'enfanter, qui se tord et crie dans les douleurs. Nous avons conçu, nous avons été dans les douleurs, mais nous n'avons enfanté que du vent. Nous n'apportons pas le salut à la terre. Nul habitant du monde ne vient à la vie.
Les morts revivront, leurs cadavres se lèveront. Ils se réveilleront, crieront de joie, ceux qui demeurent dans la poussière. Car ta rosée, Seigneur, est rosée de lumière, et le pays des ombres redonnera la vie.
Va, mon peuple, rentre dans tes maisons. Ferme sur toi les portes. Cache-toi un court instant pendant que passe la colère. Car voici le Seigneur qui sort de son lieu saint pour châtier la faute des habitants de la terre. Et la terre laissera voir le sang versé et ne recouvrira plus ses victimes.
Ce jour-là, le Seigneur châtiera de son épée dure et grande et forte Léviathan, le serpent fuyard, Léviathan, le serpent tortueux. Il tuera le dragon de la mer.
Et ce jour-là, chantez la vigne exquise. Moi, le Seigneur, j'en suis le gardien. Je l'arrose en temps voulu, de peur qu'on ne la visite. Je la garde nuit et jour. Je ne suis plus en fureur. Mais si je trouve des épines et des ronces, je leur ferai la guerre, je les brûlerai toutes. À moins que l'on ne cherche ma protection, que l'on ne fasse la paix avec moi. Oui, qu'avec moi on fasse la paix.
À l'avenir, Jacob s'enracinera. Israël fleurira et poussera ses bourgeons, et la face du monde sera couverte de fruits.
Israël a-t-il été frappé comme le Seigneur avait frappé ceux qui le frappaient ? A-t-il été égorgé comme lui, le Seigneur, avait égorgé ses égorgeurs ? Il l'a condamné au bannissement, à la déportation. Il l'a chassé par le souffle violent d'un jour de vent d'est. C'est ainsi que sera expiée la faute de Jacob, et tel sera le fruit de la rémission de son péché. Il traitera toutes les pierres des autels comme les pierres à chaux que l'on pulvérise. Poteaux sacrés et colonnes à encens ne se dresseront plus.
La ville fortifiée à l'écart est un lieu dépeuplé, abandonné comme un désert. Le veau y viendra paître. Là, il se couchera. Il saccagera ses arbustes. Ses rameaux qui ont séché seront brisés. Des femmes viennent qui les brûlent. Oui, ce peuple est sans discernement. Voilà pourquoi celui qui l'a fait n'en a pas compassion. Celui qui l'a façonné ne lui fera pas grâce.
Il arrivera en ces jours-là que le Seigneur fera le battage des épis depuis l'Euphrate jusqu'au torrent d'Égypte. Quant à vous, fils d'Israël, vous serez glanés un par un.
Il arrivera en ce jour-là que l'on sonnera de la grande trompe. Ils viendront, ceux qui étaient perdus au pays d'Assour et ceux qui étaient dispersés au pays d'Égypte. Ils se prosterneront devant le Seigneur sur sa montagne sainte, à Jérusalem.
Commentaire
Alors, reprenons. On a commencé avec une ville ouverte qui sera le rempart des justes. Ça annonce un peu la Jérusalem nouvelle, non ?
Le Seigneur a mis pour sauvegarde murailles et avant-murs. Ouvrez les portes, elle entrera, la nation juste qui se garde fidèle.
Mes notes de bas de page disent… Je suis désolé, je dis beaucoup « mes notes de bas de page disent » en ce moment, parce que, écoutez, je ne ferais pas mieux. Il importe d'être ouvert à Dieu, d'où cette idée de cité ouverte, mais non enfermée dans de fausses sécurités, contre les remparts humains qui, en fait, peuvent être envahis et détruits par les ennemis.
Ensuite, ce verset, mais magnifique :
Dire ton nom, faire mémoire de toi, c'est le désir de l'âme. Mon âme, la nuit, te désire, et mon esprit, au fond de moi, te guette dès l'aurore.
Alors, derrière la nuit, ce sont les épreuves. Et chercher dès l'aurore, ça veut dire mettre en Dieu son espérance. Dieu reste le sens de notre vie. Mon âme, la nuit, te désire : mon âme, même dans les épreuves, te désire, car le sens de ma vie, Seigneur, c'est voir ta face. C'est à la fois très beau et très poétiquement dit.
Et puis ensuite, vous avez eu le châtiment des méchants. Verset 14 :
Ceux-là sont morts, ils ne revivront pas. Ce sont des ombres, ils ne se relèveront pas.
Mais tout de suite après, versets 17-18, vous avez eu quoi ?
Nous étions devant toi, Seigneur, comme la femme enceinte sur le point d'enfanter, qui se tord et crie dans les douleurs.
Je vous rappelle quand même que cette image de la femme qui accouche, c'est la grande image que Jésus ne va pas arrêter de reprendre tout au long de sa vie. Son dernier repas, son dernier discours, pour expliquer aux apôtres ce que c'est que la crucifixion, ce que c'est que vaincre la mort, et ce que c'est que d'accoucher de la vie éternelle. Eh bien, ça, Jésus l'a piqué à Isaïe, dans le verset que vous venez d'entendre. Qui continuait d'ailleurs, Isaïe :
Tes morts revivront, leurs cadavres se lèveront, ils se réveilleront, crieront de joie ceux qui demeurent dans la poussière.
Enfin, on pourrait s'arrêter là. La vie éternelle, la résurrection est ouvertement annoncée ici. Alors, il manque encore quelques petites choses, Isaïe n'a pas tout inventé non plus. Il manque encore, par exemple, l'idée d'une résurrection individuelle. L'idée aussi de la résurrection de la chair, ça ne s'est pas encore dit. Il faudra attendre un petit peu. Écoutez, Isaïe ne peut pas non plus tout découvrir à lui tout seul.
Bon, on continue. Verset 27 — c'est-à-dire la fin des temps :
Ce jour-là, le Seigneur châtiera de son épée dure et grande et forte Léviathan, le serpent fuyard, Léviathan, le serpent tortueux. Il tuera le dragon de la mer.
Là encore, l'Apocalypse de Jean, elle dira qu'elle ne pourra pas faire mieux qu'Isaïe, elle va reprendre ça verbatim. Mais note de bas de page 10 — on revient toujours à elles, elles sont très, très bien : « Le prophète utilise des références mythologiques pour décrire la victoire finale de Dieu sur le chaos. Léviathan est identifié à un serpent fuyard », comme on avait dans Job — mais Isaïe est antérieur à Job — « sorte de monstre aquatique qui déchaîne les eaux, que Baal, un dieu babylonien, avait mis à mort pour créer le monde et établir l'humanité. »
Cependant, l'auteur, Isaïe, démythologise ici le symbole. Puisque ça, en fait, dans Baal, la lutte de Dieu contre le serpent fuyard, c'est ce qui permet au monde d'être créé. Donc ça, c'est les cosmogonies païennes. Alors que dans la Genèse, il n'y a pas de lutte primordiale : c'est Dieu qui crée du trop-plein de sa beauté et, en jetant un regard émerveillé sur le monde, il vit que cela était beau. Ce qui fait que cette lutte du bien contre le mal, qui, dans les cosmogonies païennes, est à l'origine de la création — parce qu'il y a un dieu du bien et qu'il y a un dieu du mal, alors que dans la Bible, il y a un seul Dieu et c'est le Dieu du bien —, cette lutte entre le bien et le mal, dans la Bible, se retrouve à la fin des temps. Parce que le mal n'apparaît qu'avec la liberté.
Ouais, je ne sais pas si tout le monde me suit, je reprends ce que dit la note de bas de page : « L'auteur démythologise le symbole. Au lieu d'en faire un mythe des origines, il devient un mythe de la fin des temps. Au lieu de répéter sans cesse l'événement primordial, il est relié à l'événement final », qui est la résurrection.
Derrière ce Léviathan, ça commence à être une personnification de la puissance maléfique. On n'est pas encore dans Lucifer ou le démon, mais Léviathan, ça commence à vouloir dire quelque chose. C'est ce que je vous disais avec Tobie : le mal commence à prendre un visage. Et si, derrière tous les petits démons, on commence à deviner qu'il y en a un plus grand que les autres, un serpent tortueux, qui était peut-être ce petit serpent qu'il y avait dans la Genèse, qui avait tenté Adam et Ève — en fait, il n'était peut-être pas si petit que ça. Voilà ce qu'on est en train de découvrir.
Bon, vous êtes toujours avec moi ? On continue encore un petit peu. Ensuite, vous avez vu la reprise du chant de la vigne. On avait vu que la vigne, au début d'Isaïe, c'était pour dire que Dieu n'était pas content, qu'il allait détruire cette vigne. Là, maintenant, c'est la vigne exquise. Ça annonce le discours de la vigne que Jésus donnera : « Je suis la vigne et vous êtes les sarments. » Avec la vigne est annoncée la restauration du peuple juif.
Ensuite, on vous a annoncé le pardon des péchés. Verset 9 :
C'est ainsi que sera expiée la faute de Jacob, et tel sera le fruit de la rémission de son péché.
Et comme si ça ne suffisait pas d'inventer et d'enfiler les unes après les autres toutes ces images qui ne cesseront d'être reprises, voilà une nouvelle : l'image de la moisson. Verset 12 :
Il arrivera en ces jours-là que le Seigneur fera le battage des épis depuis l'Euphrate jusqu'au torrent d'Égypte. Et quant à vous, fils d'Israël, vous serez glanés un par un.
Ça, plus tard, ça vous donnera les paraboles de Jésus, le bon grain et l'ivraie. Enfin, c'est cette même image qui sera explicitement reprise : « La moisson, dira Jésus, c'est la fin des temps. »
Et ensuite, comme si ça ne suffisait toujours pas, on vous annonce la grande trompette. Verset 13 :
Il arrivera en ces jours-là que l'on sonnera de la grande trompe.
Et elle deviendra cette trompe que le Seigneur, à la fin des temps, donnera aux anges pour annoncer la résurrection des morts et le rassemblement des élus. Pas mal, quand même, pour un seul chapitre.
Bon, petite prière. Pour la prière, je vous propose simplement de reprendre ces versets d'Isaïe tels qu'il nous les a donnés. Ce serait un peu cuistre de ma part d'espérer improviser une petite prière qui soit supérieure à ce que vient de nous dire Isaïe.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Oui, sur le chemin de tes jugements, Seigneur, je t'espère. Dire ton nom, faire mémoire de toi, c'est le désir de mon âme. Mon âme, la nuit, te désire. Mon esprit, au fond de moi, te guette dès l'aurore.
Seigneur, c'est toi-même qui assures la paix de ma vie. Dans toutes mes œuvres, Seigneur, Seigneur, agis pour moi.
J'aurai pour sauvegarde le Seigneur. Il sera mon rempart et mon rocher. Ouvrez les portes, et j'entrerai avec cette nation juste qui se garde fidèle.
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