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Jour 200 ☾ — Malheurs, promesses et pierre angulaire

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Résumé : Le frère Paul-Adrien ouvre une nouvelle section d'Isaïe faite de six oracles de malheur, qui déploient peut-être la série annoncée dès le chant de la vigne au chapitre 5. Il donne les clés de lecture : Samarie = Israël = Éphraïm, Jérusalem = Sion = Juda = Ariel, et surtout l'alternance constante entre annonces de bonheur et annonces de malheur, qui structure tout le texte. La lecture des chapitres 28 et 29 fait entendre l'ivresse des chefs, l'alliance conclue avec la mort, la parabole du laboureur et le siège d'Ariel. Le commentaire s'arrête sur Isaïe 28,16 : la première mention explicite d'une pierre angulaire dans la Bible, pierre posée par Dieu, éprouvée, appui de la foi, que l'Église appliquera au Christ puis à Pierre.

Introduction

Nouvelle partie dans le livre d'Isaïe. Six chapitres, six oracles, six oracles de malheur. Souvenez-vous, au chapitre 5, avec le chant de la vigne, on avait dit que le prophète avait une série de six malheurs à donner. Vous avez peut-être oublié, mais je vous le rappelle quand même. Ce n'est pas impossible que cette série de six malheurs ait donné une structure pour les six chapitres que vous allez entendre. Comme si jamais c'était la version plus déployée de ce qu'on avait déjà entendu.

Vous entendrez chaque chapitre commencer par la mention formelle « malheur ». Petit moyen mnémotechnique très commode, parce que ça nous permet de nous y retrouver dans le texte. C'est ainsi que vous entendrez chapitre 28, premier verset, « malheur à toi Samarie », et chapitre 29, « malheur à toi Ariel ». Et puis, comme dans toute règle, il y a des exceptions : exceptionnellement, vous entendrez à l'intérieur du chapitre 29 un troisième malheur. En tout cas, la structure est simple : à chaque fois que vous entendez « malheur », c'est une nouvelle section.

Alors, pour la paix des ménages, je rappelle que Samarie, Israël, Éphraïm, c'est la même chose. Comme ça, vous ne serez pas perdus dans le texte. Israël, le royaume du Nord, sa capitale, c'était Samarie, et Éphraïm, c'était la tribu dominante. De la même manière, Jérusalem, Sion, Juda, c'est la même chose. Sauf que là, pas de chance, il y a encore une exception : Jérusalem va être appelée Ariel. Tout est toujours compliqué. Ariel, ça veut dire « lion de Juda », ou alors ça veut peut-être dire « l'autel du parfum ». Dans tous les cas de figure, quand vous entendez Ariel, vous pensez Jérusalem.

Maintenant, qu'est-ce que vous allez voir à l'intérieur de ces deux chapitres ? Ce n'est pas facile de s'y retrouver. Dans les thèmes, ça va partir dans toutes les directions. Mais à mon avis, la meilleure clé de lecture, c'est d'arriver à repérer et d'y être attentif : vous allez entendre comme une alternance. Il y aura une annonce de bonheur, une annonce de malheur, puis on reprend une annonce de bonheur, une annonce de malheur. À mon avis, c'est cette alternance qui structure le texte. Vous allez vous apercevoir que ça n'arrête pas d'alterner : bonheur, malheur, bonheur, malheur. C'est quasiment parfait, cette alternance. C'est voulu.

C'est comme si les oracles de malheur étaient aussitôt annulés par des oracles de bonheur, pour vous dire que Dieu vous aime quand même. Mais à l'inverse, on pourrait se dire que ce sont aussi les oracles de bonheur qui sont aussitôt annulés par des oracles de malheur, pour vous dire « repentez-vous ». C'est Dieu qui souffle le chaud et le froid constamment. Et je pense que c'est voulu, et je pense que c'est là la clé de lecture. Donc, si vous avez la tête qui tourne, dites-vous que c'est peut-être la meilleure manière de lire ces textes.

Lecture : Isaïe 28-29

Malheur, Samarie ! Insolente couronne des buveurs d'Éphraïm, fleur qui se fane, splendide parure dominant une vallée plantureuse. Vous êtes assommés par le vin.

Voici, au service du Seigneur, un homme fort et vigoureux, comme un orage de grêle, une tempête dévastatrice, un orage d'eau puissante, torrentielle. De sa main, il va tout mettre à terre. Elle sera foulée aux pieds, l'insolente couronne des buveurs d'Éphraïm. La fleur qui se fane, splendide parure dominant la vallée plantureuse, sera comme une figue précoce avant l'été : sitôt vue, sitôt cueillie, sitôt avalée.

Ce jour-là, le Seigneur de l'univers deviendra prestigieuse couronne, diadème de splendeur pour le reste de son peuple. Il deviendra esprit de jugement pour qui siège au jugement, et vaillance de ceux qui repoussent l'assaut devant la porte.

En voici d'autres que le vin égare, que la boisson forte fait divaguer. Prêtres et prophètes, la boisson les égare. Ils sont troublés par le vin, ils divaguent sous l'effet de la boisson, s'égarent dans leur vision et s'embrouillent dans leurs sentences. Leurs tables, elles sont couvertes d'infectes vomissures. Il n'y a plus un endroit qui soit propre.

Ils disent : « À qui veut-il faire la leçon ? À qui veut-il faire entendre le message ? À des enfants à peine sevrés, qui ne prennent plus le sein ? Écoutez-le : fais ceci, fais ça, par-ci, par-là, un peu par-ci, un peu par-là. »

Eh bien oui, c'est dans une langue ridicule, dans un jargon étrange qu'il parlera à ce peuple. Il leur avait dit : « C'est le repos, laissez l'accablé se reposer, c'est le répit. » Ils n'ont pas voulu écouter. Voilà donc ce que leur dira le Seigneur : « Fais ci, fais ça, par-ci, par-là, un peu ci, un peu ça », afin qu'en marchant ils trébuchent et tombent à la renverse, qu'ils soient brisés, pris au piège et capturés.

C'est pourquoi, écoutez la parole du Seigneur, vous les moqueurs, vous qui gouvernez ce peuple qui est à Jérusalem, vous qui dites : « Nous avons conclu une alliance avec la mort, avec le séjour des morts nous avons fait un pacte. Quand passera le flot torrentiel, il ne nous atteindra pas, car nous faisons du mensonge notre abri, dans la tromperie nous sommes cachés. »

Voilà pourquoi, ainsi parle le Seigneur : Moi, dans Sion, je pose une pierre, une pierre à toute épreuve, choisie pour être pierre d'angle, véritable pierre de fondement. Celui qui croit ne s'inquiétera pas. Je prendrai le droit comme cordeau et la justice comme fil à plomb.

Mais la grêle balayera l'abri du mensonge et les eaux submergeront le refuge caché. Votre alliance avec la mort se rompra. Votre pacte avec le séjour des morts ne tiendra pas. Quand passera le flot torrentiel, vous serez broyés. Chaque fois qu'il passera, il vous prendra. Il passera matin après matin, et le jour et la nuit, et ne restera que l'épouvante d'en apprendre la nouvelle, car trop court est le lit pour s'y cacher, et trop étroite la couverture pour s'y blottir.

Oui, comme au mont Peratsim, le Seigneur se dressera, comme dans la vallée de Gabaon, il frémira d'indignation, pour accomplir son œuvre, son œuvre étrange, pour se mettre à son travail, son travail insolite. Et maintenant, ne vous moquez pas, de peur que vos liens ne se resserrent. C'est la destruction, et j'ai entendu qu'elle a été décidée par le Seigneur, Dieu de l'univers, contre tout le pays.

Tendez l'oreille, écoutez ma voix, soyez attentifs, écoutez ma parole. Pour semer, faut-il que tout le jour le laboureur laboure sa terre, la retourne et la herse ? Ne va-t-il pas aplanir le sol pour répandre la nigelle, jeter le cumin, semer en pleine terre le blé, l'orge, le millet et l'épeautre en bordure ? Son Dieu lui enseigne cette pratique, il l'instruit.

On n'écrase pas la nigelle au traîneau, la roue du chariot ne passe pas sur le cumin, mais on bat la nigelle avec le fléau, et le cumin avec le bâton. Va-t-on broyer le froment ? On ne l'écrase pas sans fin, on le foule sous les roues du chariot, mais il n'est pas broyé. Et même cela, cela vient du Seigneur de l'univers. Il conçoit des merveilles, et il a réussi de grandes choses.

Malheur, Ariel ! Ariel, cité où campa David, ajoutez une année à l'année, que s'accomplisse le cycle des fêtes, et j'opprimerai Ariel. Il ne sera que plainte et complainte, il ne sera pour moi qu'un Ariel, un brasier d'autel. Contre toi, tout autour, je dresserai le camp, j'érigerai contre toi des remblais, j'élèverai contre toi des fortifications.

Tu seras si abaissé que ta parole semblera venir de la terre, et de la poussière elle montera assourdie, comme celle d'un revenant. Ta voix viendra de la terre, et de la poussière ta parole ne sera que chuchotement.

Mais la foule de tes ennemis n'est que poudre fine, la foule des tyrans n'est que paille au vent. Tout d'un coup, en un instant, le Seigneur de l'univers interviendra, dans le tonnerre, avec tremblements et fracas, dans l'ouragan et la tempête, dans la flamme d'un feu dévorant. Et comme disparaît un songe, une vision de la nuit, telle est la foule de toutes les nations mobilisées contre Ariel, tous ceux qui l'assiègent dans sa forteresse et ceux qui l'oppriment. Comme un affamé rêve qu'il mange et s'éveille le ventre creux, comme un assoiffé rêve qu'il boit et s'éveille épuisé, le gosier sec, ainsi en sera-t-il de la foule de toutes les nations mobilisées contre le mont Sion.

Soyez stupéfaits, stupéfaits, aveuglés et aveugles, enivrés mais sans vin, titubants sans avoir bu. Car le Seigneur a répandu sur vous un esprit de torpeur. Il a fermé les yeux que sont vos prophètes, il a voilé les têtes que sont vos voyants.

Toute vision est devenue pour vous comme les mots d'un livre scellé. On le donne à qui sait lire, en lui disant : « Lis donc ceci. » Mais il répond : « Je ne peux pas, le livre est scellé. » On le donne alors à celui qui ne sait pas lire, en lui disant : « Lis donc ceci. » Mais il répond : « Je ne sais pas lire. »

Alors le Seigneur dit : « Parce que ce peuple s'approche de moi en me glorifiant de la bouche et des lèvres, alors que son cœur est loin de moi, parce que la crainte qu'ils ont de moi n'est que précepte enseigné par les hommes, eh bien, j'émerveillerai encore ce peuple par des merveilles de merveilles, et la sagesse de leurs sages se perdra, et l'intelligence des intelligents disparaîtra. »

Malheur ! Dans un profond secret, loin du Seigneur, ils cachent leurs projets, et leur ouvrage est fait dans l'obscurité. Ils se disent : « Qui nous voit ? Qui nous reconnaît ? » C'est le monde à l'envers. L'argile se prend-elle pour le potier ? L'ouvrage va-t-il dire de son fabricant : « Il ne m'a pas fabriqué » ? Et le pot va-t-il dire du potier : « Il n'y connaît rien » ?

Ne le savez-vous pas ? Encore un peu, très peu de temps, et le Liban se changera en verger, et le verger sera pareil à une forêt. Les sourds, en ce jour-là, entendront les paroles du livre. Quant aux aveugles, sortant de l'obscurité et des ténèbres, leurs yeux verront. Les humbles se réjouiront de plus en plus dans le Seigneur. Les malheureux, eux, exulteront en Dieu, le Saint d'Israël, car ce sera la fin des tyrans, l'extermination des moqueurs, et seront supprimés tous ceux qui s'empressent à mal faire, ceux qui font condamner quelqu'un par leur témoignage, qui faussent les débats du tribunal, et sans raison font débouter l'innocent.

C'est pourquoi le Seigneur, lui qui a libéré Abraham, parle ainsi à la maison de Jacob : Désormais, Jacob n'aura plus de honte, son visage ne pâlira plus, car quand il verra chez lui ses enfants, l'œuvre de mes mains, il sanctifiera mon nom, il sanctifiera le Dieu Saint de Jacob, il tremblera devant le Dieu d'Israël, et les esprits égarés découvriront l'intelligence, et les récalcitrants accepteront qu'on les instruise.

Commentaire

Petite théologie de la pierre. Il y a un verset que j'aimerais reprendre avec vous, chapitre 28, verset 16 :

Moi, dans Sion, je pose une pierre, une pierre à toute épreuve, choisie pour être une pierre d'angle, une véritable pierre de fondement. Celui qui croit ne s'inquiétera pas.

J'ai choisi ce verset parce que c'est la première fois dans la Bible qu'il est fait mention explicite d'une pierre angulaire. Et si vous êtes chrétien, vous savez que le thème de la pierre angulaire — mon Dieu, qu'est-ce qu'on en parle ! C'est une réalité que l'Église ne cessera d'appliquer au Christ, qui est la pierre d'angle, parce que c'est la première pierre que l'on pose, il est le fils aîné d'une multitude ; et qui en retour a appliqué ce thème de la pierre angulaire à Pierre, le premier pape : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » Bon, eh bien là, à nouveau, j'allais dire, Jésus n'a rien inventé. Enfin si, il a tout inventé, mais quand même, c'est Isaïe le premier qui, dans l'histoire humaine, l'a dit.

Isaïe nous dit de cette pierre qu'elle est une pierre posée. Passif divin : c'est donc une pierre qui a été posée par Dieu. C'est un homme qui est envoyé par Dieu. Elle est posée en Sion, ça veut dire qu'à partir de cette pierre, on est capable de reconstruire la ville entière. Et là, c'est Isaïe qui, de manière très subtile, arrive à faire se croiser deux théologies : une théologie messianique, l'attente d'un Emmanuel, d'un roi parfait, et la théologie de Sion, rebâtir Jérusalem. Eh bien, ces deux théologies s'entrecoupent sur le thème d'une pierre angulaire.

On vous dit de cette pierre que c'est une pierre éprouvée. Je ne sais pas encore comment elle va être éprouvée, mais mettez ça dans un coin de votre tête. Parce que peut-être que plus tard, quand Isaïe parlera d'un homme de douleur, il y aura peut-être un rapport.

Et on vous dit ensuite : celui qui croit — sous-entendu, celui qui croit en elle — ne s'enfuira pas. Cette pierre sera un appui pour la foi. Ça, c'est la foi chrétienne qui est annoncée. Nous nous tournons pour nous confier en cette pierre angulaire.

Prière

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, Amen.

Seigneur, c'est en toi que repose ma vie. Je te choisis comme pierre angulaire. Je veux construire ma maison sur le roc. Non pas sur le sable, mais sur le roc de ta parole, sur le roc de ta résurrection, sur le roc de ta puissance. Et celui qui croit en toi, Seigneur, ne sera pas déçu. Seigneur, je te choisis aujourd'hui comme pierre angulaire.


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