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Jour 205 ☾ — Un roi presque parfait

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit les chapitres 38 et 39 d'Isaïe : la maladie mortelle d'Ézéchias, sa prière et les quinze années que Dieu lui accorde, le signe du cadran solaire d'Achaz, son cantique d'action de grâce, puis la visite des envoyés de Babylone et l'annonce de la déportation. Le commentaire explique pourquoi ces chapitres narratifs, repris du livre des Rois, sont placés au cœur d'un livre prophétique : ils sont la preuve par l'exemple qu'un bon roi est possible. Ézéchias, identifié au destin de son peuple, subit dans son corps le châtiment réservé à Israël et ressuscite comme préfiguration du peuple qui reviendra d'exil. Trois rois structurent ainsi le livre : Achaz le mauvais, Ézéchias le presque parfait, et le roi parfait à venir. L'épisode se termine par la reprise du cantique d'Ézéchias en guise de prière.

Introduction

Nous continuons sur notre style narratif. On est toujours avec Ézéchias. Et dans les deux chapitres que vous allez entendre, c'est un autre épisode de sa vie. Là, on vient de voir comment est-ce que l'armée assyrienne avait tenté de prendre Jérusalem. Là, maintenant, c'est quand Ézéchias était malade et que Dieu l'avait miraculeusement guéri.

Les chapitres sont plus courts. On aura le temps de reprendre, parce qu'il y a des choses à dire. Vous sentez bien que depuis quelque temps, il y a des changements de style à répétition, comme une sorte de feu d'artifice. Vous savez, dans les feux d'artifice, il y a le fameux bouquet final où on en envoie de toutes les couleurs. Là, c'est ce que vous avez vu : des oracles, des apocalypses, des styles sapientiels. Maintenant, de la narration. Il faudra qu'on reprenne tout ça en commentaire. Et aussi, pourquoi est-ce qu'on nous remet des chapitres historiques qu'on a déjà entendus quasiment tels quels dans le livre des Rois ?

En attendant, régalez-vous de ces petits chapitres narratifs au milieu de tous ces oracles, ces prophéties. Ça fait toujours du bien. Petite pause. Chapitres 38 et 39.

Lecture : Isaïe 38-39

En ces jours-là, le roi Ézéchias souffrait d'une maladie mortelle. Le prophète Isaïe, fils d'Amots, vint lui dire : « Ainsi parle le Seigneur : prends des dispositions pour ta maison, car tu vas mourir, tu ne guériras pas. »

Ézéchias se tourna vers le mur et fit cette prière au Seigneur : « Ah, Seigneur, souviens-toi ! J'ai marché en ta présence, dans la loyauté et d'un cœur sans partage. J'ai fait ce qui est bien à tes yeux. » Puis le roi Ézéchias fondit en larmes.

La parole du Seigneur fut adressée à Isaïe : « Va dire à Ézéchias : ainsi parle le Seigneur, Dieu de David, ton ancêtre. J'ai entendu ta prière, j'ai vu tes larmes. Je vais ajouter quinze années à ta vie. Je te délivrerai, toi et cette ville, de la main du roi d'Assour. Je protégerai cette ville. Et voici le signe que le Seigneur te donne pour montrer qu'il accomplira sa promesse : je vais faire reculer de dix degrés l'ombre qui est déjà descendue sur le cadran solaire d'Achaz. » Et le soleil remonta sur le cadran les dix degrés qu'il avait déjà descendus.

Cantique d'Ézéchias, roi de Juda, lorsqu'il tomba malade et survécut à sa maladie.

Je disais : au milieu de mes jours, je m'en vais. J'ai ma place entre les morts pour la fin de mes années. Je disais : je ne verrai pas le Seigneur sur la terre des vivants, plus un visage d'homme parmi les habitants du monde. Ma demeure m'est enlevée, arrachée comme une tente de berger. Tel un tisserand, j'ai dévidé ma vie, le fil est tranché. Du jour à la nuit, tu m'achèves. J'ai crié jusqu'au matin, comme un lion, il a broyé tous mes os. Du jour à la nuit, tu m'achèves. Comme l'hirondelle, je crie. Je gémis comme la colombe. À regarder là-haut, mes yeux faiblissent. Seigneur, je défaille, sois mon soutien. Que lui dirai-je pour qu'il me réponde, à lui qui agit ? J'irai errant au long de mes années avec mon amertume.

Le Seigneur est auprès d'eux, ils vivront. Tous ceux qui vivent en eux vivent de son esprit. Oui, tu me guériras, tu me feras vivre. Et voici que mon amertume se change en paix. Et toi, tu t'es attaché à mon âme, tu me tires du néant de l'abîme, tu as jeté loin derrière toi tous mes péchés.

La mort ne peut te rendre grâce, ni le séjour des morts te louer. Ils n'espèrent plus ta fidélité, ceux qui descendent dans la fosse. Le vivant, le vivant, lui, te rend grâce, comme moi aujourd'hui. Et le père à ses enfants montrera ta fidélité.

Seigneur, viens me sauver. Et nous jouerons sur nos cithares tous les jours de notre vie auprès de la maison du Seigneur.

Puis Isaïe dit : « Qu'on apporte un gâteau de figues, qu'on l'applique sur l'ulcère et le roi vivra. » Ézéchias dit : « À quel signe reconnaîtrai-je que je pourrai monter à la maison du Seigneur ? »

En ce temps-là, Mérodak-Baladan, fils de Baladan, roi de Babylone, envoya des lettres et un présent à Ézéchias. Il avait appris qu'Ézéchias avait été malade et avait retrouvé des forces. Ézéchias s'en réjouit et montra aux envoyés ses entrepôts, l'argent, l'or, les aromates et l'huile parfumée, ainsi que tout son arsenal et tout ce qui se trouvait dans ses trésors. Il n'y eut rien qu'Ézéchias ne leur ait montré dans sa maison et dans tout son royaume.

Le prophète Isaïe vint alors trouver le roi Ézéchias et lui demanda : « Qu'ont dit ces gens-là et d'où venaient-ils ? » Ézéchias répondit : « Ils venaient d'un pays lointain, de Babylone. » Et il demanda : « Qu'ont-ils vu dans ta maison ? » Ézéchias dit : « Tout ce qui se trouve dans ma maison, ils l'ont vu. Il n'y a rien dans mes trésors que je ne leur ai montré. »

Alors Isaïe dit à Ézéchias : « Écoute la parole du Seigneur de l'univers. Voici venir des jours où tout ce qui est dans ta maison, ce que tes pères ont amassé jusqu'à aujourd'hui, sera emporté à Babylone. Il n'en restera rien, dit le Seigneur. On prendra plusieurs de tes fils issus de toi, engendrés par toi. Ils seront des eunuques dans le palais du roi de Babylone. »

Ézéchias dit à Isaïe : « C'est une bonne chose, ce que tu me dis là, de la part du Seigneur. » Il se disait en effet : « Il y aura au moins la paix et la stabilité pendant ma vie. »

Commentaire

Fin des chapitres qui parlent de l'histoire d'Ézéchias. Alors on comprend, l'histoire d'Ézéchias, c'est un peu l'heure de gloire d'Isaïe. Mais pourquoi avoir mis, au milieu d'un livre prophétique avec des oracles et de la poésie, quatre chapitres de narration quasiment repris tels quels du livre des Rois ?

Il y a plusieurs raisons. D'abord, un exemple vous en donne bien souvent mieux qu'un long discours. Vous avez entendu toute cette théologie messianique de l'enfant roi, l'Emmanuel, qui ensuite allait devenir un roi de justice. Eh bien, ce que ces chapitres vous rappellent, c'est que ce ne sont pas des lubies, ce n'est pas un fantasme de prophète. C'est possible. C'est possible, et on a été à deux doigts d'y arriver avec Ézéchias.

Ézéchias, c'est la preuve par l'exemple que quand un roi fait son boulot — et un roi qui fait son boulot, c'est possible — eh bien, tout de suite, les choses vont mieux. Et vous avez vu comment Jérusalem avait été délivrée de la menace assyrienne. Là où Achaz refuse de croire au signe de Dieu, il n'avait pas voulu de l'Emmanuel, Ézéchias, lui, accueille les signes et consulte les prophètes. Là où Achaz plaçait sa confiance dans l'Assyrie, qui allait se retourner contre lui, Ézéchias, lui, place sa confiance dans le Seigneur.

C'est cette image qu'on avait vue la dernière fois d'Ézéchias qui se tourne vers le mur pour prier. Ce n'est pas qu'il boude ou qu'il fait la tête. En se tournant vers un mur, ça veut dire qu'il se coupe des relations humaines pour se plonger dans l'intimité de la prière. Bref, Ézéchias qui se tourne vers Dieu, qui écoute Isaïe, qui prie dans le temple et même qui fait silence devant l'insulte païenne. Preuve par l'exemple qu'un bon roi, ça peut exister.

Et que quand ça arrive, il y a quelque chose d'assez particulier qui se passe, c'est que le roi concentre sur sa personne le destin de son peuple. Il devient un intercesseur. Ézéchias qui apprend qu'il est malade, Ézéchias qui apprend qu'il va mourir : c'est le peuple d'Israël qui apprend qu'il va être détruit et amené en déportation. Mais Ézéchias qui se met à prier et qui obtient un délai de quinze ans : c'est le peuple, parce qu'il a suivi Ézéchias, qui va être sauvé pour un temps, mais un temps seulement, de la déportation et de l'exil.

Regardez dans le cantique que vous avez entendu.

Je disais : au milieu de mes jours, je m'en vais, j'ai ma place entre les morts pour la fin de mes années. Je disais : je ne verrai pas le Seigneur sur la terre des vivants.

Ça, c'est aussi le peuple d'Israël qui est en exil et qui ne peut pas rentrer dans le Saint des Saints.

Ma demeure m'est enlevée, arrachée comme une tente de berger.

Ça peut désigner la vie d'Ézéchias, mais ça peut aussi désigner le temple de Jérusalem qui va être détruit.

Et toi, tu t'es attaché à mon âme, tu me tires du néant de l'abîme, tu as jeté loin derrière toi tous mes péchés.

Ça, c'est le peuple qui, de Babylone, est rappelé à Jérusalem pour pouvoir à nouveau revivre.

Donc, je remets ça dans le contexte d'une théologie messianique. Ce que vous avez ici, c'est un roi qui est complètement identifié au destin de son peuple, qui, dans son corps, subit le châtiment qui, normalement, était réservé à son peuple, et qui, en recouvrant la santé, ressuscite comme préfiguration d'un peuple qui lui-même ressuscitera. Est-ce que vous voyez là où je veux en venir ? Un roi tellement identifié à son peuple, à son destin — ça, c'était l'épisode d'avant — que lorsqu'il prie, sa prière a valeur d'intercession et peut sauver un peuple entier. Est-ce que tout le monde voit là où je veux en venir ?

Sauf que, sauf que, Ézéchias, c'est pas Jésus. Donc, c'était un bon roi et il était à ça d'y arriver. Mais il y a encore des petites choses qui n'allaient pas chez lui. Notamment, vous avez entendu ce dernier épisode avec l'ambassade babylonienne.

Donc, c'est pas un hasard si ces chapitres-là, ils sont au centre du livre. Un roi presque parfait, qui sert de transition — les Assyriens avant, les Babyloniens maintenant — qui permet d'avoir, par la preuve et l'exemple, ce qu'est une théologie messianique. Et attendez, parce que c'est pas fini : qui nous permet aussi de voir où on se dirige.

Parce que, première partie du livre, vous aviez un roi, Achaz : il était mauvais. Au milieu, vous avez un autre roi, Ézéchias, qui, lui, est presque parfait, et vous venez de l'entendre. Qu'est-ce qu'on attend maintenant ? Ce qu'on attend, ça va être la troisième partie d'Isaïe, à venir : un roi parfait qui, lui, va y arriver.

Ça ne vous ferait pas une très belle structure du livre d'Isaïe, ça ? Comme une pulsation, ces exemples de rois, l'un dans le passé, Achaz, l'autre au présent, Ézéchias, et un autre dans le futur, à venir, dont on ose à peine entrevoir la splendeur ? Eh bien oui. Ça vous donne les trois piliers du livre d'Isaïe.

Nous, nous nous tournons vers la prière. Pour la prière, c'est toujours la même chose : moi, je ne vais pas inventer une prière, alors que le cantique d'Ézéchias que vous avez entendu, c'est une prière que les moines disent à l'office. En guise de prière, je vous propose tout simplement d'en reprendre quelques versets.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Je disais : je ne verrai pas le Seigneur sur la terre des vivants, plus un visage d'homme parmi les habitants du monde. Ma demeure m'est enlevée, arrachée comme une tente de berger. Tel un tisserand, j'ai dévidé ma vie, le fil est tranché. Du jour à la nuit, tu m'achèves. J'ai crié jusqu'au matin, comme un lion, il a broyé tous mes os. Du jour à la nuit, tu m'achèves.

Et toi, tu t'es attaché à mon âme. Tu me tires du néant de l'abîme. Tu as jeté loin derrière toi tous mes péchés. La mort ne peut te rendre grâce, ni le séjour des morts te louer. Le vivant, lui, te rend grâce, comme moi aujourd'hui.


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