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Jour 203 ☾ — Quand Dieu trace un chemin sacré

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Résumé : Isaïe change à nouveau de style et livre une petite apocalypse de deux chapitres, construite en diptyque : au chapitre 34, la colère de Dieu s'abat sur Édom, figure de l'univers du mal, livré à l'anathème et rendu au chaos ; au chapitre 35, le désert refleurit, les infirmes sont guéris et les rachetés remontent vers Sion. Le frère Paul-Adrien souligne la nouveauté de cette vision binaire, qui sépare absolument les bons des méchants et préfigure le jugement dernier de l'Évangile. Il relève aussi l'apparition du « chemin sacré », image de la voie du salut, et surtout la première mention des goélim, les rachetés, qui fait de Dieu un Goël, un rédempteur. Tout cela prépare la grande consolation qui s'ouvrira au chapitre 40.

Introduction

Nous étions dans le dernier épisode avec un changement de style, littérature plus sapientielle, nous disions. Nouveauté, nouveauté, nouveauté, nouveauté quand tu nous tiens. Isaïe confirme ces changements de style et cette fois-ci bascule à nouveau, chapitres 34-35, sur un autre style, un style apocalyptique. C'est ce que je vous disais, Isaïe commence à avoir un petit côté baroque là, non ? Baroque ici au sens de irrégulier, comme une pierre mal taillée, mais qui justement, parce qu'elle est mal taillée, qui passe d'un style à un autre, arrive à nouveau à susciter l'attention, l'attachement, l'étonnement.

Donc, petite apocalypse de deux chapitres. On l'avait déjà vu, chapitres 24-27, et voilà qu'on est reparti à la fois dans la fin des temps, chapitres 34-35. Vous commencez à sentir qu'il y a dans Isaïe certaines structures qui se répètent, certains refrains qui reviennent, certains mécanismes de pensée. C'est comme s'il y avait un accouchement qui n'arrivait pas à se faire. On sent le prophète qui est sur le point d'accoucher d'une idée géniale. On sent qu'elle est là, il arrive quasiment à la voir, mais elle reste en dehors de portée. Et alors, le prophète tourne et retourne. C'est un nouveau cycle de méditation. On est reparti du passé pour réfléchir sur le présent, pour imaginer ce que pourrait être le futur, pour ensuite, pouf, passer de l'autre côté du voile, l'apocalypse, les derniers temps. Est-ce qu'on va y arriver ? Est-ce qu'enfin on va avoir cette idée géniale d'inspiration divine accouchée ? Pas dit que ce soit dans ce chapitre, mais en attendant, on souffre avec lui.

Les deux chapitres que vous allez entendre en style apocalyptique sont constitués en diptyque. Chapitre 34, Dieu va convoquer toutes les nations pour un procès ultime. Chapitre 35, cette fois-ci, on va voir le retour des exilés à Sion. Chapitre 34, on parle de colère, de terre desséchée, d'animaux sauvages. Chapitre 35, allégresse, désert en fleurs, plantes aquatiques et guérisons miraculeuses. Bonne lecture !

Lecture : Isaïe 34-35

Approchez, nations, pour entendre. Peuples, soyez attentifs. Que la terre entende avec sa richesse, et le monde avec tout ce qu'il produit.

Car le Seigneur s'irrite contre toutes les nations. Il est en fureur contre toute leur armée. Il les a voués à l'anathème et les a livrés au carnage. Leurs morts sont abandonnés sur le sol. De leurs cadavres monte une puanteur. Les montagnes ruissellent de leur sang.

Toute l'armée des cieux se liquéfie. Les cieux s'enroulent comme un livre. Toute leur armée se flétrit, comme se flétrissent les feuilles de la vigne ou les fruits avortés du figuier.

Car mon épée apparaît dans les cieux. Et voici qu'elle descend sur Édom, sur le peuple que j'ai condamné à l'anathème. L'épée du Seigneur est pleine de sang. Elle est gluante de graisse, du sang des agneaux et des boucs, de la graisse des rognons de béliers. C'est un sacrifice pour le Seigneur à Bosra, un grand carnage au pays d'Édom. Avec eux tombent des buffles, des taureaux, des bœufs. Leur terre s'enivre de sang et leur poussière est gluante de graisse.

C'est pour le Seigneur un jour de vengeance, l'année des représailles pour la cause de Sion. Les torrents d'Édom se changent en goudron, sa poussière en soufre. Et sa terre devient du goudron brûlant qui ne s'éteindra ni de jour ni de nuit. Sa fumée montera sans fin pour toutes les générations.

Édom sera un désert où plus personne jamais ne passera. La hulotte et le hérisson vont l'occuper, la chouette et le corbeau y demeurer. Le Seigneur tendra sur Édom cordeau et fil à plomb pour en faire un chaos. Ses notables n'y seront plus pour proclamer la royauté. Tous ses princes auront disparu. Dans ses citadelles pousseront des épines, dans ses forteresses, orties et chardons. Ce sera le séjour des chacals, la pâture des autruches.

Les chats sauvages y côtoieront les hyènes. Les boucs s'appelleront l'un l'autre. C'est là que le démon de la nuit se tapira pour y prendre son repos, là que le serpent nichera et pondra, qu'il fera éclore et protégera de son ombre. Là aussi se rassembleront les vautours, l'un avec l'autre.

Cherchez dans le livre du Seigneur et lisez : aucun d'entre eux ne manque. Pas un n'aura à chercher l'autre. Car c'est la bouche du Seigneur qui ordonne et son souffle qui les rassemble. Lui-même a tiré au sort pour eux. Sa main leur a partagé le territoire au cordeau. Pour toujours ils le posséderont. Ils y demeureront de génération en génération.

Le désert et la terre de la soif, qu'ils se réjouissent ! Le pays aride, qu'il exulte et fleurisse comme la rose ! Qu'il se couvre de fleurs des champs, qu'il exulte et crie de joie ! La gloire du Liban lui est donnée, la splendeur du Carmel et du Sarone. On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu.

Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent. Dites aux gens qui s'affolent : « Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu. C'est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. »

Alors se dessilleront les yeux des aveugles et s'ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie, car l'eau jaillira dans le désert, les torrents dans le pays aride. La terre brûlante se changera en lac, la région de la soif en eau jaillissante. Dans le séjour où gîtent les chacals, l'herbe deviendra des roseaux et des joncs.

Là, il y aura une chaussée, une voie qu'on appellera la voie sacrée. L'homme impur n'y passera pas : il suit sa propre voie, et les insensés ne viendront pas s'y égarer. Là, il n'y aura pas de lion. Aucune bête féroce ne surgira. Il ne s'en trouvera pas, mais les rachetés y marcheront. Ceux qu'a libérés le Seigneur reviennent. Ils entrent dans Sion avec des cris de fête, couronnés de l'éternelle joie. Allégresse et joie les rejoindront. Douleurs et plaintes s'enfuient.

Commentaire

Apocalypse, vous allez me dire, ce n'est pas la première fois qu'on en entend une. Oui, mais il y a quand même des petites nouveautés. Je vous l'ai dit en introduction : diptyque, j'allais dire même quasiment version binaire. Chapitre 34, l'univers du mal, qui était représenté par Édom et qui subit un jugement total et irréversible. Et chapitre 35, vous avez entendu l'univers des justes qui, lui, est réhabilité, guéri, transformé.

C'est une vision binaire. Et cette vision binaire qui, à la fin des temps, apparaît, comme si on avait bien séparé le juste de l'injuste, le bien du mal, cette vision binaire propre à la fin des temps où le combat du bien contre le mal se fait de manière plus transparente, ça n'existait pas encore dans la Bible. En tout cas, pas aussi nettement que là, dans ces chapitres. Parfois, vous aviez au sein d'un même peuple le jugement, la condamnation qui coexistait avec la grâce et la rédemption. Alors que là, pour le coup, il y a vraiment un jugement final irrévocable avec séparation absolue des bons et des mauvais. Les mauvais ont un chapitre entier à eux, rien qu'à eux, chapitre 34. Et les bons ont un chapitre à eux, rien qu'à eux, chapitre 35. En cela, ça vous préfigure l'apocalypse de Matthieu où, en fait, il y a un chapitre où Jésus dit : « Je mettrai les brebis à ma droite et les boucs à ma gauche. »

Alors, maintenant, toujours pour reprendre des choses que vous aviez déjà vues, dans le style apocalyptique, vous avez le thème de la création, décréation, recréation, que l'on retrouve ici. En cela, rien de nouveau. Isaïe 34, les montagnes qui fondent, les cieux qui s'enroulent comme un parchemin — c'est très beau, ça —, le pays qui devient stérile. Isaïe 35, le désert qui refleurit, les sources qui jaillissent. On retrouve ce qu'on appelle une cosmogonie inversée. La cosmogonie, c'est l'origine du monde, et ici, en fait, on est à la fin des temps.

Avec, quand même, ce qui est un tout petit peu nouveau, cette histoire des cieux qui s'enroulent comme un livre, qu'on retrouvera plus tard dans la grande apocalypse, celle de Jean à la fin du Nouveau Testament. Les cieux qui s'enroulent comme un livre, c'est l'idée que l'histoire humaine est comme un livre qui, enfin, a été écrit, et que, enfin, les desseins de Dieu se sont accomplis. Ça, c'est peut-être pas nouveau, mais quand même, la beauté de cette poésie fait qu'on le retrouve comme si c'était nouveau à chaque fois.

Par contre, pour le coup, vraiment nouveau, et vous serez contents, c'est l'apparition d'un chemin sacré. Chapitre 35 :

Là, il y aura une chaussée, une voie qu'on appellera la voie sacrée.

C'est quoi cette affaire ? Une image qui préfigure la voie du salut, dont le Nouveau Testament vous dira qu'elle est la voie de la sainteté. « Elle est large, la porte, il est facile, le chemin qui mène à la perdition ; ils sont nombreux, ceux qui s'y engagent », dira Jésus, « mais elle est étroite, la porte, il est resserré, le chemin qui mène à la vie, et ils sont peu nombreux, ceux qui s'y engagent. »

Précisément, c'est sur ce chemin de sainteté, cette voie sacrée, qu'il y a une grande nouveauté, même si en français elle n'est pas vraiment visible. Il faut passer du côté de l'hébreu. C'est parce que c'est la première fois qu'apparaît le terme de « rachetés ».

Là, il n'y aura pas de lion, aucune bête féroce ne surgira, mais les rachetés y marcheront. Ceux qu'a libérés le Seigneur reviennent.

Goélim, les rachetés, et le nom qui va avec, Goël, le rédempteur. Pour la première fois dans la Bible, Dieu est présenté comme un rédempteur, un Goël. Ah, ça veut dire quoi, Goël ? On en reparlera plus tard. Juste, quand même : Goël, on l'avait déjà vu, mais appliqué à un homme. Il est appliqué à Booz, quand il prenait soin de Ruth. Booz s'était fait le Goël de Ruth.

Bon, eh bien tout ça, ça prépare une transition vers la deuxième moitié du livre — c'est ce que je vous disais, à partir du chapitre 40 —, où cette fois-ci, ça va être la consolation qui va devenir le thème central. Vous me direz : ça fait du bien, parce que, pfff, la colère des prophètes, on en aura eu, des chapitres. Patience, courage, le meilleur est à venir.

Allez, c'est le moment de prier, les enfants, on y va.

Prière

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, tu renverses les puissants et tu fais fleurir le désert. Tu dévoiles le néant des orgueilleux, mais tu ouvres un chemin pour les cœurs brisés.

Seigneur, regarde ma vie. Quand je suis orgueilleux, rabaisse-moi. Quand des orgueilleux se dressent contre moi, protège-moi. Seigneur, quand j'ai le cœur brisé, ouvre un chemin pour moi.

Seigneur, quand la violence se répand comme une plaie, quand l'injustice n'arrête pas de durer dans ma vie et que je la subis, Seigneur, annonce pour moi un jour où le mal que l'on me fait sera jugé. Un jour où les terres stériles, toutes ces zones d'ombre dans ma vie qui ne portent pas de fruit parce que je subis l'injustice, un jour, ces terres seront guéries.

Seigneur, fais de moi un pèlerin sur cette voie sacrée, sur cette voie que foulent les rachetés, là où les aveugles voient, où les muets chantent, et où mes peurs s'évanouiront pour la joie éternelle. Amen.


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