Jour 203 ☼ — Jérusalem, fournaise de Dieu ?
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Résumé : Dans cet épisode consacré aux chapitres 21 et 22 d'Ézéchiel, le frère Paul-Adrien lit la prophétie du feu allumé dans la forêt du Néguev, le chant de l'épée affûtée et fourbie, le roi de Babylone au carrefour consultant les présages, puis le réquisitoire contre la ville sanguinaire et l'image de Jérusalem transformée en fournaise où Dieu fait fondre les scories d'Israël. Le commentaire reprend une à une les injustices sociales dénoncées par Ézéchiel — le sang versé, l'oppression des parents âgés, des immigrés, des orphelins et des pauvres, les abus dans la sphère familiale, et surtout une sacralisation du péché qui lui donne valeur religieuse. Le frère conclut en reconnaissant dans cette société sans repères la nôtre, et en supposant que c'est aussi à nous qu'Ézéchiel vient de parler.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Les chapitres 21 et 22 d'Ézéchiel vont vous montrer un monde arrivé à son terme. L'histoire de Jérusalem est devenue une fournaise où Dieu va jeter tout le monde.
Lecture : Ézéchiel 21-22
La parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d'homme, dirige ton regard vers le midi, invective le sud, prophétise contre la forêt du Néguev. Tu diras à la forêt du Néguev : écoute la parole du Seigneur. Ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici que je vais allumer en toi un feu. Il dévorera tout arbre vert et tout arbre sec. La flamme ardente ne s'éteindra pas et tous les visages en seront brûlés, depuis le Néguev jusqu'au nord. Alors tout être de chair verra que moi, le Seigneur, j'ai allumé cette flamme, et elle ne s'éteindra pas. »
Et je dis : « Ah, Seigneur mon Dieu ! Ils disent de moi : "Ne voilà-t-il pas qu'il débite des paraboles ?" »
Alors la parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d'homme, dirige ton regard vers Jérusalem, invective les sanctuaires, prophétise contre la terre d'Israël. Tu diras à la terre d'Israël : ainsi parle le Seigneur : Me voici contre toi. Je vais tirer mon épée du fourreau et retrancher de chez toi le juste et le méchant. C'est pour retrancher le juste et le méchant que mon épée va sortir de son fourreau contre tout être de chair, du Néguev jusqu'au nord. Et tout être de chair saura que je suis le Seigneur. J'ai tiré mon épée du fourreau, elle n'y rentrera plus.
Fils d'homme, gémis ! Pousse des gémissements remplis d'amertume, les reins brisés, gémis sous leurs yeux. Et s'ils te disent : "Pourquoi ces gémissements ?", tu leur diras : À cause d'une nouvelle qui arrive. Tous les cœurs vont défaillir, toutes les mains faiblir, tous les esprits seront abattus, tous les genoux fondront en eau. Voici, cela vient. Voici, c'est fait. » Oracle du Seigneur Dieu.
La parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d'homme, prophétise, tu diras : ainsi parle le Seigneur : L'épée, oui, l'épée est affûtée, bien fourbie. Affûtée pour accomplir le massacre, fourbie pour jeter des éclairs. On l'a donnée à fourbir, à saisir à pleine main. Elle est affûtée, l'épée, et fourbie pour être mise dans la main du tueur. Crie, hurle, fils d'homme, car elle est tirée contre mon peuple, contre tous les princes d'Israël. Ils se sont précipités sur l'épée avec mon peuple. Aussi, frappe-toi la cuisse, car c'est une épreuve. » Oracle du Seigneur Dieu.
« Et toi, fils d'homme, prophétise et bats des mains. L'épée part deux fois, part trois fois, l'épée transperce. La grande épée transperce des victimes tout alentour, afin de faire trembler les cœurs, de multiplier les embûches. À toutes les portes, j'ai placé le massacre par l'épée. Ah, elle est faite pour jeter des éclairs, fourbie pour le massacre. Tranche à droite, prends position à gauche, là où tu dois faire face. Moi aussi, je bats des mains et j'assouvirai ma fureur. Je suis le Seigneur et j'ai parlé. »
La parole du Seigneur me fut adressée : « Et toi, fils d'homme, trace deux chemins pour que vienne l'épée du roi de Babylone. Que ces deux chemins partent du même pays. À leur entrée, tu mettras un signe indiquant la direction d'une ville, et tu traceras un chemin pour que l'épée vienne vers Rabba des fils d'Ammon et vers Juda, à Jérusalem, la ville forte. Le roi de Babylone, en effet, s'est arrêté au carrefour, à l'entrée des deux chemins, pour consulter les présages. Il secoue les flèches, consulte les idoles, examine le foie. Dans sa main droite, le présage désigne Jérusalem : qu'on mette en place les béliers, qu'on donne l'ordre de la tuerie, qu'on pousse le cri de guerre, qu'on place les béliers contre les portes, qu'on élève un remblai, qu'on bâtisse des retranchements. Aux yeux des habitants de Jérusalem, ce ne seront que vains présages : ils ont pour eux les serments prononcés. Mais le roi leur rappellera les fautes et ils seront faits captifs.
C'est pourquoi ainsi parle le Seigneur Dieu : C'est vous qui avez provoqué le rappel de votre faute, quand vos crimes ont été découverts, de sorte que vos péchés sont apparus dans toutes vos actions. C'est vous qui avez attiré l'attention sur vous, et c'est pourquoi vous serez capturés par la force.
Et toi, vil malfaiteur, prince d'Israël, dont le jour approche avec la dernière de ses fautes, ainsi parle le Seigneur Dieu : On ôtera le turban, on enlèvera la couronne. Tout sera bouleversé : ce qui est bas sera élevé, et ce qui est élevé sera abaissé. Ruines, ruines, j'en ferai une ruine comme il n'y en a jamais eu, jusqu'à ce que vienne celui à qui appartient le jugement, et à qui je le remettrai.
Et toi, fils d'homme, prophétise. Tu diras : ainsi parle le Seigneur Dieu au sujet des fils d'Ammon et de leur raillerie. Tu diras : épée, épée, tu es dégainée pour le massacre, fourbie pour dévorer, pour jeter des éclairs, pour trancher le cou aux vils malfaiteurs, dont le jour approche avec la dernière de leurs fautes. Illusoires les visions à ton sujet, trompeurs les présages. Remets l'épée au fourreau. Dans le lieu où tu as été créée, au pays de tes origines, je te jugerai. Je déverserai sur toi mon indignation. Je soufflerai contre toi le feu de mon emportement et je te livrerai entre les mains de gens stupides, artisans d'extermination. Tu seras la proie du feu. Ton sang en coulera au milieu du pays et on ne se souviendra plus de toi. Je suis le Seigneur et j'ai parlé. »
La parole du Seigneur me fut adressée : « Et toi, fils d'homme, ne dois-tu pas juger, oui, juger la ville sanguinaire et lui faire connaître toutes ses abominations ? Tu diras : ainsi parle le Seigneur Dieu : Ô ville qui répand le sang au milieu d'elle, pour faire venir son heure, tu fabriques des idoles immondes chez toi et tu en es impure. Par le sang que tu as répandu, tu es devenue coupable. Par les idoles immondes que tu as fabriquées, tu t'es rendue impure. Ainsi tu as rapproché ton jour, te voici parvenue au terme de tes années. C'est pourquoi je fais de toi un objet de raillerie pour les nations, de risée pour tous les pays. Proches ou lointains, ils se riront de toi, car ton nom est impur et la panique te submerge.
Les princes d'Israël répandent chez toi le sang, chacun selon la force de son bras. Chez toi, on dédaigne père et mère. Au milieu de toi, on fait violence à l'immigré. Chez toi, on exploite l'orphelin et la veuve. Tu méprises les objets saints du culte, tu profanes mes sabbats. Il y a chez toi des gens qui calomnient pour que l'on répande le sang. Chez toi, on va au festin sur les montagnes. Au milieu de toi, on pratique la débauche. Chez toi, on découvre la nudité de son père. Chez toi, on abuse de la femme en état d'impureté. L'un commet l'abomination avec la femme de son prochain. L'autre, dans la débauche, rend impure sa belle-fille. Chez toi, un autre abuse de sa sœur, la fille de son père. Chez toi, on accepte des présents pour répandre le sang. Tu prélèves l'intérêt, tu pratiques l'usure. Tu tires profit de ton prochain par la violence. Et moi, tu m'oublies. » Oracle du Seigneur Dieu.
« Voici que je vais battre des mains à cause des profits que tu as faits et du sang qui coule au milieu de toi. Ton cœur tiendra-t-il ? Tes mains seront-elles fermes le jour où je m'en prendrai à toi ? Je suis le Seigneur, j'ai parlé et je le ferai. Je te disperserai parmi les nations, je te disséminerai dans les pays étrangers. Je ferai disparaître l'impureté de chez toi. Tu t'es profanée toi-même aux yeux des nations. Mais tu sauras que je suis le Seigneur. »
La parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d'homme, la maison d'Israël est devenue pour moi comme des scories. Qu'ils soient de l'argent, du bronze, de l'étain, du fer ou du plomb au milieu de la fournaise, tous ils sont devenus des scories. Eh bien, ainsi parle le Seigneur Dieu : Puisque vous êtes tous des scories, eh bien, je vais vous entasser au milieu de Jérusalem. Comme on entasse argent, bronze, fer, plomb et étain au milieu d'une fournaise pour y attiser le feu et le faire fondre, ainsi, dans ma colère et dans ma fureur, je vous entasserai et je vous ferai fondre. Je vous rassemblerai et j'attiserai contre vous le feu de mon emportement. Je vous ferai fondre au milieu de la ville. Comme de l'argent en fusion au milieu de la fournaise, ainsi serez-vous fondus au milieu de la ville. Alors vous saurez que je suis le Seigneur et que j'ai déversé ma fureur sur vous. »
La parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d'homme, dis à Jérusalem : Tu es une terre qui n'a pas été purifiée, qui n'a pas reçu de pluie au jour de l'indignation. Il y a une conjuration de ses prophètes au milieu d'elle. Ils sont comme un lion rugissant qui déchire sa proie. Ils ont dévoré les gens, pris richesses et bijoux, multiplié les veuves au milieu d'elle. Ses prêtres ont violé ma loi et profané les objets saints du culte. Ils n'ont pas séparé le saint et le profane. Ils n'ont pas enseigné à distinguer l'impur et le pur. Ils ont détourné les yeux de mes sabbats et j'ai été profané parmi eux. Ses princes au milieu d'elle sont comme des loups qui déchirent leur proie et répandent le sang, prêts à faire périr les gens pour en tirer profit. Ses prophètes enduisent tout de badigeon avec leurs visions fallacieuses et leurs présages trompeurs. Ils disent : "Ainsi parle le Seigneur Dieu", alors que le Seigneur n'a pas parlé. Les gens du pays pratiquent la violence et commettent des fraudes. Ils exploitent le pauvre et le malheureux. Ils font violence à l'immigré au mépris du droit. J'ai cherché parmi eux quelqu'un qui relève le mur, quelqu'un qui se tienne devant moi, debout sur la brèche, pour défendre le pays et m'empêcher de le détruire. Je n'ai trouvé personne ! Alors, j'ai déversé sur eux mon indignation. Dans le feu de ma colère, je les ai exterminés et j'ai fait retomber leur conduite sur leur tête. » Oracle du Seigneur Dieu.
Commentaire
Je reprends les injustices sociales qu'Ézéchiel a dénoncées. Parce que c'est bien beau d'avoir des grandes idées sur la philosophie, sur la théologie de l'histoire. C'est bien aussi, de temps en temps, de remettre les mains dans le cambouis. La charité concrète, c'est ça la base. C'est ça ce qu'il ne faut jamais oublier.
On a dénoncé le sang versé dans la ville, la violence et le meurtre.
On a parlé de l'oppression des faibles. Les faibles, ce sont d'abord les parents, les pères et les mères, parce qu'ils sont vieux et qu'il n'y a personne pour s'occuper d'eux. On a parlé de l'oppression des étrangers, des orphelins, des pauvres, d'un peuple qui ne respectait plus la justice élémentaire.
On a parlé encore des abus qu'il peut y avoir dans la sphère familiale : l'inceste, l'adultère, le viol. La sexualité n'est pas une simple faute privée : elle porte atteinte à l'ordre sacré du peuple.
On a parlé encore des pratiques cultuelles perverties. C'est comme s'il y avait eu une forme de sacralisation du péché. Non seulement on commet le péché, mais en plus on s'y complaît au point de lui donner une valeur religieuse.
Bref, une société sans repères, qui est aussi la nôtre et dans laquelle nous vivons. Je suppose que c'est à nous aussi qu'Ézéchiel vient de parler.
Proverbes 12,6-10
Les paroles des méchants sont embûches meurtrières. La bouche des honnêtes gens les en garde.
Bouscule les méchants, ils disparaissent. La maison des justes tient bon.
On loue quelqu'un pour son bon sens. L'esprit tordu mérite le mépris.
Mieux vaut être méprisé mais avoir un serviteur, que faire l'important et manquer de pain.
Le juste connaît les besoins de ses bêtes. Le méchant n'a que cruauté à la place du cœur.
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