Jour 208 ☼ — Du chérubin au dragon : la chute continue
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Résumé : Après le sommet de l'oracle contre Tyr, le frère Paul-Adrien ouvre la série des grands empires avec l'Égypte : Pharaon, « grand dragon tapi parmi les bras du Nil », est tiré hors de ses eaux, son pays dévasté quarante ans puis livré à Nabuchodonosor. Le commentaire revient au mot hébreu tanin — monstre marin, dragon — pour relier le serpent de la Genèse, le Léviathan de Job, le dragon de l'Apocalypse et ce crocodile égyptien. Du chérubin de Tyr au dragon d'Égypte, c'est la même chute qui se raconte : de l'ange de lumière au monstre cosmique difforme. L'épisode se termine par les cinq premiers versets du chapitre 13 des Proverbes.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
On était avec Tyr. Tyr, c'est quand même le sommet de l'oracle des nations, le centre de toute cette partie qu'il préparait avant. Il y avait les petits royaumes qui avaient injustement profité de la ruine de Jérusalem. Maintenant, on part sur les grands empires. On va commencer avec l'Égypte. Mais ce n'est pas parce que Tyr, c'était le centre, qu'il n'y a pas de grandeur dans l'oracle contre l'Égypte. Je vous laisse juger par vous-même. Ézéchiel 29 et 30.
Lecture : Ézéchiel 29-30
La dixième année de la première déportation, le dixième mois, le douze du mois, la parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d'homme, dirige ton regard vers Pharaon, roi d'Égypte, et prophétise contre lui, contre l'Égypte tout entière. Parle, tu diras : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Me voici contre toi, Pharaon, roi d'Égypte, grand dragon tapi parmi les bras du Nil. Tu as dit : "Il est à moi, le Nil, c'est moi qui l'ai fait." Je mettrai des crochets à tes mâchoires, je collerai à tes écailles les poissons de tes Nils. Je te tirerai hors de tes Nils, et tous les poissons de tes Nils colleront à tes écailles. Je te rejetterai dans le désert, toi et tous les poissons de tes Nils. Tu retomberas en plein champ, tu ne seras ni ramassé ni recueilli. Je te donnerai en pâture aux bêtes de la terre et aux oiseaux du ciel. Alors tous les habitants de l'Égypte sauront que je suis le Seigneur.
Ils furent un appui de roseau pour la maison d'Israël. Lorsqu'on te saisissait, Pharaon, tu te brisais dans la main, tu transperçais toute la main. Pour ceux qui s'appuyaient sur toi, tu te cassais et tu faisais défaillir leurs reins.
C'est pourquoi, ainsi parle le Seigneur Dieu : Je fais venir sur toi l'épée, je retrancherai de toi hommes et bêtes. Le pays d'Égypte deviendra désolation et ruines, alors on saura que je suis le Seigneur, parce que Pharaon a dit : "Le Nil est à moi, c'est moi qui l'ai fait." Eh bien, me voici contre toi et contre tes Nils. Je ferai du pays d'Égypte des ruines et une désolation, de Migdol à Assouan et jusqu'à la frontière de l'Éthiopie. Le pied des hommes n'y passera pas, le pied des bêtes n'y passera pas. Le pays restera inhabité durant quarante ans. Je ferai du pays d'Égypte une désolation au milieu de pays dévastés, au milieu de villes en ruines ; ces villes seront une désolation durant quarante ans. Et je vais disperser les Égyptiens parmi les nations, les disséminer parmi les pays.
Mais, ainsi parle le Seigneur Dieu : Au bout de quarante ans, je rassemblerai les Égyptiens d'entre les peuples où ils auront été dispersés. Je changerai la destinée des Égyptiens, je les ferai revenir au pays de Patros, leur pays d'origine. Ils formeront un royaume modeste. Il sera plus modeste que les autres royaumes, il ne s'élèvera plus au-dessus des nations. Je l'amoindrirai pour qu'il ne domine plus les nations. Il n'offrira plus à la maison d'Israël une sécurité, elle qu'il a poussée à pécher en se tournant vers l'Égypte. Alors on saura que je suis le Seigneur Dieu. »
La vingt-septième année de la première déportation, le premier mois, le premier du mois, la parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d'homme, Nabuchodonosor, roi de Babylone, a engagé son armée dans un grand effort contre Tyr. Tous les crânes sont pelés, toutes les épaules écorchées, mais ni lui ni son armée n'ont retiré aucun salaire de Tyr pour l'effort qu'ils ont engagé contre la ville. C'est pourquoi, ainsi parle le Seigneur : Je vais donner le pays d'Égypte à Nabuchodonosor, roi de Babylone. Il enlèvera ses richesses, prendra son butin, la pillera complètement. L'Égypte servira de salaire à son armée. En compensation de l'effort qu'il a fourni, je lui donnerai le pays d'Égypte, parce que lui et son armée ont travaillé pour moi — oracle du Seigneur Dieu. En ce jour-là, je ferai grandir la puissance de la maison d'Israël. Quant à toi, fils d'homme, je te donnerai d'ouvrir la bouche au milieu d'eux, et alors ils sauront que je suis le Seigneur. »
La parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d'homme, prophétise, tu diras : Ainsi parle le Seigneur : Hurlez pour ce jour de malheur, car le jour est proche, il est proche, le jour du Seigneur. Ce sera un jour chargé de nuages, ce sera le temps des nations. L'épée viendra en Égypte, on tremblera en Éthiopie, quand les morts tomberont en Égypte, quand on s'emparera de ses richesses et qu'on démolira ses fondations. Kouch, Pouth, Loud, tout ce mélange de peuples, Koub et les gens du pays allié tomberont avec eux sous l'épée.
Ainsi parle le Seigneur : Ils tomberont, les soutiens de l'Égypte, l'orgueil de sa force s'effondrera. De Migdol à Assouan, on tombera par l'épée — oracle du Seigneur. Ces lieux seront dévastés au milieu de pays dévastés, ces villes seront au milieu de villes en ruines. Alors on saura que je suis le Seigneur, lorsque je mettrai le feu à l'Égypte et que tous ceux qui l'aident seront brisés. En ce jour-là, des messagers s'en iront de ma part en bateau pour inquiéter la tranquille Éthiopie. Chez elle, on tremblera au jour de l'Égypte. Oui, cela vient.
Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je supprimerai les richesses de l'Égypte par la main de Nabuchodonosor, roi de Babylone. Lui-même, et avec lui son peuple, la plus redoutable des nations, ont été amenés pour détruire le pays. Ils tireront l'épée contre l'Égypte, ils rempliront de victimes le pays. Les bras du Nil, je les mettrai à sec, je livrerai le pays à la main des méchants. Par la main d'étrangers, je dévasterai le pays et ce qu'il contient. Je suis le Seigneur, et j'ai parlé.
Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je ferai périr les idoles immondes, je supprimerai de Memphis les faux dieux. Au pays d'Égypte, il n'y aura plus de princes, je répandrai la crainte dans le pays d'Égypte. Je dévasterai Patros, je mettrai le feu à Tanis, j'exécuterai le jugement contre Thèbes. Je déverserai ma fureur sur Sîn, place forte de l'Égypte, je ferai disparaître les richesses de Thèbes. Je mettrai le feu à l'Égypte, Sîn se tordra de douleur. Thèbes sera démantelée et Memphis assaillie en plein jour. Les jeunes hommes des villes d'Ône et de Pi-Bésèt tomberont par l'épée, et voici que les jeunes filles s'en iront captives. À Daphné, le jour se changera en ténèbres lorsque je briserai les sceptres de l'Égypte et que l'orgueil de sa force sera supprimé. Un nuage la recouvrira, et ses filles s'en iront captives. J'exécuterai mon jugement contre l'Égypte, alors on saura que je suis le Seigneur. »
La onzième année de la première déportation, le premier mois, le sept du mois, la parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d'homme, le bras de Pharaon, roi d'Égypte, je le brise, et on ne le soigne pas. Personne n'y applique de remède, ne lui met de bandage, personne ne le soigne pour qu'il retrouve la force de tenir. C'est pourquoi, ainsi parle le Seigneur Dieu : Me voici contre toi, Pharaon, roi d'Égypte. Je lui briserai les bras, celui qui est valide et celui qui est déjà brisé, et je ferai tomber l'épée de sa main. Je vais disperser les Égyptiens parmi les nations, les disséminer parmi les pays. Mais je fortifierai les bras du roi de Babylone, et je mettrai mon épée dans sa main. Je briserai les bras de Pharaon, qui poussera les gémissements d'un homme blessé à mort. Je fortifierai les bras du roi de Babylone, mais les bras de Pharaon tomberont. Alors on saura que je suis le Seigneur, quand je mettrai mon épée dans la main du roi de Babylone et qu'il la brandira contre le pays d'Égypte. Je vais disperser les Égyptiens parmi les nations, les disséminer parmi les pays. Alors on saura que je suis le Seigneur. »
Commentaire
On avait le roi de Tyr qui était comparé à un chérubin. Vous avez maintenant le Pharaon qui est comparé à un grand dragon. Verset 2, note de bas de page : « version monstrueuse du crocodile, animal symbolique de l'Égypte ».
Alors, c'est parce que ça vaut le coup, de temps en temps, de revenir au texte. Le mot hébreu qu'il y a derrière, c'est le mot tanin. Signification littérale : monstre marin, bête aquatique, serpent géant, parfois dragon. Ça peut être aussi les monstres marins — Genèse 1, 21, les grands monstres marins que Dieu créa en même temps que l'eau. Et parfois, ça désigne ce qu'il y avait dans Job : le Léviathan.
Alors, si votre Bible choisit de donner une interprétation, j'allais dire, biologique, historique, on traduira par « crocodile ». Mais l'interprétation littérale, c'est quand même le mot « monstre marin », « dragon ». Dans la pensée, c'est le mot dragon, c'est biblique. Un dragon, ce n'est pas un serpent qui a des ailes et qui crache du feu dans le ciel. Un dragon, c'est un immense animal aquatique qui dévore tout.
Ça vous donne le lien qu'il peut y avoir entre plusieurs images du diable. Le mot de serpent, ça, c'est dans la Genèse. Le mot de Léviathan, ça, c'est dans Job. Le mot de dragon, ça, c'est dans l'Apocalypse. Et ici, monstre marin assimilé à un crocodile. Et que tout ça désigne la même figure, c'est ce qu'on avait entendu dans Isaïe, chapitre 27, verset 1 :
En ce jour-là, le Seigneur châtiera le Léviathan, le serpent fuyant, le Léviathan, le serpent tortueux ; il tuera le dragon de la mer.
Le mal cosmique, le résidu du chaos primitif que Dieu éliminera à la plénitude des temps. C'est un vocabulaire que le Nouveau Testament reprendra explicitement dans le livre de l'Apocalypse : un dragon rouge qui fut précipité, Apocalypse 12, verset 9 :
Le grand dragon, le serpent ancien, appelé diable et Satan.
Alors, je reprends deux secondes le terme de Léviathan. Dans le livre de Job, on avait exactement les mêmes expressions pour décrire ce monstre :
Je mettrai des crochets à tes mâchoires, je collerai à tes écailles les poissons de tes Nils.
Ici, vous avez encore ce monstre marin dont on dénonce l'orgueil :
Tu as dit : « Il est à moi le Nil, c'est moi qui l'ai fait. »
Ça, ce n'est pas sans rappeler ce qu'on avait dit juste auparavant du roi de Tyr, qui se prenait pour un chérubin. Ici, on est passé du chérubin au dragon. Quelque chose qui était beau — le chérubin paré de toutes les splendeurs du jardin d'Éden, dont on parlait le chapitre juste avant — et qui est devenu ici difforme, monstrueux, rampant, vivant dans l'eau, le symbole du mal. Un monstre. On est passé de l'ange de lumière, Lucifer, au diable.
Ce qui me permet d'ailleurs une petite parenthèse. Nous, dans notre représentation, si je puis dire, folklorique du diable, on imagine un homme tout rouge avec des cornes… enfin bref, on a une représentation quasiment humaine du diable. Dans la Bible, le diable n'a pas un visage humain : il a le visage d'un monstre. D'un monstre cosmique difforme.
Dernier thème qui sera raccordé à l'image du Léviathan, après la difformité à l'échelle cosmique : ce sera celui d'un combat, là encore à l'échelle cosmique. Ça, il faut aller dans un autre texte, dans un psaume. Psaume 74 :
Tu as fendu la mer par ta puissance, tu as brisé les têtes des monstres des eaux, tu as écrasé les têtes du Léviathan, tu l'as donné en pâture aux bêtes du désert.
Ça donnera plus tard le combat cosmique entre le bien et le mal que décrira le livre de l'Apocalypse. Vous voyez quand même comment, dans le récit de la naissance du mal, tous les éléments se mettent en place les uns après les autres. Ce qui est difficile, c'est que c'est dans plein de chapitres différents. On appelle ça des vérités induites : ce n'est pas un chapitre qui vous donne tout, mais il faut croiser plusieurs chapitres entre eux. Il faut réfléchir. Ça s'appelle lire la Bible.
Nous passons maintenant au livre des Proverbes.
Proverbes 13,1-5
Le fils sage écoute les leçons de son père, l'insolent reste sourd aux menaces.
On peut tirer de la parole un fruit savoureux, mais les fourbes n'ont faim que de violence.
Qui surveille ses lèvres garde son âme, qui ouvre trop le bec court au désastre.
Le paresseux soupire et rien ne vient, les gens actifs ne restent pas sur leur faim.
Le juste déteste le mensonge, le méchant, lui, empeste et fait scandale.
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