Jour 215 ☾ — Une maison pour tous les peuples
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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien quitte le temple d'Ézéchiel pour revenir à Isaïe, avec un brusque saut temporel qui nous fait entrer dans la troisième partie du livre, le Trito-Isaïe : le peuple est rentré d'exil, Jérusalem et le temple sont rebâtis, mais pauvres, divisés, loin des promesses glorieuses du livre de la consolation. La lecture d'Isaïe 56-57 fait entendre un double mouvement : l'ouverture du culte aux étrangers et aux eunuques, puis une critique brûlante des guetteurs aveugles, de l'idolâtrie et de l'injustice sociale revenues à Jérusalem. Le commentaire s'arrête sur le verset « ma maison s'appellera maison de prière pour tous les peuples », cité par Jésus lors de la purification du temple, et en tire une leçon d'évangélisation : le rassemblement des nations commence aux marges de l'Église, avec ceux qui se sentent jugés et pour qui la marche est trop haute. L'épisode se termine par une prière pour un cœur accueillant.
Introduction
Nous quittons le temple d'Ézéchiel, nous revenons à Isaïe. On l'avait laissé à un sommet, et qu'est-ce qu'Isaïe nous réserve maintenant ? Eh bien, brusque changement de décor. Du chapitre 55 hier au chapitre 56 aujourd'hui, c'est comme si, sans transition aucune, il y avait eu un saut temporel.
Alors, ceci dit, des sauts temporels, ce n'est pas la première fois que vous en avez dans ce livre. Souvenez-vous du passage de la première à la deuxième partie du livre d'Isaïe. Dans la première partie, on était avec Ézéchias, avec Isaïe, à Jérusalem, avant la destruction. Et puis, hop, saut temporel : au chapitre 42, on était après la déportation à Babylone, avec Dieu qui faisait une promesse de restauration et de consolation. Et là, à nouveau, sans qu'on vous le dise d'ailleurs — c'est un peu déstabilisant — on se retrouve après la déportation. Le peuple est revenu d'exil. On n'est plus à Babylone, on est revenu à Jérusalem. Eh bien, ça vous donne la troisième et dernière partie du livre d'Isaïe, ce que parfois on appelle le Trito-Isaïe, le troisième Isaïe.
Alors, je mets de côté la question de savoir si c'est un nouvel auteur ou pas. Moi, je vous ai dit ce que j'en pensais : je pense que c'est une école qui a constamment retravaillé tout l'ensemble du livre d'Isaïe. On va commencer à vous parler d'un temple qui semble déjà fonctionner, comme si les sacrifices avaient repris. C'est là où je vous dis : en fait, on est revenu maintenant à Jérusalem.
Donc, on pense qu'il s'agit d'une rédaction tardive, que maintenant le peuple est revenu de l'exil babylonien — grâce justement à Cyrus, le décret de Cyrus, c'est en 538 avant Jésus-Christ — mais que la réalité ne correspond pas aux grandes promesses glorieuses que l'on avait vues dans le Deutéro-Isaïe. Jérusalem est rebâtie, oui, mais elle reste pauvre et divisée. Le temple est reconstruit, mais il est modeste, loin de la splendeur de Salomon. Il y a des tensions entre les exilés qui sont revenus et les populations locales qui étaient restées. Et puis, à nouveau, il sera question d'injustice sociale, de formalisme religieux, d'hypocrisie. Ce qui fait que les parties que vous allez entendre, c'est une prophétie qui concerne un retour difficile.
Donc, quasiment sans transition aucune, nous basculons du livre de la consolation, qui avait culminé dans des apothéoses glorieuses, à un brusque retour à la réalité. Vous aurez un double mouvement : d'abord un appel à l'universalité, à une plus grande inclusion — les étrangers, les eunuques, on va essayer de les intégrer dans le culte — et puis, de l'autre côté, une critique brûlante d'une injustice sociale qui semble avoir fait son retour à Jérusalem. Isaïe, chapitres 56 et 57.
Lecture : Isaïe 56-57
Ainsi parle le Seigneur : « Observez le droit, pratiquez la justice, car mon salut approche, il vient, et ma justice va se révéler. Heureux l'homme qui agit ainsi, le fils d'homme qui s'y tient fermement. Il observe le sabbat sans le profaner et se garde de toute mauvaise action. »
L'étranger qui s'est attaché au Seigneur, qu'il n'aille pas dire : « Le Seigneur va sûrement m'exclure de son peuple. » Et que l'eunuque ne dise pas : « Me voici comme un arbre sec. »
Car ainsi parle le Seigneur : « Aux eunuques qui observent mes sabbats, qui choisissent ce qui me plaît et qui tiennent ferme mon alliance, je placerai dans ma maison, dans mes remparts, une stèle à leur nom, préférable à des fils et à des filles. Je rendrai leur nom éternel, impérissable.
Et les étrangers qui se sont attachés au Seigneur pour l'honorer, pour aimer son nom, pour devenir ses serviteurs, tous ceux qui observent le sabbat sans le profaner et tiennent ferme mon alliance, je les conduirai à ma montagne sainte, je les comblerai de joie dans ma maison de prière. Leur holocauste et leur sacrifice seront agréés sur mon autel, car ma maison s'appellera maison de prière pour tous les peuples. »
Oracle du Seigneur Dieu qui rassemble les exilés d'Israël : « J'en ai déjà rassemblé, j'en rassemblerai d'autres encore. »
Vous, toutes les bêtes sauvages, vous, toutes les bêtes de la forêt, venez vous repaître. Les guetteurs d'Israël sont tous des aveugles, ils ne connaissent rien. Ce sont des chiens muets, incapables d'aboyer, à bout de souffle, allongés. Ils aiment somnoler. Ce sont des chiens voraces, insatiables. Des bergers incapables de comprendre. Ils suivent tous leur propre chemin, tous sans exception, ne pensant qu'à leur intérêt, et chacun disant : « Venez, je vais chercher du vin, enivrons-nous de boissons fortes. Demain sera comme aujourd'hui, il y a de quoi boire, plus qu'il n'en faut. »
Le juste périt, et nul n'y prête attention. Les hommes fidèles sont enlevés et personne n'y prend garde. Oui, c'est pour le soustraire au mal que le juste est enlevé. Il entrera dans la paix, et ceux qui suivent le droit chemin, quand ils se couchent, trouveront le repos.
Quant à vous, approchez, fils de sorcière, race adultère et prostituée. De qui vous moquez-vous ? Contre qui ouvrez-vous grande la bouche et tirez-vous la langue ? N'êtes-vous pas des enfants de révolte, une race de mensonge ? Vous vous excitez près des térébinthes, sous tout arbre vert. Vous immolez des enfants dans les ravins, sous les saillies des rochers.
Les pierres polies du torrent, voilà ta part. Quel est le sort qui te revient ? Pour elles, tu répands des libations, tu présentes des offrandes. Et moi, puis-je m'y résigner ? Sur une grande et haute montagne, tu as installé ta couche. Et c'est là que tu montes pour offrir un sacrifice. Derrière la porte et les montants, tu as fixé ton emblème. Oui, loin de moi, tu ouvres ton lit, tu y montes, tu y fais de la place, et tu conviens d'un prix pour ceux avec qui tu aimes partager ta couche. Le membre, tu l'as contemplé. Tu cours vers Mèlek avec de l'huile, tu prodigues tes parfums. Tu envoies tes messagers au loin, tu les as fait descendre jusqu'au séjour des morts. À faire tant de chemin, tu t'es fatigué. Mais tu n'as pas dit : « C'est sans espoir. » Tu as retrouvé ta vigueur, c'est pourquoi tu n'as pas défailli.
Par qui es-tu troublé ? Et qui crains-tu pour mentir, et ne plus te souvenir de moi, n'avoir plus souci de moi ? N'est-il pas vrai que tu ne me crains pas parce que longtemps j'ai gardé le silence ? Moi, je vais parler de ta justice et de tes œuvres, qui ne te servent de rien. Qu'elles te délivrent, lorsque tu crieras ! Tes collections d'idoles, le vent les emportera, toutes ; un souffle les enlèvera. Mais qui s'abrite en moi héritera le pays et possédera ma sainte montagne.
Et l'on dira : « Frayez, frayez la route, préparez le chemin, enlevez tout obstacle du chemin de mon peuple. » Car ainsi parle celui qui est plus haut que tout, lui dont la demeure est éternelle et dont le nom est saint : « J'habite une haute et sainte demeure, mais je suis avec qui est broyé, humilié dans son esprit, pour ranimer l'esprit des humiliés, pour ranimer le cœur de ceux que l'on a broyés. Car je ne serai pas pour toujours en procès, ni sans cesse irrité. Sinon, devant moi, l'esprit défaillirait, ainsi que les êtres à qui j'ai donné le souffle.
À cause de ces profits coupables, je me suis irrité contre mon peuple. Je l'ai frappé en me détournant, j'étais irrité. Il suivait en renégat le chemin de son cœur. Ces chemins, je les ai vus, mais je le guérirai, je le conduirai, je le comblerai de consolations, lui et les siens qui sont en deuil. Et sur leurs lèvres, je vais créer la louange. Paix ! La paix à celui qui est loin et à celui qui est proche, dit le Seigneur. Oui, ce peuple, je le guérirai. »
Mais les méchants sont comme une mer agitée qui ne peut se calmer et dont les eaux rejettent la boue et la vase. Pas de paix pour les méchants, dit mon Dieu.
Commentaire
Il y a quelque chose d'émouvant à voir comment le temple, le temple prédit par Isaïe, est enfin en train d'être reconstruit. En tout cas, on essaye. Et à le voir essayer de s'ouvrir aux étrangers. On avait arrêté de nous dire que sur Sion, la Jérusalem sainte, toutes les nations viendront converger. Et voilà que le temple est enfin reconstruit. Ce qui vous a donné ce très beau verset, le verset 7 :
Car ma maison s'appellera maison de prière pour tous les peuples.
Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais dans Marc, c'est ce verset que Jésus avait cité quand il a purifié le temple de Jérusalem. Et je vous avais dit qu'alors, quand Jésus, avec un fouet, avait chassé tout le monde en dehors du temple en citant ce verset d'Isaïe — « ma maison sera appelée maison de prière pour tous les peuples » — il l'avait fait dans le parvis des gentils, dans le parvis des nations, là où tous les étrangers, normalement, pouvaient adorer Dieu.
C'est ce qu'on réalise en lisant Isaïe : c'était l'accomplissement des grandes promesses, l'accomplissement de la fin des temps. C'était l'accomplissement de ces versets qui étaient juste avant. Les étrangers, au verset 7 : Isaïe avait prédit que les étrangers pourraient offrir des sacrifices dans le temple de Jérusalem, et que là, Jérusalem serait lumière des nations. Donc, on comprend que vraiment, vraiment, Jésus se soit mis en colère. Ce n'est pas seulement que le temple était dévoyé à force de commerce, c'est que la raison même du temple, c'était de s'ouvrir aux étrangers. Et voilà que, plutôt que de leur permettre de prier, il y avait des étalages de boucherie à la place.
Je continue sur ce thème, parce qu'il y a quelque chose qui me touche beaucoup là-dedans. Quand on parle d'évangélisation, de rassemblement, de restauration, de convergence à la fin des temps, on imagine que les nations vont arriver, pouf, comme ça, et qu'il y aura juste à ouvrir le temple. Ce que ce chapitre vous montre — et je pense qu'il y a là une leçon quand on fait de l'évangélisation — c'est que les portes du temple ne sont pas franchement ouvertes non plus, et qu'ensuite, c'est bien beau de rêver au retour glorieux des nations qui vont arriver comme par magie, mais l'évangélisation, le rassemblement des nations, ça commence aux marges de l'Église.
Dans ce chapitre, on voit qu'il y a déjà des personnes aux franges de la religion, plus ou moins impures et ne pouvant pas participer aux sacrifices : les étrangers, les eunuques — mais il y en a plein d'autres — et qui sont pourtant intéressées par la religion biblique. Bon, de nos jours, c'est quoi, les étrangers et les eunuques ? C'est toutes les personnes en situation irrégulière qui se sentent jugées par l'Église, et toutes les personnes qui découvrent le Christ. Alors oui, elles ne sont pas dans les clous, parce qu'on ne peut pas être dans les clous tout de suite, maintenant. Et ça nous pose une question sur notre manière d'accueillir, d'ouvrir notre message à l'univers entier.
Il y a une vraie question. Si je vous disais, tout au long de l'évangélisation que j'ai faite année après année, le nombre de personnes qui ne sont pas devenues chrétiennes parce que la marche était trop haute, qui se sont senties jugées… Et ça, ça fonde aussi toute une pastorale, qui consiste à regarder déjà autour de nous les gens qu'on pourrait tout simplement s'efforcer de bien accueillir dans les églises. Il n'y a pas besoin de faire de l'évangélisation et de partir dans les pays étrangers. Il n'y a pas besoin de faire de l'évangélisation de rue — même si c'est très bien, faites-en.
Bon, ça ne va peut-être pas forcément très loin comme commentaire, mais évitons d'avoir un rapport un peu fantasmé et un peu magique à l'évangélisation et aux personnes qui ne sont pas dans l'Église. Les choses qui vont revenir à la religion, ça commence, comme dira Jésus, par les brebis perdues de la maison d'Israël, celles qu'il faut rassembler. Déjà, avant de ramener des gens à l'église, évitons qu'ils en partent. Ça ne va pas plus loin, parfois, vous savez, l'évangélisation. Nous, on fait de grands commentaires sur les oracles d'Isaïe. Eh bien, revenons aux basiques, revenons aux basiques. C'est ça aussi, lire la Bible.
Nous nous tournons vers la prière.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, je te demande de m'ouvrir le cœur. Je te demande de m'ouvrir le cœur. Je te demande de me rendre attentif, autour de moi, à toutes ces personnes qui te cherchent et qui n'osent pas faire le dernier pas.
Je te demande, Seigneur, de ne pas juger les gens autour de moi. Je te demande, Seigneur, de ne pas faire de catégories entre les bons et les mauvais chrétiens, entre ceux qui viennent frapper à la porte pour de bonnes ou de mauvaises raisons.
Je te demande, Seigneur, de me faire tout à tous. Je te demande, Seigneur, d'être accueillant, d'être disponible. Je te demande, Seigneur, la grâce de pouvoir faire de notre église une maison de prière pour tout le monde. Tout le monde.
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