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Jour 201 ☾ — Le piège du moindre mal

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Résumé : Dans cet épisode consacré aux chapitres 30 et 31 d'Isaïe, le frère Paul-Adrien lit la série des « malheurs » adressés à ceux qui descendent en Égypte chercher du secours au lieu de consulter le Seigneur. Le prophète dénonce la politique du moindre mal : choisir l'Égypte contre l'Assyrie, c'est court-circuiter Dieu et se préparer une honte. Le commentaire suit le thème de la patience et de l'attente, opposant l'empressement fébrile du peuple — « nous fuirons à cheval » — à la parole du Seigneur : « c'est dans le calme et la confiance que sera votre force ». L'épisode se termine sur le psaume 129, où le veilleur guette l'aurore.

Introduction

Nous continuons dans Isaïe notre série de malheurs. Les chapitres 30 et 31 que vous allez entendre — je vous rappelle qu'à chaque fois que vous entendrez la mention formelle « malheur », ça veut dire qu'on change de chapitre.

Bon, dans ces chapitres, ce qu'Isaïe va dénoncer, c'est la tentation de la politique du moindre mal. Voilà ce que se disaient les Juifs à cette époque : l'Égypte, on s'en méfie, mais ça vaut toujours mieux que l'Assyrie ou que Babylone, donc on va chercher à faire des alliances avec elle. Sauf que choisir le moindre mal, dit Dieu, ce n'est pas choisir le meilleur. Faire des alliances avec l'Égypte, en fait, c'est refuser l'aide de Dieu. C'est un peu vexant pour Dieu de se voir constamment court-circuité et mis sur le banc de touche.

Petite progression par rapport aux derniers chapitres. Dans les chapitres 28-29, l'épisode précédent, le propos du prophète était de dénoncer l'orgueil et l'aveuglement des dirigeants de Jérusalem. Ici, ça permet de voir ces fausses solutions que, justement, par orgueil et aveuglement, ils ont choisies.

Alors, pour nous, auditeurs, il y a un effet qui est assez percutant, parce que nous aussi, on a nos Égyptes modernes, nos appuis matériels, nos alliances humaines, nos solutions du moindre mal, nos compromis — et que tout ça, c'est aussi pour nous qu'écrit Isaïe : ça ne saurait remplacer la confiance en Dieu. Le seul endroit où, pour nous, se trouve le salut et la paix, c'est en Dieu.

Donc, on est parti, chapitres 30 et 31, et vous regarderez à nouveau l'alternance entre les bonheurs, la restauration, et les malheurs, la destruction.

Lecture : Isaïe 30-31

Malheur aux fils rebelles, oracle du Seigneur, qui font un projet, oui, mais sans moi, qui concluent un traité, oui, mais sans mon esprit, accumulant ainsi péché sur péché. Ils descendent en Égypte sans m'avoir consulté, pour trouver refuge auprès de Pharaon, pour s'abriter à l'ombre de l'Égypte.

Mais le refuge de Pharaon sera votre honte, et l'abri que vous cherchez à l'ombre de l'Égypte sera votre confusion. Même si vos princes sont déjà à Tanis, si vos ambassadeurs sont parvenus à Hanès, ils seront tous couverts de honte par un peuple qui leur sera inutile, qui ne leur sera d'aucun secours, d'aucune utilité, sinon pour la honte et même l'infamie.

Proclamation sur les bêtes du Néguev. Au pays de la détresse et de l'angoisse, de la lionne et du lion rugissant, de la vipère et du dragon volant, ils transportent sur le dos des ânes leurs richesses et leurs trésors sur la bosse des chameaux, vers un peuple qui leur sera inutile. L'Égypte, dont le secours n'est que vide et vent, et c'est pourquoi je l'ai nommée : Rahab la Paresse.

Maintenant, viens, écris ceci pour eux sur une tablette, inscris-le sur un document, et que ce soit, dans l'avenir, un témoignage à tout jamais. C'est un peuple rebelle, ce sont des fils menteurs, des fils qui n'acceptent pas d'écouter la loi du Seigneur, eux qui disent aux voyants : « Ne voyez pas », et aux prophètes : « Ne prophétisez pas pour nous des choses vraies, mais dites-nous des choses agréables, prophétisez des chimères. Quittez donc le chemin, écartez-vous de la route, laissez-nous tranquilles avec le Dieu Saint d'Israël. »

Mais voilà ce qu'il déclare, le Saint d'Israël : « Vous avez mis votre confiance dans la violence et la ruse, et vous en avez fait votre appui. Ce péché sera pour vous comme une lézarde qui se creuse, un renflement qui apparaît sur une haute muraille et qui brusquement s'effondre d'un seul coup. Elle s'effondre comme une poterie que l'on brise sans ménagement, impossible de retrouver dans ses débris un seul tesson pour prendre du feu dans le foyer ou puiser de l'eau à la citerne. »

Le Seigneur, le Dieu Saint d'Israël, avait parlé ainsi : « C'est par la conversion et le calme que vous serez sauvés, c'est dans la tranquillité et dans la confiance que sera votre force. » Mais vous n'avez pas accepté. Vous avez dit : « Pas du tout, nous fuirons à cheval. » Eh bien oui, vous fuirez. Vous avez dit encore : « Nos chars sont rapides. » Eh bien, rapides seront vos poursuivants. Vous serez un millier sous la menace d'un seul, et sous la menace de cinq, tous vous prendrez la fuite. Il ne restera de vous qu'un mât au sommet de la montagne, un étendard sur la hauteur.

Cependant, le Seigneur attend de vous faire grâce, car le Seigneur est le Dieu juste : heureux tous ceux qui l'attendent !

Peuple de Sion, toi qui habites Jérusalem, toi qui ne pleureras jamais plus : à l'appel de ton cri, le Seigneur te fera grâce, dès qu'il t'aura entendu, il te répondra. Le Seigneur te donnera du pain dans la détresse et de l'eau dans l'épreuve. Celui qui t'instruit ne se dérobera plus, et tes yeux le verront. Tes oreilles entendront derrière toi une parole : « Voici le chemin, prends-le », et cela, que tu ailles à droite ou à gauche.

Tu déclareras impur le plaquage d'argent de tes statues et le revêtement d'or de tes idoles de métal. Tu les jetteras comme des immondices et tu diras : « Dehors ! »

Le Seigneur te donnera la pluie pour la semence que tu auras jetée en terre, et le pain que produira la terre sera riche et nourrissant. Ton bétail ira paître, ce jour-là, sur de vastes pâturages. Les bœufs et les ânes qui travaillent dans les champs mangeront un fourrage salé, étalé avec la pelle et la fourche. Sur toute haute montagne, sur toute colline élevée, couleront des ruisseaux, au jour du grand massacre, quand tomberont les tours de défense. La lune brillera comme le soleil, le soleil brillera sept fois plus, autant que sept jours de lumière, au jour où le Seigneur pansera les plaies de son peuple et guérira ses meurtrissures.

Voici venir de loin le nom du Seigneur. Brûlante est sa colère, lourde, écrasante. Ses lèvres sont gonflées d'indignation, sa langue est un feu dévorant, son souffle un torrent qui déborde et monte jusqu'à la gorge. Il va secouer les nations d'une secousse fatale, mettre aux mâchoires des peuples un mors qui les fasse divaguer.

Alors vous pourrez chanter comme dans la nuit où l'on célèbre la fête, avec la joie au cœur, comme on va, au son des flûtes, à la montagne du Seigneur, vers le rocher d'Israël.

Et le Seigneur fera entendre sa voix majestueuse, il fera sentir le poids de son bras dans la fureur de sa colère, par la flamme d'un feu dévorant, la tornade, l'orage et la grêle. À la voix du Seigneur qui frappera de son sceptre, Assour tremblera. Chaque coup de bâton sera un châtiment que le Seigneur lui assènera au son des tambourins et des cithares. Par le geste de sa main, il les combattra. D'avance la fournaise est préparée, y compris pour le roi. Elle est prête, profonde et large. Dans son foyer, un grand feu, beaucoup de bois, comme un torrent de soufre : le souffle du Seigneur l'embrasera.

Malheur à ceux qui descendent en Égypte pour y trouver secours ! Ils comptent sur des chars, ils s'appuient sur le nombre des chars, sur la grande puissance d'une cavalerie, mais ils ne regardent pas vers le Saint d'Israël. Le Seigneur, ils ne le consultent pas. Pourtant, c'est lui le sage. Quand il fait venir le malheur, il ne reprend pas sa parole. Il se dresse contre le parti des malfaisants, contre le secours venant des ouvriers du mal. Les Égyptiens sont des hommes, pas des dieux, leurs chevaux sont de chair, pas d'esprit. Quand le Seigneur étendra la main, celui qui secourt trébuche, qui est secouru s'écroule, et tous deux disparaîtront.

Car le Seigneur m'a dit ceci : « Quand rugit vers sa proie le lion, le jeune lion, et que la foule des bergers est appelée contre lui, il n'a pas peur de leurs cris, ne répond pas à leur tapage. Ainsi le Seigneur de l'univers descendra pour combattre sur la montagne de Sion, sur sa colline. » Comme les oiseaux qui étendent leurs ailes, ainsi le Seigneur de l'univers protégera Jérusalem : il protégera et libérera, il épargnera et délivrera.

Revenez donc, fils d'Israël, vers celui que vous avez gravement trahi. Ce jour-là, chacun de vous rejettera ses idoles d'argent, ses idoles d'or, celles que vous vous êtes fabriquées de vos mains. C'est un péché.

Assour tombera sous une épée qui n'est pas celle d'un homme, une épée surhumaine le dévorera. Il fuira devant cette épée, et ses jeunes gens seront soumis à la corvée. Celui qui est son rocher s'en ira, pris de terreur, et ses princes effarés abandonneront l'étendard, oracle du Seigneur, dont le feu brûle à Sion et la fournaise à Jérusalem.

Commentaire

Il y a un thème qui parcourait ces chapitres que je voudrais reprendre avec vous, qui est le thème de la patience et de l'attente, ce qui nous permettra de relier les chapitres que vous venez d'entendre dans Isaïe avec nos propres vies. Parce que nous aussi, on a nos propres difficultés, nos propres guerres. Et comment est-ce qu'on arrive à entendre, à faire confiance à Dieu au milieu des difficultés ? Comme dit cette phrase de la loi scoute : « Le scout sourit et chante dans les difficultés. » Plus facile à dire qu'à faire.

C'était le thème des chapitres que vous venez d'entendre. D'abord, il y avait l'impatience du peuple, qui refuse d'attendre le secours et qui court vers l'Égypte. Le chapitre commence avec une fuite en avant :

Malheur aux fils rebelles, qui descendent en Égypte sans consulter l'Éternel.

Juda qui ne veut pas attendre, qui cherche un secours visible, qui refuse le silence de Dieu comme un vide insupportable. C'est vrai que ce n'est pas facile. Du coup, c'est l'empressement fébrile, la précipitation panique. Vous avez entendu, verset 16 :

Vous avez dit : « Non, nous fuirons à cheval. »

Mais vous voyez, c'est la même chose dans nos vies. Combien de fois l'attente était tellement insupportable que, plutôt que d'attendre la bonne solution, comme il en fallait une tout de suite, on a choisi celle qui était à portée de main et qui souvent n'était pas la bonne solution qu'il fallait choisir — mais au moins, elle était disponible. Dieu vous dit : ça, ce n'est pas me faire confiance.

À l'inverse, vous aviez ce verset, verset 18 :

Le Seigneur attend pour vous faire grâce.

Pourquoi est-ce qu'il nous faut attendre ? C'est parce que Dieu a déjà décidé le moment du salut. Sauf que ce salut, il y a un moment pour tout, il y a une pédagogie. Il faut d'abord qu'on prépare les cœurs pour le recevoir. Et la pédagogie de Dieu, c'est vrai qu'elle est assez dure : c'est qu'il laisse le peuple toucher le fond pour ensuite lui permettre de revenir librement. Donc en fait, Dieu attend le désastre total pour donner sa solution. Vous allez me dire, c'est un peu vache. N'oubliez pas quand même, avant, tous les prophètes qu'il avait envoyés.

Et derrière, il y a aussi une vérité profonde. C'est que, d'une certaine manière, ce qui intéresse Dieu, ce n'est pas tellement qu'il vous donne la solution ; c'est plutôt que vous lui donniez votre cœur. C'est vrai que bien souvent, il faut d'abord qu'on touche le fond, qu'on s'avoue vaincu, pour remettre nos vies dans ses mains. Verset 18 :

Bienheureux tous ceux qui espèrent en lui.

Alors, ce qui est sûr, c'est que ce n'est pas facile. Parce qu'attendre au milieu des difficultés… pour Juda, c'était au milieu de l'Assyrie et de Babylone ; pour nous, c'est au milieu des feuilles d'impôts et de tout le reste. Donc, attendre dans le calme et dans la confiance — c'est le verset 15 :

C'est dans le calme et la confiance que sera votre force.

Ce n'est pas facile. Et ça, ça vous redit que l'attente, c'est une posture spirituelle. C'est se tenir devant Dieu dans le silence, dans la foi, et lui dire que c'est à lui qu'appartient nos vies. Et c'est vrai que c'est hyper stressant, parce que ça veut dire que vous n'êtes pas le maître de votre propre vie et que ce n'est pas vous qui allez fixer le tempo et le rythme. Mais il y a une récompense, qu'on avait aux versets 20 et 21 :

Tes yeux alors verront ton maître, tes oreilles entendront une voix derrière toi.

Ça vous donne une vérité très profonde dans notre vie spirituelle : c'est que notre vie spirituelle, ce n'est pas une stratégie ; notre vie spirituelle, c'est un acte d'abandon. Vous voyez, cette attente comme posture spirituelle, c'est ce qui distingue le croyant du stratège.

Bon, avec ça, je suppose que maintenant, c'est l'heure de prier Dieu. Ça me fait penser à un psaume, le psaume 129. Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Psaume 129

Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur, Seigneur, écoute mon appel.

J'espère le Seigneur de toute mon âme, je l'espère, j'attends sa parole. Mon âme attend le Seigneur plus qu'un veilleur ne guette l'aurore.

Plus qu'un veilleur ne guette l'aurore, attends le Seigneur, Israël. Oui, près du Seigneur est l'amour, près de lui abonde le rachat. C'est lui qui rachètera Israël de toutes ses fautes.


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