Jour 205 ☼ — Le prophète perd tout… et continue
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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit les chapitres 24 et 25 d'Ézéchiel, moment de bascule du livre : le siège de Jérusalem commence, la parabole de la marmite rouillée annonce la purification impossible, et le prophète perd son épouse sans avoir le droit de porter le deuil. Suivent les premiers oracles contre les nations — Ammon, Moab, Édom, la Philistie. Le commentaire reprend la structure du livre d'Ézéchiel, distingue la première partie (avant le siège) de la deuxième, et montre que ces oracles contre les nations sont aussi une parole de consolation pour Juda : Dieu n'oublie pas le péché des autres peuples. L'épisode se clôt sur cinq versets du livre des Proverbes.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. Aujourd'hui, 205ᵉ jour du podcast La Bible en un an.
Alors, ça vous plaît ? Moi, je suis prêt à parier que vous avez l'habitude d'entendre Isaïe, peut-être si jamais vous allez à la messe pendant le temps de l'Avent, mais en termes fracturés, comme saucissonnés de dimanche en dimanche. Ou Ézéchiel : généralement, d'Ézéchiel, on prend les grandes prophéties et, comme on les isole, parce qu'on n'a pas le reste du livre, on a comme une vision sublimée du prophète Ézéchiel. Et vous pouvez voir que, quand on lit les deux dans l'ensemble, ça donne une autre saveur.
Alors, moi j'en profite pour refaire ma petite pub. N'hésitez pas à nous soutenir. Je redis que ce podcast, il est appelé à vivre, à revivre et à revivre encore et toujours. Moi, j'aimerais l'améliorer d'année en année, parce que vous devez sentir que parfois on est un peu moins bon, parfois on est un peu meilleur ; parfois c'est bien lu, parfois c'est mal lu. Donc il y aurait une nouvelle édition de ce podcast à proposer. Donnez une chance aux générations à venir. Pensez à vos enfants qui un jour écouteront ce podcast, et vous pourrez leur dire : « Comme tu as de la chance ! J'aurais tellement aimé avoir cette version que tu as actuellement. Mais moi, j'ai quelque chose que toi, tu n'auras jamais : j'ai entendu ce podcast à sa jeunesse, alors qu'il n'était encore rien. » Mais pour qu'un jour vous puissiez avoir cette conversation avec vos enfants et vos petits-enfants, j'ai besoin de vous. Aidez-moi. On a besoin de payer des gens, on a besoin de payer ceux qui font le sound design, on a besoin de payer les livres de commentaires, et moi, j'ai besoin de manger et de dormir. Dormir, je n'y arriverai pas, mais manger, ce sera grâce à vous. Les liens sont dans la description.
On retourne maintenant à notre bon vieil Ézéchiel. Le chapitre que vous allez entendre aujourd'hui est un chapitre de basculement. Depuis le temps qu'on n'arrête pas de dire que la chute de Jérusalem va arriver, cette fois-ci vous entendrez, chapitre 24, verset 2 : « Écris la date d'aujourd'hui. C'est aujourd'hui que le roi de Babylone met le siège devant Jérusalem. » Ce n'est plus une menace, la catastrophe a commencé. Et le signe de ça, ça va être la mort de l'épouse du prophète. Ézéchiel, qui était exilé du côté de Babylone, en même temps qu'il apprend le siège de Jérusalem, perd son épouse.
Vous vous souvenez d'un chapitre précédent où on avait comparé Juda et Samarie à deux sœurs, Ohola et Oholiba ? Eh bien voilà que maintenant le registre du langage universel, de la parabole, qui concerne à la fois tout le monde et personne, devient cruellement personnel. C'est maintenant dans sa chair qu'Ézéchiel va connaître le désastre.
Ézéchiel, chapitres 24 et 25.
Lecture : Ézéchiel 24-25
La neuvième année de la première déportation, le dixième mois, le dix du mois, la parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d'homme, note par écrit la date d'aujourd'hui, d'aujourd'hui même, car c'est aujourd'hui que le roi de Babylone s'est porté contre Jérusalem. Raconte une parabole à cette engeance de rebelles. Tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur : Prépare la marmite, prépare-la, verse-y de l'eau, rassemble dedans les morceaux, tous les bons morceaux, cuisse et épaule, remplis-la des meilleurs os, prends le meilleur mouton, entasse du bois dessous, fais tout bouillir à gros bouillons, que même les os soient cuits.
C'est pourquoi, ainsi parle le Seigneur Dieu : Malheur à la ville sanguinaire, marmite rouillée dont la rouille ne s'enlève pas ! On enlèvera morceau après morceau, sans tirer au sort. Car le sang qui est au milieu d'elle, c'est la roche nue qui l'a versé. Elle ne l'a pas répandu sur la terre, ni recouvert de poussière, pour faire monter la fureur, pour prendre ma revanche. J'ai mis son sang sur la roche nue, sans le recouvrir.
C'est pourquoi, ainsi parle le Seigneur Dieu : Malheur à la ville sanguinaire ! Moi aussi, je vais dresser un grand bûcher. Amoncelle du bois, allume le feu, cuis, recuis la viande, ajoute les épices, que les os soient brûlés. Puis mets la marmite vide sur les braises pour qu'elle chauffe, que le bronze rougisse, que les impuretés fondent à l'intérieur, et que la rouille soit consumée. Que d'efforts ! Et pourtant la masse de rouille de cette marmite ne s'en ira pas au feu. Ton impureté, c'est la débauche, car j'ai voulu te purifier, mais tu ne t'es pas laissée purifier de ton impureté. On ne te purifiera plus, jusqu'à ce que j'aie assouvi ma fureur contre toi. Je suis le Seigneur, j'ai parlé. Elle vient, ma fureur, et j'agis. Je ne fléchirai pas, je serai sans pitié, je ne me repentirai pas. On te jugera, tu seras jugée selon ta conduite, selon tes actes, oracle du Seigneur Dieu. »
La parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d'homme, je vais prendre subitement la joie de tes yeux. Tu ne feras pas de lamentations, tu ne pleureras pas, tu ne laisseras pas couler tes larmes. Soupire en silence et ne prends pas le deuil. Enroule ton turban sur ta tête, chausse tes sandales, ne voile pas tes lèvres, ne prends pas le repas funéraire. »
Le matin, je parlais encore au peuple, et le soir, ma femme mourut. Le lendemain matin, je fis ce qui m'avait été ordonné. Les gens me dirent : « Vas-tu nous expliquer ce que tu fais là ? Qu'est-ce que ça veut dire pour nous ? »
Je leur répondis : « La parole du Seigneur m'a été adressée : Dis à la maison d'Israël : Ainsi parle le Seigneur Dieu. Je vais profaner mon sanctuaire, je vais profaner votre orgueil, je vais profaner votre force, la joie de vos yeux, la passion de vos cœurs. Vos fils et vos filles que vous avez laissés à Jérusalem tomberont par l'épée. Vous ferez alors comme je viens de faire. Vous ne vous voilerez pas les lèvres, vous ne prendrez pas de repas funéraire. Vous mettrez vos turbans et vous chausserez vos sandales. Vous ne ferez pas de lamentations, vous ne pleurerez pas. Mais vous pourrirez dans votre péché et vous gémirez, vous gémirez tous ensemble. Ézéchiel sera pour vous un signe : tout ce qu'il a fait, vous le ferez. Et quand cela arrivera, vous saurez que je suis le Seigneur Dieu.
Et toi, fils d'homme, le jour où je leur prendrai leur force, leur allégresse et leur parure, la joie de leurs yeux, le délice de leur vie, leurs fils et leurs filles, ce jour-là arrivera vers toi un rescapé pour faire entendre la nouvelle. Ce jour-là, ta bouche s'ouvrira pour parler au rescapé. Tu parleras et tu ne seras plus muet. Tu seras pour eux un signe. Alors ils sauront que je suis le Seigneur. »
La parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d'homme, dirige ton regard vers les fils d'Ammon et prophétise contre eux. Tu diras aux fils d'Ammon : Écoutez la parole du Seigneur. Ainsi parle le Seigneur Dieu : Parce que tu as ri de mon sanctuaire, de la terre d'Israël qui a été dévastée, de la maison de Juda qui est partie en exil, eh bien voici : je te livre en possession aux fils de l'Orient. Ils établiront chez toi leur campement, ils feront chez toi leur demeure. Ce sont eux qui mangeront tes fruits, eux qui boiront ton lait. Je changerai Rabba en pâturage à chameaux et les villes du pays des fils d'Ammon en bercail à brebis. Alors vous saurez que je suis le Seigneur.
Ainsi parle le Seigneur Dieu : Parce que tu as battu des mains et tapé des pieds, que tu as eu une joie profonde et un mépris total pour ce qui est arrivé à la terre d'Israël, eh bien voici : j'étends la main contre toi, je vais te livrer aux nations pour être pillé. Je te retrancherai d'entre les peuples, je te ferai disparaître d'entre les pays, je t'anéantirai. Alors tu sauras que je suis le Seigneur.
Ainsi parle le Seigneur Dieu : Parce que Moab et Séïr ont dit : "Ah, voilà que la maison de Juda est devenue comme toutes les nations", eh bien voici : je vais dégarnir de leurs villes les contreforts de Moab, ces villes qui sont les joyaux des extrémités du pays, Beth-Yeshimoth, Baal-Méon et Kiryataïm. Je les livre en possession aux fils de l'Orient — et cela, outre les fils d'Ammon — pour qu'on ne se souvienne plus des fils d'Ammon parmi les nations. Et je ferai justice de Moab. Alors on saura que je suis le Seigneur.
Ainsi parle le Seigneur Dieu : Parce qu'Édom a agi par vengeance contre la maison de Juda et qu'il s'est rendu gravement coupable en se vengeant d'elle, eh bien, ainsi parle le Seigneur Dieu : Je vais étendre la main contre Édom, en retrancher hommes et bêtes. J'en ferai une ruine depuis Témân, et l'on tombera par l'épée jusqu'à Dedân. J'aurai ma revanche sur Édom par la main d'Israël, mon peuple. Il agira contre Édom selon ma colère et ma fureur. Alors ils connaîtront ma revanche, oracle du Seigneur Dieu.
Ainsi parle le Seigneur Dieu : Parce que les Philistins ont agi par vengeance, prenant leur revanche, le mépris au cœur, avec la volonté de détruire dans une haine perpétuelle, eh bien, ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici que je vais étendre la main contre les Philistins. Je retrancherai les Kerétiens, je ferai disparaître ce qui reste du littoral de la mer. Je prendrai sur eux une grande revanche, je les châtierai dans ma fureur. Alors ils sauront que je suis le Seigneur, quand j'aurai ma revanche sur eux. »
Commentaire
Ça vaut peut-être le coup de s'arrêter un petit peu aujourd'hui pour reprendre la manière dont le livre d'Ézéchiel est structuré, parce que c'est intéressant. Là, on passe à une nouvelle partie : chapitres 25 à 32, ce qu'on appelle les oracles contre les nations.
Alors, pour mémoire, on avait une première partie, chapitres 1 à 24, que l'on vient de terminer, qui se situait quand Jérusalem n'était pas encore assiégée. Dans cette première partie, il y avait une vision centrale qui était — vous vous souvenez, cette longue vision, c'était une grande lecture — la gloire de Dieu qui quittait Jérusalem. Juste avant, c'était pour préparer cette vision : les chars, les roues, la vision grandiose, le prophète qui se prépare et qui commence à accuser. Et puis ensuite, la gloire qui quitte le temple de Jérusalem. Et après, qui répondait comme en écho, on avait à nouveau des accusations. Et puis, aux visions grandioses du début, il y avait une sorte de déchéance et de langage obscène. C'est le jour — la vision grandiose de la gloire, le chariot divin — auquel répond la nuit : l'obscénité, la honte, la déchéance.
Là, maintenant, deuxième partie, avec ce point de bascule : l'annonce du siège de Jérusalem. C'est une nouvelle partie dans le livre d'Ézéchiel. On est passé à une deuxième époque : Jérusalem n'est plus en attente du siège, elle est assiégée.
Ce qui est assez curieux, c'est que c'est dans ce bloc-là qu'Ézéchiel a choisi de mettre le jugement universel, les oracles contre les nations. Vous vous souvenez des oracles contre les nations ? On en a parlé à l'occasion d'Isaïe. La pédagogie étant l'art de la répétition, je me permets de vous rappeler un ou deux points qu'on avait déjà dits. Ça vous rappelle que Dieu n'est pas un dieu local, il est le souverain de l'histoire universelle ; et que nous, vous savez, on a toujours tendance à prendre les choses personnellement, comme si ça ne concernait que nous. Non : ce qui arrive à Jérusalem concerne la terre entière.
Ça vous rappelle aussi, peut-être, dans la tête d'Ézéchiel, que les nations ont profité de la chute de Jérusalem. Ici, on vous a parlé d'Ammon, on vous a parlé de Moab, on vous a parlé d'Édom. Eh bien, Ammon, c'est la haine gratuite contre Juda qui est dénoncée. Moab, c'était le mépris racial — alors dans le texte, ça s'exprimait à travers la notion de mépriser l'élection d'Israël. Édom, c'était la trahison fraternelle. Et la Philistie, c'était la vengeance excessive.
Donc peut-être, en fait, que cet oracle contre les nations, c'est encore une manière de parler de Juda et de le réconforter : Dieu a vu ce qui s'était passé. Il y avait peut-être le péché du peuple de Juda, mais il n'oublie pas le péché des autres peuples.
Livre des Proverbes, Proverbes 12, 16 à 20.
Proverbes 12,16-20
L'insensé manifeste sur l'heure son dépit, bien avisé qui reste sourd à l'injure.
Le témoin véridique manifeste ce qui est juste, le faux témoin, lui, ne cesse de tromper.
Les bavards, c'est comme des coups d'épée, mais la langue des sages guérit.
Paroles vraies subsistent à jamais, propos menteurs, le temps d'un clin d'œil.
Déception pour le cœur de ceux qui trament le mal, joie pour les conseillers de paix.
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